Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Anne-F Jacques, Tim Olive : Dominion Mills (845 Audio, 2014)

anne-f jacques tim olive dominion mills

Compte-tenu de la rapidité avec laquelle il autoproduit ses enregistrements sur 845 Audio, on saura gré à Tim Olive de ne pas verser dans l’enregistrement facile, c’est-à-dire : de trop. Après Alfredo Costa Monteiro (33 Bays), Katsura Mouri (Various Histories) et Jason Kahn (Two Sunrise), c’est avec sa compatriote Anne-F Jacques qu’il forme ce nouveau duo qui intéresse.

Aux « rotating devices » – petits moteurs électriques modifiés et amplifiés – de Jacques, Olive répond en faisant usage de « magnetic pickups » – sortis d’une guitare électrique monocorde. En trois temps, la paire dompte des râles qu’elle dépose ensuite à distance sur les sillons de plateaux (systèmes ou plaques) qu’elle fait tourner. Bercés par le mouvement et sur écho léger, ces râles deviennent alors des rumeurs à la force de persuasion de laquelle il est bientôt impossible de résister. Et donc, d'applaudir.

Anne-F Jacques, Tim Olive : Dominion Mills (845 Audio)
Enregistrement : juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01-03/ Dominion Mills
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



The Noiser : The Black Symphony (Monochrome Vision, 2013) / KK Null, The Noiser (Monotype, 2013)

julien ottavi the noiser black symphony

Le nom de scène de Julien Ottavi est The Noiser et c'est certain qu'il n'est pas immérité – il est autant musicien (de noise? de harsh-noise même..) qu'activiste – il porte depuis plus de dix ans la structure APO33, à Nantes, qui est aussi inhabituelle qu'exemplaire en France, soutenant non seulement les musiques « autres » (ou expérimentales) mais également toutes activités artistiques avec une idée forte de leur politisation – que ce soit par des politiques de « copyleft », de leur distribution, que plus simplement par une réflexion sur leur positionnement dans notre monde.

Et parfois le travail d'Ottavi le musicien a pu être occulté par ces activités. Mais cette nouvelle production devrait remettre les proverbiales pendules à l'heure : le nom de « symphonie » n'est pas usurpé pour cette pièce (électronique) basée essentiellement (ou exclusivement) sur l'utilisation de bruits, tels que définis physiquement – bruit blanc, rose, noir, bleu ou fractal, resynthèse granulaire et waveshaping – mais dont la structure est de toute finesse, comprenant (élément inhabituel dans les productions « noise ») des silences ou des ruptures de dynamiques soudaines et surprenantes. Loin du bruit en quelques sorte bien qu'en plein dedans, un des disques les plus réussis de son auteur.

Julien Ottavi (The Noiser) : The Black Symphony (Monochrome Vision / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Prelude 02/ Silcenzio 1 03/ Adagio Mouvement Primo 04/ Canon Mouvement Primo 05/ Silcenzio 2 06/ Mouvement Secundo Presto 07/ Mouvement Secondo Variation 08/ Fugue Mouvement Tercio 09/ Silcenzio 3 10/ Canon Mouvement Tercio 11/ Suite Allegro 12/ Suite Variation Menuet 13/ Finale Lento
Kasper T. Toeplitz © Le son du grisli

kk null the noiser

Un des maîtres incontestés du noise et collectionneur de collaborations (avec Merzbow, Z’EV, Anla Courtis…), KK Null rencontre ici un Noiser français en la personne de Julien Ottavi. Dans ce CD remuant avec des bouts de live dedans, on trouve de la prototechno poussée ou de l’indus technoïde, des lasers et des saturations, des synthés qui mitraillent et des délires de claviers old school. Et tout ça provoque les mêmes choses que les montagnes russes : un super frémissement ou alors la nausée.

écoute le son du grisliKK Null, The Noiser
Untitled

K.K. Null, The Noiser (Monotype)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01-08/ Untitled
Pierre Cécile © Le son du grisli


Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye, 2014)

yann novak snowfall

Derrière son Snowfall, Yann Novak remercie (entre autres) Steve Roden, Richard Chartier, Robert Crouch, Stephen Vitiello, Lawrence English… Si je ne sais pas exactement pourquoi, je jurerais qu’il s’agit là d’une question, si ce n’est d’influence, au moins d’accointances.

Car cette pièce d’une heure (tout pile) nous transporte dans les hautes sphères… Crescendo (après les ablutions d’usage, me voilà en soucoupe), nous montons lentement, passons des champs magnétiques ou électrostatiques, bref des strates & des strates de sons et parfois parfois parfois d’images. Spatial, horizontal (quand ses couches de synthés vous apaisent), Novak s’occupe de l’ascension et s’en occupe bien. Bon, maintenant, si au jeu du blind test, un de ces soirs [de merde, comme celui d’hier, où à une soirée de trentenaires névrosés on vous teste en vous balançant un musicien expérimental aveugle & sourd du Sud Pérou et que là bah oui connard on sèche - si tu t'es reconnu, sache que cette chronique sera twittée], j’ai du mal à faire la différence entre l’art de Yann Novak et ceux de ses « accointés », faudra pas m’en vouloir… [On se réconciliera sur un bon Get Lucky.]

écoute le son du grisliYann Novak
Snowfall (extrait)

Yann Novak : Snowfall (Dragon’s Eye Recordings)
Edition : 2014.
CD : 01/ Snowfall
Pierre Cécile © Le son du grisli


Giel Bils : Somme (Under, 2013)

giel bils somme

Année de célébration oblige, on ne pourra pas passer à côté de cette Somme aux Untitled 01-22. L’homme armé de la jaquette n’est pas celui de Guillaume Dufay mais celui du Belge Giel Bils, qui inaugurait il y a peu sa discographie (ou sa cassettographie, pour être exact).

Enregistrés entre mars et juillet 2013, ces vingt-deux (je suppose) morceaux sans nom sont aptes à faire fuir l’ennemi, et comment ! La frousse le prendra au bruit que Bils (entre Kommissar Hjuler, Eric Lunde et son compatriote Patrick Thinsy) fait lorsqu’il astique le métal, aiguise ses armes blanches à la roue de pierre, actionne des moteurs qui déclenchent des pétarades… Le plus beau, c’est lorsqu’en creusant et retournant la terre Bils fait chanter les fantômes des corps qu’elle enfouissait. Ça arrive deux fois, une fois sur chacune des faces, et ça vous met la chair de… pull.

écoute le son du grisliGiel Bils
Somme (extrait)

Giel Bils : Somme : Untitled 01-22 (Under)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
K7 : A-B/ Somme : Untitled 01-22
Pierre Cécile © Le son du grisli


Ryoji Ikeda : Supercodex (Raster-Noton, 2013)

ryoji ikeda supercodex

Ces derniers temps, nombre d’internautes se sont extasiés sur le dernier album Recur d’Emptyset, où l’electronica tordue et raffinée du duo de Bristol penchait vers une techno biscornue et parfois revêche. Nouvel effort de Ryoji Ikeda, Supercodex aurait tendance à ne garder que la fin de la proposition, si l’on s’était gardé d’en demeurer à la première écoute.

Passé l’effet de frayeur, les pulsations grinçantes et insectueuses (tels des grillons mabouls) du producteur japonais prennent une sacrée saveur digitale à la faveur du temps. Quelque part entre une abstraction eletronica pour insomniaques électrisés et un reste de techno d’après-Fukushima, les enchaînements du Nippon installé à Paris dépasse allègrement le stade de la curiosité pour branleurs intellos en mal de sensations à l’ouest de Carsten Nicolai. Même si on ne perçoit pas toujours un sens de l’esthétique propre à l’artiste, il l’est davantage dans le contexte élargi de la maison Raster-Noton, la neuvième déclinaison discographique de M. Ikeda vaut plus que mille voyages au pays d’Ikea.

Ryoji Ikeda : Supercodex (Raster-Noton)
Edition : 2013.
CD : 01/ Supercodex 01 02/ Supercodex 02 03/ Supercodex 03 04/ Supercodex 04 05/ Supercodex 05 06/ Supercodex 06 07/ Supercodex 07 08/ Supercodex 08 09/ Supercodex 09 10/ Supercodex 10 11/ Supercodex 11 12/ Supercodex 12 13/ Supercodex 13 14/ Supercodex 14 15/ Supercodex 15 16/ Supercodex 16 17/ Supercodex 17 18/ Supercodex 18 19/ Supercodex 19 20/ Supercodex 20
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Sylvain Chauveau : Kogetsudai (Brocoli, 2013)

sylvain chauveau kogetsudai

Second volet d’une trilogie démarrée en 2010 avec l’exigeant Singular Forms (Sometimes Repeated), Kogetsudai permet à Sylvain Chauveau (parfois aidé de Stéphane Garin, Steven Hess et Pierre Gerard) de poursuivre un œuvre en solitaire, tranché dans le vif de l’austérité. Exposée en six paysages dénudés et impressionnistes, la vision de l’artiste français contourne les vieilles habitudes radiophoniques pour mieux ouvrir nos oreilles à une nouvelle façon d’inscrire la pop music dans son siècle.

Rejoignant David Sylvian (ah, ce chant…) sur l’autel des armateurs de l’aventure en friche électronique, un monde étrange et poétique s’ouvre à nous. Tel son camarade Stephan Mathieu – avec qui il a commis le fabuleux Palimpsest, un des plus grands disques de 2012 – Chauveau démonte une à une les mauvaises habitudes du show biz, laissant à l’auditeur toute latitude d’imprimer sa propre poésie dans le cadre d’un dépouillement volontaire, où les souvenirs d’un phonographe lointain remontent à la surface d’un avenir entre envie et renoncement.

écoute le son du grisliSylvain Chauveau
Demeure

Sylvain Chauveau : Kogetsudai (Brocoli)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Tofukuji 02/ The Most Beautiful Music 03/ Dark Clouds In The Sand 04/ Lenta La Neve 05/ Demeure 06/ Kogetsudai
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite, 2013)

mika vainio kilo

On a connu Mika Vainio* plus sur la réserve, mais est-ce là une raison pour bouder notre plaisir au moment de prendre ce (nouveau) Kilo ? D’autant qu’on sait bien qu’à la comparaison, un kilo de plumes et un Kilo d’électro-techno-dark-ambient, c’est la même chose…

Et pourtant, si je puis me permettre, Kilo, c’est du lourd ! Pour sûr, le disque envoie des rythmes binaires & des basses bonnes & du son lourd comme fer. Mais il contient aussi des expérimentations qui rendent originale cette compilation de tracks bien sentis. Comme Docks, par exemple, d’un asphyxiant qui aurait bouleversé David Carradine. Ou comme Sub-Atlantic, dont l’indus rêve de faire sauter toutes les bases sous-marines du monde…

Comme quoi, il fait bon attendre, car c’est dans ces pièces déçues par les beats que l’on trouve tout le miel de Kilo. Au point que Vainio en change son programme et qu’au contact de ces expérimentations, il transforme son projet en boîte à petits chefs-d’œuvre d’épouvante (Rust, Freight, Weight). On lui pardonne alors son esbroufe du début, on la mettra même sur le compte de son humour noir.    

* La pochette de mon disque annonce « Mika Vanio » (une erreur d’impression sans doute) quand d'autres m'ont rapporté posséder un Kilo de Sylvain Vainio. 

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite / Differ-ant)
Edition : 2013.
CD / 2 LP : 01/ Cargo 02/ Cranes 03/ Load 04/ Docks 05/ Sub-Atlantic 06/ Rust 07/ Wreck 08/ Scale 09/ Freight 10/ Weight
Pierre Cécile © Le son du grisli


Emmanuel Allard : Nouvelles Upanishads du Yoga (Baskaru, 2013)

emmanuel allard nouvelles upanishads du yoga

En pleine cure de sevrage Francisco López ? Toujours accro à Gert-Jan Prins et Yasunao Tone ? Ne touchez pas à Nouvelles Upanishads du Yoga d’Emmanuel Allard, vous risquez de replonger total grave.

Abstraite jusque dans les moindres détails, son approche est toutefois d’un intérêt nettement plus attractif que sa simple vision conceptuelle. D’un dynamisme à tout épreuve, à l’instar de l’inaugural Antimoine et ses airs de ruche digitalisée, le disque du Parisien balaie un spectre large et intrigant de la noise music, évitant l’écueil de la monotonie pour mieux intégrer la profondeur de champ d’un Maurizio Bianchi s’aventurant sur Mario Kart 2.Mego. Bizarre, oui, et alors ?

écoute le son du grisliEmmanuel Allard
Antimoine

Emmanuel Allard : Nouvelles Upanishads du Yoga (Baskaru / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Antimoine 02/ Refuge 03/ Séance 04/ Elan 05/ Adelphi Wave (Phytian Walks) 06/ L'Art Noir 07/ Gold Rand
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Blevin Blectum : Emblem Album (Aagoo / Africantape, 2013)

blevin blectum emblem album le son du grisli

Comme (très) attendue, Blevin Blectum revient seule (sous ce nom) pour la cinquième fois sur CD. Ce Blecht’album s’appelle Emblem Album et ce qu’il contient est une électro-pop turbulente, des mélodies labyrinthiques, une voix (qui sait souvent se taire) délurée, des basses afffooolantes…

Mais Emblem Album, ce n’est pas que ça, car tout à coup on oublie tout et on recommence… Avec une électro minimale, des sons copiés-collés (seuls bémols de l’enregistrement) et des field recordings… Mais Emblem Album, ce n’est pas que ça, car tout à coup on oublie tout et on recommence… Bref, c’est frais, instable et charmant, et si Blevin Blectum nous rappelle-là qu’ « hystérie » est un terme tiré (si je puis dire) d’ « uterus », pour « plaisir » c'est la même chose.

écoute le son du grisliBlevin Blectum
Cromis Part One

Blevin Blectum : Emblem Album (Africantape / Aagoo / Orkhêstra International)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Cromis Part One 02/ Cromis Part Two 03/ Nanofancier 04/ Deathrattlesnake 05/ Basically Chunneled 06/ Wrapped In Aw 07/ Harpsifloored 08/ Goth Botch 09/ Manners Melting 10/ Sycamore Scarab
Pierre Cécile © Le son du grisli


Scott Allison, Ben Owen : Untitled (For Agnes Martin) (Winds Measure & Senufo, 2013)

scott allison ben owen untitled for agnes martin

Près de dix ans après la disparition de l'artiste (qui tenait la musique pour le seul art vraiment abstrait), la peinture d'Agnes Martin continue à recevoir des échos mérités : on vient par exemple, en France, de rééditer ses écrits (La perfection inhérente à la vie) ; Phaidon lui a consacré l'an passé, en anglais, une grande monographie.

Mieux, elle persiste aussi à susciter l'intérêt dans le champ musical : après le Redbird de John Zorn et l'excellent Untitled #12 (after Agnes) de Bryan Eubanks & Catherine Lamb, ce sont Scott Allison & Ben Owen qui, associés, saluent sa mémoire en mêlant field recordings et électronique dans les cinq pièces brèves (deux d'entre elles étaient déjà sorties en 2009 sur le même label, sous la forme d'un lathe cut) de ce beau recueil d'une trentaine de minutes.

Successivement, et de façon différente, elles déploient leurs textures mouvantes, laissant « monter » (à l'instar des toiles de la peintre que seule la lente contemplation révèle) certains détails ou sédiments, voix ou traînées encore incolores, depuis la couche des soubassements qui grondent, grésillant. La brièveté des propositions n'entame curieusement en rien leur portée : organiques, sensibles, animées d'un pouls mystérieux.

« Une fois, je descendais de la montagne, après avoir peint les montagnes, je suis arrivée dans cette plaine et j'ai pensé : « Ah, quel relief ! » (C'était juste en sortant de Tulsa.) J'ai pensé : « Ça, c'est pour moi ! Quelle étendue ! » J'étais épatée. Cette plaine... on aurait dit une ligne droite. C'était une ligne horizontale. Et j'ai pensé que seule la ligne horizontale me faisait cet effet-là. Puis, je me suis rendu compte que plus je dessinais cette ligne, plus j'étais heureuse. D'abord, j'ai pensé que c'était comme la mer... puis, j'ai pensé que c'était comme chanter ! » [A. Martin, 1976]

Scott Allison, Ben Owen : Untitled (for Agnes Martin) (Winds Measure & Senufo)
Edition : 2013.
CD / 01/ 7:11 02/ 5:56 03/ 6:04 04/ 5:53 05/ 5:53
Guillaume Tarche © Le son du grisli



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