Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

R. Lee Dockery, Smokey Emery : Cathedrelic / Rankin-Parker, Pearce : Odd Hits / Ben Bennett : Trap (Astral Spirits, 2016)

rois astral spirits

R. Lee Dockery, Smokey Emery : Cathedrelic (Astral Spirits, 2016)
Alourdissant leurs discographies respectives – fournie, celle de Smokey Emery ; encore assez légère, celle de R. Lee Dockery – d’une nouvelle cassette, Daniel Hipolito (bandes, synthétiseurs, électronique) et Lee Dockery (basse, synthétiseurs, électronique) y font aussi œuvre commune. Au son d’une drôle d’ambient, ils retournent des plaques de tôle et libèrent des spectres chantant quand ils ne se plaisent pas à traîner à terre une série de graves qui crachent. Assourdissante, l’épreuve est aussi étourdissante.  

Teddy Rankin-Parker, Daniel Pearce : Odd Hits (Astral Spirits, 2016)
En 2014, Astral Spirits publiait une cassette du Broken Trap Ensemble – un quartette, dans les faits – dont sont membres Teddy Rankin-Parker et Daniel Pearce. En duo, passée une première phase d’improvisation entendue, le violoncelliste et le batteur fabriquent des miniatures instrumentales inspirées, qu’elles adoptent une lourde démarchent, frémissent ou même cavalent (le jeu de violoncelle n’y étant pas pour rien). Pour les amateurs, trouver là une « alternative », avec quelques ressemblances, aux épreuves de Lonberg-Holm.



Ben Bennett : Trap (Astral Spirits, 2016)
Hier c’était un solo de Will Guthrie qu’Astral Spirits publiait sur cassette. Aujourd’hui, c’est Ben Bennett – batteur entendu notamment auprès de Jack Wright – qui dépose sur bande douces pièces instrumentales enregistrées seul. A la rumeur de sa frappe appuyée et endurante, Bennett ajoute les cinglements de préparations ficelées, quelques sifflements aussi et puis des bruits de moteurs. Lorsqu’il se veut plus subtil, le batteur est malheureusement moins « à l’aise » et c’est alors une claque que prend l’attention de l’auditeur : soudain évanouie.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Heddy Boubaker, Alexandre Kittel : Merci Merci (Un Rêve Nu, 2016)

heddy boubaker alexandre kittel merci merci

Souvenir de la Maison peinte ? En juin dernier, l’endroit de Labarthe-sur-Lèze fermait ses portes à l’improvisation qu’Heddy Boubaker y a longtemps soignée. Ni dernier message adressé de la maison ni chant (improvisé) du cygne, Merci Merci est le duo que forment désormais Boubaker et Alexandre Kittel (déjà remarqué au son du grisli pour son Micro_Pénis).

S’il semble avoir, depuis l’enregistrement, délaissé le synthétiseur modulaire pour les guitares, c’est à cet instrument que l’on trouve encore Boubaker – à l’intérieur, même, recherchant dans ses circuits des rumeurs capables de se glisser entre deux salves de cymbales et d’électronique propulsées par son partenaire.

Les premières secondes, c’est l’espoir d’entendre un Borbetomagus étouffé sous idiophone mais les crépitements et sifflements finissent par avoir raison de l’exercice. C’est alors pour le duo un repli effectué en souffles tressés et en signaux minuscules, les chocs métalliques agaçant l’abstraction de grisailles à laquelle travaille le matériel électronique. Pour être plus libres de leurs gestes, Boubaker et Kittel n’en mesurent pas moins leurs expressions, et c’est là tout le sel de ces deux belles pièces d’improvisation – auxquels font écho Conte et La Cula sur Bandcamp .  

urn004

Merci Merci : Merci Merci
Un Rêve Nu
Edition : 2016.
LP : A/ Longemaison – B/ La grande Baraque
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Günter Schlienz : Autumn (Zoharum, 2016)

günter schlienz autumn

Synthétiseurs modulaires, bandes et amis (Matthias Baldauf au cor & Niko aux cymbales), voilà de quoi s’est servi Günter Schlienz pour concocter cet hommage à l’automne (c’est de saison, je suis encore dans les temps) en trois étapes of course : Oktober / September / November (SIC).

Schlienz est un bidouilleur de Stuttgart dont la discographie, inaugurée il y a six ans semble-t-il, est déjà longue. Il faudra donc lui consacrer un peu de temps car son Autumn est rudement plaisant à entendre. Il vous tombe dessus avec un genre de clarinettes qui ondulent sur fond d’electronica légère à la Steve Roden par exemple. Mais les choses s’assombrissent (faute à la nuit qui tombe ?).

Un coup d’essuie et voilà que le Monsieur repart à zéro (c’est presque un retour en arrière puisqu’on passe d’Oktober à September). Allez comprendre… Mais bref, puisque la nouvelle séquence d’ambient nous invite à nous immerger dans le son où l’on découvrira une structure kaléidoscopique d’une richesse rare. Un cello-effect et des vois fantomatiques pour couronner le tout, et l’on ne peut qu’applaudir et bien fort et en regrettant aussi d’imaginer que l’hiver passe sans nouvelles de Günter Schlienz.


a1411293989_16

Günter Schlienz : Autumn
Zoharum
Edition : 2016.
CD / DL : 01/ Oktober 02/ September 03/ November
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Nate Wooley : Polychoral (MNÓAD, 2016)

nate wooley polychoral

On pourra capter sur le film ci-dessous un peu de l’esprit qui préside à l’exercice – mi installation mi performance – auquel s’adonnèrent les trompettistes Nate Wooley, son concepteur, et Peter Evans au Knockdown Center de New York un après-midi d’avril 2015.

Sur disque, ce sont de longues notes passées au tamis minimaliste (on pense ici aux anciens travaux de Rhys Chatham, là aux souffles multipliés de Richard Landry) jusqu’à ce qu’un grave change la donne et bouleverse un peu le va-et-vient de ce qu’on imagine être, quand on est encore privé d’images, une grande sculpture de métal.

Sous l’effet peut-être du passage – remuement ou déstabilisation –, voici le duo s’engageant sur d’autres voies, ou canaux si l’on veut faire référence au dispositif qu’on leur prête le temps d’une heure à peine. Evans peut alors déposer sur la rumeur un solo plus lyrique que ce qu’on avait entendu jusque-là ; derrière le motif, Wooley décidera lui de suspendre une note qui le gangrènera bientôt. Et puis il y a cette présence électronique qui rode et transforme parfois les trompettes en instruments de simple parasitage. Alors des voix se font entendre, tout comme le bruit de curieuses mécaniques qui, de séquence en séquence de plus en plus courtes : sur place peine à pétrifier ; sur disque stupéfie. 

wooley evans polychoral

Nate Wooley : Polychoral
MNÓAD
Enregistrement : 12 avril 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Polychoral
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

a

d

g

Commentaires [0] - Permalien [#]

For Promotional Use Only? Jemh Circs, Tucker Dulin & Ben Owen, John Chantler

for promotional use only jehm circs tucker dulin ben owen john chantler

Piqué par quelques remarques (la loi des séries, en mai et juin et même si mai et juin c'est déjà loin c'est quand même beaucoup) de lecteurs (c’est donc qu’il y en a, et ils sont parfois musiciens >> smiley clignant de l’œil) sur mon travail de « critique musical », l’envie m’a titillé d’expliquer pourquoi je fais vite et pourquoi je ne décris pas tant que ça la musique des galettes que je reçois. Et puis non. Non, je n’expliquerai rien, mais je promets que je ferai pire. Car je peux faire (encore) pire, évidemment. En plus de mon incapacité choisie (oui) à ne pas décrire, voilà que je survolerai maintenant la production FPUO (For Promotional Use Only > c'est pas à un mois de la fin des chroniques de disques en ligne sur le son du grisli que je vais lancer une rubrique, dommage mais tant pis j'avais qu'à y penser avant) que je reçois. Après tout, quand un disque est mauvais sa copie l’est tout autant (et même parfois elle saute mais parfois vaut mieux pour elle) et me voilà dans l’impossibilité de le revendre à un prix défiant toute concurrence = à la poubelle. Et dans la banlieue silencieuse où je réside, je suis lourdement taxé sur les déchets.

Dans la banlieue silencieuse où je réside, donc, qu’avais-je besoin de ces sauts de puce électronique, de ces plages qui ont la bougeotte triste ? La copie d’un LP de Jemh Circs (CD-R LC 06790 tamponné des noms de l’artiste et du label Cellule 75) qui saura ennuyer tout amateur de bonne électro à synthés. Du Bel Canto mou de la glotte ou du Momus instrumental qui se la jouerait expé (tiens là un bruit de verre, tiens là un larsen, lequel je garde putain ?…).



Quitte à donner dans l’expérimental, j’ouvre la pochette du Tucker Dulin / Ben Owen. Dans la version que j’ai reçue de For Echo of Echo il y a un carton plié en deux (un « /30 » apparaît au dos mais le mien est barré par un trait de crayon) et un CD-R (TDK 52X 700MB). Une demi-heure d’une prestation enregistrée en 2013 à New York, dans une galerie au public comblé je n’en doute pas par des bruits de trucs traînés par terre, un drone électronique ou deux notes de cuivre (je ne saurais dire lequel)… Je ne comprends pas vraiment ce que font Dulin et Owen, ce qu’ils cherchent et pourquoi ils pensent que le son de leur performance pourrait m’intéresser. La question restera en suspens.



Comme la question que pose John Chantler : Which Way to Leave? Retourner au bidouillage électro ? Bon. Va pour le Chantler alors… Un autocollant avec la tracklisting et les infos de base sur une pochette cartonnée avec dedans un autre CD-R imprimé… D’une autre trempe que celle de Jemh Circs, la copie de celui-là, alors qu’elle aussi peut sautiller mais avec une gaucherie classe qui la rend intéressante. Bizarre dans sa façon de se tenir, de s’aplatir à la Eno ou de saturer à la grecque, Chantler accouche d’une belle œuvre abstracto-dépressionniste. Ce qui me fait avouer qu’il y a bien sûr des FPUO que l’on garde. Et qu’il peut même arriver que le pauvre chroniqueur de banlieue achète « le vrai » bon disque qu’on lui a gentiment copié pour que, avec un peu de chance et même rapidement, il en fasse encore mieux après la publicité.  



jehm

Jemh Circs : Jemh Circs
Cellule 75
Edition : 2016.
CD : 01-09/ Jemh Circs

tucker dulin ben owen

Tucker Dulin, Ben Owen : For Echo of Echo
Enregistrement : 2013. Edition : 2016.
CD : 01/ Echo of Echo

john chantler

John Chantler : Which Way to Leave?
Room40
Edition : 2016.
CD : 01-09/ Which Way to Leave?
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

P.S. : N'hésitez pas à réagir à cette rubrique afin qu'elle ait une chance de se poursuivre dans la version papier du son du grisli.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ryoko Akama, ko Ishikawa, Bruno Duplant : 2 Compositions (Meenna, 2016) / Bruno Duplant : Places & Fields (B Boim, 2016)

ryoko akama 2 compositions

Je ne sais si Ryoko Akama serait d’accord avec moi pour parler (dans la chronique que je suis en train d’écrire alors que je vous parle) de « réductionnisme » à propos des deux compositions qu’elle exécute avec Bruno Duplant (contrebasse, electronics) et Ko Ishikawa (shô). Trop tard, c’est fait.   

Si je serais bien incapable de donner une définition précise de ce terme (un minimalisme aplati ? un indéterminisme paresseux ?), le réductionnisme de Ryoko Akama nous fournit un bel hommage au silence et à la diphonie (pour ne pas avoir osé parler de « la diphonie du silence »). L’électronique livre ses notes comme une bobine son fil, pareil pour la contrebasse (sur A Proposal – Four) et même chose pour le shô (la parenthèse me permet de noter que cet orgue à bouche a un son bien moins agressif que celui du melodica !).

Maintenant, s’il faut parler des deux pistes disctinctement, disons que la première est plus clairsemée et que l’on y entend le tac tac d’un métronome tandis que sur la seconde (I.Take) les instruments se disputent l’espace avec plus de constance. Ce qui ne m’empêchera pas de conclure que nous avons ici affaire à deux faces d’une même esthétique et qu’il est bien agréable de se laisser porter par elle.

990

Ryoko Akama, ko Ishikawa, Bruno Duplant : 2 Compositions
Meenna
Edition : 2016.
CD : 01/ A Proposal – Four 02/ I. Take
Pierre Cécile © Le son du grisli

bruno duplant places & fields

Comme hier Radu Malfatti avec Cristián Alvear, Bruno Duplant dédie une de ses compositions à un guitariste qui l’interprètera. Sur Places & Fields, Denis Sorokin accompagne de longues notes permises par l’amplification, qui parfois frisent l’harmonique, et remplit des silences qui parfois lui tiennent tête. Il faudra néanmoins le renfort de grésillements sortis d’un poste de radio et de quelques arpèges pour qu’il parvienne à s’inscrire pleinement par le son. Si Places & Fields n’a peut-être pas la « force » des compositions de Malfatti, elle exprime néanmoins une même intention qui, chez Duplant, se précise.

b-boim_30

Bruno Duplant : Places & Fields
B Boim
Edition : 2016.
CDR : 01/ Places & Fields
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Christian Marclay, Okkyung Lee : Amalgam (Northern Spy, 2016)

okkyung lee christian marclay amalgam

Enregistré au printemps 2014 au Café Oto, c’est la rencontre d’un violoncelle et de platines – une dizaine d’années auparavant, c’était au Tonic de New York qu’Okkyung Lee et Christian Marclay avaient enregistré ensemble ce Rubbings consigné sur un des volumes de From the Earth to the Spheres, série de splits sur lesquels on trouvait à chaque fois My Cat Is An Alien.

En ouverture, c’est un vinyle retourné contre un archet qui gratte et même parfois coince. La suite rappellera le conseil donné par Marclay dans les notes de pochette qu’il signa pour Anicca, autre duo de Lee : « Beware, this is scarry stuff » – avant celui-ci, on trouvait la liste de sons étranges (noms pour la plupart tirés de verbes, donc d’actions) allant de « buzzing » à « whooping » ; après quoi, Marclay reconnaissait que les mots sont parfois pauvres pour décrire ce que peut receler un disque.

En français, on fera le même constat au son de ces crépitements et de ces boucles, de ces vrombissements et de ces glissades, de ces chuintements opposés à de beaux effets de pleurage, de ces rythmes incongrus que l’archet cherche presque aussitôt à enfouir, enfin de cet hymne branlant qui, au couple, servira d’impressionnante conclusion. Au temps d’Anicca, Marclay l’avait bel et bien saisi : la musique de Lee prend forme dans le verbe ; il ne lui restait qu’à suivre le mouvement.  

amalgam

Okkyung Lee, Christian Marclay : Amalgam
Northern Spy
Enregistrement : 25 avril 2014. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ Amalgam
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [1] - Permalien [#]

Serge Baghdassarians, Boris Baltschun, Burkhard Beins : Future Perfect (Mikroton, 2016)

Serge Baghdassarians Boris Baltschun Burkhard Beins future perfect

C’est donc à moi qu’on a demandé de déchiffrer cette couverture du trio d’improvisateurs Serge Baghdassarians / Boris Baltschun / Burkhard Beins. Mais je sèche. Oui mais en échange je n’attends pas pour ajouter que ce sont des prises berlinoises, & qui datent de 2008 à 2009… M’excuserez-vous d’avoir failli à ma mission ?

D'autant que j’ajouterais en plus que c’est un CD que je recommande à ceux qui (comme moi ?) ont pu décréter un jour qu’en fait l’impro électroacoustique bah c’était pas la panacée. En piste 1 ça crépite mais pas assez pour remuer un lièvre de Mars mais voilà que tout à coup ça vous cueille (pour moi ça a été dès les premières secondes de la plage 2). Sans doute l’effet des stries électroniques qui va si bien avec la guitare du bout des doigts de Baltschun ou avec le battement de la grosse caisse de Beins. Toujours plus loin (piste 3), le trio dépasse toutes nos (mes) attentes, avec un ordinateur qui joue les pleureuses magnifiques. Le petit drone tient bon et son futur a l’air d’avoir au moins trente ans : c’est peut-être là son secret !

mikroton_cd_49

Serge Baghdassarians, Boris Baltschun, Burkhard Beins : Future Perfect
Mikroton
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2016.
CD : 01/ Futur 1 02/ N-eck 03/ Futur 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Seňales de Síntesis : Música Electroacústica Peruana (1991-2000) (Buh, 2016)

senales de sintesis

J’ai un failli un jour aller au Pérou mais ça ne s’est pas fait. Alors pas étonnant que le Pérou vienne à moi, même si c’est de façon plutôt inattendue, faut avouer : une compilation double CD de musique électroacoustique de là-bas, enregistrée entre 1991 et 2000 (rendons-nous à l’évidence : ça commence déjà à faire loin 2000). C’est un peu dans le genre de la série An Anthology of ??? Experimental Music de Sub Rosa (il faut remplacer donc ??? par Peruvian, donc, et même, ça se complique, experimental par electroacustic).

Dans ces archives récentes il y a des drôles de bruits de synthés, des expérimentations en langue espagnole, des collages à jambe de bois et des compositions à béquille électronique, de la musique concréto-schizo… Je ne sais s’il servirait à grand-chose de citer les noms des neuf musiciens présents sur cette rétro (à part à allonger ma chronique, bien sûr, ce qui serait du goût de beaucoup de monde mais à qui je n’ai pas forcément envie d’obéir, ah cet éternel penchant pour la désobéissance...) mais je vais oser donner quand même ceux de ceux qui m'ont ravi l’oreille : Federico Tarazona, José Sosaya & César Villavicencio (dont les instruments à vents retapés sont irrésistibles). C’est toujours ça de pris, n’est-ce pas ?

images

Seňales de Síntesis
Música Electroacústica Peruana (1991-2000)
Buh Records
2016
2 CD : Seňales de Síntesis. Música Electroacústica Peruana (1991-2000)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Festival Musica [2016] : Strasbourg, du 21 septembre au 8 octobre 2016

festival musica 2016

Le Festival Musica de Strasbourg, qui en est à sa 34e édition, est en général très largement dévolu aux musiques contemporaines plutôt académiques, voire institutionnelles, nonobstant quelques ouvertures à l'occasion de certaines éditions à des esthétiques plus proches des musiques improvisées (surtout lors de ses quinze premières éditions (Un Drame Musical Instantané, Anthony Braxton, Cecil Taylor, Trio Traband a Roma, Cassiber, Phil Minton, David Moss…). Les musiques électroacoustiques, plus précisément acousmatiques, y furent longtemps les parents pauvres : absentes de certaines éditions, tout au plus une rencontre parmi la trentaine de rendez-vous proposée chaque année, elles ont l'honneur de cette présente édition. Est-ce dû à la création d’un département consacré à ces esthétiques au Conservatoire de Strasbourg, appuyé par le partenariat avec l’Université de Strasbourg / HEAR (Haute école des arts du Rhin) ? Toujours est-il que le programme de l’édition 2016 de Musica alignait près d’une dizaine d’événements en rapport avec ces courants des musiques contemporaines.

La première semaine (du 21 au 24 septembre) à laquelle on peut rattacher la soirée du mercredi 28 septembre avec le concert de Thierry Balasse (Messe pour le temps présent) tournait principalement autour du GRM, dont le directeur actuel, Daniel Teruggi, présenta en prologue l’acousmonium, avant d’animer une discussion avec Thierry Balasse et eRikm. Cette installation permit tout d’abord d’entendre des créations de certains étudiants de la classe du département d’électroacoustique de l’académie supérieure de musique de Strasbourg, ainsi qu’une de l’enseignant coordinateur, Tom Mays dont le Presque rien pour Karlax usait d’archives de Luc Ferrari fournies par Brunhild Ferrari. Parmi celles des trois étudiants, Dreaming Expanses d’Antonio Tules apparaissait la plus évocatrice d’un cinéma sonore, les deux autres, quoique ambitieuses, affichaient encore un côté « étude » moins propice à l’imaginaire de l’auditeur : très techniques et pleines de heurts pour Les cheveux ondulés me rappellent la mer de mon pays, du Chilien Sergio Nunez Meneses, une utilisation plus intense des ressources de l’ensemble de l’acousmonium, avec Registres de Loïc Le Roux.

DSC00844

Le lendemain, ce fut la présentation de la dernière œuvre de Pierre Henry (absent pour raison de santé), Chroniques terriennes. Celle-ci n’a pas la densité sonore d’autres œuvres du maître, et pourrait presque s’apparenter à une sorte d’écologie sonore, proche de l’acceptation canadienne de ce vocable, avec ses stridences de cigales, ces ululements ou roucoulements s’ils n’étaient perturbés par des sonorités plus mécaniques, plus anthropiques. Assurée par Thierry Balasse, la diffusion spatialisée de cette création fut suivie par celle de Dracula, créée il y a une quinzaine d’années.
Les auditeurs de Musica retrouvèrent le lendemain l’acousmonium du GRM pour deux sets de présentation d’œuvres réalisées en son sein. D’abord quelques œuvres historiques (deux études de Pierre Schaeffer, forcément, trois œuvres de la fin des années 1960, début 1970 à travers Luc Ferrari, Bernard Parmegiani et François Bayle, dont L’expérience acoustique use de sons empruntés à Soft Machine !, et plus récente, Anamorphées de Gilles Racot). Histoire de montrer les diverses approches. Le second set proposait des œuvres plus récentes. Celle de Vincent-Raphaël Carinola, Cielo Vivo, basée sur quelques vers de Garcia Lorca et offrait une spatialisation intéressante à une trame mouvante et fortement rythmée, plutôt emphatique. Draugalimur, membre fantôme d’eRikm devait suivre : « C’est une pièce que j’ai faite à la suite d’un voyage en Islande en 2013 er ça tourne autour d’un conte islandais sur l’infanticide des familles pauvres, un conte dont j’avais entendu parlé par une amie qui a beaucoup vécu en Islande. J’ai rencontré différentes personnes, je suis entré dans différents paysages, et avec Natacha Muslera nous avons fait des prises de sons... J’ai puisé dans ces enregistrements pour réaliser cette pièce en octophonie… »*. Peut-être la pièce la plus riche en sonorités des quatre présentées durant ce set. Celle de Guiseppe Ielasi, Untitled, January 2014, semble débuter comme une étude mais se meut peu à peu en un récit, parfois linéaire, tantôt plus animé. Springtime de Daniel Teruggi proposa un environnement sonore plutôt onirique, plaisant et prenant, assez rythmé, nourri toutefois d’une voix mutante tantôt proche de la diction d’un Donald Duck, tantôt plus cérémoniale, voire presque sépulcrale.

DSC00856

Deux rendez-vous marquèrent la deuxième semaine. La soirée du mercredi 28 septembre, Thierry Balasse proposa sa re-création, plus instrumentale, et jouée par sa formation Inouie, de la Messe pour le temps présent de Pierre Henry, précédée de deux autres pièces, une récente création de Pierre Henry encore, Fanfare et arc-en-ciel, pièce plutôt ludique diffusée sur des haut-parleurs mixant orchestre et sons purement acousmatiques et Fusion A.A.N. de son propre cru, présenté par les musiciens d’Inouie (Thierry Balasse lui-même au cadre de piano, bagues-larsen, theremin, cymbale, cloches tubulaires, synthés…, Benoit Meurot aux guitare et synthé, Cécile Maisonhaute aux piano préparé, flûte, guitare, voix, Eric Groleau aux hang, cadre de piano et batterie, Eric Löhrer à la guitare, Elise Blanchard à la basse, Antonin Rayon aux synthé et orgue, enfin Julien Reboux au trombone).
ElectroA, ou la prestation soliste d’eRikm fut le second rendez-vous de la semaine. Dans un halo de lumière rougeâtre, le musicien improvisa pendant près d’une heure avec ses deux platines CDs, divers ustensiles et effets, mixant les sons, mettant d’autres en boucles, créant une fresque sonore mouvante, parcourue de pulsations avant d’évoluer vers des sections plus linéaires, presque minimales mais régulièrement perturbées par divers couinements, triturations, maintenant l’auditoire dans un qui-vive permanent.

DSC00862

Les musiques électroacoustiques se déclinèrent en trois prestations lors de la troisième semaine de Musica. Les festivaliers eurent d’abord droit à un troisième acousmonium (après celui du GRM et celui de Pierre Henry) : c’est le studio Musiques et Recherches, de la musicienne belge Annette Vande Gorne, invité par Exhibitronic (Festival international des Arts Sonores, né à Strasbourg en 2011 auquel Musica a proposé une carte blanche !) qui en assura la maintenance pour diffuser quatre pièces, quelque peu inégales. La première, Avant les tigres, due à un jeune élève de Musiques et Recherches, Laurent Delforge était plutôt narrative, colorée, proposant une sorte de paysage mouvant sans agressivité. Annette Vande Gorne diffusa une de ses dernières créations, Déluges et laissés par les actions humaines, avec forces références (Claude Lévi-Strauss, Anatole France, Pasolini) et un questionnement. Pourquoi ? Cette pièce ne fit pas l’unanimité dans l’audience, contrairement à espace-escape, pièce de 1989 que Francis Dhomont présenta au public strasbourgeois après la courte séquence dévolue à Yérri-Gaspar Hummel (directeur artistique d’Exibitronic) et son point de contrôle C, qui évoquait, de manière plus emphatique (malgré les sons d’orage) la condition humaine, la liberté, les frontières.
Deux concerts mixtes (instruments et acousmatique conjoints) constituèrent le plat de la pénultième journée du festival, dont le concert de clôture officiel. Tout d’abord le décoiffant KLANG4, avec Armand Angster (saxophone, clarinettes), Françoise Kubler (voix, harmonica, percussion) entourés d’un platiniste / sampleur, Pablo Valentino, et du compositeur électroacousticien Yérri-Gaspar Hummel. Cette prestation fut aussi mixte dans sa conception, entre trame apparente écrite et pratique improvisée. Tout en nuances, les deux acousticiens surent créer un environnement sonore raffiné et renouvelé aux interventions d’Armand Angster qui, ainsi, dérogeait à l’attitude souvent convenu  inhérente à ses interprétations de la musique contemporaine, en se lâchant. De même, malicieuse, Françoise Kubler, vocalisant, minaudant, susurrant, chantant en diverses langues conquit son public. Un concert réjouissant.

DSC00926

Drum-Machines. Cela fait un peu plus d’un an que l’on attendait cette création associant eRikm (interprète et concepteur) et Les Percussions de Strasbourg (à travers quatre de ses membres). Elle débuta en septembre 2015 par une première séance de travail, se met progressivement en place au cours de l’année pour être enfin présentée à cette édition de Musica. Le résultat, ce fut d’abord l’esthétique musicale d’eRikm démultiplié, densifié, qui, pendant près d’une heure, apparut comme une machine infernale dans laquelle les instruments acoustiques (frottés, triturés…) se confondaient tantôt avec les sons distillés par le compositeur, tantôt s’individualisaient délicatement tout en en proposant des  usages iconoclastes (qu’un jeu de caméras et d’écran permettait de visualiser) : vielle à roue, brindilles sur peau de tambour vibrant à la caresse d’une bille, plaque de métal, polystyrène… Un concert final étonnant et dynamique qui apparemment sut aussi ravir les aficionados des interprétations de musiques plus institutionnelles par les Percussions de Strasbourg.

P.S. Quoique ces quelques lignes se limitent volontairement à un aspect de la programmation, je ne peux m’empêcher de citer, parmi la trentaine d’autres rendez-vous concernant de l’édition 2016 de MUSICA, le compositeur espagnol Arturo Posadas, dont les œuvres « noires » (La lumière du noir, Anamorfosis, Oscuro abismo de llanto y de ternura), proposées par l’ensemble Linéa,Sombras (par le Quatuor Diotima, une soprano et un clarinettiste) et même Kerguelen (par l’orchestra national des Pays de la Loire) révélèrent une esthétique particulière. Il régnait dans ces prestations un esprit presque zeuhlien, en tout cas proche des ambiances distillées par Univers Zéro ou Présent. Et le même quatuor Diotima, avec Visual Exformation composée par le suédois Jesper Nordin** fit penser à l'Art Zoyd des années 1970. Voire à Sandglasses de la compositrice lituanienne Justė Janulytė (Musica 2011). Ou encore à Hildur Guðnadottir, violoncelliste islandaise (que Musica ferait bien d’inviter !)

Pierre Durr (textes & photos) © Le son du grisli

* extrait de l’interview réalisé pour le compte de Radio Bienvenue Strasbourg
** lequel a justement proposé sa pièce Pendants à l’ensemble L’itinéraire sur le CD Experiences de vol #8 édité par Art Zoyd Studio en 2010

Commentaires [0] - Permalien [#]

>