Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Wolfram : X (Monotype, 2016)

wolfram x

A la déferlante baguettée de l’introduction, je me suis dit que Wolfram, qui avait vu son Atol Drone pourtant réédité par Bocian il y a quelques années mais que j’avais totalement oublié, était batteur. Or non. Il donne plutôt dans une ambient synthétique et même (n’ayons pas peur du mot) fantastique.

Voilà que ça me revient. Il faut dire que, comme nous le rappelle Monotype, cela faisait onze que le Polonais gardait le silence. Et voilà qu’à peine sorti du formol sonore dans lequel il réfléchissait il nous y plonge à notre tour. Je brasse donc dans des nappes de synthés grasso-gracieuses et tutoie en plus des larsens et des résonances. Heureusement que tout ça part en une sorte d’indus bienveillant qui aspire tout, enfin tout sauf moi. C’est d’ailleurs pourquoi je vous écris aujourd’hui : c’est votre tour d'aller au bain, et je vous le conseille vivement.


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Wolfram : X
Monotype
Edition : 2016.
CD : 01. W:X:swarm 02. Introspektiv 03. Exploded View 04. N:xizhe 05. Secret Humans
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Jeph Jerman, Tim Barnes : Versatile Ambience (IDEA Intermedia, 2016)

jeph jerman tim barnes versatile ambience

Si je me plie aux règles du jeu qu’a l’air de me proposer ce beau (et lourd) vinyle, je devrais essayer de reconnaître les instruments utilisés par couche, les uns après les autres… Après un vieux magnéto-trifouille et une cigale synthétique (ô chant rapide, suspens ton vol), je dirais un violon joué à l’archet et une clarinette… Mais voilà que déjà se fait entendre un autre instrument… un orgue, non ?

Ce jeu, c’est celui de Jeph Jerman & Tim Barnes, qui collaborent depuis une douzaine d’années, mastered by Rashad Becker, & auquel on arrête de jouer assez vite. Non pas parce qu’on n’y comprend plus rien (je maintiens : une clarinette, ou un basson, et un archet au moins) mais parce qu’on a autre chose à faire et que cet autre chose c’est : l’écouter. D’autant que plus on avance et plus il y a de matière : après les instruments acoustiques (dans la pochette du disque, je trouve la liste des participants : Aaron Michael Butler, Ken Vandermark, Sara Soltau, Jacob Duncan, Rachel Short, Bret Berry), voilà le vent qui souffle et des bêtes qui vocifèrent.

Les indications ne disent pas par contre dans quelles conditions le disque a été enregistré, qui des field recordings ou des instruments sont arrivés le premier, par exemple, ou encore pourquoi le tout premier larsen de la face B détruit tout cet ouvrage de couches ? Pour un autre bel ouvrage, du reste : concret-brut-abstract-noise, avec voix & autres inserts préenregistrés, moteurs & souffleries… Versatile, pour sûr !, et un seul défaut avec ça : que ce 33 tours de taille tourne à la vitesse d’un 45…





jerman barnes

Jeph Jerman, Tim Barnes : Versatile Ambience
IDEA
Edition : 2016.
LP : A-B/ Versatile Ambience
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Michał Libera, Martin Küchen, Ralf Meinz : Tyto Alba. 13 Portraits of Melancholics, Birds and Their Co-Hearing (Bolt, 2015)

michal libera martin küchen ralf meinz tyto alba

C’est le genre de disque difficile à présenter, ce qui ne m’empêchera de le faire, en reprenant à mon compte le terme de « sound essay » pour une oreille qui souffre. Maintenant, notons que c’est un travail littéraire de Michał Libera et que ce Michał Libera est accompagné par Martin Küchen & Ralf Meinz.

C’est le tic-tac du réveil qui prévient l’auditeur du commencement du projet. Une voix nous en parle en intro : c’est Libera, qui raconte sa vie, des souvenirs, on dirait… A un moment, un piano passe une queue puis arrivent des samples de classique, puis on nous parle d’acouphènes… Il y a des extraits d’œuvres signées de « maîtres » qui ont donné leurs noms aux plages du CD et le sax de Küchen qui tourbillonne parfois dans le coin.

Petit à petit la voix s’éloigne et un battement qui monte fait de cet éloignement un must de design sonore. Comme ça, on arrête de nous parler ? L’oreille (même sifflante) peut se laisser aller à la musique, une musique d’ambiance qui laisse rêveur (puisqu’on n’a pas tout compris, on peut toujours rêver). Tak, Michał !



tyto alba

Michał Libera, Martin Küchen & Ralf Meinz : Tyto Alba: 13 portraits of Melancholics, Birds and Their Co-Hearing
Bolt / Metamkine
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Michel Serres 02/ W.G. Sebald 03/ Philomela 04/ Max Ernst 05/ Alvin Lucier 06/ Giorgio Agamben 07/ Bedrich Smetana 08/ Andean Solitaire 09/ Auguste Rodin 10/ Tyto Alba 11/ Georges Perec 12/ Whilhelm Heinrich Dove 13/ Javier Marias
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

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Toshimaru Nakamura, Martin Taxt : Pan On Fire (Monotype, 2016)

toshimaru nakamura martin taxt pan on fire

Sans les trois autres membres de Koboku Senjû, Toshimaru Nakamura  (no-input mixing board) et Martin Taxt (tuba microtonal amplifié) se sont retrouvés début 2015 dans le sud du Japon. Ils y enregistrèrent Pan On Fire.

L’amplification donnant à l’instrument de Taxt – qui a, depuis Microtub, conservé un intérêt pour la microtonalité – des airs de guitare ou de basse électriques, l’introduction du disque est surprenante. A l’étroit dans la boîte, le tuba grommelle et geint, en conséquence grésille et sature, avant d’avoir à faire avec les premiers retours d’ampli et les aigus persistants de son partenaire.

C’est désormais un fracas que se disputent chuintements, larsens, crépitements…, sur lequel s’abattra en sixième plage un épais brouillard. Doté d’avertisseurs, le tuba y progresse prudemment en multipliant les signaux ; sur la plage suivante, il composera un code morse halluciné qui formulera sa perte : pouvait-il plus longtemps faire face aux assauts vifs du no-input mixing board ?  


pan on fire

Toshimaru Nakamura, Martin Taxt : Pan On Fire
Monotype / Metamkine
Enregistrement : 7-10 janvier 2014. Edition : 2016 ?
CD : 01/ Sticky Blender 02/ Sieves and Colanders 03/ Stacked Pots 04/ Sharpened, Flawlessly Sharpened Knife 05/ Drain the Discard 06/ Still Learning How to Use Chopsticks… 07/ Cutlery 08/ Film CLung 09/ Knife on the Board 10/ Chill the Bowl Before Use
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tim Olive, Ben Owen : 63-66 (845 Audio, 2016)

tim olive ben owen 63-66

On renverra le lecteur aux « archives » Tim Olive pour le persuader de l’intérêt que celui-ci porte à l’improvisation en duo. A sa galerie de collaborateurs, c’est le portrait de Ben Owen qu’il accroche aujourd’hui – la rencontre, enregistrée à New York, date d’octobre 2014 – au son de quatre pièces numérotées de 63 à 66 et qui font de cinq à vingt minutes.

C’est, une fois encore, une abstraction peu rassurante, balistique ; mais une abstraction sur laquelle les instruments (micros électromagnétiques pour Olive, radio ondes courtes, oscillateurs et micro-contacts pour Owen) jouent de discrétion et même d’effacement – l’amour que le second porte au gaufrage (voir les objets qu’il publie sous étiquette Winds Measure) aurait-il influencé la rencontre ?

Sur la première plage, peut-être. Le souffle qui effleure de temps à autre une ou deux cordes tendues en tubes épais (c’est ce qu’on imagine, à l’écoute du disque) exprime en marge de l’échange ce qu’il aurait pu être d’un bout à l’autre. Or, la suite est différente : conversation atone d’un larsen et d’un ronronnement qui transforme les chuchotements en susurrement qui agace et finalement ravit ; usinages s’accordant sur une poésie concrète et donc électrique ; accrocs instrumentaux qui menacent de plus en plus et livrent le gaufrage à son pire ennemi : le contraste fauve. Peut-être est-ce là – station 66 – qu’Olive et Owen se disent enfin les choses ? C'est à dire dans « le son dont des mots veulent naître », comme l’écrivait Bonnefoy.

tim olive ben owen

Tim Olive, Ben Owen : 63-66
845 Audio Records / Metamkine
Enregistrement : 25 et 28 octobre 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ 63 02/ 64 03/ 65 04/ 66
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Francisco Meirino, Leif Elggren : Trop Tôt (Firework, 2015) / Beyond Repair (Sincope) / The Aesthetics... (1000füssler, 2014)

francisco meirino leif elggren trop tôt

Avant Trop Tôt, une demi-heure en troisième et dernière piste du disque, on trouvera sur cette collaboration Francisco Meirino / Leif Elggren – que Laura Daengeli pourra rejoindre à la voix – Little Idiot (vingt minutes) et Petit Idiot (trois).

C’est le conte chagrin qu’il a ici publié qu’Elggren interprète et ainsi réinvente. Texte inquiet voire troublé, Little Idiot – dont Daengeli nous résumera le propos sur la seconde piste – est augmenté de divers bruits électriques dont le conteur délirant ne peut imaginer la disparition : autour de lui, s’agitent pourtant, avant de disparaître, field recordings et parasites électroniques, larsens et même, semble-t-il, quelques tronçonneuses.

C’est donc un noise de théâtre, dont Trop Tôt s’inspire (puisqu’Elggren y prélève un « I am the only One » qu’il répètera longtemps) et développera la méthode. A quai, c’est un noir bateau qui tremble sur lequel Elggren et Meirino s’agitent : field recordings encore, note de piano rabâchée et bruits divers construisent une autre bande originale. Alors Daengeli reprend le conte : la lecture est maladroite, c’est à dire imparfaite, mais fait quand même effet : la poésie sonore est au rasoir et l’entaille est béante.

Francisco Meirino, Leif Elggren : Trop Tôt (Firework Edition)
Edition : 2015.
CD : 01/ Little Idiot 02/ Petit Idiot 03/ Trop Tôt
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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francisco meirino beyond repair

Derrière Beyond Repair sont rangées onze courtes pièces pour synthétiseur modulaire et instruments électroniques inventés. Derrière chacun d’eux, c’est Francisco Meirino qui arrange aigus tremblants, bruits de synthèse ou concrets, rythmes minuscules… dans un souci d’abstraction noise sensible et efficiente.

Francisco Meirino : Beyond Repair (Sincope)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
CD : 01-11/ Beyond Repair
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

francisco meirino the aesthetics

Sur The Aesthetics of Everything for Nothing, Meirino fait œuvre de balayage ou joue à la roulette – ses instruments : deux jouets (un hochet et un cube d'éveil). Dans la roulette en question, il jette des résonances, d'étranges râlements, des larsens ou des tremblements, tous sons traités et même soignés. Si l’intensité est croissante, la pièce change progressivement son propos bruitiste en tendre et remarquable berceuse.

Francisco Meirino : The Aesthetics of Everything for Nothing (1000füssler)
Edition : 2014.
CD : 01/ The Aesthetics of Everything for Nothing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

festival météo le son du grisli

Francisco Meirino jouera aux côtés de Jérôme Noetinger et Marcus Schmickler au festival Météo : le 28 août à la filature.

 

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Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni, 2014)

bryan eubanks bornholmer suite

Malgré le signal (aigu, très aigu même) envoyé par Bryan Eubanks au début de cette suite tout en « open circuit feedback », on ne s’en remettra pas… mais on tiendra le coup, vu que le CD recèle de surprises, aussi perçantes soient-elles !

C’est ici ou là ou un peu plus loin un module rythmique qui fore et/ou qui crachote, là ou ici un exercice de déformation sonore, ailleurs ou là une loop à parfaire (ce sont mes pièces préférées), là ou ici encore un cristal, une cavalcade, un suraigu en contrechant, etc.

En tout, c’est cinquante plages (là-dessus, pas plus d’une dizaine à qui chipoter de l’intérêt) et au final une fantasia bruitiste (ou un noise épique) dont la diversité est la première qualité. Maintenant, si nous voilà rassasiés de convulsions électroniques des questions se posent encore sur les circuits ouverts et cette façon qu’ils ont de s’autoalimenter !

écoute le son du grisliBryan Eubanks
The Bornholmer Suite (extrait)

Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01-50/ The Bornholmer Suite
Pierre Cécile © le son du grisli

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Miguel A. García : Choirs (Copy for your Records, 2014)

miguel a garcia choirs

Dubitatif à l’écoute des deux premiers titres (c’est mon côté enfant gâté) et de leur succession de bruit blanc et de silence (à m’en demander si Miguel A. García  ne cherchait pas à tester l’état de santé de mon audition ou à constater la dégradation de mes acouphènes), j’ai commencé à tendre l’oreille (une seule pour débuter) quand il a lâché son puzzle stéréo d’effets électroniques pour un noise qui me va mieux, pour ne pas dire « plus fort ».

Même s’il accentue aussi les acouphènes dont je parlais plus haut, ce noise se nourrit des allusions rythmiques contenues en fin de plages 1 & 2 pour faire trembler plus franchement ma membrane tympanique. Et voilà que mon cerveau reçoit tout avec plaisir : les larsens, les interférences, les coups de tonnerre et les coups de semonce, tous ces bruits de machines dont j’ignore jusqu’à la couleur si ce n’est celle des voyants qui m’alertent d’un danger, et que j’imagine rouge, rouge, et rouge écarlate. Tout ça avec un sens du rythme que García a d’affirmé (voir plages 4 & 5). Alors, j’applaudis... mais je n’entends pas mes claps.

Miguel A. García : Choirs (Copy for your Records)
Edition : 2014.
CD : 01-05/ Choirs
Pierre Cécile © Le son du grisli

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MKM, Casey Anderson, Mark Trayle : Five Lines (Mikroton, 2014)

casey anderson jason kahn norbert möslang günter müller mark trayle five lines

Si elles ne bouleverseront pas l’œuvre ni les manières des membres de MKMGünter Müller (ipods et électronique), Jason Kahn (synthétiseur analogique, radio et mixeur), Norbert Möslang (cracked everyday-electronics) –, ces Five Lines enregistrées en 2010 au California Institute of the Arts démontrent que le machicotage électronique est capable d’invention.

En compagnie de Casey Anderson (ordinateur, objets et radio) et le regretté Mark Trayle (ordinateur et guitare), le trio dessine, comme l’illustre la couverture du disque, cinq lignes en pointillés aux redirections nombreuses qui composeront sous l’effet de manipulations mesurées, voire inquiètes. Ainsi, de brouillages qui se télescopent en larsen insinuants, de sifflements renversés en perturbations parasites et de battements fins en craquements étouffés, l’électronique en partage cherche une autre abstraction. Une abstraction dont les interférences sont le lieu où prolifèrent cinq aspirations renouvelées.  

MKM, Casey Anderson, Mark Trayle : Five Lines (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement : 5 septembre 2010. Edition : 2015.
CD : 01/ Five Lines
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bill Nace, Steve Baczkowski : I Can Repay You (Open Mouth, 2014)

bill nace steve baczkowski i can repay you

En maîtrisant un feedback, Bill Nace entamait ce 11 juin 2014 un nouvel échange avec Steve Baczkowski : I Can Repay You, soit cinquante exemplaires d’un vinyle vendu exclusivement les soirs de concerts.

De la ligne longue du feedback en question, le duo fait un fil rouge : l’épaississant, Baczkowski facilite l’équilibre de Nace, avant de l’agiter ; frappant sur les micros de son instrument, le guitariste provoque alors une bruyante opposition que l’ampli finira quand même par avaler. En seconde face, les bruits sont plus terribles encore, élevés sur une boucle aux grands airs de sirène : renversé (comme la pochette du disque expose à l’envers aussi bien qu’à l’endroit le beau cliché de Peter Ganushkin), l’ampli crache maintenant quand le saxophone exulte : l’exposé de tremblante est brillant, son harmonie stupéfiante.

Bill Nace, Steve Baczkowski : I Can Repay You (Open Mouth)
Enregistrement : 11 juin 2014. Edition : 2014.
LP : A-B/ I Can Repay You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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