Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Objets trouvés: Fragile (Intakt - 2005)

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Emmené par la pianiste Gabriela Friedli, le quartette Objets trouvés investit, sur Fragile, quelques compositions de son leader. Mais à sa façon, toute particulière, qui ménage l’interprétation et l’improvisation la plus libre, trouvant souvent l’accord parfait entre les envies auxquelles on ne résiste pas et la petite dictature des nécessités.

Provoquant la rencontre des musiques sérielle et cubaine – donc, au rythme des gestes répétés d’une rouleuse de feuilles de cigares -, les musiciens introduisent Pugglig, thème sophistiqué et flottant, qui s’éloigne peu à peu du parallèle repéré plus tôt. La batterie de Dieter Ulrich provoque le changement et mène subtilement à Fledged sous les lavis abstraits du soprano de Co Streiff.

Ulrich et Streiff, toujours, sur Avra - Velum - assemblage qui s’occupe de fondre les airs, bousculés par une improvisation énergique -, pour un duo remarquable de profondeur. Qui a aussi le mérite de rattraper les incidents de parcours, plus tôt rencontrés sur Kulan - No Way Out - Kulan, où les interventions du piano se sont faites plus convenues, les inspirations heureuses du quartette plus rares.

Avec élégance, Co Streiff s’offre enfin le luxe de l’expérimentation lorsqu’elle ouvre Luculus - Ursa Maj. Bientôt transformé par un riff de basse qu’impose délicatement Jan Schlegel, le morceau tire avantages du choix de l’unisson sur une rythmique étudiée auxquels s’opposent les éclats discrets du piano, les ribambelles mélodiques du saxophone. Sorte de conclusion en majesté d’un album sournois d’accessibilité, plein d’avant-garde qu’on dissimule.

CD: 01/ Pugglig - Fledged 02/ Kulan - No Way Out - Kulan 03/ Avra - Velum 04/ Lucullus - Ursa Maj

Objets trouvés - Fragile - 2005 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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Taylor Deupree, Kenneth Kirschner: Post_Piano 2 (12k - 2005)

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Deux musiciens new-yorkais travaillant ensemble, l’un à la suite de l’autre, à un minimalisme abstrait et élégant, trouvent en Post_Piano 2 une preuve rassurante qu’il est possible de mettre avantageusement en musique quelques idées insaisissables.

Plus facile, toutefois, que de mettre un nuage en bouteille, puisque les gestes de Taylor Deupree et de Kenneth Kirschner connaissent des références, savent des exemples à suivre. Au courant des épreuves de Morton Feldman, ils tentent, dans la même veine, d’exprimer autrement des atmosphères semblables. Sur 11.11.2003, surtout, où un clavier aux ambitions tempérées se satisfait des boucles qu’on en tire, des silences qu’on lui impose.

Après l’installation d’un décor chaleureux mais branlant (08.09.2004), suit l’évocation de résonances lointaines, peu rassurantes, bientôt ensevelies sous les nappes granuleuses d’une musique industrielle minuscule (01.09.2005). Quand l’aboutissement, ici, proposait de suivre un rythme qui aura du lutter pour qu’on le remarque enfin, on déroule, ailleurs (09.15.2004) et sans battements, des motifs sur imprimé délicat, redoutant les accrocs.

Le reste est foisonnant, de fioritures abondantes en touches au lavis. Décorum discret de volontés limpides, Post_Piano 2 demande l’encadrement, lorsqu’il repose au fond des boîtes. Couchées, toujours, les musiques tendres.

CD: 01/ 08.09.2004 02/ 01.09.2005 03/ 09.15.2004 04/ 11.11.2003

Taylor Deupree, Kenneth Kirschner - Post_Piano 2 - 2005 - 12k. Distribution Metamkine.

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D'incise: Les dérives (Audioactivity - 2005)

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Projet genevois sous le nom duquel s’abrite Laurent Peter, D’incise n’a de cesse de construire des pièces rythmiques minimales, aboutissements d’efforts programmés sur ordinateurs. A l’écoute, Les dérives ne demandent pas longtemps avant de parler pour leur auteur, francophone déboussolé, élevant des constructions pour pas grand-chose, mais publiées quand même.

Qu’elles, au moins, passent la frontière ; et le pas grand-chose sera devenu déjà ça. A coups d’ambient raffinée (Grillages, Incertain), de ricochets entre lesquels se glissent de timides comptines (En attendant…), D’incise rêve sans doute de fuir un pays qui, depuis longtemps, l’a endormi.

Des surbasses carnivores investissent les champs libres (L’imaginaire, Escarmouche entre deux courants d’air) et quelques fulgurances brèves viennent interrompre les monopoles graves (L’urbaniste insouciant). Voilà pour les décors, plantés pour accueillir des tentations mélodiques (Rêverie stochastique sur fond bleu), ou construits, même, par une boucle de piano décidant de la suite programmée à donner à l’ensemble (Perturbation climatique).

On trouve aussi, sur Les dérives, des écarts de langage : à écouter (Opposition, Effort pulmonaire) ou à lire (et qui prouvent qu’on a parfois plutôt intérêt à numéroter ses morceaux). Peu de choses, pourtant, à reprocher à cette marque d’allégeance de l’électronica suisse à son homologue allemande. De ces dérives qui rapprochent.

CD: 01/ Incertain 02/ Promenade 03/ L’imaginaire 04/ Escarmouche entre deux courants d’air 05/ Effort pulmonaire 06/ Mémoire instable d’un génocide 07/ En attendant… 08/ Grillages 09/ Echafaudages 10/ L’urbaniste insouciant 11/ Rêverie stochastique sur fond bleu 12/ Opposition 13/ Perturbation climatique 14/ Amnésie

D'incise - Les dérives - 2005 - Audioactivity. Import.

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Jacques Coursil: Minimal Brass (Tzadik - 2005)

coursilbrassgrisliDepuis la sortie de The Way Ahead (1969) - son second album en tant que leader -, le trompettiste Jacques Coursil s’était retiré. Non pas du monde, mais de la musique que l’on enregistre, et à qui il préféra l’enseignement de la linguistique. Puisque 35 ans d’absence n’ont pas réussi à effacer l’empreinte d’un free jazzman cérébral et imposant, la raison du retour de Jacques Coursil est à chercher ailleurs.

Ailleurs, et autrement. Il semblerait que le temps nécessaire à la reprise du souffle aura permis l’apaisement de celui qui s’est livré tout entier à une longue réflexion. Libéré des ambitions de musicien iconoclaste pour les avoir menées à bien, Coursil signe aujourd’hui Minimal Brass, tout à la fois enregistrement solo que la méthode du re-recording dote de tentacules, et faire-part de renaissance produit par John Zorn.

Sous le signe du cercle et des cycles, la trompette, multipliée jusqu’à douze fois, répète des harmoniques, enjoint les timbres à l’interférence, ou explore la palette de son grain sur un développement sériel institué musique des origines (First Fanfare). Elaboration de strates sonores, dans lesquelles Coursil enfouit un Sketch of Spain réinventé par John Adams, et qu’il aimerait bien voir fossiliser.


Faisant écho à des bribes de musique contrapunctique disséminées avant et après elle, Second Fanfare suspend quelques notes sur des schémas mélodiques joués à l’unisson. Alors, le trompettiste invente une soul contemplative, donne son point de vue impressionniste sur le déroulement des choses. Quelques dissonances finales livrent de nouvelles intentions.

Celles de Last Fanfare, en définitive, qui se refusent à faire taire la tension sous-jacente. Tirant bénéfice de la technique de la respiration circulaire, le musicien décide de mises en abîme pastel, et accueille les échappées mélodiques de solos optimistes sur des bourdonnements linéaires et délicats. Soit, pour Jacques Coursil, un retour des limbes étrange mais réussi : le mystère des vapeurs investissant le domaine musical, l’investissement des cycles pour toute incarnation.

CD: 01/ First Fanfare 02/ Second Fanfare 03/ Last Fanfare

Jacques Coursil - Minimal Brass - 2005 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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