Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Felix Kubin : Chromdioxidgedächtnis (Gagarin, 2014)

felix kubin chromdioxidgedächtnis

Année 2014. Ultime (pas sûr) célébration en date de la cassette ! Felix Kubin (avec Ninon Gloger & Steve Heather aux claviers, samples et effets) a mis dans une boîte un cd, une cassette et un livret qui explique que Chromdioxidgedächtnis est le fruit de l’exploration des cassettes audio (toutes chromes, vraiment ?) de sa collection et de l’enregistrement d’instruments sur cassette exclusivement.

Le résultat donne des programmations rythmiques barrées mais pas seulement. Sur le CD, l’expérimental de M. Kubin, qui fraye souvent avec l’électropopdufutur, a ici un parfum de musique concrète (il n’y a qu’à entendre les loops des ces cordes de piano ou cette voix enregistrée sur un répondeur téléphonique), de collage surréaliste, de krautpop, etc. L’hommage à un objet et à son époque dans un grand délire œcuménique qui réconcilie Jon Appleton (par exemple) et le kitsch publicitaire.

Pour la cassette, c’est une autre histoire. Combien de mini Yamaha (Bontempi ?) y ont été maltraités ? Dans le paysage bandaire, des grosse mélodies, une guitare électrique, un piano, et une interview d’un ancien ingénieur de Philips qui nous parle de l’usage domestique de la cassette (= prétexte, bien sûr, pour Kubin, à copier-coller, citer, déformer la voix humaine). Cohérent mais moins efficace, musicalement parlant…

écoute le son du grisliFelix Kubin
Chromdioxidgedächtnis (extraits)

Felix Kubin : Chromdioxidgedächtnis (Gagarin / Metamkine)
Edition : 2014.
CD + Cassette : Chromdioxidgedächtnis
Pierre Cécile © Le son du grisli



Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang, 2014)

oren ambarchi eli keszler alps

Avec le soin qu’on lui connaît, le label Dancing Wayang – dans son catalogue, déjà deux duos recommandables : Okkyung Lee / Phil Minton et John Edwards / Chris Corsano – a enveloppé Alps, vinyle lourd qui retient deux improvisations enregistrées le 26 juin 2013 par Oren Ambarchi et Eli Keszler.

Le premier est à la guitare électrique et aux cymbales, le second à la batterie, aux percussions, aux crotales et aux cymbales aussi. Celles-là tournent forcément : sous l’archet, leurs sifflements de cristal accordent même les musiciens avant qu’ils ne s’expriment plus âprement. Quittant la rumeur (pour y revenir un peu plus tard), c’est alors Keszler qui crible sa batterie de coups secs et rapides, obligeant Ambarchi à intensifier ses plaintes persévérantes.

En seconde face, le guitariste prendra, sinon sa revanche, au moins le dessus : n’est-ce pas lui qui, le long d’un possible hommage à son camarade Keiji Haino, manie la saturation psychédélique qui presse la frappe de Keszler ? Deux fois convaincant, le duo se sera donc montré volontaire après avoir été plus subtilement turbulent.

Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang)
Enregistrement : 26 Juin 2013. Edition : 2014.
LP : A/ Alps I B/ Alps II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Jaki Liebezeit, Hans Joachim Irmler : Flut (Klangbad, 2014)

jaki liebezeit hans joachim irmler flut

Je ne remercierais jamais assez Jaki Liebezeit (ex CAN) et Hans Joachim Irmler (ex Faust) de nous avoir démontré que ce n’est pas dans les vieux pots à tabac qu’on trouve de quoi faire les meilleures prises…

En effet, Flut nous fait non seulement regretter le krautrock de jadis mais l’on se demande maintenant si ses provocations n’étaient pas là pour cacher une épaisse couche de nullité. C’est cette couche que Flut mettrait au jour avec ses percussions qui tournent comme aurait pu le faire un rythme d’accompagnement de Casio ou sa batterie qui accouche d’un binaire pas contrariant & son orgue qui fait part d’un dilettantisme (débutantisme ?) avachi et donne dans l’improvisation psyché-quoik d’une stérilité mes aïeux… Flut !, après Neu! voici donc Nul !

écoute le son du grisliJaki Liebezeit, Hans Joachim Irmler
Flut (Extraits)

Jaki Liebezeit, Hans Joachim Irmler : Flut (Klangbad)
Edition : 2014.
CD : 01/ Amalgam 02/ Golden Skin 03/ Ein Perfektes Paar 04/ Sempiternity 05/ Washing Over Me 06/ König Midas
Pierre Cécile © Le son du grisli


White Hills : So You Are… So You’ll Be (Thrill Jockey, 2013)

white hills so you are so you'll be

C’est à un grand mélange des genres que nous convient les New-Yorkais de White Hills : noisy pop, krautrock, rock psyché ou carton, tout cela baignant dans une marmite indie-expé dont les références majeures pourraient être Can aussi bien que Mudhoney, Jesus & Mary Chain comme Jesus Jones, Einstürzende Neubaten et pourquoi pas Merzbow

Distorsions & fuzzs à tous les étages, bienvenue dans l’univers (quand on y regarde de plus près, cela ressemblerait davantage au bordel monstre d’une chambre d’adolescent) d’un groupe qui depuis une dizaine d’années défend son « fuzzed out motorik spacerock ». Souvent efficace. Pas toujours de bon goût (le cocktail peut sonner Skunk Anensie comme sur MIST (Winter)). Conseillé ? Mmmouais... répond l'adolescent.

White Hills : So You Are… So You’ll Be (Thrill Jockey)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ InWords 02/ In Your Room 03/ The Internal Monologue 04/ So You Are… So You’ll Be 05/ OutWords 06/ Forever In Space (Enlightened) 07/ Rare Upon The Earth 08/ Circulating 09/ MIST (Winter)
Pierre Cécile © Le son du grisli


Forma : Off/On (Spectrum Spools, 2012)

forma off on

Qui dit label Spectrum Spools dit automatiquement Kosmische Musik et qui Kosmische tendance 2012 dit inévitablement Bee Mask, auteur des deux albums de l’année dans le genre (Vaporware/Scanops et When We Were Eating Unripe Pears).

Autant le dire d’emblée, Off/On de Forma ne s’envole pas dans les mêmes galaxies, bien que sa fréquentation soit franchement agréable à l’oreille. Seulement, quelques instants, trop nombreux à mon goût, évoquent un (gloups) Daan qui se prendrait pour Johann Johansson sour perfusion Tangerine Dream vs Kraftwerk. Ca se laisse écouter, sans option d’achat.

Forma : Off/On (Spectrum Spools)
Edition : 2012
CD / LP : 01/ Off 02/ Forma 313 03/ Forma 278 04/ Forma 286B 05/ Forma 306C 06/ Mécanique 07/ Forma 339/333 08/ Forma 293 09/ Forma 358 10/ Forma 315
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Wolfgang Dauner : Free Action (MPS, 1967)

Wolfgang Dauner Free Action

Ce texte est extrait du dernier des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Wolfgang Dauner, on l’ignore souvent, fait partie des musiciens ayant participé à l’élaboration du concept de conduction, bien avant que Lawrence "Butch" Morris ne s’y soit collé. Sur Free Action, l’un des morceaux, en l’occurrence « Collage », est décrit par Dauner lui-même comme dirigé par un chef d’orchestre, qui, dit-il encore, le compose dans l’instant, en guidant les improvisations des uns et des autres. Pour les notes de pochette, le pianiste allemand argumente auprès du producteur Joachim-Ernst Berendt : « J’ai inventé un langage spécial de signes pour ce morceau. Si l’on avait à disposition exactement le genre de personnes qui convenait, on pourrait, par cette méthode, faire composer spontanément un orchestre de vingt musiciens. »

Comme de nombreux musiciens de jazz moderne (citons Bill Dixon, Oliver Lake ou Daniel Humair), Wolfgang Dauner s’est toujours adonné à la peinture, parallèlement à la musique. D’ailleurs, Free Action montre une de ses toiles sur la pochette, celle-ci se référant explicitement à l’action painting, d’où le titre du disque. Au point qu'à propos de ceux qu’il a réalisés dans les années 1960, le critique Nat Hentoff a parlé d’action music. Dauner : « Nous pensons qu’avec ce septette, nous faisons partie de ceux qui n’interprètent plus le jazz sous sa forme traditionnelle. A notre avis, la seule chose que notre musique possède en commun avec le jazz classique consiste dans le fait qu’elle en soit indéniablement issue, et que jusqu’à présent, seuls des musiciens dits de « jazz » ont pu la jouer, les autres ne contrôlant pas leur instrument avec suffisamment de liberté, et manquant  aussi d’intensité dans le jeu. »

Wolfgang Dauner 1

Effectivement, exception faite du premier morceau que son auteur considère comme un tour de chauffe pour l’auditeur, au cours de l’enregistrement de Free Action, tout le monde paraît avoir été animé par la même urgence, que ce soit les solistes Gerd Dudek et Jean-Luc Ponty, ou bien la « rythmique », faite d’une contrebasse, d’un violoncelle (Jürgen Karg, Eberhard Weber) et de deux batteries, en certains endroits augmentées de tablas (Fred Braceful, Mani Neumeier, futur membre du combo krautrock Guru Guru).

A propos des musiciens : le trio qu’incarnent Wolfgang Dauner, Eberhard Weber et Fred Braceful s’entend sur Dream Talk et Output, deux des neuf disques les plus intéressants de Dauner sous son nom, avec celui-ci, The Oimels, Rischkas Soul, Klavier Feuer, Jazz-Studio, Music Zounds et Knirsch. Jean-Luc Ponty, quant à lui, sera, pendant un temps, de multiples expériences, que ce soit en compagnie de Frank Zappa, ou bien encore d’Alan Sorrenti, dans le cadre d’un étrange Aria digne des premiers opus de Peter Hammill. Gerd Dudek a lui aussi participé à des réalisations singulières, dont celles du groupe de krautrock Drum Circus, dirigé par le batteur Peter Giger que l’on remarque aussi, sur un créneau voisin, au sein de Dzian. Wolfgang Dauner (qui a – pour MPS toujours – partagé une face d’un disque co-réalisé avec Fred Van Hove) apportera sa contribution au krautrock avec le groupe Et Cetera, dans lequel influences du monde et free jazz se mélangeront de manière cohérente. Rappelons qu’à la même époque, Mal Waldron fut le pianiste d’Embryo, le temps de deux albums de haute volée. Rappelons aussi que tous ces musiciens, pour un projet ou un autre, ont eu une influence sur Nurse With Wound, formation d’avant-garde initiée en 1979.

Wolfgang Dauner 2

Jazz & krautrock… Julian Cope justement, auteur de la Bible consacrée au rock allemand des seventies, dans son Japrocksampler, sous-titré L’Incroyable explosion de la scène rock japonaise, insiste sur l’importance de Free Action. « Les compositeurs et musiciens étrangers écrit-il, lorsqu’ils venaient jouer au Japon, déclenchaient parfois de véritables remue-ménage culturels, marquant par là-même les esprits des artistes japonais, non parce qu’ils étaient célèbres, mais parce qu’ils arrivaient au bon moment, avec des idées neuves surtout, en tout cas pour certains. C’est ce que découvrit Wolfgang Dauner lors de sa tournée japonaise de mars 1971, au sein du piètrement nommé German All Stars Band. Durant les quatre années précédentes, en Allemagne, Dauner avait poussé ses expérimentations en jazz jusque sur le terrain de Stockhausen, alors que son batteur Mani Neumeier avait récemment quitté le groupe pour former son power trio déjanté Guru Guru. Au cours de cette tournée, des copies des LP’s expérimentaux de Dauner inspirés de Stockhausen, les Free Action et Output notamment, commencèrent à circuler dans le milieu du jazz à Tokyo. Ces enregistrements, sur lesquels le son du piano de Dauner est transformé par des modulateurs en anneau et d’autres moyens électroniques, firent sensation à Tokyo et occasionnèrent une collaboration avec le compositeur Masahiko Satoh pour une série de duos au piano. Et, bien que le LP Pianology qui en résulta soit monotone par rapport aux standards allemands, c’est en réutilisant avec succès les techniques de Dauner que Masahiko Satoh créa ses grands classiques iconoclastes d’avant-garde « kosmische » dont Amalgamation. Le succès artistique de cet enregistrement fut tel qu’il déclencha au sein de la communauté jazz japonaise, soi-disant conservatrice, une avalanche de réalisations tout aussi déchaînées. » De passage au Japon, Wolfgang Dauner avait donc convaincu quelques musiciens de mêler des sons issus de la sphère contemporaine (sur Free Action le piano s’avère tout du long préparé) à de fulgurantes saillies de guitare électrique héritées d’Hendrix.

Wolfgang Dauner 3

Pour revenir à l’idée de composition spontanée chère à Wolfgang Dauner, celui-ci, toujours questionné par Joachim-Ernst Berendt : « J’aimerais l’appeler « contemporary contact », en partie à cause des « contacts » qu’elle génère : c'est-à-dire sa proximité avec la musique contemporaine d’une part, et les rapports de contact / friction que doivent établir les musiciens entre eux. Jusqu’à présent, dans le jazz, de tels contacts étaient souvent limités, voire inhibés par des clichés et des thèmes constamment sollicités et répétés. Dans le contexte traditionnel, chaque musicien ne faisait rien d’autre que de remplir une fonction particulière, comme une machine – interchangeable. Cela n’était que routine, au sein de groupes globalement standardisés, et à l’ordre d’enchaînement des solos toujours identique. Mais cela n’est plus nécessaire. Nous devons nous en écarter. » Des préoccupations partagées avec moult jazzmen au même moment, qu’ils aient ou non écouté ce disque-ci en particulier… Après tout, Free Jazz d’Ornette Coleman s’interrogeait déjà à ce sujet, et ceci, dès 1960…


Puin + Hoop : Er Zit Een Gatin In De Soep (Narrominded, 2014)

puin + hoop er zit een gat in de soep

Déjà, Puin + Hoop n’est pas la collaboration de deux groupes, mais un trio formé d’Erik Uittenbogaard, Remco Verhoef et Roald Van Dillewijn. Actifs depuis le milieu des années 2000, je ne connaissais pourtant rien à leur langage et, en conséquence, je choisis de traduire leur « Er Zit Een Gat In De Soep » par « Il ne faut pas cracher dans la soupe ».

Ma traduction vaut ce qu’elle vaut. En tout cas, elle révèle assez bien mon attitude au sortir de cette ambient-kraut, de leurs loops dronant fort, de leurs larsens de guitare et de leurs râles humains. Quand leur musique crache (comme moi dans la soupe, vous aurez compris l’astuce), j’adhère malgré toutes précautions sanitaires. Maintenant, ils peuvent aussi tourner en rond sur des guitares sur chorus ou delay. Là, un bémol. Mais bon : Er Zit Een Gat In De Soep !

écoute le son du grisliPuin + Hoop
Er Zit Een Gat In De Soep (extraits)

Puin + Hoop : Er Zit Een Gat In De Soep (Narrominded)
Edition : 2014
CD / DL : 01/ Er Zit 02/ Een Gat 03/ In De Soep
Pierre Cécile © Le son du grisli


Pharoah Chromium : Electric Cremation (Grautag, 2011)

Pharoah_Chromium_Electric_Cremation

Projet d’un certain Ghazi Barakat, transformiste et musicien aus Berlin (je vous conseille une photo où il pose en bas noirs à têtes de mort et bottillons rouges), Pharoah Chromium met les petits plats – dix-huit étranges titres – dans les grands – un double LP – pour sa première production discographique (à l’âge respectable de 46 ans, mes frères) sous ce nouveau pseudonyme. Déjà auteur sous le moniker de Boy From Brazil de la galette Pointless Shoes sortie sur Tigerbeat6 en 2005, notre homme est une figure totalement culte du Berlin des nouvelles années folles, entre dadaïsme électro-pop grinçant et divagations arty pour revue chic et choc.

Collaborateur occasionnel des toujours allumés Stereo Total, notre héros trouve en la structure Grautag Records (dont c’est la troisième sortie) un pendant à ses délires sonores follement éclatés. Manifestement passionné des collages en tout genre, on songe plus d’une fois à un Ghédalia Tazartès propulsé dans une Kosmische galaxie, Pharoah Chromium a divisé son opus en quatre épisodes nettement distincts. Le premier, Atomic, se veut une réflexion sur la catastrophe de Fukushima – après tout, si c’est lui qui le dit. Son élément le plus intéressant est une reprise en… Hébreu d’Elli & Jacno (L’Age Atomique, Suite Et Fin), qu’il confronte à, tenez-vous au slip, à Tim Hecker.

Seconde face de l’ensemble, Feral s’imprègne d’une noirceur très SF. Tel un cheminement zarbi entre Coil et Xela dans les méandres atomiques d’un monde en putréfaction, tendance hôpital explosé aux psychotropes, les cinq versants explosent les canevas – et c’est pas sûr qu’on ait tout saisi à la troisième écoute. Le second vinyle propose une très intéressante vision du krautrock, plus exactement de la Kosmische Musik (Ghost). Débraillée à l’aune du new age, elle fait le saisissant effet d’un Eyes Like Saucers (ou d’une Pauline Oliveros au bandonéon) en total revival Tangerine Dreams – si, c’est possible. Dernière boucle du quarteron, Arabic intègre, on s’en doute, des éléments arabisants, ils sont heureusement nettement plus psychés que clichés. Basé sur des boucles de deux joueurs de saz turco-berlinois, ils lancent un ultime défi hallucinogène des plus réjouissant. Dont acte.

Pharoah Chromium : Electric Cremation (Grautag Records / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP : 01/ Luotasi 02/ Henki 03/ Lipite 04/ Narri 05/ Vantaa 06/ Lauma 07/ Levite
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Forma : Forma (Spectrum Spools, 2011)

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Mark Dwinell, Sophie Lam et George Bennett sont new-yorkais et jouent tous les trois du synthétiseur. Roland, Yamaha, Farfisa et autres Moog, les marques entrent en collision pour former la musique informe, justement, de Forma.

Informe dans l’ensemble, je veux dire, car les morceaux du trio (tous baptisés FORMA mais immatriculés) font référence à des « styles » bien précis : pop psychédélique, krautrock, minimalisme version Philip Glass, ambient version Brian Eno / John Hassel, etc. Intéressés par les sonorités (et même s’ils osent parfois en revenir à des sons illustratifs que l'on croit avoir entendus chez Kubrick ou dans des dessins-animés des années 80), les trois claviers parviennent à nous surprendre et même parfois à nous faire tourner la tête. Reste à espérer que Forma trouve maintenant sa voix personnelle après cet exposé de références.

EN ECOUTE >>> 233 & 235 sur le site de Forma

Forma : Forma (Spectrum Spools / Souffle Continu)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
LP : A01/ FORMA 237A A02/ FORMA 211 A03/ FORMA 235 A04/ FORMA 246/247 A05/ FORMA 233B A06/ FORMA 199 B01/ FORMA 197 B02/ FORMA 230 B03/ FORMA 89 B04/ FORMA 237B
Pierre Cécile © Le son du grisli


Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog, 2010)

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Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy frappe d'emblée par sa couverture reprenant la pochette de l'album We Keep On d'Embryo (1973). Elle évoque immédiatement et avec une évidence criante la couverture de The Crack In The Cosmic Egg, qui arborait aussi un œuf à la coque (basé sur la pochette du premier album de Karthago publié en 1971). L'encyclopédie The Crack In The Cosmic Egg de Steven et Alan Freeman, datant de 1996, est la grande référence dans le domaine du Krautrock. Épuisée, elle est aujourd'hui disponible en version cd-rom et en version light sur Internet. En reprenant une couverture quasiment identique les éditions Black Dog veulent au pire jouer sur la confusion, au mieux faire un clin d'œil extrêmement appuyé. Autre constat, plus sympathique, Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy reprend, c'est son droit, le plan de mon livre Au-delà du Rock (le responsable de Blag Dog m'avait d'ailleurs contacté et m'avait fait part de la grande utilité du livre). Le plan se décompose donc ainsi : une partie historique introductive (qui a ici l'originalité d'être constituée de quatre longs textes d'auteurs différents) ; une partie Band Profiles (une trentaine de groupes) ; une partie sur les labels ; une partie sur les producteurs et ingénieurs du son. A celles-là ont été ajoutées en fin d'ouvrage une chronologie et une traduction anglaise de l'article « Le rock allemand, enfin ! » de feu Jean-Pierre Lentin, paru dans Actuel en 1973.

Les grands noms du Krautrock sont là : Amon Düül et Amon Düül II, Ash Ra Temple, CAN, Cluster, Faust, Kraftwerk, Neu!, Popol Vuh, Tangerine Dream, Klaus Schulze... D'autres moins connus sont abordés, notamment Anima, Between, Nektar et Spacebox. Les principaux contributeurs à cet ouvrage collectif sont Ken Hollings, David Keenan et David Tubbs, tous trois collaborateurs à The Wire, Brian Morton, animateur à BBC Radio 3 et Archie Patterson d'Eurock. Ils signent des textes précis et allant à l'essentiel, dont la lecture est juste un peu contrariée par une typographie trop petite rappelant celle d'une machine à écrire.

Ce sont surtout les quatre textes introductifs par David Stubbs, Ken Hollings, Erik Davis et Michel Faber qui apportent du grain à moudre. Sans éviter une certaine redondance, ils soulignent chacun à leur manière l'originalité du Krautrock, son enracinement dans la culture allemande, sa valeur permanente en tant que source d'inspiration. L'essayiste Erik Davis présente l'approche la plus intéressante et originale en proposant une lecture philosophique du terme « Kosmische ». Partant de la musique des sphères de Pythagore, il glisse vers le concept esthétique de sublime puis aborde l'importance pour l'être humain des découvertes astronomiques d'Edwin Hubble.

Mais le principal atout de l'ouvrage est la quantité des illustrations proposées. Outre les inévitables pochettes de disques ils présentent des images d'archives et des photos rares, quelques-unes très probablement publiées pour la première fois.

Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog Publishing)
Edition : 2010.
Eric Deshayes © Le son du grisli

blackjess

Les éditions Black Dog proposent aux lecteurs du son du grisli une remise de 40% sur le prix de cet ouvrage comme sur celui de tout autre référence de leur catalogue musique. Pour profiter de cette offre, contacter Jessica.



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