Le son du grisli

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Festival Exhibitronic : Strasbourg, du 25 au 29 octobre 2016

exhibitronic 2016

Exhibitronic, émanation de deux associations, UT et Larkipass, est organisé depuis plusieurs années et s’investit principalement, mais non exclusivement comme nous allions l’entendre, dans les musiques acousmatiques. En son sein : Open Call, un appel à des pièces sonores international, vise à donner de la visibilité et de la reconnaissance aux jeunes créateurs des arts sonores, par une diffusion internationale. Si le temps fort se situait la semaine dernière, entre le 25 et le 29 octobre, l’activité d’Exhibitronic a débuté dès la fin du mois de septembre, en proposant des « after » après certains concerts de Musica, et il faut aussi noter la carte blanche assumée pendant ce récent festival des musiques d’aujourd’hui.

Un autre événement a marqué la présence d'Exhibitronic en ce mois : le samedi 8 octobre la remise des prix Open Call 2016 à trois récipiendaires, avec la présentation de leur réalisation avec à la clé, pour chacun d’entre eux, des journées offertes dans divers studios associés (tel celui du collectif Empreintes Digitales de Montréal, Césaré de Reims, Eole de Toulouse, Musiques et Recherches de Bruxelles…). L’édition Open Call 2015 s’était, elle, conclue par la réalisation d’un LP avec neuf pièces émanant de lauréats des Etats-Unis (3), de Royaume-Uni, d’Allemagne (2), de Pologne, du Mexique et d’Australie.

La pièce de la jeune française, Estelle Schorpp, intitulée Bagdad IXe siècle et inspirée d’un plan de la ville ronde conçu par le calife Al-Mansur m’apparut la plus intéressante à la fois discursive et propre à générer des images dans l’imaginaire de l’auditeur : une entrée quelque peu linéaire, rapidement remise en cause par des sons de cloches, de gong, parsemée de sons d’oiseaux ou d’autres animaux, puis se densifiant, comme pour évoquer le brouhaha des souks… Celle du canadien Alexis Langevin-Tétrault, Dialectique I, répondait parfaitement à son intitulé par sa forme thèse / antithèse / synthèse à travers la matière sonore. Un peu trop « étude » à mon goût. Celle de l’argentin Mario Mary, Gusano  (ver de terre), avait aussi un parfum d’étude, mais son idée de base était moins technique, plus inspirée, qui faisait référence à certains aspects de la culture mexicaine (le ver peut se transformer en serpent, les champignons hallucinogènes…)

Les autres activités furent surtout la mise en place d’ateliers, dont celui animé par Jaap Blonk et Jörg Piringer, pour une restitution lors d’une des cinq soirées  publiques de la semaine dernière. La première, celle du mardi 25, était dévolue à la poésie sonore associée aux traitements numériques et diverses distorsions électroniques, avec la prestation de JJJJ. J comme les prénoms des quatre intervenants : Jaap Blonk, Jörg Piringer, Joachim Montessuis (photo), Julien Ottavi. Quatre propositions solistes successives, et une collective pour terminer étaient soumises à un public un peu restreint. Extase à tous les étages, ou rien, de Montessuis, fut sans doute la pièce la plus consensuelle, par son entrée assez linéaire, permettant au public d’immerger progressivement dans une accumulation de voix se désaccordant peu à peu. La pièce sans titre de Piringer, plus bruitiste, était parcourue de pulsations presque mécaniques, avec une accumulation de sonorités plus ou moins denses selon les passages. Julien Ottavi réalisa avec Série Voix – Ordinateur / La trilogie des fantômes la pièce la plus décapante, tout en déambulant devant la scène, usant de divers bruits de bouches, de cris passant de la miniature aux sons les plus agressifs et déchirants. La prestation de Jaap Blonk fut un triptyque : Roll Dice Roll, basé sur des extraits de textes de Mallarmé associant voix audible et sons électroniques chaotiques, First Class Nightmares ne mit en œuvre que des voix retraitées et bien sûr cauchemardesques, tandis que Cheek-a-synth travaillait surtout sur les bruits de bouches, effets de voix spatialisés mais sans traitement numérique. La prestation collective et en totale improvisation, d’aspect plutôt chaotique bien que la part de chacun des quatre musiciens était clairement identifiable, termina une soirée, jubilatoire pour les uns, crispantes pour les autres.

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La soirée Dadarama du lendemain, dédiée au centenaire de la naissance de DADA (et qui se tenait à l’Aubette dans une salle voisine de celles qui avaient été décorées entre 1926 et 1928 par Théo Van Doesburg, Hans Arp et Sophie Taueber-Arp), donnait champ libre (chant libre ?) aux stagiaires de Jaap Blonk et Jörg Piringer : douze propositions ont été soumises à un public plus nombreux que la veille (mais surtout estudiantin). Avec un travail sur la voix assez hétéroclite : voix seule sur un poème anglais transcrit phonétiquement, voix accompagnée par des instruments de musiques « conventionnels » (la guitare surtout avec divers effets), la voix intégrée dans un travail acousmatiques, parfois proche d'It’s gonna rain de Reich (DJVH de Rigal), offrant des pièces tantôt ludiques (Sans Titre de Bryan Luce), empreintes de psalmodies tibétaines ou plus bruitistes... Une diversité qui emprunta aussi une traduction audiovisuelle et deux performances, dont Copié/Collé qui avait une connotation dadaïste. 

Jeudi soir, devant une audience plutôt clairsemée (où sont passés les étudiants de la veille ?!), ce fut une double plongée dans l’univers de Phill Niblock. Visuelle à travers un film vidéo, extrait de sa série Movement of People Working, présentant les travailleurs marins (pêcherie et aquaculture). Sonore (et surtout plus intense) à travers cinq de ses compositions, dans lesquelles il met en œuvre ses textures sonores denses générées par l’accumulation de couches issues, pour chacune d’un instrument. La première Hurdy Hurry, jouée en direct par Yvan Etienne à la vielle à roue, et qui date de 1999, fut suivie par quatre pièces enregistrées plus récentes (et inédites) usant successivement  de la viole d’amour (servie par Elisabeth Smalt), du saxophone ténor (Neil Leonard), de la cornemuse (David Watson), et de la voix associée à la guitare lap steel (Lore Lixenberg et Guy de Bièvre). Reste une double interrogation : la musique convient-elle à ces images de travailleurs, la musique ne suggère-t-elle pas d’autres images ?

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Le lendemain soir, ce fut la 1ère soirée avec l’acousmonium Motus, dans la même salle que la veille. Acousmonium mis en œuvre par Jonathan Prager, Olivier Lamarche (partenaires réguliers du festival Futura de Crest) et Yérri-Gaspar Hummel, directeur d’Exhibitronic. Au programme figuraient une quinzaine d’œuvres, dont les trois œuvres distinguées d’Open Call (voir plus haut) avec, bien sûr, une meilleure mise en espace de leur diffusion. Parmi les autres la palme semble revenir à Petite symphonie intuitive pour un paysage de printemps de Luc Ferrari, je dirais bien évidemment, encore que Creux-du-Van, de Sophie Delafontaine pourrait la lui disputer avec sa belle évocation de ce cirque rocheux du Jura (pièce qui pourrait être complémentaire du dernier CD d’eRikm Doubse Hystery consacré justement à l’arc jurassien). La pièce de Pete Stollery évoquant Three Cities nordiques (Aberdeen, Bergen, St. Petersburg) s’inscrivait dans la continuité des propositions de Ferrari, Delafontaine et Estelle Schorpp, la mise en sons de paysages plus ou moins oniriques. Ivo Malec fut flamboyant avec  ses Luminétudes, quoique difficile à suivre avec ses silences, ses contrastes. Emilie Mousset, avec ses Passagers, proposa une pièce intéressante et riche avec ses matériaux sonores récupérés même s’il y manquait, à mon goût, un peu d’empathie pour s’y laisser plonger totalement. On notera aussi Hentaï de Denis Defour, inspiré par l’accident nucléaire de Fukushima, très évocatrice. Les autres propositions me parurent plus anecdotiques du point de vue de la création sonore. Il est vrai qu’un accent y a aussi été mis sur l’aspect vidéo, d’où l’on retiendra plus particulièrement les images de torses et de corps humains de David Coste sur la musique de Pierre Jodlowski (Respire).

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La seconde soirée de l’acousmonium Motus, et dernière soirée d’Exhibitronic, offrit des pièces assez récentes, voire en création, telle Fort, fin, sec… de François Dumeaux, en général plus longues que la veille (entre  quinez et vingt-et-une minutes), en dehors d’une courte séquence d’Aphex Twin très récréative et emphatique (Jynweythek Ylow) et de celle de Javier Alvarez, Temazcal (eau brûlante), une des premières pièces électroacoustiques associant un instrument acoustique (1984), ici les maracas joués par François Papirer des Percussions de Strasbourg, autour de motifs rythmiques tirés de la musique latino-américaine. Si Paramnesia d’Aki Pasoulas, et Anthropos de Livia Giovaninetti suscitent une certaine perplexité entre leur présentation théorique (la paramnésie pour la première, l’être humain sous ses diverses formes pour la seconde) et le rendu sonore au-delà de la perception qu’en a chaque auditeur, ce-dernier ne pouvait être que séduit (voire rassuré, car il retrouvait ses marques) par la polyrythmie proposée avec Fort, fin, sec… réalisée à partir de l’enregistrement des pas de danseurs d’une bourrée. Un peu discrète par son faible signal sonore, mais délicate et apaisante, Syneson de Philippe Lepeut reprenait quelques moments emblématiques d’une installation sonore réalisée il y a trois ans dans un quartier de Strasbourg, inscrivant la pièce dans un registre proche de l’esthétique de Ferrari, tandis qu’Elisabeth Anderson, avec Solar Winds… & beyond, offrit une sorte de musique des sphères enivrante. Datant du milieu des années 2000, Glasharfe de Ludger Brümmer et 0.95652173913 de Benjamin Thigpen étaient denses, impressionnants : les sonorités chatoyantes de la première (qui pouvaient rappeler l’ice harp dans les œuvres Terje Isungset) faisaient oublier le côté « étude » de la pièce, et, sans adopter la forme d’un récit, la seconde véhicula un cheminement chaotique vers le cataclysme annoncé.

Reste le problème de l’audience : alors que la soirée Exhibitronic intégrée au festival Musica au début du mois d’octobre fut suivie par un public assez large (il est vrai que Musica est installé fortement dans la cité depuis sa création en 1983 et a son public !), ces cinq soirées n’eurent que peu d’échos, et ne surent guère mobiliser. Problème de communication ?

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Pierre Durr, texte et photos © le son du grisli

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Michel Chion : Musiques concrètes 1988-1991 (Brocoli, 2016)

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«  Le même procédé de crayonné » : voilà, de l’aveu même de Michel Chion, le point commun de ces trois œuvres – dont deux sont rendues pour la première fois dans leur intégralité – conçues dans les studios de l’Ina-GRM à la fin des années 1980 et au début des années 1990. « Dépoussiérées » il y a dix ans en compagnie de Geoffroy Montel et de Lionel Marchetti, ces trois pièces font, disons-le, bon ménage.

Ce n’est pas 5, comme Pierre Schaeffer, mais 10 études de musique concrète que Chion entreprend d’abord : objets qui semblent traîner, sifflements sortis d’où, manipulations grinçantes et autres bruits tordus – métamorphosés, parfois – y révèlent, le long de cette succession de pièces réalistes qui n’en ont pas l’air, le combat qui oppose le compositeur et les bruits d’un quotidien qu’il aimerait soumettre en plus de faire chanter comme il l’entend.

Après quoi, le voici démembrant sur Variations une valse dont les derniers éléments seront avalés par une batucada puis répondant à l’Étude aux chemins de fer du même Schaeffer au son de Crayonnés ferroviaires dont il explique l’origine : trains de nuit enregistrés en France, Italie et Etats-Unis. Le compositeur y donne de la voix et révèle même ses « trucs » au son, par exemple, d’un engin miniature sifflant sur les cordes d’un piano. Malgré l’explication, la magie opère encore, quand sa poésie atteste à distance que la bande a, toujours, de l’avenir.

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Michel Chion : Musiques concrètes 1988-1991
Brocoli
Edition : 2016.
CD : 01-10/ 10 études de musique concrète 11/ Variations 12/ Crayonnés ferroviaires
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Pali Meursault : Mécanes (Universinternational, 2016)

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Ainsi, après Offset, Pali Meursault porte-t-il encore ses micros à la bouche des machines : il y a un an, sur proposition du GRM, il imaginait < Mécanes > à l’atelier de typographie m.u.r.r., à Pantin. Prétextant l’impression de l’imprimé qui sera ensuite glissé dans la pochette de ce nouveau vinyle – presque livre d’artiste –, Meursault composait donc doublement.

Sur la première face, on pourra entendre l’agencement des caractères et les types de plomb qui font le voyage de la casse à la galée sembler épouser non seulement le mouvement mais aussi la respiration du typographe. Sur la seconde, c’est le rythme de la presse – qui répond au doux nom de Rosa, ce qui permet à Meursault d’adresser un hommage à Gertrude Stein –, son souffle, ses allers et ses retours, ses bruits parasites même, qui fabriquent une rumeur active.

Pour le Lexique des règles typographiques en usage à l’Imprimerie Nationale, le « bourdon » est une « omission de texte due à un oubli du compositeur ». Celui que Pali Meursault a consigné en < Mécanes > est d’une autre nature, qui chante au rythme des lettres qui défilent – comme le « h », voici le « m », le « e », le « c »… aspirés – et qui, forcément, fait impression.

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Pali Meursault : < Mécanes >
Universinternational
Enregistrement : octobre 2015. Edition : 2016.
LP : A/ Penser avec les mains – B/ Rosa is Rosa is Rosa
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Stephen Cornford, Ben Gwilliam : On Taking Things Apart (Winds Measure, 2016)

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Il y a de l’idée et, plus encore, du prêt-à-expérimenter dans l’étrange instrumentarium que se partagent Stephen Cornford et Ben Gwilliam – à en croire leurs précédentes réalisations, un intérêt inspirant pour John Cage rapprocherait les deux musiciens. Enregistrés en 2012 à Bruxelles, ils improvisent ici une quarantaine de minutes.

C’est d’abord l’impression d’interrompre des préparatifs : le souffle de la bande, un (discret) remue-ménage ou l’exploration d’une boîte à outils, se font ainsi entendre. Et puis il y a ce petit moteur qui pétarade, première expression assumée derrière laquelle se lèveront des sifflements. Eux vont à l’allure du tour sur lequel Cornford et Gwilliam semblent jeter tous leurs artifices, leurs objets comme leurs illusions. Les projections à suivre ont alors raison de leur intention première : ni brute ni vraiment abstraite, leur musique d’atelier – pour ne pas dire « de bricole » – laisse ainsi chanter les circonstances.

écoute le son du grisliStephen Cornford, Ben Gwilliam
On Taking Things Apart
(extrait)

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Stephen Cornford, Ben Gwilliam : On Taking Things Apart
Winds Measure
Enregistrement : juin 2012. Edition : 2016.
CD : On Taking Things Apart
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Matthew Revert : An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg (Caduc, 2016)

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Matthew Revert est un romancier australien, An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg est son deuxième enregistrement sonore à sortir (un troisième suit, un duo avec Vanessa Rossetto sur Erstwhile). Il fallait s’y attendre, il y raconte une histoire sur des field recordings et autres captations « concrètes ».

Peut-être parce que je ne parle pas si bien sa langue, je n’ai pas tout à fait capté (moi) l’idée de la chose. Ce qui fait que je l’ai abordé comme une œuvre abstraite même si une guitare folk glisse des accords de temps en temps, une guitare qui peut évoquer celle de Nick Drake et plonge notre folkeux britannique dans une marmite sonore sur le feu.

Des voix ralenties ou à la bonne vitesse (dans toutes les langues), des flûtes, des field recordings… Il y a des fois où l’on aimerait que les musiciens s’expliquent par écrit pour mieux nous faire pénétrer leur univers. J’aurais bien aimé lire (même en anglais, dictionnaire à portée de main) ce que l’écrivain Revert a à dire sur le musicien ou le poète sonore Revert… Mais non. Donc je me suis égaré entre deux lignes de sons.


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Matthew Revert : An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg
Caduc
Edition : 2016.
CDR : 01/An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Marc Baron : Un salon au fond d'un lac (Potlatch, 2016)

marc baron un salon au fond d'un lac

Inutile d’aller chercher loin, c’est sur le site de Marc Baron – hier encore saxophoniste inquiet de Propagations – que l’on trouvera un début d’explication au propos d’Un salon au fond d’un lac : « Il y a les sons que je collecte, ceux que je fabrique, il y a ce que j'établis en amont par des protocoles et que je projette. (…) La complexité des qualités, leur assemblage, est le fond-même de ma musique ; prise entre un réalisme d'apparence et le désir du plus grand flou. Je cherche une tension. »

Comme celui d’Hidden Tapes, l’assemblage est convaincant, et même fascine ; comme celle d’Hidden Tapes, la tension, recherchée, est providentielle. C’est elle, d’ailleurs, qui interdit à l’auditeur de vaquer entre deux sons et même de prendre longtemps ses distances avec tous ceux qui composent les trois plages de ce disque. Car il y a des musiques expérimentales d’atmosphère et d’autres de récital, que l’on ne lâche pas. Celle de Baron tient des secondes, qui jouent avec toutes les époques que l’enregistrement sonore a pu un jour ou l'autre attraper : la nôtre contre toutes celles qui l’ont précédée, et puis finalement : toutes les époques d’avant avec et pour la nôtre.  

Qu’importe de savoir si ce sont-là des souvenirs personnels, les derniers soupirs de cassettes trouvées dans un carton détrempé ou même, plus simplement, de vieux fantômes sur bandes que Baron fait parler. L’essentiel est en effet que ses inventions et combinaisons, ses récupérations et détournements – échange vocal père-fils, partie de requiem implorant sous le crachin, rumeur insistante de l’eau, air perdu de piano… – s’entendent sur l’air terrible d’une expression poétique. Econome, certes, mais qui, au gré des preuves de vérité qu’elle retourne, conteste à la réalité l’inhérence de sa nature insaisissable et lui oppose même un ordre dénaturé des choses qui, au-delà même de l’image (Un salon au fond d’un lac), touche profondément.  



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Marc Baron : Un salon au fond d’un lac
Potlatch / Orkhêstra International
CD : 01/ Un salon 02/ La structure 03/ Un lac
Edition : 2016.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Diatribes & Cristián Alvear : Roshambo (Trio) / Yan Jun : On 3 Pipes (1000füssler, 2015)

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Sans y paraître, les petits disques 1000füssler prennent de plus en plus de place, s’installent dans le paysage mais en toute discrétion. C’est ce que font les deux dernières publications du label, qui datent de novembre dernier : Roshambo (Trio) de Diatribes et Cristián Alvear et On 3 Pipes de Yan Jun. Après l’écoute, et une fois rangés, on les soupçonne même d’enregistrer encore…

C’est chez Alvear, au Chili, que D’incise et Cyril Bondi sont allés enregistrer Roshambo, une de leurs compositions déjà consignée sur disque (A New Castle). La guitare de l’invité devra faire face aux bourdons du duo et jouer aussi avec ses souffles, ses silences, ses enregistrements de terrain – d’un monde renversé où les Suisses gagnent en altitude –, ses usinages en équilibre… Alvear choisissant de se fondre dans le décor, il composera ce trio qui ne changera pas Diatribes mais le déstabilisera quand même, en sourdine.

A Pékin, c’est un autre trio que Yan Jun fit chanter en deux fois (et modifia bien sûr ensuite) : un tuyau enregistré en 2009 (Track 2), puis deux autres l’année suivante (Track 1). Derrière les sifflements étouffés – ceux du matériel utilisé pour l’enregistrement – de la première plage, entendre un peu d’eau qui circule à différentes vitesses ; derrière la succession de roulements et de (presque) silence de la seconde, c’est cette fois le bruit d’une position : les micros dont se sert Yan Jun révélant à chaque fois la musique d’un intérieur qu’on supposait inaccessible jusqu'à ce que la sonnerie d’un téléphone, atténuée par les parois du tube, ne nous ramène à une réalité, autrement concrète.

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Diatribes & Cristián Alvear : Roshambo (Trio)
1000füssler
Enregistrement : 11 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Roshambo (Trio)

 

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Yan Jun : On 3 Pipes
1000füssler
Enregistrement : 2009-2010. Edition : 2015.
CD : 01/ track 1 02/ Track 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Le câble de feu : FireWire (Tanuki / Mémoire, 2016)

le câble de feu firewire

Si j’ai bien compté / tout compris, ils sont trois à se bouger sous le nom (ou l’emblême) du Câble de feu : Olivier Meyer, Laurent Berger & Aymeric de Tapol. Et si j’ai bien suivi la prose qui accompagne la k7, l’enregistrement devait avoir lieu dans un théâtre (Christiane Stroë) mais l’un des trois est malade et les deux autres partent sur les routes d’Alsace à la recherche d’un câble qui leur manque, ils le trouvent, reviennent au théâtre où ils bidouillent avec plein de trucs pendant plein (3) de jours… Six mois plus tard, les trois se retrouvent et voilà la bidouille repartie.

Si j’ai résumé les péripéties de nos héros, c’est qu’à Bouxwiller on doit encore parler de leur passage. Se souvenir en se bouchant les oreilles de leurs drones en perte de tension, des larsens qui piquent et des field recordings qui prouvent soniquement la vérité crasse, des borborygmes d’un piano pourri, des grands coups de batterie christique, etc., etc. Au rond-point qui précède l’entrée du village, j’imagine d’ailleurs qu’un artiste local a élevé une statue qui représente un immense jack fiché dans le fondement du patelin. Bien fait !



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Le câble de feu : FireWire
Tanuki / Mémoire
Edition : 2016.
Cassette : A1/ Contre sens A2/ Gueule de bois A3/ Plan incliné A4/ Mantra Express – B1/ Douche dorée B2/ Rodéo sauvage B3/ Post Scriptum B4/ Pied plat
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Goh Lee Kwang : Radio Station EXP (1000füssler, 2015)

goh lee kwang radio station EXP

C’est fou la force du Malaisien Goh Lee Kwang (que l’on connaît par ailleurs comme commandant en chef des brigades Switch ON & Herbal International) : rentrer tant de choses dans un si petit CD (twenty minutes)…

Salives, crachats, chuintements, onomatopées… tous sortis d’un poste de radio ? Très bien, me direz-vous, mais on en a déjà entendus des comme ça… Sûr, mais Radio Station EXP ne s’arrête pas là, non, car GLK nous change tout ça en rythmes et sur ces rythmes d’autres sons (re)donnent de la voix. Et nous jusque dans le noisy crash on cherche un langage. Il se pourrait bien qu’il y en ait un, genre espéranto expérimental & radiodiffusé et si l’on perçoit la chose nul doute que l’on n’écoutera plus jamais la radio comme avant. Rien que pour ça, merci Goh Lee Kwang.



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Goh Lee Kwang : Radio Station EXP
1000füssler
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Radio Station EXP
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Michel Chion, Lionel Marchetti, Jérôme Noetinger : Filarium (Vand'Oeuvre, 2016)

michel chion lionel marchetti jérôme noetinger filarium

Le livret qui accompagne ce disque double – fruit d’une commande que le CCAM passa à Michel Chion, Lionel Marchetti et Jérôme Noetinger : improvisation à trois dans un premier temps, composition de six pièces dans un second – donne une idée de ce que l’on trouve dans ces enregistrements « maison » : bandes renversées, soupçons de voix et parfois râles, soupirs d’instruments concassés, déguisés ou défaits… Tout peut être trouvé beau, tout peut rentrer dans une esthétique.*

Si les compositeurs ont œuvré chacun « dans leur coin », Filarium renferme un travail commun qu’on pourra entendre sans chercher à savoir lequel des trois musiciens s'exprime au nom de l'association à tel ou tel moment donné. La raison est toujours celle des autres / La seule révolte individuelle consiste à survivre.

Au chevet d’une « nouvelle » musique concrète, Chion, Marchetti et Noetinger expérimentent donc ensemble, dans le même temps qu'ils s'expriment individuellement, dans un même décor de théâtre : de l’absurde, celui-ci, qu’aguiche ici le noise, là un soudain besoin de vérité, ailleurs une ironie fatale. Et si le théâtre en question connaît quelques longueurs, il est aussi capable de beaux moments « panique ». Tout raisonnement logique est destiné à faire accepter à un individu la volonté des autres. 

* En italiques : 4 X Topor, Petit Mémento Panique.

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Michel Chion, Lionel Marchetti, Jérôme Noetinger : Filarium
CCAM / Metamkine
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2016.
2 CD : CD1 : 01/ L’épaisseur de la nuit 02/ Les vers luisants 03/ Nostalgie du Cyclope – CD2 : : 01/ Archaeoptéryx 1 02/ Archaeoptéryx 3 03/ Archaeoptéryx 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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