Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Steve Lacy Quintet : Last Tour (Emanem, 2015)

steve lacy last tour

Ce concert jusque-là inédit se fait remarquer parmi les enregistrements plus anciens de Steve Lacy publiés récemment – par hatOLOGY (Shots) et Emanem (Avignon and After Volume 2 et Cycles). C’est qu’il consigne une des dernières prestations d’un quintette qui datait de 2001 (enregistrement à Paris de The Beat Suite) et réunissait le sopraniste, Irène Aebi, George Lewis, Jean-Jacques Avenel et John Betsch.

A la voix d’Aebi, Lacy ajoute ici la sienne : abîmée, mais néanmoins largement mise à contribution, ainsi récite-t-il William Burroughs, Robert Creeley, Bob Kaufman ou Ann Waldman et Andrew Schelling quand il ne prévient pas avec une certaine ironie l’audience présente à Boston ce 12 mars 2004 : « This is a real jazz tune ». Les textes des poètes, une fois repris par Aebi (qui ne s’embarrasse malheureusement que rarement de nuances, sur As Usual ou Train Going By), donneront leur titre à ces exercices de swing appliqué à quelques ritournelles.

Comme souvent celles de Lacy, les inventions de Lewis étonnent : expression rentrée en trombone sur Naked Lunch ou implacable solo sur l’un des classiques du sopraniste, Blinks. La musique qui se joue là est celle d’une formation qui navigue à vue sur des thèmes qui, sous leurs airs de légèreté, dissimulent une intensité étonnante. C’est l’effet de l’élégance qui n’aura jamais quitté Steve Lacy.

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Steve Lacy : Last Tour (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 mars 2004. Edition : 2015.
CD : 01/ The Bath 02/ Morning Joy 03/ As Usual 04/ Naked Lunch 05/ Baghdad 06/ Train Going By 07/ Blinks 08/ In the Pocket
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Denis Fournier, David Caulet : Long Walk (Vent du Sud, 2016)

denis fournier david caulet long walk

Ces deux-là n’ont pas pour habitude de tout livrer d’une traite. Ils ont l’exigence de l’espace, de la  respiration. Ils ont la nécessité de s’éloigner pour mieux se retrouver. Ils ont la souplesse pour horizon. Ils ont des timbres tendres et résonnants. Leur chant est ductile, jamais ne coince, jamais ne se déchire. Ils aiment la douceur des mélodies récoltées  sans manigance. Ils n’aiment les furias que languides.

Ces deux-là se nomment Denis Fournier et David Caulet. Le premier est batteur-percussionniste. Son jeu souple et pluriel mise sur le rebond, la rondeur, la résonance. Le second est un saxophoniste aux graves soyeux. Tous deux connaissent la réserve et les routes sinueuses. Tous deux récoltent des élans de tendresse qu’il fait bon partager. Par les temps qui courent…

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Denis Fournier, David Caulet : Long Walk (Vent du Sud / Allumés du Jazz)
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD : 01/ Long Walk 02/ The Other Side of the Street 03/ Decisive Moment 04/ Give Me a Hug 05/ 07-36 06/ Saudade 07/ Unbuntu 08/ Talk with L
Luc Bouquet © Le son du grisli


Free Jazz Group Wiesbaden : Frictions / Frictions Now (NoBusiness, 2015)

free jazz group wiesbaden frictions now

En cinq petites années d’existence le Free Jazz Group Wiesbaden n’aura enregistré que deux vinyles (le premier tiré à 330 exemplaires, le second à 500 : comme quoi, rien n’a vraiment changé). Les influences (ne parlons pas de maîtres : les vrais libertaires refusent les maîtres) de Michael Sell, Dieter Scherf, Gerhard König et Wolfgang Schlick se nomment Don Cherry, Ornette Coleman, Milford Graves, Ayler Brothers & co.

Entre Complete Communion (surtout) et BYG Sessions (parfois), Frictions (enregistré le 12 juillet 1969) récolte le free des (presque) origines. La trame est là, qui donne à chacun tout loisir de faire exploser le cri. Et personne ne s’en prive. Frictions Now (9 juillet 1971) admet et exige l’étreinte des stridences. Solos, amalgames et superpositions s’encastrent, se chevauchent. Nous sommes en plein cœur d’un cri furieux et enragé.

Ceci pour la face A. La face B sera plus nuancée, stagnante (tout est relatif !), interrogative, apaisée (tout est relatif, bis !). Et l’on quittera à regret ce chant du cygne blessé, ici, superbement réactivé.

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Free Jazz Group Wiesbaden : Frictions / Frictions Now
NoBusiness

Enregistrement : 12 juillet 1969 & 9 juillet 1971. Edition : 2015.
CD : 01/ Frictions 02/ Frictions Now Part I 03/ Frictions Now Part II
Luc Bouquet © Le son du grisli


Han Bennink : en conversation avec Garrison Fewell

han bennink interview par garrison fewell

Cette conversation est extraite de De l'esprit dans la musique créative, ouvrage dans lequel Garrison Fewell converse avec vingt-cinq musiciens improvisateurs, parmi lesquels, outre Han Bennink, on trouve Joe McPhee, Wadada Leo Smith, John Tchicai, Steve Swell, Irène Schweizer, Oliver Lake, Milford Graves, Henry Threadgill... C'est à la fin de ce mois de mars que paraîtra le livre, aux éditions Lenka lente.

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GARRISON FEWELL : Quelle est l’importance de l’esprit ou de la spiritualité dans votre musique et dans votre art ? Comment ont-ils influencé vos capacités d’artiste créatif ?

HAN BENNINK : Quand j’étais très jeune, j’ai toujours pratiqué deux disciplines, le dessin et la batterie. Mon père était batteur professionnel. Depuis mes quatorze ans, je n’ai rien connu d’autre de mieux, ou de différent. Bien sûr, j’étais alors plus intéressé par la musique de l’époque, comme le hard bop et ce genre de trucs, mais j’ai évolué pour arriver où j’en suis aujourd’hui et le résultat de tout cela c’est l’art musical. Si c’est « spirituel » ou je ne sais quoi d’autre, je n’en sais rien. Je ne peux pas répondre à ces questions car je joue de la musique. Du moins, j’espère jouer de la musique, et j’ai l’espoir que chaque soir sera un bel échange et que tout le monde fera de son mieux pour que ce le soit. Cependant, pour moi, lui donner ce nom est trop lourd. Je n’aime pas mettre un nom sur les choses. J’aime sauter d’une boîte à une autre et être, dans le bon sens du terme, « sans étiquette », pour proposer mon propre truc. C’est comme lorsque je réalise des collages : je fais avec ce que je trouve autour de moi, des objets trouvés, et mon jeu se construit de la même manière. C’est un peu de ceci, un peu de cela et on peut indéniablement l’entendre. Je n’aime pas utiliser des mots lourds de sens. J’espère que je fais de la musique, je m’entraîne comme un fou car j’ai maintenant soixante-dix ans et ma tombe est entrouverte, alors on ne peut qu’espérer le meilleur. Non, je n’utilise pas des mots comme « spiritualité ».

GF : Avez-vous des habitudes qui nourrissent votre créativité après toutes ces années ?

HB : Fumer de la marijuana. Ça m’aide énormément à me concentrer, et continuer à travailler l’instrument. Certains aiment boire, ou faire autre chose. J’aime boire un peu également mais ce n’est pas vraiment mon truc. Mais pour parvenir à bien me concentre, ça m’aide quand même beaucoup. Pour ce qui est du quotidien, je suis quelqu’un de très simple. Par exemple, quand je me lève, j’aime manger un œuf et une tomate, presque tous les jours, puis je m’entraîne sur mon instrument pendant une heure. Mais je suis tombé il y a deux ans et j’ai eu des problèmes avec mon pouce. Donc, ça peut dépendre des circonstances, car une toute petite chose peut dans ce cas devenir une énorme tâche à accomplir. Quand j’étais jeune, je me disais toujours qu’à soixante-dix ans, j’aurais du temps ; mais je n’en ai en fait plus du tout. Je prends l’avion dans quelques heures pour rentrer chez moi, j’y resterai une demi-journée puis je filerai à Londres avec l’ICP Orchestra pour quatre ou cinq jours, et c’est tout le temps comme ça. Mon autre discipline artistique est de faire de l’art mais en tournée c’est impossible car on doit être avant tout musicien. Donc : parfois je suis musicien, parfois je suis plus artiste.

GF : Je connais bien le problème : maintenir une discipline sur la route est compliqué.

HB : Absolument. Nous avons eu de la chance avec le temps en cette période de l’année à Montréal, nous n’avons eu qu’un vrai froid : il faisait -30, je n’avais jamais ressenti un tel froid de toute ma vie. Mais nous n’avons pas eu de neige sur la route. Notre tournée a été fantastique et ce genre de chose me rend heureux. C’est un peu le but de la vie, en quelque sorte. Quand tout va bien, c’est cool.

GF : J’ai écouté votre interview avec Terry Gross dans l’émission de radio Fresh Air. Vous y avez déclaré : « Les sons sont partout, c’est juste le contexte dans lequel vous les trouvez qui change. »

HB : Les sons sont partout, oui. Je les vois plus comme des formes, en fait. Nous avons bien évidemment besoin de ces sons ; le son est partout. C’est pour cela que Terry Gross a réalisé une sorte de batterie pour moi avec des choses trouvées sur son bureau, un pot à encre, une théière, des trombones. Quand vous êtes un enfant – et je suis probablement encore un grand enfant qui n’a pas véritablement grandi –, le batteur que vous êtes joue avec des pots, des poêles et des chaises, ce que je fais encore aujourd’hui. Je n’ai pas besoin d’une vraie batterie pour m’exprimer, je peux le faire avec une chaise également.

GF : Vous êtes effectivement tout à fait capable de libérer les sons qui sont emprisonnés dans des objets ordinaires, et même peu ordinaires.

HB : C’est mon but.

GF : Avez-vous déjà été totalement saisi par surprise par le son d’un objet ?

HB : D’abord, je vois l’objet. Comme hier, j’ai trouvé derrière la scène un gros bol en fer avec des bouts de bois dedans, c’était très attirant. Quand vous décidez de poser le bol sur la batterie, instantanément tout le monde se met à penser : « Quand va-t-il jeter toutes ses baguettes ? » Remarquez, peut-être que personne ne pense rien. Vous avez tous les choix possibles. Vous pouvez prendre un seul bout de bois ou bien vider le bol d’un coup. Tout est une question de moment. Vous pouvez aussi décider de ne rien faire et de reposer le bol. Vous avez toutes les possibilités, et j’aime les possibilités.

GF : C’est fantastique, j’aime votre idée du suspense et de l’improvisation. Votre jeu et votre son contiennent des éléments du jazz originel, des fanfares de la Nouvelle-Orléans au swing, du morceau à deux temps au be bop. Mais ce qui est encore plus marquant, et je le ressens quand vous jouez – hier encore, très clairement –, c’est que vous percevez le temps sans que cela provienne de votre tête. De quelle manière envisagez-vous la connexion entre le free jazz, la musique créative, l’improvisation, et la tradition du jazz et du blues en Amérique ?

HB : Avant tout, selon moi, il n’y a pas de « free jazz ». J’ai beaucoup fréquenté la Free Music Production Company à Berlin quand je jouais avec Peter Brötzmann. A cette époque, Frank Wright en était également, et répétait : « Eh, mec, qu’est-ce que t’entends par ‘‘free music’’, au juste ? Il n’y a rien de ‘‘free’’ ! Est-ce que ‘‘free’’ sous-entend que les musiciens ne sont pas payés ou alors que le public vient nous voir gratuitement ? Ca veut dire quoi ?! ». Depuis, j’ai beaucoup de mal avec le terme « free music ». Pour moi, tout cela demande beaucoup de discipline. Quand j’entends « Ça a swingué », j’ai envie de répondre : « Bah, évidemment ! ». Mes modèles ont été Kenny Clarke, Art Blakey et Philly Joe Jones, et je les admire toujours. Cependant mon autre intérêt, comme je l’ai dit, c’est la peinture. Dans ce domaine, je m’intéresse à Dada, Francis Picabia, Man Ray, à tous ces gens, qui vous donnent des idées. Vous pouvez utiliser ces idées quand vous jouez. Si une chaise tombe à un moment précis, ou si vous mettez une chaise sur la batterie, ou si je pose mon pied dessus afin d’en changer la tonalité, voilà encore des tonnes de possibilités. Le fait d’utiliser son pied, par exemple, a déjà été fait en 1937 par Baby Dodds. Il faisait ça sur un tom, debout ; moi, je le fais assis pour pouvoir utiliser mon autre pied sur la pédale. Il y a une multitude de combinaisons.



GF : Quels sont vos premiers souvenirs d’improvisation ?

HB : Du plus loin qu’il m’en souvienne, j’ai improvisé toute ma vie car je ne sais pas lire les notes. Les notes de musique sont pour moi toutes des crottes de mouche sur une page blanche, j’ai donc toujours joué à l’oreille et avec le cœur. J’ai été très vite intéressé par Charlie Parker. J’ai commencé par le be bop bien sûr, j’étais jeune et je suivais la tendance, puis les albums ESP avec Albert Ayler sont sortis. Je me souviens de la première fois que j’ai rencontré Albert Ayler et Don Cherry. J’ai beaucoup joué par la suite avec Don. Je louais ma batterie à Sunny Murray pour trente-cinq florins car il voyageait sans son instrument. Je suis allé voir ces gens jouer live de nombreuses fois. A cette époque, je réarrangeais ma batterie : j’avais une grande grosse caisse, des blocs chinois, des timbales et un marimba. J’ai aussi joué du tabla en duo avec Nina Simone pour la télévision. Je ne suis pas un joueur extraordinaire de tabla, c’est très très très très difficile. Il faut vouer sa vie entière au tabla et jouer de la musique indienne. Comme ma culture musicale est européenne, et donc très différente, il faut savoir se familiariser. Je fais une sorte de collage, un assemblage pour mes sons en utilisant un peu de tout. Aujourd’hui je suis revenu à la batterie simple. Après avoir joué sur cette énorme batterie, j’ai réduis et, de nos jours, je suis connu pour amener une simple caisse claire avec laquelle je joue pendant tout le concert. Je peux même évoluer avec un big band entier uniquement accompagné de ma caisse claire. On dit aux Pays-Bas que « tout passe par le regard ».

GF : Votre musique parle à toutes les générations. J’ai vu des enfants fascinés par votre jeu, ce qui est plutôt réconfortant...

HB : Ca a toujours été le cas. Des gens qui ont aujourd’hui la trentaine viennent encore me voir alors qu’ils accompagnaient leurs parents à mes concerts quand ils avaient cinq ou sept ans. Je reçois encore des lettres du Japon où certains m’ont vu étant enfant, il y a des années de cela. C’est très, très gentil. Je pense qu’à soixante-dix ans – dieu merci, je ne me sens pas si vieux –, je joue pour les jeunes et les moins jeunes, les punks et les autres, j’aime jouer pour tout le monde.

GF : Avez-vous des conseils à donner aux Américains afin qu’ils montrent davantage d’intérêt pour la musique improvisée et le jazz ?

HB : Bien sûr, c’est très dommage qu’il n’y ait pas d’argent pour le jazz ici et, quand il y en a, il est destiné à Wynton Marsalis et à son club. Je trouve ça triste car depuis que les blancs sont arrivés en Amérique et ont tué tous les Indiens, la seule chose qui reste c’est le jazz. Le jazz a tellement à offrir, qu’il soit noir ou blanc, c’est une partie importante de la culture américaine et les Américains devraient être très fiers de cela. L’argent ne devrait pas être donné à ceux qui en ont déjà, comme Herbie Hancock et d’autres. Ils devraient vraiment prendre soin de ce qu’ils ont en Amérique et être fiers de ce que tous ces artistes de l’improvisation apportent à la musique. C’est la même chose aux Pays-Bas maintenant, nous avons suivi le système américain, c’est dommage. C’est même pire, en tant que musiciens européens nous devons acheter un permis de travail pour jouer en Amérique. Si vous mentez à la frontière, ils vous renvoient chez vous. Je connais beaucoup de musiciens qui ont menti à la frontière en disant qu’ils n’étaient pas là pour jouer et qui ont été renvoyés direct. Un permis coûte mille euros par an. J’en ai un pour trois ans. Si tu fais un concert à New York, tu as déjà investi trois mille euros et ensuite tu dois payer ta chambre d’hôtel, le taxi et éventuellement de quoi manger de temps en temps. Au final, tu joues pour rien ! Il y a un problème, là ! Les musiciens américains viennent en Europe très souvent, eux, car notre système est tout à fait différent. Vous voyez, les choses ne sont pas si simples.

GF : L’été, je vis en Italie et j’y joue régulièrement ; je comprends parfaitement ce que vous dites. J’espère que nous saurons nous ouvrir davantage, la musique créative et ceux qui l’écoutent auraient à y gagner. A ce propos, quel rôle la musique créative peut- elle jouer dans la société et peut-elle faire évoluer ce genre de situation ?

HB : Eh bien, il faudrait davantage de concerts et de soirées comme celle d’hier, avec la pleine lune, une standing ovation et des gens qui en redemandent. Il y a un besoin palpable de bonne musique et un intérêt pour ce genre de jeu. Nous avons déjà ressenti ce genre d’ambiance, comme quand nous avons joué avec l’ICP Orchestra. Nous ressentons cette atmosphère pratiquement à chaque fois. Il y a donc un vrai besoin, et si ce besoin existe il faut y répondre : nous avons donc besoin d’argent pour organiser des concerts. C’est logique. Ça ne sera jamais une musique populaire comme la pop, puisque « pop » veut dire populaire, à la Paul Anka ou d’autres. Mais il devrait y avoir plus d’argent pour organiser des concerts. Et s’il y a plus de concerts, il y a automatiquement plus de possibilités offertes d’aller écouter cette musique. Ça devient de plus en plus difficile. Je vous le dis, je ne peux pas me plaindre mais je crains pour les générations à venir. Le monde va si vite. Je ne sais pas utiliser l’ordinateur, j’ai besoin d’aide pour cela. Ma femme s’en occupe pour moi car je suis un analphabète, je ne peux même pas allumer ce truc correctement. Je m’enfonce dans un monde qui n’est plus le mien mais je peux encore y apporter ma contribution. On devrait faire plus attention aux musiciens qui jouent bien ici et on fait exactement le contraire. Pour moi ça va, car le 23 avril je recevrai le prix du Jazzahead-Škoda, ce qui représente une somme de 15000 euros environ.

GF : Félicitations, c’est fantastique ! Vous êtes un artiste dont la musique dépasse toutes les catégories. Bien sûr, nous venons tous de quelque part et pouvons être fiers de nos racines, mais je suis tellement heureux que vous veniez jusqu’ici pour permettre au public de vous écouter et de faire vivre au public une telle expérience... Il me reste quelques questions à propos de votre façon de jouer, comme hier en concert avec The Whammies : en une chanson, vous avez tous joué des idées courtes en répondant les uns aux autres et en usant de silences entre les dialogues. J’ai choisi cinq musiciens avec qui vous avez joué dans votre carrière, j’aimerais vous demander de les évoquer en trois mots. Ces musiciens ne sont plus parmi nous aujourd’hui, vos confessions pourraient nous permettre de les connaître davantage, d’autant que votre expérience avec eux fut très significative. Prenons d’abord Eric Dolphy...



HB : Ouais, mec. En trois mots... Mais, en fait, il n’y en a qu’un : fantastique ! Je ne peux pas décrire cette expérience, ça a été fantastique de travailler avec lui. Je ne fréquente plus trop la scène aujourd’hui mais, à l’époque, je jouais avec Hank Mobley, Johnny Griffin et Don Byas et, tout à coup, Dolphy apparaît et c’est une expérience totalement différente. Le type qui organisait les concerts pour les musiciens que je viens de citer ne voulait pas le faire pour Eric, parce que c’était un peu trop marginal. Mais comme je jouais déjà avec Misha Mengelberg, ça tombait à pic : inoubliable !

GF : Maintenant, l’un de mes musiciens préférés : Derek Bailey.

HB : Ouais aussi ! L’inventeur de la guitare ! Il a inventé un style totalement nouveau pour la guitare.

GF : Steve Lacy ?

HB : Oh, avec Steve j’ai tellement bourlingué et bien sûr donné tellement de concerts avec lui et/ou ses compositions. Quand je les rejoue encore maintenant, j’ai l’impression d’être de retour dans mon lit ! Steve ne m’a jamais imposé une façon de jouer ses compositions, je pouvais tout simplement faire ce que je voulais. Aujourd’hui, je connais bien ses morceaux et je les interprète avec un ensemble plus large. Je pense que je peux les interpréter avec beaucoup plus de maturité que quand je les jouais avec Steve. Ouais, Steve était un ami et il me manque terriblement.

GF : Marion Brown ?

HB : Oh, Marion, ouais ! Marion et moi nous sommes rencontrés pour la première fois chez moi. Je me souviens que nous avons joué sur ma péniche. Le disque que nous avons enregistré ensemble s’appelle Porto Nuovo.

GF : Et John Tchicai ?

HB : Ah, John Tchicai, c’est une autre histoire. J’aimais beaucoup John. Sur le deuxième disque d’Instant Composers Pool, c’était le choix de Misha, nous avons réalisé un enregistrement avec John. Plus tard, histoire de rendre les choses vraiment plus compliquées, voire impossibles car ils ne s’entendaient pas, il y a eu le disque avec Derek Bailey et John Tchicai (Fragments, ICP 5).

GF : J’ai cet enregistrement chez moi. Je le trouve super !

HB : Ce n’est pas l’avis de Derek ni celui de John. Je me souviens qu’ils se respectaient mais n’étaient pas amis, en tout cas pas vraiment.

GF : Et un dernier, qui est cette fois toujours parmi nous : Cecil Taylor.

HB : Oh, Cecil, Cecil, ah ! (Rires). Je dois vous raconter cette histoire, même si ça fera plus de trois mots ! A une époque, je jouais beaucoup avec Cecil, puis nous avons fait un album à deux pour Free Music Production (Spots, Circles, and Fantasy). J’étais emballé par ce disque et un type de Village Voice est venu m’interviewer. J’ai dit un truc que Cecil n’a vraiment pas apprécié, si j’en crois sa réaction d’alors : « Mec, pourquoi t’as dit ça ?! » Ce que j’ai dit au journaliste n’était rien d’autre que : « J’aime bien jouer avec Cecil et écouter toute cette merde ». J’avais utilisé le terme « shit ». Ce fut pour Cecil très duuuur à digérer. Depuis ça, je n’ai jamais rejoué avec lui.

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GF : Cecil n’a pas compris le sens dans lequel vous aviez utilisé ce mot.

HB : Effectivement. Ce fut une semaine fantastique en plus, j’ai joué et enregistré avec lui puis je suis parti jouer ailleurs. Ce n’était pas avec Otis Redding mais avec un autre type qui chantait « Sitting on the Dock of the Bay ». Il était connu en tant que chanteur soul et il m’avait engagé parce qu’il avait un groupe qu’on avait composé pour lui en Allemagne mais qui, selon lui, manquait de swing. J’ai oublié son nom mais j’ai largement préféré jouer avec lui qu’avec Cecil. Quand je joue avec Cecil, c’est un peu comme être dans une rue à sens unique. Pour faire un contrepoint je joue une marche. Par exemple, Tony Oxley ne fait jamais ça. Tony swingue, nage avec Cecil, en sortant toutes ces notes. J’aime aussi les formes qu’il crée, toutes ces petites formes. J’aime incorporer une marche ou un truc très carré afin de faire un contrepoint.

GF : Pour vous avoir entendu jouer souvent avec des musiciens différents, je peux dire que vous êtes vraiment dans l’instant présent, réagissant, répondant et nourrissant les autres musiciens avec vos contrepoints. J’ai vu beaucoup d’aspects différents de votre musique et ai réalisé que tout, chez vous, peut arriver, et à n’importe quel moment en plus. Il ne faut pas hésiter : il faut écouter son instinct et faire le grand saut sans attendre.

HB : On ressent cela tout de suite. Il faut le ressentir tout de suite. Il faut saisir le moment, il faut y aller. L’erreur n’existe pas, c’est de cette manière qu’on apprend. Misha et moi trouvions parfois intéressant de ne pas jouer l’un avec l’autre mais plutôt l’un contre l’autre.

GF : Vous pouvez donc jouer contre quelqu’un tout en jouant avec lui.

HB : Oui, bien sûr ! On joue dans un groupe, donc, si ce que jouent les autres ne vous convient pas, il faut partir dans une autre direction, interférer, et la musique change tout de suite. Les gens pensent que si je mets mon pied sur la batterie, ou que je joue par terre, c’est pour faire le show. Ce n’est pas pour le show, pas du tout ! Je change l’acoustique grâce à cela, vous comprenez ? Ça fait une grosse différence. Quand je me lève et que je joue dans le hall ou sur des chaises, je suis dans le public, je fais partie du public tout en restant en lien avec ce qu’il se passe. Et en même temps, je modifie l’acoustique.

GF : Merci beaucoup, Han, vous êtes aussi généreux en paroles qu’en musique...

HB : Je vous souhaite tout ce qu’il y a de meilleur !

Garrison Fewell : De l'esprit dans la musique créative (Lenka lente, 2016)
Traduction : Magali Nguyen-The
Photographie d'Han Bennink : Luciano Rossetti


Garrison Fewell, Gianni Mimmo : Flawless Dust (Long Song Records, 2016)

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Sachant l’amour que Garrison Fewell portait à l’Italie, il fallait bien qu’un jour il croisât la route de Gianni Mimmo. Flawless Dust a été enregistré, par les soins de Stefano Ferrian, le 31 octobre 2014.

Neuf pièces improvisées pour tout Outcome – mais c’est ici l’Outcome d’un duo d’héritiers et non pas d’usurpateurs : Fewell et Mimmo, c’est d’ailleurs, tous les deux assumés, le geste d’avant celui de Derek Bailey et le souffle d’avant celui de Steve Lacy. Si le disque atteste parfois un goût ancien pour le bavardage (Mimmo, surtout, qui court souvent après la mélodie et s’y laisse parfois emporter), il réserve aussi quelques plages à des conversations plus réfléchies.

Le morceau-titre en est le meilleur exemple – qui rappelle, lui, la rencontre d’une autre guitare (celle de Billy Bauer) et d’un alto (celui de Lee Konitz) sur Inside Hi Fi –, dans les pas duquel Fewell invente : en milieu de demi-caisse, en taping et tout en retenue expressive. S’il pourra ici ou là passer pour accompagnateur, Fewell peut aussi retourner la situation le temps d’une miniature (Other Song) ou d’un dernier morceau de bravoure (Grainy Fabric). Alors, le geste d’avant celui de Bailey a beau jeu de se souvenir ; ce que le souffle d’après celui de Lacy atteste.



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Garrison Fewell, Gianni Mimmo : Flawless Dust
Long Song Records
Enregistrement : 31 octobre 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Flawless Dust 02/ Song 03/ Coherent 04/ News from Beyond 05/ Struggente 06/ Other Song 07/ A Floating Caravan 08/ Other Chat 09/ Grainy Fabric
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Cécile & Jean-Luc Cappozzo : Soul Eyes (Fou, 2016)

cécile jean-luc cappozzo soul eyes

A l’écoute des petits princes dont on parle tant dans les revues sur papier glacé (pas obligé, me direz-vous) me vient la détestation de ce jazz dénaturé et sans âme faisant loi aujourd’hui. Les vessies ne seront jamais des lanternes, faut-il encore le préciser ? A l’écoute de Soul Eyes, la joie revient. Comme si rien ne s’était perdu. Comme si la fibre du désir avait enfin retrouvé son passage.

La cause de ce désir existe par la grâce d’un père (Jean-Luc Cappozzo) et d’une fille (Cécile Cappozzo), soudés par sagesse et profondeur. Soudés par ce vieux jazz qui bouge encore, ce vieux jazz qui n’a pas dit son dernier mot. Ce vieux jazz qui résiste. Ces deux-là habitent l’horizon, s’écoutent, se rejoignent, se récréent. Et c'est magnifique.Et aussi bouleversant.

Il y a le blues des origines, ici subtilement réactivé. On détecte aussi du Satie  (No More Tears). Normal, Mal Waldron ne l'a-t-il pas glorifié en son temps ? Car le répertoire de ce disque surfe entre les compositions du grand Mal et celles de Charles Mingus. Et cela se clame haut et fort. Pourquoi vouloir commenter / analyser ce qui est bouleversant ? The Seagulls of Kristiansund vient de s’inviter et je jette volontiers l’éponge.

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Cécile & Jean-Luc Cappozzo : Soul Eyes
Fou Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ No More Tears – Goodbye Pork Pie Hat – Nostalgia in Time Square 02/ Soul Eyes – Pithecanthropus Erectus 03/ The Seagulls of Kristiansund
Luc Bouquet © Le son du grisli


Joe McPhee : Zurich (1979) (Astral Spirits, 2015)

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Après Roaratorio (Solos: The Lost Tapes), c’est au tour d’Astral Spirits – label jusque-là dédié au format cassette – de consigner sur vinyle (une face) un ancien solo de Joe McPhee. Enregistré le 12 mars 1979 à Zürich, sans que l’on sache dans quelles conditions.

Au saxophone ténor, le musicien prend d’abord ses précautions. A peine a-t-il eu le temps de développer un court schéma mélodique qu’une trame a déjà fait son apparition, sur laquelle il déposera des spirales descendantes ou des paquets de notes balançant. Ailleurs, c’est la même trame qu’il bouleverse à coups d’interventions toujours riches de propositions, quand elles ne sont pas « simplement » surprenantes.

Ainsi, un nouveau motif peut naître, que McPhee fait tourner – pour ne pas dire danser –, écorche un temps puis soigne à nouveau. Une fois de plus, il y a là à entendre les effets d’une émulation aussi forte que celle qui émane des plus belles rencontres. Et qui nous pousse à aller inspecter le silence de la seconde face histoire de se convaincre qu’un dernier motif n’y a pas été caché.



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Joe McPhee : Zurich (1979)
Astral Spirits / Mononofus Press
Enregistrement : 12 mars 1979. Edition : 2015.
LP : A/ Zurich (1979)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Thomas Borgmann Trio : One for Cisco (NoBusiness, 2016)

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Au milieu des années 1990, on a pu entendre Thomas Borgmann auprès de Lol Coxhill ou de Peter Brötzmann, mais c’est en trio avec Wilber Morris et Denis Charles – que Reggie Nicholson remplacera à sa disparition – qu’il a surtout travaillé sa sonorité aux saxophones ténor, soprano et sopranino.

Après avoir documenté l’association Borgmann / Morris / Nicholson (Nasty & Sweet), NoBusiness publie un enregistrement récent du saxophoniste, en trio encore : le 31 janvier 2015, celui-ci se produisait ainsi au Tenor Sax Festival de New York aux côtés du contrebassiste Max Johnson et du batteur Willi Kellers – deux autres habitués du label lituanien.

C’est de façon plutôt informelle que débute cette improvisation en deux parties – bien distinctes l’une de l’autre, le vinyle ne gêne donc pas l’écoute. Allégeance faite à l’école FMP, Borgmann ne craint pas les comparaisons et emmène son trio avec une volonté certaine, mais avec subtilité aussi. D’autant que ses phrases turbulentes comme ses élans retenus profitent d’un archet accrocheur et d’une batterie changeante – si c’est à Nicholson que Kellers fait penser en première face, c’est à Charles qu’il semble en appeler en seconde. Reste à un harmonica de conclure : la gentillesse des deux notes entre lesquels il va et vient « excuse » tous les écarts dont le jeu s’est nourri.



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Thomas Borgmann Trio : One for Cisco
NoBusiness Records
Enregistrement : 31 janvier 2015. Edition : 2016.
LP : A/ One for Cisco (Part 1) – B/ One for Cisco (Part 2)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strenght & Power (RareNoise, 2016)

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Sorti de l'Université de Yale où il a étudié la musique classique, Roswell Rudd intègre au trombone quelques ensembles de jazz qu'emmènent Edmond Hall, Eddie Condon, Bud Freeman ou Buck Clayton. S'il sert encore le dixieland auprès de Condon lorsqu'il gagne New York à l'orée des années 1960, le jeune homme profite bientôt des leçons qu'il reçoit là d'Herbie Nichols au point d'abandonner le jazz ancien pour l'avant-garde sous l'influence de fréquentations imposantes : Cecil Taylor, Steve Lacy (avec lequel il se consacre déjà au répertoire de Thelonious Monk), Bill Dixon ou Archie Shepp. Mais c'est en association avec John Tchicai que Rudd démontre le plus souvent une verve convaincante : avec le saxophoniste, il enregistre ainsi en 1964 New York Eye and Ear Control pour le compte d'Albert Ayler et Four for Trane pour celui de Shepp, forme la même année le New York Art Quartet – présences de Lewis Worrell et Milford Graves – et signe l'année suivante à Hilversum la première référence de sa discographie personnelle (Roswell Rudd). En 1968, le tromboniste passe par le Liberation Music Orchestra de Charlie Haden et le Jazz Composers' Orchestra de Carla Bley et Michael Mantler pour, la décennie suivante, enseigner l'ethnomusicologie au Bard College et enregistrer encore un peu sous son nom – notamment avec la chanteuse Sheila Jordan – ou sous celui d’Enrico Rava (Enrico Rava Quartet). Pour se montrer plus décisif, Rudd devra revenir au répertoire de Nichols et de Monk (enregistrement en 1982 de Regeneration en quintette avec Misha Mengelberg ; conduite, la décennie suivante, des projets The Unheard Herbie Nichols et Monk’s Dream) ainsi qu’à deux de ses plus fidèles partenaires : Steve Lacy et Archie Shepp. [Guillaume Belhomme, Way Ahead, Jazz autres en 100 figures]

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Il n’y a pas que dans le flamenco : le jazz possède aussi ses vieux cantaores. Arrivé à l’hiver de leur vie, la voix se désagrège, la justesse se fait la malle, seul reste l’émoi, le cri, la supplique. C’est un peu ce qui arrive à Roswell Rudd ici : le phrasé est cassé mais ne cesse de gronder, d’envahir le cercle. La saillie est désarmante, le son se projette avec grandeur, force et fulgurance.

L’improvisation au naturel que parcourent Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn et Balazs Pandi n’a pas d’âge. Elle possède naturel et irrévérence mais sait se tenir quand approche le blues. Le voici, ce vieux blues, pas encore fatigué de ses oraisons. Le voici se transfigurant, s’arrimant à ce navire qui tangue mais jamais ne coule. L’improvisation que pratiquent ces quatre-là c’est le risque de l’échec, de la sortie de route. C’est l’espoir des bonheurs, des correspondances, des délivrances. C’est le refus des performances. C’est l’antre du possible. De tous les possibles.



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Roswell Rudd, Jamie Saft, Trevor Dunn, Balazs Pandi : Strength & Power
RareNoise Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Strength & Power 02/ Cobalt Is a Divine 03/ The Bedroom 04/ Luminescent 05/ Dunn’s Falls 06/ Struttin’ for Jah Jah
Luc Bouquet © Le son du grisli


Sebastian Lexer, Steve Noble : Muddy Ditch (Fataka,2016) / Stefan Keune, Dominic Lash, Steve Noble : Fractions (NoBusiness,2015)

sebastian lexer steve noble muddy ditch

Les deux pièces à trouver sur ce disque ont été enregistrées au même endroit (Café Oto) mais à deux ans et demi d’intervalle. Assez pour que le duo qui les a improvisées, Sebastian Lexer et Steve Noble, modifie son propos.

En 2011, le piano+ de Lexer est certes déjà une machine à sons contrariés, de graves qui rôdent en cordes qui tremblent, et la ponctuation de Noble assez expressive pour les mettre en valeur et même les développer. Un léger tintement, répété, peut ainsi stopper le patient polissage auquel s’adonne un Lexer qui multipliera ensuite les clusters démonstratifs. Mais ce sont les mois qui passent qui changeront véritablement la donne.

Ainsi, en 2014, l’emportement romantique qui parfois gagnait Lexer s’est effacé derrière des plaintes et des chants sortis d’une recherche plus méticuleuse. C’est le silence qui, cette fois, rôde et impose là sa mesure ; en réponse, Noble brusque sa frappe et, étrangement, la soigne dans le même temps. Voilà pourquoi Muddy Ditch est un beau document : il atteste l’évolution d’un duo d’improvisateurs affairé, certes, mais concerné encore par son sujet.


lexer noble

Sebastian Lexer, Steve Noble : Muddy Ditch
Fataka
Enregistrement : 25 octobre 2011 & 18 juin 2014. Edition : 2016.
CD : 01/ Pool 02/ Loess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

stefan keune dominic lash steve noble fractions

Un saxophone – qui pourra d’abord évoquer le ténor de John Butcher – monte tandis que, déjà, tonne un tambour (c’est encore Steve Noble). L’atmosphère passera pour « remontée » si l’archet de contrebasse (c’est Dominic Lash) ne tempère le jeu du trio. Stefan Keune (John Russell ou Paul Lytton jadis pour partenaire), lui, passe de ténor en sopranino. Son jeu est « rentré », qui rappelle aussi parfois celui de Paul Dunmall, manque peut-être de singularité, mais s’écoute néanmoins avec plaisir.

fractions

Stefan Keune, Domini Lash, Steve Noble : Fractions
NoBusiness
Enregistrement : 26 novembre 2013. Edition : 2015.
LP : A1/ Two Far A2/ Cuts A3/ A Find – B1/ Let’s Not B2/ Mélange
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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