Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Mats Gustafsson : Swedish Azz - Jazz Pa Svenska (Not Two, 2010)

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On sait la ferveur avec laquelle Mats Gustafsson collectionne les disques vinyles. Pour attester de ce prégnant rapport à la chose ancienne autrement qu’au sein des Diskaholics Anonymous, il anime maintenant un projet qui l'expose auprès de Per-Ake Holmlander (tuba), Erik Carlsson (batterie) et dieb13 (platines) et qui voit paraître aujourd'hui son premier disque. Un vinyle, il va sans dire, dont l’aspect rappelle celui de plus anciens (diamètre inférieur aux 33 tours communs et rond central d'un bordeaux « voix de son maître ») et qui célèbre le répertoire de deux Suédois occupés hier par le jazz : Lars Werner (1934-1992) et Lars Gullin (1928-1976).

Trois titres, alors : Drottningholm Ballad (Werner), servie sur swing old school par Gustafsson (alto) et Holmlander à l’unisson avant qu’en soit extrait un motif – de ceux dont se servait Komeda pour imposer son art – qui finira par s’effacer au profit d’une plage d’électrobruitiste commandée par le même Gustafsson (live electronics) ; Danny’s Dream et Silhouette (Gullin), ensuite : ce dernier titre passant, lui, de râles expérimentaux en mélodie déposée par Gustafsson (baryton) pour retrouver l’inquiétude née de l’alliance de boucles et d’autres parasites sur un investissement de dieb13. L'ensemble, mené avec subtilité, plaide en faveur de la poursuite du projet et donc d'autres airs anciens réinventés.

Swedish Azz : Jazz På Svenska (Not Two / Instant Jazz)
Edition : 2010.
LP : A01/ Drottningholm Ballad A02/ Danny’s Dream B01/ Silhouette
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Alexey Kruglov : Seal of Time (Leo, 2010)

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On ne nomme pas son disque, lorsque l’on a 30 ans à peine, Seal of Time (soit « le sceau du temps ») par hasard. Alexey Kruglov, saxophoniste russe,  s’inscrit en effet dans la grande histoire du jazz et s’offre une pause dans ses plus belles pages free. Ici, les références sont assumées, et ne nuisent en rien à la pertinence du propos.

C’est d’abord à Ayler que l’on pense, tant la musique de Kruglov semble chasser l’esprit du grand Albert et vouloir comme ce dernier dire en un même souffle la beauté et la violence du monde. Puisant dans un passé un peu plus proche, on peut évoquer sans peur de trahir Kruglov la personnalité de David S.Ware, pour le lyrisme et l’exaspération qui se mêlent dans le discours du jeune musicien russe. L’introduction de Poet, notamment, nous y invite : sur les accords obsédants d’un piano mantra et la pulsation de toms en transe, Alexey Kruglov élève lentement sa voix, comme Ware avait pu le faire sur un Ganesh Sound de forte mémoire (sur son disque Renunciation). Enfin, s’il fallait citer une troisième figure tutélaire de ce disque, nous en appellerions sans doute à Jan Garbarek, pour le son cristallin de Kruglov, et la production du disque qui lorgne vers la prise de son du label ECM : réverbération, halo, semblent entourer chaque instrument et en particulier les soufflants.

Souvent, Alexey joue en tandem avec le batteur Oleg Udanov et nous les retrouvons ainsi côte à côte sur ce disque qui rassemble deux enregistrements en trio. Le premier témoigne d’un concert donné par les deux hommes avec le pianiste Dmitry Bartukhin dans un club de Saint Petersburg en septembre 2009, et le second est le fruit d’une session plus ancienne,  invitant le contrebassiste Igor Ivanushkin, et qui s’était déroulée en novembre 2007 dans un studio de Moscou. Ici et alors, Alexey Kruglov, saxophoniste alto, fait preuve d’une indéniable aisance en d’autres tonalités et tessitures ; sur la longue et changeante suite The Battle, par exemple, on l’entend également au saxophone soprano, au saxophone baryton, à la flûte, au piano ainsi qu’au très rare cor de basset.

On pourra certes reprocher à Alexey Kruglov de trop vouloir en dire (la juxtaposition alors superficielle d’univers qui peinent à se lier nous éloigne du musicien), mais l’originalité et la sincérité du propos, ainsi que les enthousiasmantes deux pièces maîtresses que sont Poet et Love, augurent de beaux lendemains.

Alexey Kruglov : Seal of Time (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Poet 02/ The Battle 03/ Seal of Time 04/ Love 05/ The Ascent
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Bill Dixon, Aaron Siegel, Ben Hall : Weight / Counterweight (Broken Research, 2009)

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Sur son propre label, le percussionniste Ben Hall publie un double disque vinyle où on peut l’entendre en compagnie d’Aaron Siegel (autre percussionniste) et de Bill Dixon : Weight / Counterweight.

D’autres « tapisseries » sonores que celles du récent Tapestries for Small Orchestra sont à entendre ici, apposées en outre par une formation plus légère encore qu’un « petit orchestre ». Sur un léger écho et les effets de l’usage d’une électronique minuscule qui portent toujours un peu plus loin les interventions mesurées de sa trompette, Dixon invente encore autrement, compose un bouquet de souffles éthérés ou oppose à la rumeur apaisante commandée par ses partenaires un lot de râles caverneux.

La musique à sortir de Weight / Counterweight, d’épouser avec subtilité l’atmosphère dans laquelle se propagent chacune de ses vibrations. L’espace alentour soudain chargé d’ondes positives, sorties d’un objet rare qu’il faudra d’abord réussir à capturer.

Bill Dixon, Aaron Siegel, Ben Hall : Weight / Counterweight (Broken Research)
Enregistrement : Avril 2008. Edition : 2009.
LP1 : A/ Atelier : Corbu’s Studio B/ Hirado – LP2 : C/Contrapposto D/ The Red & the Black
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Tchicai : Coltrane in Spring (Ilk, 2008/2010)

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En ouverture de Coltrane in Spring, John Tchicai dit un poème de John Stewart qui célèbre un autre printemps et adresse à l’auteur d’Ascension – enregistrement auquel Tchicai participa – son vœu de l’entendre chanter encore Alabama. Hier, Coltrane servait aussi la mélodie de Spring Is Here ; en 2007, son ancien partenaire retrouvait le Danemark pour l’évoquer en compagnie de jeunes compatriotes – le pianiste et cornettiste Jonas Müller, le contrebassiste Nicols Munch-Hansen et le batteur Kresten Osgood.

De son passage de quelques mois à New York dans les années 1960, Tchicai a gardé ses suspicions vis-à-vis de formes musicales arrêtées ainsi qu’un instinct farouche pour la remise en cause des convenances musicales. Malgré tout, il ne peut nier l’intégralité des choses qu’il y a apprises : sur Melodic Seven, il fait ainsi état de l’éternelle vivacité de se verve déstabilisatrice ; au son d’Ude I Det Fri, aux côtés du cornet de Müller, rappelle ce que lui a enseigné la fréquentation d’Albert Ayler et de Don Cherry (ici, le cri du premier et le détachement du second s’entendent sur un hymne minuscule) ; sur Dashiki Man, enfin, il profite une autre fois du swing de ses partenaires pour déraper encore en insatiable virulent.

Ailleurs que sur ces trois morceaux convaincants, des éléments d’un folklore ombreux investissent le domaine du jazz sans déranger vraiment si ce n’est pour se faire remarquer quand même le temps de surenchères passagères auxquelles se livrent Tchicai et Müller. En conclusion, un exercice de style réinvente sur Modoc les manières amples du free insistant du dernier Coltrane. Et la boucle est bouclée de l’hommage de Tchicai à son ancien mentor.

John Tchicai : Coltrane in Spring (Ilk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Réédition : 2010.
CD : 01/ Coltrane in Spring 02/ Dahiski Man 03/ Ude I Det Fri 04/ Angel Wing 05/ Melodic Seven 06/ On Top of Your Head / Lat’s Hear What We Can See 07/ Row Your Love Boat 08/ Double Arc Jake 09/ Modoc
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


William Parker, Marcello Lorrai : Conversazioni sul jazz (Auditorium, 2010)

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Il faudra d’abord dire que l’Italien de ce livre n’est pas celui, pour ne prendre qu’un exemple, des romans de Bontempelli, soit : est accessible à qui ne pratique pas la langue mais est doué quand même d’un minimum d’entendement. Ensuite, noter qu’il s’agit là d’un long entretien donné par William Parker à Marcello Lorrai, journaliste à qui aucune revue ne peut offrir autant de pages pour un même sujet et scribe qui regretterait sans doute qu’un tel témoignage ne soit pas consigné sur papier.

C’est qu’ici, William Parker revient sur son parcours – passage par le Jazzmobile, formation de l’Aumic Orchestra, interventions au sein de Muntu, de l’Unit de Cecil Taylor ou d’un orchestre emmené par Bill Dixon – et se plaît aussi à raconter dans le détail la journée type d’un lofter new-yorkais dans les années 1970, à évoquer quelques partenaires charismatiques, notamment percussionnistes (Milford Graves, Hamid Drake, Han Bennink) et contrebassistes (Charles Mingus, Peter Kowald, Henry Grimes), ou encore à répondre aux questions touchant à son rapport à la religion (école italienne de journalisme). En une centaine de pages qu’augmente un cahier d’une quarantaine de photos signées Luciano Rossetti, Conversazioni sul jazz peint un William Parker aussi lucide et humble qu’il est imposant.

William Parker, Marcello Lorrai : Conversazioni sul jazz (Auditorium Edizioni)
Edition : 2010.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Jackie McLean : Let Freedom Ring (Blue Note, 1962)

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Il y a des disques que l'on écoute comme pour remonter à la source (Crescent, John Coltrane), d'autres pour être secoué jusqu'aux tréfonds (Spirits, Albert Ayler), d'autres pour se donner du courage et un coup de sang (Jump Up, Jimmy Lyons), certains pour réparer l'injustice de leur oubli (Scorpio, Arthur Jones), d'autres encore pour sentir l'apaisement d'une solitude transcendée (Minimal Brass, Jacques Coursil).

Et il y a des disques que l'on écoute des années après, simplement pour la joie qu'ils procurent, comme celle de retrouver l'enfance, le retour d'une amitié et les prémices des beaux-jours. Ils nous donnent cette joie simple et profonde, comme une autre définition possible du "swing", cette chose simplement vivante. Quatre hommes au sommet de leur art enregistrent donc ce 19 mars 1962 un disque manifeste en faisant déborder la musique de son cadre établi, McLean magnifiant ce son unique qui faisait toute son individualité, au service d'un bien commun et d'une utopie ici réalisée. Une ballade magnifique signée Bud Powell, trois intenses originaux, et c'est comme si la liberté venait frapper à votre porte. Ni plus ni moins.

Jackie McLean : Let Freedom Ring (Blue Note)
Enregistrement : 1962.
CD : 01/ Melody for Melonae 02/ I’ll Keep Loving You 03/ Rene 04/ Omega
Didier Lasserre © Le son du grisli

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Didier Lasserre est batteur. Le Free Unfold Trio qu'il compose avec Jobic Le Masson et Benjamin Duboc a récemment vu sortir Ballades sur Ayler Records.


Jacques Coursil : Trail of Tears (Emarcy, 2010)

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« Je joue les choses pour que les gens réentendent le bruit du monde. Je joue le cri du monde. Je ne l’ai pas inventé : je suis l’écho de ça. Et je pense que quand on entend le cri du monde, on se reconnaît assez bien dans ma musique. »

Entre 1965 et 1975, Jacques Coursil vit et joue à New York, en pleine effervescence free jazz. Puis il se retire du monde de la musique pour revenir à ses autres passions : la linguistique et la poésie, et s’installe en Martinique. En 2005, le trompettiste décide de relayer à nouveau ce « cri du monde » et Trail of Tears est le troisième disque du revenant. Si le précédent, Clameurs, se faisait l’écho des luttes des esclaves pour la liberté et l’affirmation de la négritude, celui-ci évoque le combat perdu des indiens d’Amérique. Le disque se clôt sur un sidérant Tahlequah, capitale de la nation Cherokee, « sentier des larmes » qui fut le théâtre en 1838 de la déportation de 16000 indiens de Géorgie en Oklahoma, dont 4 000 périrent en route.

Outre la préoccupation de Coursil pour les peuples sacrifiés, ce disque semble concentrer tout l’art du trompettiste. Ce qui marque tout d’abord, c’est sa technique : respiration circulaire, coups de langue, son embrumé dans la lignée d’un Miles Davis, qui concourent à imposer une voix singulière, sans réelle ascendance, ni descendance. Ici, deux groupes sont convoqués. Le premier inclut des musiciens déjà présents sur Clameurs, Jeff Baillard (claviers et arrangements) et Alex Bernard (contrebasse), et développe une musique ample et étale, sur laquelle la trompette de Coursil se pose puis glisse avec majesté. La deuxième formation n’est pas sans rappeler les débuts agités et new yorkais du musicien, et nous offre la présence des grands vétérans Sunny Murray (batterie) et Alan Silva (contrebasse) : la musique y est plus accidentée et sinueuse.

Toute destinée humaine comprend moments de paix et de plénitude comme crises, incertitudes et chaos ; la narration musicale de Jacques Coursil est à l’avenant. Dans les moments de sérénité, la menace guette cependant et c’est au cœur du chaos que l’apaisement surgit soudain. C’est un grand disque que nous offre Jacques Coursil, dont la respiration intime se règle sur le pouls du monde.

Jacques Coursil : Trail of Tears (Emarcy / Amazon)
Edition : 2010.
CD : 01/ Nunna Daul Sunyi 02/ Tagaloo, Georgia 03/ Tahlequah, Oklahoma 04/ The Removal (Act I) 05/ The Removal (Act II) 06/ Gorée 07/ The Middle Passage
Pierre Lemarchand © Le son du grisli


Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY, 2009)

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En concert à Cologne en 1978, le Creative Orchestra d’Anthony Braxton vivait ses dernières heures, et peut être aussi ses plus intenses, à en croire ce Creative Orchestra (Köln) 1978, aujourd'hui éédité.

Parmi la vingtaine d’intervenants auprès de Braxton, souligner les présences de Vinny Golia, Leo Smith, Kenny Wheeler, George Lewis ou Marilyn Crispell – détail de l’orchestre à trouver en image. Pour tenter de décrire la musique, commencer par dire la lutte engagée sur Language Improvisations par un soprano contre le reste d'un groupe, lutte qui servira les intérêts du guitariste James Emery.

Cinq compositions du chef d’orchestre, ensuite : numérotées 55 (bop servi à l’unisson puis démoli par individualismes), 45 (musique de fanfare mêlant le grotesque à ses tourments obsessionnels), 59 (masse compacte née de dissonances d’où ne dépassera plus une note), 51 (bop soumis davantage aux oppositions frontales des solistes, Crispell étant de ceux-là la plus radicale de toutes) et enfin 58 (exploration sonore d’essence plus rare sur laquelle l’accordéon de Birgit Taubhorn et le synthétiseur de Bob Ostertag revendiquent leur place en musique créative et donnent par la même une leçon de subtilité à la plupart des défenseurs de tango jazz ou de fusion). En conclusion de cette même composition, une marche grave impose son allure, « funèbre » pourrait la qualifier. A suivre, la disparition du Creative Orchestra la revendiquerait même, après avoir presque tout prouvé dans le domaine de la musique créative comme dans le domaine de la musique d’orchestre.

Anthony Braxton : Creative Orchestra (Köln) 1978 (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 1978. Réédition : 2010.
CD1 : 01/ Language Improvisations 02/ Comp. 55 03/ Comp. 45 – CD2 : 01/ Comp. 59 02/ Comp. 51 03/ Comp. 58
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


David S. Ware : Saturnian (AUM Fidelity, 2010)

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L’épreuve est courte, le solo ramassé, mais l’une et l’autre offrent encore assez d’espace à David S. Ware pour composer en solitaire avec ses humeurs, révélées sur (et par) Saturnian.

Dans l’obligation de tout dire, et vite – au saxello, au stritch puis au ténor, instruments dont les sonorités n’en finissent plus d’évoquer les figures de Roland Kirk et de Coltrane –, si ce n’est que Ware se sert du handicap pour se faire intense sans attendre. Au saxello, il ose un bout de mélodie puis improvise, décline l’offre ce celle-ci à revenir vers elle, c'est-à-dire s’en remet au grand dilemme de l’improvisateur.

Plus précis encore, Ware travaille ensuite à des collages de graves et d’aigus, élevant des étages en suspensions sur lesquels il peut ensuite papillonner : lors du passage de l’un à l’autre, son savoir-faire peut être bousculé sous le coup d’un accrochage que l’on jugera bienfaisant. De loin, on suit la trajectoire anguleuse et on remarque combien la nature de l’instrument conseille le musicien qui improvise. Le tour de force étant que ce premier volume d’une série annoncée de « saxophones solos » fut enregistré le temps d'un soir seulement, celui d’un concert donné à New York. Détail qui renforce les belles conclusions nées de l’écoute de ces épreuves saturniennes.


David S. Ware, Methone (extrait).


David S. Ware, Pallene (extrait).


David S. Ware, Anthe (extrait). Courtesy of AUM Fidelity.

David S. Ware : Saturnian (AUM Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 15 octobre 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Methone 02/ Pallene 03/ Anthe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Sabir Mateen : Urdla XXX (Rogue Art, 2010)

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En ouverture d’Urdla XXX, la voix de Sabir Mateen rappelle celle que Sam Rivers laisse entendre lorsqu’il s’attèle au même exercice du solo : inquiète et invoquant encore, en appelant sans doute à l’inspiration s’il faut chercher un objectif à toute parole arrachée.

Directe, la clarinette sert une déstructuration imposante et puis, qu’il se montre prudent ou lyrique à l’alto vers lequel il retourne, Mateen revient au blues, soit : dévie l’inclinaison de l’axe sonore qu’il avait plus tôt tracé, voire refuse à sa sonorité singulière de se faire trop abstraite dans l’abstraction. A l’écoute de cet enregistrement, la chose paraît évidente : le son de Sabir Mateen à la clarinette et à l'alto est calqué sur celui de sa voix, puissante et réfléchie. D’où peut-être l’exposition du chant, en ouverture : le parti pris dès les premières secondes.

Sabir Mateen : Urdla XXX (Rogue Art / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 octobre 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ The City of Lyon 02/ Art Dance 03/ Dakka Du Boo Yu! 04/ Music is Sound and Sound is Music 05/ Jimmy Lyons 06/ Sekasso Blues 07/ One for the Rev. Frank Wright 08/ More than a Hammer and Nail 09/ Blessing to You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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