Grutronic : Essex Foam Party (Psi, 2009)

Pour qui ignorerait l’identité des membres de Grutronic, un passage par le site du label Psi peut être utile. On peut en effet y lire que Stephen et Nick Grew, Richard Scott et David Ross, sont tous passés par l’acoustique avant de se servir exclusivement de claviers, samplers, processeurs, oscillateurs, etc.
Sur Essex Foam Party, deux invités rejoignent le quartet : Orphy Robinson (dont le vibraphone a plus que son importance sur le premier titre, Plonk) et Paul Obermayer (au sampler). Si elle peut être rangée dans le tiroir expérimental, la musique de ce Grutronic augmenté est capable de facéties jouissives et même de compositions dansantes. Des bulles et des projections sonores rebondissent d’un bout à l’autre du disque, sur lequel on imaginerait presque entendre de temps à autre Aphex Twin s’adonner à l’avant-garde. Très étonnant...
Grutronic : Essex Foam Party (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Plonk 02/ Essex Foam Party 03/ Concussion Vibes 04/ Nose-Up 05/ Ball Pool Blues 06/ Madness and Civilization 07/ Foam Sweet Foam
Pierre Cécile © Le son du grisli

Légèrement moins « réussi » qu’Essex Foam Party mais très recommandable quand même, Live Grutronic est un enregistrement du groupe publié par le netlabel Earth Monkey Productions et gratuitement téléchargeable ici.
Colin McLean, Andy Moor : Everything But The Beginning (Unsounds, 2009)

Anciens partenaires au sein de Dog Faced Hermans, Andy Moor (guitare) et Colin McLean (électronique) improvisaient récemment et régulièrement à Amsterdam auprès de danseurs. Expériences de trois années aujourd’hui résumée sur Everything But The Beginning.
De pièces d’un rock bruitiste en illustrations sonores déconstruites, le duo passe ici – c'est-à-dire sur un objet qui ne rend de la chose que le résultat musical – avec plus ou moins d’à-propos. Radicaux dès l’ouverture, Moor et McLean installent une pièce aux velléités magnifiques : le premier travaillant par accumulations de phrases revêches sur le décorum sombre élevé par le second.
Par la suite, le propos se fait saillant d’autres fois (Everything But The Beginning sur répétitions et parasites, The Flower of Fixed Ideas, Waiting for the Angels) quand il ne perd pas en signification : lorsque McLean impose des rythmiques écrasantes à Boats Float on Water et My Electric Dreams – histoire, peut-être, de rassurer les danseurs en présence – ou que le duo se contente de filer une musique expérimentale d’une naïveté stérile (hymne sous brouillage radio et voix minuscules mises en boucle de Cokakeekakaacokakakeeka). Heureusement, reviennent à distance les distorsions : sur le balancement de Rapid Ear Movement, qui emportent presque tout espoir de nouvelles danses possibles.
Colin McLean, Andy Moor, Rapid Ear Movement . Courtesy of Unsounds.
Colin McLean, Andy Moor : Everything But The Beginning (Unsounds / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Delta Block 02/ Everything But The Beginning 03/ Boats Float on Water 04/ Cokakeekakaacokakakeeka 05/ Rapid Ear Movement 06/ My Electric Dreams 07/ Overdose of Everyday 08/ The Flower of Fixed Ideas 09/ Mingiede 10/ Waiting for the Angels
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Robert Van Heumen : Stranger (Creative Sources, 2009)

Stranger s’inspire de l’étranger de Camus. On y entend de sourdes et lointaines déflagrations et Robert Van Heumen procède par de longs et souterrains uppercuts. Ici, le carcan sonique est flottant et piétiné par des balayages toujours perçants. Une symphonie déséquilibrée et souvent titanesque.
No Man’s Land évoque l’exode qui suivit le krach boursier de 1929. Outre le dispositif électroacoustique de Van Heumen, se glissent ici et là quelques phrases répétitives surgies d’un synthétiseur Korg MS-20. Les figures sont contemplatives et sans ruptures ; des rythmes mécaniques apparaissent par intermittence, le tout laissant à l’auditeur une impression de torpeur soutenue.
Robert Van Heumen : Stranger (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2009
CD : 01/ Stranger 02/ Boise City, No Man’s Land 03/ A Hard Place to Love 04/ The First Black Duster 05/ The Skies That Brought No Rain, Only Dirt 06/ Killing Animals 07/ Ruth Nell 08/ Black Sunday 09/ Hope 10/ Stranger (ambient)
Luc Bouquet © Le son du grisli
Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky, 2009)

Au prétexte de trouver de l’intérêt à travailler sur le matériau cassette (au moyen de lecteurs et d’enregistreurs de cassettes mais aussi – et quand même – de synthétiseurs analogiques et de microphones variés), Gregg Kowalsky bouda un peu le digital pour édifier Tape Chants.
De concerts (aux airs d’installation sonore) en studio (où le disque a été enregistré), Kowalsky affina ses expériences au point de consigner sur disques un lot de trouvailles électroacoustiques rehaussées d’une drôle d’envie de se mouvoir. Après qu’un décorum brumeux aura été installé, toutefois, d’où jailliront boucles minutieuses et parasites extirpés du monde réel. Quelques soupçons de rythme, ici et là, font tenir l’assemblage et parfont même sa cohésion à coups de contrastes inattendus. Les vignettes expérimentales peuvent alors se désagréger, elles reviendront sous forme de souvenirs pour obéir aux conseils des boucles tenaces de Tape Chants.
Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky)
Edition : 2009.
CD : 01/ Invocation 02/ I-IV 03/ V 04/ VI-VII 05/ VIII 06/ IX 07/ X-XI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Gauguet, Lehn, Hautzinger : Close Up (Monotype, 2009)

Entendu aux côtés de Michel Doneda ou parmi de nombreux autres invités sur Compendium Malificarum, le saxophoniste (alto et soprano) Bertrand Gauguet profite de deux concerts donnés avec Franz Hautzinger (trompette, électronique) et Thomas Lehn (synthétiseur analogique) pour composer Close Up.
Dans l’air du temps, remarquer ici d’autres paquets de souffles perturbés, filtrant de l’instrument parfois à peine, parfois à grands coups de projections qui opposeront leur virulence à celle des assauts d’aigus et de larsens programmés par Hautzinger. Toujours démonstrative, l’improvisation peut se satisfaire aussi bien de mouvements séparés, imperceptibles presque, que de grondements soudains, qui s’entendront pour défendre une esthétique convulsive : après une mise en place entendue, Close Up 03 pour exemple le plus frappant.
Gauguet, Lehn, Hautzinger, Close Up 02 (extrait). Courtesy of Monotype.
Bertrand Gauguet, Franz Hautzinger, Thomas Lehn : Close Up (Monotype Records)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Close Up 01 02/ Close Up 02 03/ Close Up 03
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Midhopestones (Another Timbre, 2009)

J’aime beaucoup, dans la langue anglaise, le mot « pace » qui désigne à la fois une allure, une sorte de pas ou de pouls, comme le pacemaker l’entend – littéral « faiseur d’allure » – et je trouve à ce disque certaines de ces qualités : mesure, flux, ressac. Au-delà, il est même un véritable réinventeur ou redimensionneur d’espace, il laisse une sorte de creux dans l’air, un sillage, un halo persistant dans son évanouissement.
En une heure et quatre pièces délicates mais toujours consistantes, Rhodri Davies (harpes), Michel Doneda (saxophone soprano – anche de sable & branchies rouges), Louisa Martin (laptop), Phil Minton (voix – qui trouve ici une place utilement discrète) et Lee Patterson (objets amplifiés) tirent de longues gerbes de fuseaux frissonnant vers un plateau quasiment pastoral – bien que l’enregistrement ait eu lieu dans une église près de Sheffield, début janvier 2009 – de petites sonnailles et de bourdons voletant. Un continuum organique, impeccablement cardé (non pas rempli mais densément ondulatoire, riche de crépitements fondus), crêpé, souvenir cornant à peine, en lambeaux, dans les brumes. Une pépite de plus pour le label !
Davies, Doneda, Martin, Minton, Patterson, Midhopestones. Courtesy of Another Timbre.
Rhodri Davies, Michel Doneda, Louisa Martin, Phil Minton, Lee Patterson : Midhopestones (Another Timbre)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Strines 02/ Crow Edge 06/ Wharncliffe Side 04/ Deepcar
Guillaume Tarche © Le son du grisli
Gino Robair, Birgit Ulher : Blips and Ifs (Rastascan, 2009)

2009 is undoubtedly a productive year for trumpeter Birgit Ulher and her unconventional artistic path. Three excellent works released so far : Radio Silence No More (solo album on Olof Bright label) Yclept (with Ariel Shibolet, Adi Snir, Roni Brenner, Michel Mayer, Damon Smith, on Balance Point Acoustics) and this duo with Gino Robair (on his own label, Rastascan).
The CD cover summarizes its contents... Signs on the wall, the same signs and scratches which Blips and Ifs contains : extremely radical improv here, Robair and Ulher renew the collaboration undertaken four years ago and confirm, with the second episode after Sputter (Creative Sources, 2005), their perfect complicity and communion of intents. Purposes fulfilled through seven segments provided by a symmetrical structure : liner notes indicate that Robair plays « voltage made audible » and Birgit also recurs to mutes and radio speakers. The first one takes care to turn analog sources made available via synthesizers into captivating, mesmeric sounds, the second pastes sinewaves and other electronic treatments on alteration stages of her instrument.
The resulting feedback is essentially delicate, passages are rarely a bit more tempestuous, a whispered conversation whose dialogues often overlap and produce interesting composite outputs. Birgit’s playing methods melt into other effects inserted, or, at times, trumpet interventions alternate to spread manipulations, but, however, exchanges between the two musicians are wisely thoughtful, in order to keep uniform the whole recording, which, furthermore, gives continuity to the tracks. A new successful, profitable, creative joint effort, as expected.
Gino Robair, Birgit Ulher, Forty Seven. Courtesy of Rastascan.
Gino Robair, Birgit Ulher : Blips and Ifs (Rastascan)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Forty Seven 02/ Glorp 03/ Five Eleven 04/ Yellow with Antenna 05/ Blips and Ifs 06/ Other Blue 07/ Rings Another Rust
Giuseppe Angelucci © Le son du grisli
Octante : Lúnula (Another Timbre, 2009)

Déjà remarqués sur leurs enregistrements respectifs publiés par Another Timbre ou Etude Records, le guitariste Ferran Fages (ici aux oscillateurs) et l’accordéoniste Alfredo Costa Monteiro (toujours à l’accordéon) se retrouvent pour la deuxième fois sur disque en Octante, quartette composé aussi de la trompettiste Ruth Barberan et de la bassiste Margarida Garcia.
Plutôt inquiète, la formation improvise dans l’ombre deux grandes pièces au développement lent mais chaotique, aux propositions inattendues et incertaines, qui convoquent autant de sifflements que de râles, de plaintes et de larsens – assez changeant, tous, pour ne pas s’imposer longtemps. D’accords suspendus en revirements bruitistes, les quatre musiciens vont et composent une musique électroacoustique perturbée et grandiose, que finissent d’imposer les dernières secondes d'Onda 2904.
Octante, Onda 2856 (extrait). Courtesy of Another Timbre.
Octante : Lúnula (Another Timbre)
CD : 01/ Onda 2856 02/ Onda 2904
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Paul Abbott, Léo Dumont, Ute Kanngiesser : Loiter Volcano (Another Timbre, 2009)

Tout, à la surface : un air de réductionnisme progresse au son de l’entente ou de la désunion d’un violoncelle (celui d’Ute Kanngiesser), de percussions (celles de Léo Drumont) et d’électronique (usages de Paul Abbott).
En fond, le paysage oscille : au premier plan, les mouvements d’archet et les gestes percussifs composent avec leurs répétitions, quelques silences et autres égarements instrumentaux. Les premières, plus imposantes, finiront par installer le trio au creux d’une berceuse entêtante. Et Loiter Volcano s’impose en pièce de musique électroacoustique qu’on n’attendait pas, et à qui l’on cède bientôt toute la place.
Paul Abbott, Léo Dumont, Ute Kanngiesser, Loiter Volcano (extrait). Courtesy of Another Timbre.
Paul Abbott, Léo Dumont, Ute Kanngiesser : Loiter Volcano (Another Timbre)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Loiter Volcano
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Arc : The Pursuit of Happiness (Emanem, 2009)

Remembering (Uneasy Listening) en 1992, Out of Amber (Slam) en 1993, et aujourd’hui The Pursuit of Happiness : trois CD seulement depuis 1988, année ou fut crée Arc (Sylvia Hallett : violon, Danny Kingshill : violoncelle, Gus Garside : contrebasse).
Sobres entailles, toujours en périphérie d’un noyau ferme et intact, les electronics s’invitent pour la première fois ici. Car la musique d’Arc se déploie et se déplace à partir d’un centre-cercle fédérateur. Onze centres-cercles car onze plages. Onze plages où cordes et bois observent le frottement puis s’y abandonnent. Vont alors exister onze histoires de violences et de réserves, d’obsessions et de contractions, de lenteurs et d’étirements. Les cordes seront filantes, stagnantes, troublantes. Le centre s’effacera, réapparaîtra. Le bois se raidira, demandera grâce. Tout sera alors possible : le mélange, l’attente, le surgissement, l’oubli, le dérèglement, l’affaissement. Et tout ceci existera : intensément et profondément ici.
Arc : The Pursuit of Happiness (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Binding Light 02/ The Rite of Strings 03/ Quintessence 04/ Forgetting All Over Again 05/ Phantom Caravan 06/ Grandpa’s Box 07/ Sand Maps 08/ A Chance Occurrence 09/ The Pursuit of Happiness 10/ Dividing into One 11/ Where Rivers Meet
Luc Bouquet © Le son du grisli






























