Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Quinzaine Agitée : Chants de FranceA la question : Harutaka MochizukiEn librairie : Ci-gît d'Antonin Artaud et Nurse With Wound

Joe McPhee, Jamie Saft, Joe Morris, Charles Downs : Ticonderoga (Clean Feed, 2015)

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C’est à d’autres indiens que Joe McPhee, Jamie Saft (piano), Joe Morris (contrebasse) et Charles Downs (batterie) ont emprunté le titre du disque qu’ils ont enregistré en septembre 2014 sur proposition de Morris.

Ticonderoga est le nom d’une cité de l’état de New York et évoque aussi l’endroit précis où « deux courants se croisent ». Le disque pourrait-il personnifier ceux-là ? Sur l’instable et inspirant tic-tac de Downs, McPhee se familiarise avec divers obstacles avant d’avoir à renvoyer un pianiste un rien bavard dans ses cordes – Saft  serait donc ce second courant, que le saxophoniste emportera bientôt.  

La verve de Saft était heureuse, mais déroutante aussi pour le quartette. Non pas au ténor mais au soprano, McPhee finit donc par l’avaler avec le consentement (euphémisme) de Morris et de Downs. Etouffant les ribambelles de notes sorties du grand piano, le saxophoniste s’en nourrit pour renforcer la vigueur avec laquelle la formation remplit son heure de jeu. Un courant ayant emporté l’autre, c’est une cavalcade autrement saisissante qui laisse loin derrière elle Ticonderoga.

Joe McPhee, Jamie Saft, Joe Morris, Charles Downs : Ticonderoga (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 27 décembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Beynd Days 02/ Simplicity of Man 03/ Leaves of Certain 04/ A Backward King
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

survival unitJoe McPhee emmènera ce jeudi soir à Brest, dans le cadre de l'Atlantique Jazz Festival, son Survival Unit III.



Universal Indians, Joe McPhee : Skullduggery (Clean Feed, 2015)

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C’est à l’occasion d’une tournée que fit Joe McPhee avec Universal IndiansJohn Dikeman (saxophones), Jon Rune Strøm (contrebasse) et Tollef Østvang (batterie) – que fut enregistré ce concert. A Anvers, le 15 juin 2014.

Certes, la formule est classique, mais ne manque pas d’intérêt : l’esprit avec lequel McPhee explore l’intérieur de sa trompette de poche ou  tire de ses saxophones des phrases aussi concises que profondes invite le trio à l’écoute et même à la réflexion. Ainsi, Dikeman – dont on connaît la vivacité et le souffle épais – ménage-t-il ses partenaires pour mieux accepter un intelligent compromis : les salves furieuses rivalisent alors avec un chant engagé par l’archet de contrebasse (ailleurs, une vocalise en hommage à Dewey Redman) ou une mélodie lâche. Le morceau-titre, de fondre ces intentions différentes avec naturel épatant.

Universal Indians, Joe McPhee : Skullduggery (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 15 juin 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Yeah, and? 02/ Dewey’s Do 03/ Skullduggery 04/ Wanted
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

survival unitJoe McPhee emmènera ce jeudi soir à Brest, dans le cadre de l'Atlantique Jazz Festival, son Survival Unit III.


Chris Corsano, Joe McPhee : Dream Defenders (MNÓAD, 2014)

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Enregistrés le 28 juillet 2012 au Vecteur de Charleroi, Joe McPhee et Chris Corsano confirmaient : leur entente est sans failles, qu’inspirent ici quelques standards.

Ainsi le duo évoquera-t-il Duke Ellington ou Thelonious Monk. Du swing, il fait son affaire : Corsano le mitraille quand McPhee le découpe, avec ce goût qu’ils partagent pour les déchirements et les suspensions. Le remuement, bien sûr, n’interdit pas le chant profond (Lift, sous la plume de James Weldon Johnson) – le chant profond pouvant accepter qu’on le fasse tourner en bourrique (The Icarus Effect).

Le rapprochement du souffleur et du batteur tenant de l’évidence, voici celle de Monk changée en Other Evidence : réduite mais dense forcément, que l’antienne de For Thelonious finira de combler – entre les deux pièces, une évocation de Coltrane et un hommage à James Baldwin fera le prétexte d’une terrible ballade qui interroge : de quoi Corsano fait-il son ? L’évidence, parfois, ne tient-elle pas du mystère ?
    

Chris Corsano, Joe McPhee : Dream Defenders (MNÓAD)
Enregistrement : 28 juillet 2012. Edition : 2014.
CD / DL : 01/ Ain’t No Thing (for Duke Ellington) 02/ Lift (for The Dream Defenders) 03/ The Icarus Effect 04/ Other Evidence 05/ Tell Me How Long Has Trane Been Gone (for James Baldwin) 06/ Circumstantial Evidence (for Thelonious Monk)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

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Evan Parker, Joe McPhee : What / If / They Both Could Fly (Rune Grammofon, 2013) / McPhee, Guérineau, Foussat : Quod (Fou, 2014)

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En juillet 2012, Evan Parker et Joe McPhee se retrouvèrent en Norvège devant le public du Konsberg Jassfestival. Pas tout à fait rangés, les ténors, puisque Parker a conservé le sien tandis que McPhee passera de soprano en trompette de poche.

En trois temps (What / If / They Both Could Fly) qui donneront son nom au disque, le duo démontre une entente paisible. Au-dessus de Konsberg, Parker et McPhee tournent alors : lentement, entament un exercice de voltige qui impressionne par ses boucles et ses tonneaux tout en se réservant le droit d'envisager des fantaisies plus personnelles.

Et puis, c’est le retournement. Des souffles en peine s’extirpent du ténor, que le soprano agace et contraint à l’accord. L’aveu d’une mélodie donnera au duo l’occasion de s’essayer à un ballet autrement musical et d'exprimer autrement son entente – assez rare, ces jours-ci, dans le domaine de la navigation aérienne

Evan Parker, Joe McPhee : What / If / They Both Could Fly (Rune Grammofon)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ What 02/ If 03/ They Both Could Fly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jean-marc foussat sylvain guérineau joe mcphee

C’est au seul soprano que McPhee conversait, le 15 mars 2010, avec Sylvain Guérineau (saxophone ténor) et Jean-Marc Foussat (synthétiseur et voix). C’est là une déferlante d’aigus déposée sur grondements et, pour Foussat – ici assez subtil dans l’usage qu’il fait des possibilités de son instrument –, l’occasion d’agiter deux saxophones à la fois. Effets, facéties et bagatelles, déconcertent donc, mais sans l’altérer, l’hymne profond sur lequel McPhee et Guérineau se sont entendus.

écoute le son du grisliJean-Marc Foussat, Sylvain Guérineau, Joe McPhee
Le corps des larmes

Joe McPhee, Sylvain Guérineau, Jean-Marc Foussat : QUOD (Fou / Metamkine)
Enregistrement : 15 mars 2010. Edition : 2014.
CD : 01/ Le désarroi du cœlacanthe – The Forbidden 02/ Le corps des larmes – The Forgiven
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

68_jazz@homeCe mercredi 13 mai à Paris, Joe McPhee et Jean-Marc Foussat donneront, avec Raymond Boni, le 68e concert de la série Jazz@Home.

Rappelons enfin qu'il est possible d'entendre Joe McPhee dans le baryton de Daunik Lazro. C'est en Vieux Carré que ça se passe.

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Joe McPhee : Sonic Elements (Clean Feed, 2013) / Steve Lacy, Joe McPhee : The Rest (Roaratorio, 2013)

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Avec une précaution qui rappelle les premières minutes de Tenor, Joe McPhee retounait à l’exercice du solo le 29 juin 2012 à Vilnius. Mais ce sont cette fois une trompette de poche et un saxophone alto que l’on trouve à entendre sur Sonic Elements.

Un solo encore, mais non pas un solo de plus. Car c’est là un hommage aux quatre éléments – dans l’ordre d’apparition : air, eau, terre et feu – qui n’a pas à leur envier leur consistance couplé à deux dédicaces commandées par l’usage des instruments cités : à Don Cherry d’abord ; à Ornette Coleman ensuite.

Se recueillant, McPhee appelle à lui des notes avec lesquelles il élabore des compositions changeantes : réflexion et emportements s’y mêlent, comme s’y entendent grogne et sifflements, extase et renoncements, un gimmick bientôt renversé et son double ainsi fait… Episode Two parvient même à faire cohabiter hymne à la joie et morceau de blues. C'est dire qu'il faut aller chercher ce grand solo de complément.

Joe McPhee : Sonic Elements (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Episode One for Don Cherry : Wind / Water 02/ Episode Two for Ornette Coleman : Earth/Fire / Old Eyes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

steve lacy joe mcphee the rest

The Rest en question est celui de Clinkers, et tient sur une face. C’est une improvisation enregistrée par Joe McPhee et Steve Lacy à l’initiative du second, en conclusion d’un concert qu’il donnait à Bâle le 9 juin 1977. Deux sopranos aux répliques souvent courtes, toujours nettes, y composent un dialogue qui tient du tir à la corde : les pressions et relâchements de l’un et de l’autre retenant l’attention jusqu’à ce que se fassent entendre de hauts aigus en partage, suivis d’applaudissements. L’unique rencontre McPhee / Lacy est forcément indispensable.

écoute le son du grisliSteve Lacy, Joe McPhee
The Rest (extrait)

Steve Lacy, Joe McPhee : The Rest (Roaratorio)
Enregistrement : 9 juin 1977. Edition : 2013.
LP : A/ The Rest
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Trespass Trio, Joe McPhee : Human Encore (Clean Feed, 2013) / Beresford, Küchen, Solberg : Three Babies (Peira, 2013)

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A Coimbra (trois soirs de concerts) en compagnie de Joe McPhee, le Trespass Trio de Martin Küchen (qui signe cinq des huit titres de ce disque), pas contrariant, pas regardant, pas rancunier, en redemandait : Human Encore

L’œil était dans l’obus, et regardait McPhee (qui, lui, soufflait en trompette piccolo). L’ouverture est en conséquence prudente : A Desert On Fire, A Forest tenant du morceau d’atmosphère porté par une contrebasse mesurée (Per Zanussi) que Küchen tiendra malgré tout à agiter. La suite convolera en motifs souterrains (Bruder Beda Ist Nicht Mehr, Xe) avec un art de l’à-propos rentré : le jazz du quartette d’exception jouant de délicatesses et d’inventions malignes.

Jazz encore : ce sont-là les improvisations, que découpent les rapides baguettes de Raymond Strid. Trompette et saxophone s’y mêlent sur un air de free terrible ou l’allure d’un swing dont les pulsations varient d’un instrument à l’autre. En conclusion, alors, cet Human Encore attendu : l’archet grave de contrebasse, le baryton et la trompette enlacés, sur un de ces hymnes prégnants dont Joe McPhee a le secret. Imparable. Indispensable.

Trespass Trio, Joe McPhee : Human Encore (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 31 mai, 1er-2 juin 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ A Desert on Fire, A Forest 02/ Bruder Beda Ist Nicht Mehr 03/ Xe 04/ Coimbra, mon amour 05/ A Different Koko 05/ In Our Midst 07/ Human Encore 08/ A Desert on Fire, A Forest (First Day Take)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

beresford küchen solberg three babies

2012, 6 octobre, Londres (Café Oto) : Steve Beresford, Martin Küchen et Ståle Liavik Solberg, soit : piano et objets, saxophone sopranino et percussions. Three Babies, peut-être, parce qu’ils se laissent aller à une improvisation loufoque (plus qu’iconoclaste) et surtout parler leur instinct. Et c’est le saxophoniste qui consolidera trois structures fragiles à coups d’intimidations presque adultes. A moins que ces Three Babies soient les pièces dont le trio a accouchées : le disque plaiderait ainsi en faveur de la tare réservée à l’aîné.

Steve Beresford, Martin Küchen, Ståle Liavik Solberg : Three Babies (Peira)
Edition : 2013.
CD : 01/ Steel Babies 02/ Car Babies 03/ Kitchen Babies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Peter Brötzmann Chicago Tentet : Concert for Fukushima (Pan Rec / Trost, 2013)

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Assez solides, les planches du Stadttheater de Wels, Autriche, pour accueillir, le 6 novembre 2011 à l'occasion d'un hommage aux victimes de la catastrophe de Fukushima, le Chicago Tentet de Peter Brötzmann augmenté de quatre Japonais de poids (Toshinori Kondo, Michihiyo Yagi, Otomo Yoshihide et Akira Sakata).

Les caméras de Pavel Borodin montrent tout de même qu'un invité chasse l'autre auprès de l'épaisse formation : Kondo, d'abord, se ralliant sur l'instant à la fougue qui emporte un hymne que l'on croirait illustratif ; Yagi, dont les kotos encouragent les vents à redoubler d'ardeur, et qui se recueillera seule sur les deux notes d'une berceuse, parenthèse refermée par un Tentet alarmant ; Yoshihide, cinglant d'abord à la guitare, puis occupé à de patientes recherches sur l'harmonie des lignes à l'invitation de Brötzmann, Vandermark et Gustafsson – un motif de trois notes qu'il mettra au jour et fera tourner relancera la furieuse machine ; Sakata, pour conclure, sur une pièce qui double souvent tel instrument privilégié : course d'alto entamée avec Brötzmann à laquelle feront écho Bishop et Bauer, puis clarinette couplée à celle de Vandermark, combinaison qui attirera tous les musiciens à elle.

Ce sont-là quatre paysages jouant d'éléments différents mais d'une force partagée, et de caractéristiques nées de leur rencontre : méditative, habile, espiègle, ardente.

Peter Brötzmann Chicago Tentet : Concert for Fukushima, Wels 2011 (PanRec / Trost / Metamkine)
Enregistrement : 6 novembre 2011. Edition : 2013.
DVD : 01-04/ Japanese Landscapes 1-4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


McPhee, Moore, Nace : Last Notes (Open Mouth, 2013) / Moore, Connors : The Only Way to Go... (Northern Spy, 2013)

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Ainsi le passage par Roulette l’année dernière de Joe McPhee, Thurston Moore et Bill Nace, aura-t-il donné un disque : Last Notes – pour être exact, il s’agit là du premier set du concert, le second pouvant être téléchargé via l’utilisation d’un code fourni avec le vinyle. Comme hier avec Paul Flaherty (s/t) ou Mats Gustafsson, les guitaristes (duo Northampton Wools) y interrogent l’adéquation de leur art électrique avec un souffle à l’imagination considérable.

Pour McPhee, c’est encore l’histoire d’un chant intérieur qu’il faut (et qu’il parvient à) extérioriser puis adapter aux préoccupations mais aussi à l’écoute, attentive et alerte, de ses partenaires. Affûtés, Moore et Nace ne forcent jamais le trait, fomentant plutôt à force de gestes indolents des nappes qui donneront à l’alto aspiration et élan, et des caches dans lesquelles il pourra se replier à l’envi. C’est d’ailleurs là que le trio décidera de la forme à donner au fracas inéluctable.

Après lequel un retour au « calme » sera opéré. La suite n’est pas calquée, sa rumeur tirant sa substance d’arabesques, de grésillement d’amplis et de dérapages à la véhémence anéantie par une distension autrement sonnante. Butant sur un paquet de notes, le saxophoniste finira quand même par provoquer ses partenaires, qui mitrailleront en conséquence, le pousseront à bout, et gagneront ainsi leur propre déroute.

Joe McPhee, Bill Nace, Thurston Moore : Last Notes (Open Mouth)
Enregistement : 31 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A-B/ Last Notes
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Sous prétexte de Record Store Day, voici la paire Thurston Moore / Loren Connors publiée sur vinyle Northern Spy : The Only Way to Go Is Straight Through rassemble deux sets d’une vingtaine de minutes chacun. Donné le 14 juillet au Stone de New York, le premier défend une suite atmosphérique sous effets multiples, frottements et vibrato nonchalants, arpèges comptés. Datant du 17 octobre 2012, le second, enregistré au Public Assembly, peint avec moins d’embrouille mais aussi moins d’ampleur un paysage pourtant plus accaparant encore.

Thurston Moore, Loren Connors : The Only Way to Go Is Straight Through (Northern Spy)
Enregistrement : 14 juillet & 17 octobre 2012. Edition : 2013.
LP : A/ The Stone B/ Public Assembly
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Peter Brötzmann : Long Story Short (Trost, 2013)

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Cinq disques en coffret reviennent sur l’Unlimited Festival de Wels, qui s’est tenu du 3 au 6 novembre 2011. Quatre journées dont le curateur était Peter Brötzmann, qui put choisir de jouer (en formations régulières, parfois augmentées) ou de garder le silence.

Respectant la programmation, les plages des disques délivrent les unes après les autres des extraits de concerts parlants – non pas de l’évolution du jeu de Brötzmann, mais de son endurance et de sa capacité à provoquer encore. Sonore rompant l’attente le long d’un axe brisé dévoile sans attendre l’intérêt que trouve Brötzmann dans le trio : brillant en Full Blast (avec Marino Pliakas et Michael Wertmueller), il se montre néanmoins différemment inspiré avec Masahiko Satoh (piano) et Takeo Moriyama (batterie), Michiyo Yagi (koto) et Tamaya Honda (batterie), Eric Revis (basse) et Nasheet Waits (batterie), Jason Adasiewicz (vibraphone) et Sabu Toyozumi (batterie) –  rencontre qui dit le mieux que, même de Brötzmann, un souffle peut être vain.

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A quatre, le saxophoniste trouve un équilibre plus sûr : avec Bill Laswell, Maâllem Mokhtar Gania et Hamid Drake sous humeur exotique ; en Hairy Bones ensuite (avec Paal Nillsen-Love, Massimo Pupillo et Toshinori Kondo) en éternel jeune-homme ravi d’en découdre. En bande plus solide encore – Chicago Tentet augmenté de John Tchicai ou de Michiyo Yagi –, Brötzmann conduit une plage faite autant de réflexions collégiales que de free frontal puis une autre que se disputent des ombres imposantes à l’occasion d’un engageant Concert for Fukushima.

Lorsqu’il garde le silence, Brötzmann écoute : la lente dérive des cordes de Michiyo Yagi, Okkyung Lee et Xu Fengxia ; Maâllem Mokhtar Gania donner, au gambri, le la au quartette qu’il forme avec Joe McPhee, Fred Lonberg-Holm et Michael Zerang ; le DKV Trio faire œuvre d’entêtement en compagnie de Mats Gustafsson, Pupillo et Nilssen-Love ; Gustafsson, encore, subir avec intelligence de riposte les assauts électroniques de dieb13 et Martin Siewert ; McPhee, encore, croiser le souffle avec Mars Williams et Jeb Bishop ; Keiji Haino ou le Caspar Brötzmann Massaker faire œuvres noires de plaisir solitaire et d’incantations électriques. La rétrospective n’aurait pu être plus complète ni son éclectisme plus révélateur des vues musicales qui animent aujourd’hui Peter Brötzmann.

Peter Brötzmann... : Long Story Short (Trost)
enregistrement : 3-6 novembre 2011. Edition : 2013.
5 CD : CD1 : Sonore / Chicago Tentet with John Tchicai / Michiyo Yagi, Okkyung Lee, Xu Fengxia / Peter Brötmann, Masahiko Satoh, Takeo Moriyama – CD2 : Joe McPhee, Maâllem Mokhtar Gania, Fred Lonberg-Holm, Michael Zerang / Peter Brötzmann, Michiyo Yagi, Tamaya Honda / Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, Sabu Toyozumi / dieb13, Mats Gustafsson, Martin Siewert – CD3 : Keiji Haino / Peter Brötzmann, Bill Laswell, Maâllem Mokhtar Gania, Hamid Drake – CD4 : Jeb Bishop, Joe McPhee, Mars Williams, Jason Adasiewicz, Kent Kessler, Tamaya Honda / Hairy Bones / Masahiko Satoh / Chicago Tentet with Michiyo Yagi – CD5 : Peter Brötzmann, Eric Revis, Nasheet Waits / DKV Trio with Mats Gustafsson, Massimo Pupillo, Paal Nilssen-Love / Full Blast / Caspar Brötzmann Massaker
Guillaume Belhomme © le son du grisli


Ingebrigt Håker Flaten : Now Is (Clean Feed, 2012) / Paul Giallorenzo 3 (Not Two, 2012)

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Trente-neuf petites minutes seulement pour inspecter le New York Quartet d’Ingebrigt Håker Flaten (Joe McPhee, Nate Wooley, Joe Morris). Trente-neuf petites minutes inquiétant l’harmonie (Times) et se glissant dans une pénombre sonique assumée (Pent).

Ici, faire se dresser la mélodie ; ailleurs, faire appel au free sans y convier cris et fureurs. Et ne pas s’interdire les solos (solo cabré de Joe Morris in As If) pas plus que la douceur des souffles (McPhee in Post). Et surtout : faire accroc au jazz tout en se l’appropriant. Ne pas rejeter ses zones d’inquiétudes et de turbulences (McPhee, toujours lui, in Giants). Puis, sans recourir à la violence, se dégager de la pénombre inaugurale. Tout cela pour faire de Now Is, un disque passionnant si ce n’est passionné.

Ingebrigt Håker Flaten New York Quartet : Now Is (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 juillet 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Port 02/ Times 03/ Pent 04/ Knicks 05/ Giants 06/ As If 07/ Rangers 08/ Post
Luc Bouquet © Le son du grisli 2013

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Transformé en imparable contrebassiste de hard bop, voici Ingebrigt Håker Flaten en 2007, portant avec Tim Daisy All Together Now, première composition d’un lot de cinq signées du pianiste Paul Giallorenzo. Quelques libertés prises sur des pièces oubliant soudain toutes structures ne peuvent malheureusement faire de ce Paul Giallorenzo 3 autre chose qu’un disque de jazz acceptable à défaut d’être renversant – l’improvisation « tordue » qu’est Tremens n’y pourra rien, elle non plus.

Paul Giallorenzo : Paul Giallorenzo 3 (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 21 et 22 août 2007. Edition : 2012.
CD : 01/ All Together Now 02/ Across the Pond 03/ Sea Slish 04/ interlockin 05/ tremens 06/ The Sun’s Always Shining
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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