Interview de Christian Wolfarth

Passées Les portes du pénitencier, Christian Wolfarth a su, au fil des années, faire preuve d’écoute et mettre son appétit de sons rares au profit d’un art précieux de la batterie. Alors qu’il clôt son emblématique série Acoustic Solo Percussion en publiant sur Hiddenbell les huit pièces qu’elle renferme accompagnées de remixes, l’un des grands représentants de l’audacieuse frappe helvète passe à la question.
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… Quand j’étais enfant, nous avions des amis à la campagne. C’était une famille d’agriculteurs qui m’accueillait, avec ma sœur parfois, à l’occasion des vacances. J’étais très jeune et, souvent, je m’asseyais à même le sol du salon pour écouter des vinyles – c’était surtout du folklore, et des marches militaires. Il y avait ce morceau que j’ai dû écouter des centaines de fois, une face d’un quarante-cinq tours de Bibi Johns und John Ward, de la pop en allemand. Je ne sais pour quelle raison ce disque a été très important pour moi. Trente ans plus tard, quelqu’un me l’a offert, et je l'ai gardé depuis. La pochette est superbe…
Comment es-tu arrivé à la musique et quelles ont été tes premières expériences de musicien ? Devenir musicien a toujours été mon rêve – quand ce n’était pas photographe, danseur ou acteur. Enfant, je ne jouais pourtant d’aucun instrument, si ce n’est à un moment donné une espèce de flûte. Lorsque j'ai eu seize ans, ma sœur a vendu sa guitare acoustique dont elle ne se servait pas. Un garçon est passé à la maison pour l’acheter, il m’a dit qu’il voulait former un groupe et qu’il cherchait un batteur. Je n’avais encore jamais tapé sur une batterie, mais j’ai décidé de m’en acheter une pour pouvoir faire partie de ce groupe. Deux semaines plus tard, nous donnions notre premier concert. Nous jouions The House of the Rising Sun et pas mal de blues. Nous répétions chaque semaine, mais nous n’avons donné que deux concerts en tout et pour tout. Le groupe suivant donnait dans le progrock un peu arty. Après ça, j’ai déménagé à Berne où j’ai étudié avec Billy Brooks à la Swiss Jazz School de 1982 à 1986. Des années plus tard, j’ai pris des leçons avec Pierre Favre au Conservatoire de Lucerne. Durant mes dix premières années de musicien, j’ai joué un peu de tout : dans des groupes de reprises des Rolling Stones ou de blues, des trios de jazz, des big band, des groupes de fusion, de musique improvisée, d’art punk…
Quelles étaient tes influences à cette époque ? Il y en eu beaucoup… Mon premier disque de jazz a été le second volume d’In My Prime d’Art Blakey and the Jazz Messengers. Je suis encore capable de fredonner chacun des solos qu’on y trouve. A côté de ça, j’écoutais beaucoup de progrock, des groups comme Pink Floyd, Emerson, Lake & Palmer, Santana, Edgar Broughton Band, Crosby, Still, Nash & Young, Genesis, The Beatles, Led Zeppelin, Chick Corea, Weather Report... Lorsque j’ai eu une vingtaine d’années, j’ai découvert des musiciens comme Frank Zappa, King Crimson, Henry Cow et bien sûr beaucoup de musiciens de jazz, même d’avant l’avènement du be-bop, et de musique improvisée. Au début des années 1980, il y avait à Berne une série de concerts appelée « Jazz Now », ça a été une véritable chance pour moi ! Elle programmait de la Great Black Music du genre de celle de l’AACM, avec Muhal Richard Abrams, Anthony Braxton, Thurman Barker et George Lewis, mais aussi des représentants du New York Downtown comme John Zorn, Bill Frisell, Bob Ostertag, Elliott Sharp, Lounge Lizards, Skeleton Crew, Shelly Hirsch, et encore des musiciens comme Sam Rivers, Archie Shepp, Steve Lacy, Odean Pope, Cecil Taylor, Jimmy Lyons, Tony Oxley, Johnny Dyani, Louis Moholo, Joe Malinga, Dollar Brand… Enfin, toute la communauté de l’improvisation européenne, avec Globe Unity Orchestra, Peter Brötzmann, Peter Kowald, London Jazz Composers Orchestra, Misha Mengelberg, Rüdiger Carl, Irène Schweizer, Evan Parker, Han Bennink, Derek Bailey, Lol Coxhill… Je leur suis reconnaissant à jamais, c’était merveilleux !
Quels ont été les projets qui ont lancé les « recherches musicales » que tu poursuis encore aujourd’hui ? C’est très difficile à dire. Je crois que tout ce que j’ai pu entendre et jouer depuis le début m’a influencé d’une manière ou d’une autre. J’envisage ça comme le processus de toute une vie, un processus qui n’en finit jamais.
L’une de tes préoccupations est la réduction de l’instrument batterie. Quitte à alléger le kit, pourquoi garder encore plusieurs éléments de batterie pour n'en garder qu'un seul comme a pu le faire par exemple Seijiro Murayama ? Depuis mon premier enregistrement en solo, j’ai écrit quelques pièces pour un ou deux éléments seulement. Caisse claire, cymbales, etc. Je viens juste de terminer des enregistrements pour mon prochain CD, sur cymbales exclusivement. Ca sortira cet automne. Depuis deux ans, je joue exclusivement sur cymbales lorsque je suis seul.
Penses-tu t’exprimer de la même manière selon que tu joues seul ou accompagné ? Si j’aime beaucoup jouer et enregistrer seul, c’est que cela me permet de travailler davantage le matériau et de me plonger plus profondément encore dans les possibilités de l’instrument. C’est tout à fait différent de jouer avec d’autres musiciens. Je n’improvise pas vraiment lorsque je joue seul, mais cela m’aide dans l’élaboration d’autres projets en termes de formes, de structures, de durées et d’état d’esprit lorsque je compose.
Est-il difficile de mener à bien un projet qui demande une écoute attentive, de trouver des concerts, voire même des auditeurs pour ce genre de travail ? Mon premier concert en solo date de 1991. Depuis, j’ai dû jouer seul quelque chose comme cent-vingt fois. Mon premier disque solo est sorti en 1996 sur Percaso et mon deuxième en 2005 sur Four4Ears. Après quoi j’ai travaillé sur ma série intitulée Acoustic Solo Percussion, qui est désormais close avec la sortie du double CD dont tu parles. Ce n’est pas si facile en effet de trouver à faire entendre ce genre de projet, mais d’un autre côté il permet une plus grande flexibilité et est moins lourd à organiser.
Comment t’es venue l’idée de faire remixer ta série Solo Acoustic Percussion ? Quelles ont été tes impressions à l’écoute du résultat ? J’étais curieux de voir comment ces musiciens allaient aborder mes idées et de quelle manière ils travailleraient à partir de ce matériau, et je me demandais comment tout ça allait sonner. Ca a été une expérience fabuleuse, et aussi très surprenante pour moi. J’aime vraiment beaucoup chacun de ces remixes. Certains sont proches de l'original, et d’autres totalement éloignés…
Günter Müller et Joke Lanz, qui signent deux remixes chacun, sont deux musiciens que tu côtoies dans des projets différents. Avec le premier et Jason Kahn, tu formais un trio qui s'amusa d'intituler son premier disque Drumming. Votre champ d'exploration a-t-il changé depuis ? J’aime vraiment beaucoup jouer avec Günter et Jason, mais notre projet est malheureusement en sommeil. Evidemment, j’ai beaucoup appris auprès de ces deux gentlemen. En 2010, nous avons sorti notre deuxième disque, Limmat, sur le label Mikroton. Il m’est difficile de dire si mes vues musicales ont changées depuis. Encore une fois, j’envisage plutôt ça comme une très longue expérience, voire comme l’expérience d’une vie.
Avec Lanz, tu formes TELL, un autre projet électroacoustique… C'est même le seul encore en activité pour le moment… Mais ce n’est pas très différent d’un projet acoustique, étant donné que Joke a des façons très physiques de jouer des platines, proches de celles d'un instrumentaliste acoustique. Il est rapide comme l’éclair ! C’est peut-être la plus grande différence à faire entre acoustique et électroacoustique : le tempo et la longueur du développement musical. Mais je participe aussi à des groupes acoustiques qui jouent dans la lenteur, avec Michel Doneda et Jonas Kocher, ou encore en duo avec Enrico Malatesta.
Il faut comprendre que Mersault n’est plus actif ? A quoi tenait, selon toi, son originalité ? Malheureusement, nous avons cessé de jouer ensemble il y a deux ans environ, sans véritable raison. Notre deuxième album, Raymond & Marie, est encore aujourd’hui l’un de mes préférés de ma discographie. Je travaille avec Chrisitan Weber depuis assez longtemps : depuis une douzaine d’années dans le trio que nous formons avec Michel Wintsch, WintschWeberWolfarth, qui est un projet qui m’est cher. Mersault est né à peu près à la même époque. Nous cherchions à produire une musique minimale mais qui n’en serait pas moins « sexy ». La plupart du temps, notre musique était très lente et faisait la part belle aux longs développements, un genre de musique qui n’avait que la peau sur les os… C’était un projet assez pop, au final.
Quel genre de pop écoutes-tu aujourd’hui ? La pop, ce n’est pas trop mon truc – en même temps, où sont vraiment les limites ? Les styles m’intéressent assez peu, pour moi c’est toujours de la musique. Il y a trois semaines, je suis allé voir The Melvins… Ce n’est pas vraiment pop, mais c’était terrible…
Tu parlais plus tôt d’Enrico Malatesta… De quels percussionnistes contemporains te dirais-tu proche aujourd’hui ? Beins, Zach… ? Bien sûr, ces trois là, oui, et puis aussi Lê Quan Ninh, Michael Vorfeld, Jason Kahn, Seijiro Murayama, Jon Mueller, Günter Müller, Gino Robair et d’autres que j’oublie. D’une manière ou d’une autre, nous sommes tous différents, mais nous partageons une même vision des choses…
Christian Wolfarth, propos recueillis en mai et juin 2013.
Guillaume Belhomme & Guillaume Tarche © Le son du grisli

Pixel : Mantle (Raster-Noton, 2013)

Pour fêter les dix ans de Display, son tout premier disque sur Raster-Noton, Pixel (derrière lequel se cache Jon Egelskov) en sort un nouveau (et quatrième sur le même label) : Mantle.
A notre écoute on dirait qu’il guette les réactions de petits schémas rythmiques à la loupe. Il les chatouille, les fait grésiller, les provoque… et le fruit de ses expériences varie entre minimalisme, proto-techno expérimentale (qui jongle avec les pulsations, les prises jacks et les buzzs) et pop électronique (où des basses ronflantes font face à des effets sonores für Atari). S’il s’était montré plus sélectif, Egelskov aurait pu faire de Mantle un excellent EP. Or le CD compte huit pistes...
Pixel : Mantle (Raster-Noton)
Edition : 2013.
CD : 01/ Line Level 02/ Steel Tape 03/ Plumb Bob 04/ Brown Shirt 05/ Nesting Screen 06/ North Arrow 07/ Ericson Sandstone 08/ Mantle
Pierre Cécile © le son du grisli

Charlemagne Palestine, Z’ev : Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear (Sub Rosa, 2013)
S’ils ont attendu 2007 pour enfin jouer ensemble, Charlemagne Palestine et Z’ev se connaissaient depuis le milieu des années 80. Avec Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear, ils franchissent un autre pas… celui de l’enregistrement. Et c’est Sub Rosa qui a l’honneur d’éditer ce double CD – dans une nouvelle collection, « Laboratoire Central / Sub Rosa Sessions », consacrée à des lives sans public.
Le premier CD renferme trois dialogues sur lesquelles le (ci-dedans) carillonneur tinte et résonne alors que le percussionniste l’enveloppe sous ses murmures et ses gémissements. Affront fait au minimalisme : son allure est toujours mise en déroute, la plus belle preuve étant donnée par le troisième duo, où le sonneur de métaux prend le dessus sur le sonneur de cloches. S’ensuivent trois duos : un de Palestine (crescendo, il cadence ses coups et ses contrecoups, ses échos et ses retours d’échos…) et deux de Z’ev (le premier, superbe, bat un tambour qui change cent fois de peau ; le second, trois fois plus long, expérimente avec un art du hasard finement ciselé). Comme par miracle, ces trois solos qui se répondent montrent une autre manière de dialoguer et une autre manière d’accorder des intérêts vieux (disons) d'une vingtaine d’années. Cognac !
EN ECOUTE >>> Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear (extraits)
Charlemagne Palestine, Z’ev : Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear (Sub Rosa)
Enregistrement : 18-20 juin 2010. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Duo C/Z #1 02/ Duo C/Z #2 03/ Duo C/Z #3 04/ Solo C #1 05/ Solo Z #1 06/ Solo Z #2
Pierre Cécile © Le son du grisli

Colin Stetson : New History Warfare Vol. 3: To See More Light (Constellation, 2013)

Certes il n’a pas été absent très longtemps mais… Colin Stetson est de retour ! Et pour couronner le tout il n’est pas seul : Justin Vernon (de Bon Iver) chante sur quatre titres de To See More Light (troisième volume de la série « New History Warfare »).
Ce qui n’est pas toujours un succès, il faut l’avouer, puisqu’une chorale soul (oui, encore... remember Shara Worden) peut, sans que vous ne vous y attendiez, vous sauter à l’oreille (And in Truth), ou un qu’un refrain chanté peut écarter de ses faiblesses tout faux-semblant expérimental (Who the Waves Are Roaring for (Hunted II)). Pour ce qui est des instrumentaux, rien de neuf chez Stetson : sa voix perce le saxophone qu’il utilise sur trois ou quatre notes en boucle (Hunted, High Above a Grey Green Sea). Bon…
Un peu mieux quand même : sur l’introduction d’In Mirrors, quand le saxophoniste ose jouer abstrait !, et sur Brute, dont le beat se rapproche de la musique électronique et où la voix se fait plus brutale, en effet, et donc un peu plus provocante. Lui qui aime creuser des sillons, pourrait-on conseiller à Colin Stetson de creuser de ce côté-là pour son prochain retour ?
EN ECOUTE >>> High Above a Grey Green Sea
Colin Stetson : New History Warfare Vol. 3: To See More Light (Constellation / Gibert Joseph)
Edition : 2013.
CD / 2 LP / DL : 01/ And In Truth 02/ Hunted 03/ High Above A Grey Green Sea 04/ In Mirrors 05/ Brute 06/ Among The Sef (Righteous II) 07/ Who The Waves Are Roaring For (Hunted II) 08/ To See More Light 09/ What Are They Doing In Heaven Today? 10/ This Bed Of Shattered Bone 11/ Part Of Me Apart From You
Pierre Cécile © Le son du grisli

Jacqueline Caux : Les couleurs du prisme, la mécanique du temps (La Huit, 2012)

On revient souvent au livre Le silence, les couleurs du prisme & la mécanique du temps qui passe. On peut se plonger désormais dans les images d’un film du même nom (ou presque) qu’écrivit Daniel Caux et qu’a réalisé Jacqueline Caux.
C’est d’abord la voix de John Cage : Je voudrais laisser les gens libres, il ne faut pas qu’ils soient disciples. La seule influence que je voudrais avoir c’est que les gens ne doivent pas influencer les autres. Le compositeur sera le fil rouge du film et l’entretien qu’il a donné le premier d’une série consacrée aux novateurs qui ont animé la passion de Daniel Caux. Ils parleront (certaines interviews sont récentes) : Cage (qui évoque Satie, Philip Glass), Pauline Oliveros (Tudor, Cage, le San Francisco Music Center…), La Monte Young (Webern, « l’âme du bourdon »), Terry Riley (la nouvelle musique, La Monte Young), Meredith Monk (New York, Philip Corner), Gavin Bryars (The Sinking of the Titanic, l’enseignement), Steve Reich (It’s Gonna Rain, Coltrane), Richie Hawtin (le beat de la Techno)…
Surtout il y a Daniel Caux, qui peut à l’occasion piocher dans sa collection de vinyles, qui raconte Variations IV de Cage, It’s Gonna Rain de Reich ou la transe ou l’extase possible par les notes tournantes de Riley. Là, à quelques centimètres, avec une simplicité et une science qui change du bavardage universitaire, Daniel Caux nous invite en ami à aller trouver tous les disques qui ont pu nous échapper.
Jacqueline Caux, Daniel Caux : Les couleurs du prisme, la mécanique du temps (La Huit / Souffle Continu)
Edition : 2012.
DVD : Les couleurs du prisme, la mécanique du temps
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Florian Wittenburg : Sympathetic, (a)symmetric (NurNichtNur, 2012)

Tout aussi actif dans les domaines électronique, électroacoustique que plus classiquement « acoustique », Florian Wittenburg livre, avec cette brassée de pièces récentes, un convaincant recueil consacré au seul piano. Le compositeur y prend en charge les quatre parties de ses propres Patterns in a chromatic field (évidemment in memoriam Morton Feldman) avant de laisser son répertoire et le clavier, alternativement à Nico Huijbregts et Daan Vandewalle.
Sous les doigts de son auteur, la longue suite liminaire s'affranchit intelligemment de l'influence déclarée pour révéler, dans la réitération des motifs, une belle chorégraphie et, à l'occasion, des gestes de carillonneur. Après cette déambulation, le programme se déroule en déclinant de différentes façons la dialectique du statique et du mouvant : trois brefs moments « à drones » (commandés par e-bows) ; une réflexion inspirée par une sculpture de LeWitt (Sol) et le recours au hasard de Cage (John) ; une tentative de lévitation... Soit un art qui, s'il n'est pas renversant, illustre, avec sa délicatesse, ses scrupules et ses suspensions, une passion attentive.
Florian Wittenburg : Sympathetic, (a)symmetric – New music for piano (NurNichtNur)
Edition : 2012.
CD : 01/ Patterns in a chromatic field I (2008-2009) – IM Morton Feldman 02/ Patterns in a chromatic field II (2008-2009) – IM Morton Feldman 03/ Patterns in a chromatic field III (2008-2009) – IM Morton Feldman 04/ Patterns in a chromatic field IV (2008-2009) – IM Morton Feldman 05/ Three Drones I (2008) 06/ Sol meets John I (2009) 07/ Sol meets John II (2009) 08/ Three Drones II (2008) 09/ Chords in slow motion (2000) 10/ Three Drones III (2008)
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Charbel Haber : It Ended Up Being a Great Day, Mr. Allende (Al Maslakh, 2012)

Amateurs de guitare et de têtes de mort, l’auberge que tient Charbel Haber est faite pour vous. Seul (et contre tous), le guitariste libanais a faussé compagnie à ses Scrambled Eggs pour concocter sur deux jours It Ended Up Being a Great Day, Mr. Allende.
A tel point inspiré par les trois nouvelles de La littérature nazie en Amérique de Roberto Bolaño, Haber a accouché de quatre pièces instrumentales. Leur minimalisme expérimental se cherche et se trouve souvent entre deux notes, débite des gimmicks qui se fondent dans des paysages nappés d’effets. Dans la veine d’un Glenn Branca sous héroïne (mou à en crever) quand ce n’est pas dans celle d’un Taylor Deupree foutriquement expérimental (sur Two Germans at the End of the Earth), Haber signe un beau disque de musique électrique ondulo-jubilatoire.
Charbel Haber : It Ended Up Being a Great Day, Mr. Allende (Al Maslakh)
Enregistrement : 16 et 17 janvier 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Itinerant Heroes of the Fragility of Mirrors 02/ Wandering Women of Letters 03/ Two Germans at the End of the Earth 04/ Magicians, Mercenaries and Miserable Creatures
Pierre Cécile © Le son du grisli

RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech, 2012)

Two Angles of a Triangle sonne le retour de Reto Mäder et par voie de conséquence de ses idées fixes (de dark ambient, de minimalisme, de petits arpèges, de parasites angoissants…). Sur deux CD, qui plus est, où il peut se montrer (au choix) inventif, naïf, gentil, terrible…
Débiteur d’ambiances sur le CD1, notre homme glisse sur les cordes de métal de sa guitare, sur des nappes d’ombres synthétiques et recourt ici ou là à des instruments d’une Mäder-Kabbale qui cherche des bruits secrets. Sur le CD2, un piano enfantin n’est cependant pas de taille à révéler quoi que ce soit digne d’intérêt ou des cloches alourdissent un peu la cérémonie. Mais, quelques instants plus tard…
… des glissandi calment les impatiences de l’auditeur au point que Mäder ne donnera dorénavant plus que dans la berceuse. Il double un carillon et la magie opère (d’autant que la petite mélodie dévisse jusqu’à réveiller tous les fantômes qui dorment dans les placards des chambres d’enfants). Comme la peur finira par s’emparer de lui, Madër invente des draps de sons qu’il baptise Laid Open et Show Me the Shadow of the Sun (où son goût des orgues réapparaît). Là-dessous, il est à l’abri, reprend son courage à deux mains et souffle tout ce qu’il a dans le coffre : alors il impressionne !
RM74 : Two Angles of a Triangle (Utech Records)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.
2 CD : CD1 : 01/ Betwixt 02/ Spineless 03/ Between And Forever 04/ Orka's Dream 05/ A Shimmer Of Bronce 06/ May 30, 2012 2:58 07/ Bees And Ghosts – CD2 : 01/ Anthem For A Windmill 02/ Fen Fire 03/ Because Of The Slow Shutter Speed 04/ Samsa 05/ We Run In Vicious Circles 06/ Laid Open 07/ Show Me The Shadow Of The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

Colin Stetson : New History Warfare Vol. 2: Judges (Constellation, 2011)

Colin Stetson a un faible pour le mélange des genres. Pour preuve, une liste de collaborateurs qui pioche aussi bien du côté de la pop ou du rock (Godspeed You! Black Emperor, TV On The Radio, Tom Waits, David Byrne) que de la musique chercheuse (Anthony Braxton, Mats Gustafsson). Une autre preuve ? Alors voilà : deuxième volume de « New History Warfare », intitulé Judges, produit par le label Constellation. Aux saxophones (alto, ténor et basse), Stetson y (gustafs)sonne et (brax)tonne !
L’anche entre deux chaises musicales (disons pour faire vite et surtout pas compliqué le minimalisme américain et l’improvisation à bracelets de force), il déroule une musique pas désagréable mais dont on se demande ce qu’il reste une fois qu’elle est passée. On regrette d’ailleurs vite les deux premières plages, les meilleures. Le saxophoniste travaille la matière sonore ou lance une sorte de dance music aqua-acoustique. Après, il concocte des chansons (c’est le format choisi) où son saxophone accompagne sa voix (qui en filtre) et où Laurie Anderson est de temps en temps invitée à dire quelques mots et Shara Worden de My Brightest Diamond à venir tout casser avec ses sales accents de soul. Bien vite, tout ça tourne en rond. Peut-être plus facile que vraiment subjuguant en fait…
Colin Stetson : New History warfare Vol. 2: Judges (Constellation / Instant Jazz)
Edition : 2011.
CD : 01/ Awake on Foreign Shores 02/ Judges 03/ The Stars in His Head [Dark Lights Remix] Bell Orchestre 04/ All the Days I've Missed You (ILAIJ I) 05/ From No Part of Me Could I Summon a Voice 06/ A Dream of Water 07/ Home 08/ Lord I Just Can't Keep from Crying Sometimes 09/ Clothed in the Skin of the Dead 10/ All the Colors Bleached to White (ILAIJ II) 11/Red Horse (Judges ll) 12/ The Righteous Wrath of an Honorable Man 13/ Fear of the Unknown and the Blazing Sun 14/ In Love and in Justice
Pierre Cécile © Le son du grisli

Yannis Kyriakides : Dreams (UnSounds, 2012)

Sur l’écran noir des lettres défilent en suivant le rythme de The Arrest interprétée par l’Ensemble MAE. La première des compositions que Yannis Kyriakides a mise en image pour Narratives 1: Dreams, est à ranger au rayon « minimalisme », où elle ne brillera pas particulièrement par son originalité.
Minimaliste, Subliminal le sera aussi, d’une manière à la fois plus frontale et plus indépendante des codes. L’écran est redécoupé, une longue bande de paysage le divise. C’est avec l’arrivée de la guitare (étrangement, pourrais-je dire) et son changement en héroïque que le répétitif de cette pièce trouve son salut. Avec Dreams of the Blind, Kyriakides opère un retour au contemporain (minimaliste aussi) : les quatre temps de sa composition (l’illustration se sert encore de ces défilés de mots-images) mettent en valeur un violon qui frôle le maniérisme mais qui réaffirme surtout que si Kyriakides sait se faire obéir, c’est bien par les instruments à cordes. Tel l’aveugle de cette dernière pièce, je ne me suis pas aperçu de l’intérêt de l’image,. Cela n’empêche pas le musicien de prévoir de remettre ça dans les mois à venir : d’autres « Narratives » sont annoncées.
Yannis Kyriakides : Narratives 1: Dreams (Unsounds)
Edition : 2012.
01/ Dreams of the Blind 02/ The Arrest 03/ Sulbiminal
Pierre Cécile © Le son du grisli























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