Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Thanos Chrysakis, Wade Matthews, Javier Pedreira : Garnet Skein (Aural Terrains, 2013)

thanos chrysakis wade matthews javier pedreira garnet skein

Garnet Skein est le nom, emprunté à celui du document qu’il archive, d’un des observatoires qui fleurissent au pays que Chrysakis et Matthews explorent ensemble depuis des années. Et ce pays s’invente en fait sous leurs pas, pas sur lesquels le guitariste Javier Pedreira réglait les siens en 2013.

Le matériel du trio consiste en un ordinateur, une radio, des field recordings, des sons de synthèse, des gongs, en plus de la guitare de l’invité. Le paysage n’est peut-être plus le même qu’hier (ENANTIO_ΔΡΟΜΙΑ, Numen, Parállaxis) mais n’est pas non plus totalement différent. La chose que nous remarquons en premier est un ampli au sol. Il pourrait symboliser la recherche de présence, ou la recherche de concret c’est-à-dire de volume, de tous les bruits qui l’environnenet. Le grondement des gongs, deux notes flutées, des voix ou des larsens filtrants. Dans ce monde-là, l’électroacoustique révèle des ombres luminescentes.

écoute le son du grisliThanos Chrysakis, Wade Matthews, Javier Pedreira
Garnet Skein (extrait)

Thanos Chrysakis, Wade Matthews, Javier Pedreira : Garnet Skein (Aural Terrains)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01-06/ I-VI
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Konk Pack : Doing the Splash (Megaphone / Knock’Em Dead, 2013)

konck pack doing the splash

Doing the Splash est l’histoire d’une aimantation : retrouvés en surface, des éléments de synthétiseur analogique (Thomas Lehn), de lap steel guitar (Tim Hogkinson) et de batterie (Roger Turner). Le premier aurait attiré les deux autres dans une chute volontaire – improvisation enregistrée au Café Oto le 18 décembre 2012.

Après les gentillesses d’usage (discrétion voire sensibilité en ouverture), les rivalités s’expriment sur les rumeurs de dispositifs miniatures et les bruits divers d’un grinçant atelier. Quand les camouflages n’empêchent plus qu'on reconnaisse les instruments (la guitare, première de toutes), alors vient pour eux le moment de tonner. La bataille à suivre en dit, au son, aussi long sur les ressources individuelles de chacun des membres de Konk Pack que de la santé de leur association (longtemps éditée sous étiquette GROB).  

Konk Pack : Doing the Splash (Megaphone / Knock’Em Dead / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18 décembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Magic Ear Self Zoom 02/ Wall Of Red Thoughts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Benjamin Duboc : St. James Infirmary (Improvising Beings, 2014) / Roger, Duboc, Lasserre : Parole Plongée (Facing You, 2014)

benjamin duboc st

Pizzicato, Benjamin Duboc s’envole large. Amoureusement, anime le profond. Insiste sur un trait. Le questionne puis l’abandonne. Doucement, efface le secondaire. Fait claquer la corde. Construit. Toujours construit. Glisse l’harmonie dans sa plus ferme douceur. Trouve l’Eden. Ceci pour St James Infirmary Blues, traditionnel de la tradition.

Arco, Benjamin Duboc ébruite le geste. Collectionne les vibrations. Tangue et navigue en homme libre. Déroule ses larges voiles. Met de l’angoisse au cœur. Fait du mouvement un balancier inusable. Boxe la corde. Stoppe l’apesanteur. Met les doigts dans le cambouis. Construit. Toujours construit. Hypnotise un astre. Ne le lâche plus. Voici l’océan. Ceci pour Saint-Martin, improvisation inspirée de Benjamin Duboc.

Benjamin Duboc : St. James Infirmary (Improvising Beings)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ St. James Infirmary Blues 02/ Saint-Martin
Luc Bouquet © Le son du grisli

henri roger benjamin duboc didier lasserre parole plongée

Le temps d’un 33 tours, Benjamin Duboc (contrebasse), Didier Lasserre (cymbale et caisse claire) et Henri Roger (piano) ravivent le free jazz de quelques impulsions perdues (Thé ou café ?). Souvent (Sables, Ré-horizontalité), irriguent une matière noire et anxiogène d’un questionnement profond. N’échappent pas toujours à de vains coloriages. Explorent d’improbables diverticules. Mais toujours travaillent les espaces, l’attente, la vibration. Sensible sentier donc.

Henri Roger, Benjamin Duboc, Didier Lasserre : Parole Plongée (Facing You / IMR)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Sables 02/ Altermutations 03/ Thé ou café ? 04/ Ré-horinzontalité
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Azeotrop, Felix Profos : Bock (Deszpot, 2013) / Steamboat Switzerland Extended : Sederunt Principes (DB Waves, 2013)

azeotrop felix profos bock

Axe répétitif pour le duo noise Azeotrop (Dominik Blum : orgue Hammond, Peter Conradin Zumthor : batterie). Les compositions de Felix Profos sont cadenassées. Aucun espoir d’évolution, le crescendo est exclu. Le beat est perturbé, défiguré. Le duo renforce la stridence, perfore quelques frêles tympans. Les issues sont bouchées.

En quelques plages, Azeotrop improvise. Les ambiances sont anxiogènes : cortège lent et appuyé vers un psyché-noise imbibé de noires terreurs, gong aux harmonies putrides surgissant d’une gangue sableuse et détrempée… La noirceur trouve trône. Dans un tel contexte, l’orgue Hammond étonne puis convainc. On aura prévenu : gare aux oreilles.

écoute le son du grisliAzeotrop, Felix Profos
Bock (extraits)

Azeotrop, Felix Profos : Bock (Deszpot)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD / LP : 01/Horn  02/Marsch  03/Fieber  04/Bann  05/Ritt  06/Mühle  07/Gong  08/Loch  09/Dresden  10/Pupillenschmerz
Luc Bouquet © Le son du grisli

steamboat switzerland extended sederunt principes

Plus bruyant que le souvenir qu’on en gardait, Steamboat Switzerland (Dominik Blum, Marino Pliakas et Lucas Niggli), trio ici augmenté, démontre en concert, sur des compositions de Mark Kilchenmann, d’une esthétique changeante. Plus ou moins convaincante, celle-ci, selon qu’orgue et guitares rivalisent de lourdeur avec les frappes vigoureuses ou que les saxophones (d’autres invités ayant rejoint le trio) relativisent l’emportement de rigueur et la folie « progressive » (belle marche noire en seconde plage).

Steamboat Switzerland Extended, Mark Kilchenmann : Sederunt Principes (D.B. Waves, 2013)
Enregistrement : 5 février 2012. Edition : 2013.
CD : Sederunt Principes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Musiques Innovatrices #22, Saint-Etienne, Musée de la Mine, 5-8 juin 2014.

musiques innovatrices 22 2014

Le festival intermittent – mais il s’agit tout de même de sa 22e édition ! – Musiques Innovatrices de Saint-Etienne est un peu parallèle à celui qui se tient en juillet, depuis 2001, à Marseille (MIMI). Il partage aussi avec lui le fait de se dérouler dans un lieu particulier. Les îles du Frioul pour ce dernier, le cadre du Musée de la Mine pour le Stéphanois. Se déroulant pendant les derniers jours d’une année scolaire, un peu avant les épreuves du bac, il m’a rarement été possible de m’y rendre. La configuration d’un emploi du temps combiné au weekend de la Pentecôte fut favorable à une troisième visite à ces Musiques Innovatrices.

Une programmation alléchante, sans être toutefois des plus avant-gardistes, motiva aussi ce déplacement de Strasbourg à Saint-Etienne. Certes, j’ai dû faire l’impasse sur la première soirée, qualifiée par l’organisateur de « soirée du souffle », souffle animé à la fois par les effluves issues du fado et de la bossa nova (Norberto Lobo et João Lobo) et les vents des Appalaches (Josephine Foster). Soirée qui suscita une forte adhésion.

La seconde se voulut plus aérienne, et servie avec un peu de psychédélisme, au fil de deux prestations. Celle du guitariste nîmois Thomas Barrière, suivie par celle que concoctèrent les deux italiens de My Cat Is An Alien. Devant un public quelque peu clairsemé, le premier sut remplir l’intéressante salle des pendus de la mine par des sons provenant d’une guitare à deux manches (douze et six cordes) et usant de divers procédés (frottages, dissonances, effets électroniques, ceux de la voix directement sur les cordes…) pour recréer une musique libre issue de détournement d’influences rock, blues voire arabisantes. Un peu plus tard, le concert de My Cat Is An Alien fut peut-être en-deçà des attentes. Fort d’une  bonne cinquantaine d’enregistrements sous tout format (et sans compter les albums solos et ceux parus sous d’autres noms), la formation des deux frères piémontais Maurizio et Roberto Opalio opère dans un style qu’elle qualifie de Psycho-System (coffret de six CD qui en détaille les divers aspects, sous les termes de delirium, catharsis, hallucination, enlightment…), une sorte de musique cosmique, générée ici principalement par les sons électroniques, offrant dans le déluge sonore quelques variations aux sonorités plus métalliques, parfois percussives et saccadées, mais qui rapidement semblent lasser une partie du public, laissant les autres sur leur faim.

my cat   konk

La troisième soirée s’annonça plus tellurique. Ce qui sied justement à cet endroit ouvert sur le ventre de la terre. En prélude et en fin d’après-midi, les festivaliers, plus nombreux que la veille, purent suivre la prestation de Toma Gouband pour un solo de lithophones et percussions. De grosses pierres et des cailloux plus petits étaient posés sur des cymbales et une grosse caisse. Et avec l’une ou l’autre de ces pierres, le musicien frottait, frappait les autres, esquissant des rythmes décalés qui s’interpénétraient, créant une atmosphère envoutante et curieusement aérienne. Peut-être un peu trop longue, la prestation perdit un peu de sa magie avec l’usage de la pédale de grosse caisse.

Le trio germano-britannique Konk Pack ouvrit la soirée par un set époustouflant, qui marqua la plupart des auditeurs, lesquels le considérèrent comme le climax du festival. Il est vrai que Tim Hodgkinson, Thomas Lehn et Roger Turner pratiquent leur improvisation de haut vol depuis une quinzaine d’années, forte de leur empathie et sans en bannir l’imprévisible. Armés l’un de sa guitare lapsteel, et accessoirement de sa clarinette, le second d’un synthétiseur analogique, et mus en permanence par l’impressionnant et imaginatif batteur, les musiciens créent une musique convulsive, tourbillonnante, électrique, alternant sauvagerie déferlante et accalmie parfois mélodique, une musique finalement très éruptive (un paradoxe dans un site minier…).

Plus prévisible fut le concert donné (en soliste) par Richard Pinhas. Un premier set d’une trentaine de minutes, un second d’une dizaine. Déclinant tous les deux des envolées étourdissantes nées du croisement de la guitare avec les ressources de l’électronique. Des sonorités parfois célestes pour lesquels on quittait l’environnement tellurique, d’autres plus incandescentes, entre terre et feu (on retrouve le côté éruptif de la prestation précédente !), ou plus majestueuses, les sons résonnant dans cette salle des pendus comme dans une cathédrale, dans laquelle les vêtements pendant des mineurs faisaient office d’exvotos ou de statuaires originales.

La Morte Young conclut cette troisième soirée. Les cinq musiciens, grenoblois, niçois et stéphanois conjuguèrent une musique qui partit d’un lent crescendo faussement planant pour aboutir à une saturation sonore bruitiste et bestiale, notamment par les effets de larsen, le travail sur les guitares et les diverses pédales (Thierry Monnier et Pierre Faure) sous-tendus par le batteur d’Eric Lombaert (Talweg), et le thérémine survolté de Christian Malfray et la voix de Joëlle Vinciarelli (Talweg). Plus onirique et apaisée fut la courte seconde pièce, bien que, elle aussi, s’acheva dans maelstrom étourdissant.

la morte young  lucio

Plus difficile de trouver un dénominateur commun à la quatrième et dernière journée de ces Musiques Innovatrices. Peut-être le souffle, si l’on associe le premier concert de l’après-midi (Lucio Capece) et le dernier avec son saxophone baryton (Joe Tornebene) ? Mais les deux autres… Finalement ce sera la journée des déambulations. Entre les lieux, entre les types de musique. Entre les lieux effectivement puisque le festivalier passa successivement de la salle des énergies vers celle des machines, avant de passer à l’auditorium et à la salle d’exposition. Entre les musiques aussi. La plus poétique fut celle que proposa Lucio Capece dans la salle des énergies : partant d’un souffle minimal cher aux adeptes du réductionnisme, il insuffla à sa musique une dimension particulière par l’emploi d’archet, ou de divers gadgets propres à varier les vibrations, avec des installations diverses, couplées ou non avec le saxophone, usant de petite boule, d’un ballon en déambulation, concoctant une mise en son de l’espace.

La salle des machines accueillit, elle, le duo Baise en ville, pour une confrontation entre une voix grave, usant d’onomatopées, de cris, de grognements (Natacha Muslera) et d’une guitare transpirant de sonorités sombres, de trituration des sons (Jean-Sébastien Mariage), s’inscrivant dans un univers d’improvisations plutôt rock, proposant, très occasionnellement, des passages plus évanescents, mais plus globalement dissonants et torturés. Sonar fut tout à fait différent. Plutôt rock aussi, ce quartet helvétique est une jeune formation (deux, trois ans) de vieux routiers, soit deux guitaristes (Stephen Thelen, Bernhard Wagner), un  bassiste (Christian Kuntner) – qui hantent la scène zurichoise depuis plus de deux décennies, en particulier le bassiste (Brom, Fahrt Art Trio, Kadash…) – et le batteur Manuel Pasquinelli, plus jeune et parfois en-deçà de la maitrise instrumentale de ses partenaires. Comme le suggère le nom de la formation, les quatre musiciens livrèrent une musique aux architectures sonores finement travaillées et ciselées, aux rythmes complexes, une musique percutante marquée par le sceau d’un rock progressif (Stephen Thelen aurait travaillé avec Robert Fripp !), aux lignes assez minimales et identifiables par l’usage d’accordages particuliers des deux guitares, une musique qui, au-delà de quelques riffs virevoltants, de quelques effets sur les cordes et de l’énergie qu’elle dégage, reste marquée par une approche calme, une sorte de lenteur suisse (cliché !), propre à illustrer le titre de leur troisième opus, Static Motion.

Un saxophoniste baryton quasi-inconnu eut la tâche de clore ces quatre journées de Musiques Innovatrices. Américain d’origine et lyonnais d’adoption, Joe Tornabene investit l’espace de la salle d’exposition en se déplaçant régulièrement, en proposant un travail sur le souffle continu et les sons multiphoniques. Un espace d’exposition qui fut, les trois premiers jours, investi par les installations de Thomas Barrière, faites de divers module, mobiles, avec des squelettes, répliques de bateaux à voile, mus par des ventilateurs et générant, bien sûr, des sons.

Musiques Innovatrices #22, Saint-Etienne, Musée de la Mine, 5-8 juin 2014.
Photos : Bruno Meillier © Les proliférations malignes & Pierre Delange © Merzbow-Derek.
Pierre Durr © Le son du grisli

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Et\Ou : En chute libre (ORAL, 2014)

et ou en chute libre

Comme Martin Tétreault enregistra Le dernier disque de jazz du XXe siècle avec Pierre Tanguay et Xavier Charles, on ne sera pas étonné d’apprendre que le Canadien aux platines s’adonne sur ce CD au rock ! A la colle avec le batteur Michel Langevin (du groupe de metal Voivod dont je l’avoue j’ignore tout), leur duo s’appelle Et\Ou. Première question, qui du duo fait le Ou du Et et le Et du Ou ? Tétrault, Langevin ? Bien, qu’importe, l’un ou/et l’autre.

Deuxième question : tient-on là le dernier disque de rock du XXIe siècle ? Pourquoi pas. Mais d’un rock vaudou qui fait tressauter et danser le tourne-disque, d’un rock sans complexe qui ose parfois le balourd (comme sur le Duo 8), d’un rock noise et saccadé, brut et abrupt… De quoi oublier toute dénomination, et ne plus bouder notre plaisir à l’écoute de ce rock qui n’en est tout simplement pas un.  

écoute le son du grisliEt\Ou
En chute libre (extraits)


Et\Ou : En chute libre (ORAL / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Duo 14 02/ Duo 2 03/ Duo 8 04/ Duo 6 05/ Duo 3 06/ Duo 16 07/ Duo 11 08/ Duo 13
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku, 2014)

peter brötzmann jason adasiewicz john edwards steve noble mental shake

Pour peu que l’on goûte le vibraphone (et l’effet de ses harmoniques), il faut aller entendre ce Mental Shake enregistré par le trio que composent Peter Brötzmann, John Edwards et Steve Noble – dont on se rappelle … the Worse the Better sur le même label – en compagnie de Jason Adasiewicz au Café OTO le 12 août 2013.

Partageant une même conviction – que Noble martèle d’ailleurs –, les quatre musiciens y font en effet preuve d’une inspiration qui met au jour un folk au mystère épais. Ainsi, tarogato puis saxophones et clarinette explorent l’espace avec une fantaisie et une opiniâtreté qui déstabilisent son équilibre : insistants, Edwards et Noble le sont heureusement autant que le souffleur, quand les suspensions vibrantes d’Adasiewicz finissent de fleurir une improvisation courte mais ô combien remuante.

écoute le son du grisliPeter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble
Mental Shake (extrait)

Peter Brötzmann, Jason Adasiewicz, John Edwards, Steve Noble : Mental Shake (OTOroku)
Enregistrement : 12 août 2013. Edition : 2014.
CD / LP / DL : 01/ Mental Shake
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Insiden : Above Us (In Paradisum, 2014)

insiden above us

Pour avoir été jeune (et je l’espère l’être encore un peu), je me méfie beaucoup de la jeunesse. Et quand arrive dans ma boîte un LP de jeunes inconnus qui improvisent sur des vidéos, je crains le pire en imaginant un disque de plus de post-kraut-post-rock ou sinon d’impro-nihilo-inculte. Mais j’apprends qu’au mastering il y a James Plotkin (le Plotkin de Lotus Eaters, Isis et, accessoirement, de Plotkin), alors tout s’illumine (c’est bien sûr une façon de parler)…

Et j’ai bien eu raison d’avoir tout de suite fait confiance à ce groupe de (trois) jeunes : Amédée Somaticae De Murcia (programmation et effets), Romain de Ferron (synthé et ahanements) et Guillaume Mikolajczyk (violoncelle préparé et amplifié). Car ce sont des bons jeunes, qui ont retravaillé en studio leurs improvisations pour se construire leur propre cage d’escalier où traîner leur ennui. Quand on y entre à notre tour, on avance prudemment, comme dans une zone dangereuse. Les alarmes, les drones taillés à la tronçonneuse, les nappes de synthé lentement fouettées, les effets utilisés avec justesse et la voix délayée dans ce grand tout… Une dark ambient de caractère, une music for ghost airports ou une dream pop dont le shiny est d’O))). Bref, engageant à plus d’un titre !

écoute le son du grisliInsiden
Le puits et le pendule

Insiden : Above Us (In Paradisum)
Edition : 2014.
LP / DL : A1/ Le puits et le Pendule A2/ La tour A3/ Comme un navire pris dans la glace B1/ Symbols B2/ Reikä B3/ Sitting Near an Imaginary River B4/ Above Us
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Henri Roger, Eric-Maria Couturier, Emanuelle Somer, Bruno Tocanne : Parce que ! (Facing You / IMR, 2014)

henri roger eric-maria couturier emmanuelle somer bruno tocanne parce que

Henri Roger fait référence à Pierre Soulages et décide d’improviser Parce que ! en s’abritant derrière une citation : « Pourquoi noir ? La seule réponse, incluant les raisons ignorées, tapies au plus obscur de nous-mêmes et des pouvoirs de la peinture c’est : PARCE QUE ». Le noir (l’outrenoir, pour être exact) du peintre va bien au piano de Roger. En apposant des noires graves et des blanches de lumière il construit un cadre qu’investissent sur son modèle Eric-Maria Couturier au violoncelle, Emmanuelle Somer à la clarinette basse, au cor anglais, au hautbois ou au saxophone, et Bruno Tocanne à la batterie.
 
C’est épais, dense, emporté, secret, soufflant et fier. C’est un peu de Soulages en effet, surtout lorsque celui-ci revient sur les origines de ses Outrenoirs : « Un jour de janvier 1979, je peignais et la couleur noire avait envahi la toile. Cela me paraissait sans issue, sans espoir. Depuis des heures, je peinais, je déposais une sorte de pâte noire, je la retirais, j’en ajoutais encore et je la retirais. J’étais perdu dans un marécage, j’y pataugeais. Cela s’organisait par moments et aussitôt m’échappait… » Ce n’est pas le même « marécage » pour Roger et ses comparses, c’en est un autre, qui s’organise et, heureusement, lui (leur) échappe aussi.

Henri Roger, Eric-Maria Couturier, Emmanuelle Somer, Bruno Tocanne : Parce que ! (Facing You / IMR / Les Allumés du Jazz)
Enregistrement : 18 novembre 2013. Edition : 2014.
01/ Trace ouate 02/ Coulures apparences 03/ Signe banquise 04/ Ratures brumes 05/ Griffures au fond
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Sonny Simmons & Co. : Instrumental Martial Arts of Tomorrow / Chasin' the Bird (Improvising Beings, 2014)

sonny simmons instrumental martial arts of tomorrow

Trop volage pour battre pavillon, le vaisseau dans lequel a récemment embarqué Sonny Simmons arborait quand même un étendard, qui claqua au vent avant d’être arraché au fuselage. C’est que l’engin sut atteindre les hauteurs auxquelles la mission Leaving Knowledge, Brilliance And Wisdom l’obligeait. Retrouvé en proche banlieue de Birmingham, Alabama, ce qu’il reste de cet étendard présente aujourd’hui encore, inscrite en lettres de feux, une devise qui dit assez bien le grand air de défi qu’affichaient Simmons et les membres de son équipage (Anton Mobin, AKA_Bondage, Michel Kristof et Julien Palomo) au moment du départ : Instrumental Martial Arts of Tomorrow.

Le voyage a été long, mouvementé, et ce ne sont que cinq de ses « moments » que l’Instance Bienveillante (IB) a jugé bon, sinon de révéler au public, en tout cas de ne pas taire plus longtemps. Fragmenté, c’est là un journal de bord qui raconte par le son – on y distinguera même quelques instruments – les tremblements de la machine avant son décollage, les appréhensions de ses passagers, leurs réactions contrariées devant l’Inconnue comme les façons qu’ils auront eu d’éviter ses écueils à coup d’improvisations bravaches, de disputes salutaires, d’accords suspendus, enfin, de charmes que souffle Simmons à l’approche du Serpent.

Après avoir croisé le fer avec satellites, poussières et comètes, l’appareil adressa un message à l’étranger qui, peu méfiant, répondit par une aimable invitation : là, le saxophone accuse les différents paliers de la descente, le métal fait grincer sa fatigue, et c’est la rencontre. Cordiale, surprenante même : l’hôte fit en effet part de son exaltation dans un langage imprévisible, qui fuse et crépite… de quoi plaire au commandant Simmons, qui saisit alors tout le sens de la mission rétro futuriste qui lui a été confiée (suite aux explorations de Paul Bley et Annette Peacock, Joe McPhee avec John Snyder, Anthony Braxton ou George Lewis avec Richard Teitelbaum). Sens, qu’il s’empressa de signifier à la faune en liesse – selon l’état actuel de nos recherches, employer le mot « faune » n’est pas faire injure à l’hôte en question – en usant d’un idiome qu’elle et elle seule pouvait sans doute comprendre : « Shaga-Uga ».

La formule est plusieurs fois répétée. Après quoi, silence radio. Les enregistrements ne disent rien des conditions dans lesquelles a été effectué le voyage de retour ni à quel moment ses jeunes coéquipiers se sont aperçus de la disparition du commandant. Leurs témoignages n’ont pu faire avancer l’enquête ; à cette heure, le mystère reste entier. Pour ne pas être suspectée de conspiration, l’IB a fait nommer Huey Sonny Simmons Chevalier du Grand Ordre du Clavier Galactique et, à un journaliste qui l’interrogeait sur l’affaire, a répondu en ces termes : « C’est la vie… »

Sonny Simmons : Leaving Knowledge, Wisdom and Brillance / Chasin the Bird? (Improvising Beings)
Edition : 2014.
8 CD : CD1-CD4 : Leaving Knowledge, Wisdom and Brilliance – CD5-CD8 : Chasin the Bird?
Luc Bouquet © Le son du grisli

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