Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Lettre ouverte de Joëlle Léandre aux Victoires du jazzle son du grisli #3Conversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Louis-Michel Marion : 5 strophes (Kadima, 2014)

louis-michel marion 5 strophes

Louis-Michel Marion a pris des leçons de contrebasse auprès de Jean-François Jenny-Clark avant d’en apprendre encore en compagnie de Vinko Globokar, Joe McPhee, Paul Rogers, Keith Rowe… Seul, c’est en poète forcené qu’il compose 5 strophes.

Sous l’influence revendiquée de Léandre, Phillips et Goldstein (pour ce qui est des archets), mais avec caractère. Ainsi, canalise-t-il aux doigts une imagination débordante (Deserts of Vast Eternity) quand il n’élève pas à l’archet harmoniques et autres chants parallèles pour parer ou étendre les motifs sur lesquels il insiste avec endurance. Si les strophes sont au nombre de cinq, combien y trouvent-on de nobles variations ?  



Louis-Michel Marion : 5 Strophes (Kadima / Souffle Continu)
CD : 01/ Askings 02/ First Steps 03/ Who Talks 04/ The Deep Motion 05/ Deserts of Vast Eternity
Rec : octobre 2012. Edition : 2014.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bill Nace, Steve Baczkowski : I Can Repay You (Open Mouth, 2014)

bill nace steve baczkowski i can repay you

En maîtrisant un feedback, Bill Nace entamait ce 11 juin 2014 un nouvel échange avec Steve Baczkowski : I Can Repay You, soit cinquante exemplaires d’un vinyle vendu exclusivement les soirs de concerts.

De la ligne longue du feedback en question, le duo fait un fil rouge : l’épaississant, Baczkowski facilite l’équilibre de Nace, avant de l’agiter ; frappant sur les micros de son instrument, le guitariste provoque alors une bruyante opposition que l’ampli finira quand même par avaler. En seconde face, les bruits sont plus terribles encore, élevés sur une boucle aux grands airs de sirène : renversé (comme la pochette du disque expose à l’envers aussi bien qu’à l’endroit le beau cliché de Peter Ganushkin), l’ampli crache maintenant quand le saxophone exulte : l’exposé de tremblante est brillant, son harmonie stupéfiante.

Bill Nace, Steve Baczkowski : I Can Repay You (Open Mouth)
Enregistrement : 11 juin 2014. Edition : 2014.
LP : A-B/ I Can Repay You
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang, 2014)

oren ambarchi eli keszler alps

Avec le soin qu’on lui connaît, le label Dancing Wayang – dans son catalogue, déjà deux duos recommandables : Okkyung Lee / Phil Minton et John Edwards / Chris Corsano – a enveloppé Alps, vinyle lourd qui retient deux improvisations enregistrées le 26 juin 2013 par Oren Ambarchi et Eli Keszler.

Le premier est à la guitare électrique et aux cymbales, le second à la batterie, aux percussions, aux crotales et aux cymbales aussi. Celles-là tournent forcément : sous l’archet, leurs sifflements de cristal accordent même les musiciens avant qu’ils ne s’expriment plus âprement. Quittant la rumeur (pour y revenir un peu plus tard), c’est alors Keszler qui crible sa batterie de coups secs et rapides, obligeant Ambarchi à intensifier ses plaintes persévérantes.

En seconde face, le guitariste prendra, sinon sa revanche, au moins le dessus : n’est-ce pas lui qui, le long d’un possible hommage à son camarade Keiji Haino, manie la saturation psychédélique qui presse la frappe de Keszler ? Deux fois convaincant, le duo se sera donc montré volontaire après avoir été plus subtilement turbulent.

Oren Ambarchi, Eli Keszler : Alps (Dancing Wayang)
Enregistrement : 26 Juin 2013. Edition : 2014.
LP : A/ Alps I B/ Alps II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ben Bennett, Jack Wright : Tangle (Public Eyesore, 2014)

ben bennett jack wright tangle

Depuis quelques années partenaires réguliers (l’attestent Ohio Grimes and Misted Meanie et Wrest), Jack Wright (ici aux saxophones alto et soprano) et Ben Bennett (à la batterie et aux percussions) développaient récemment leurs recherches communes de sons si possible singuliers.

Pour ce faire, comme en atelier, le duo prend prudemment position avant de s’essayer à diverses combinaisons : les graves de l’alto traînant sur les rebonds étouffés de batterie, et c’est déjà la naissance d’une conversation. D’autant que Wright fait grand cas des propositions de son partenaire : ainsi rogne ou retourne-t-il quelques motifs soufflés en considérant les sinueux tapis de percussions que Bennett tisse sur l’instant. Au final, l’improvisation tient, qui confirme que la fréquentation de la jeunesse – hier déjà avec Bhob Rainey ou Matthew Sperry – profite à l’ouïe de Wright.

Ben Bennett, Jack Wright : Tangle (Public Eyesore)
Enregistrement : 2 juillet 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Embroiled 02/ Bogus Ferret 03/ You Itchy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Birgit Ulher, Gregory Büttner : Araripepipra (Hideous Replica, 2014)

birgit ulher gregory büttner araripepipra

Quatre ans après l’enregistrement de Tehricks, Birgit Ulher (trompette, radio, objets, speakers) et Gregory Büttner (ordinateur, objets, loudspeakers) se retrouvaient. Preuves données : huit courtes pièces électroacoustiques réunies sur Araripepipra.

Inutile de chercher les clefs du langage qu’Ulher et Büttner ont en commun dans les titres donnés aux pièces en question. Reste l’accord, désormais plus évident, sur lequel l’une et l’autre vont désormais : aux lignes électroniques fragiles de son partenaire, Ulher répond par une suite de sons élevés en trompette ou même retenus sur ses lèvres ; constructions, que Büttner remplit de bestioles chantantes ou fait tourner sur machine-outil. Comme hier, l’art est miniaturiste, et l’expression abstraite. Ce qu’Araripepipra signifie peut-être.

Birgit Ulher, Gregory Büttner : Araripepipra (Hideous Replica)
Enregistrement : 4 et 6 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Araripepipra 02/ Chaco-Pekari 03/ Igopogo 04/ Quagga 05/ Kongamato 06/ Aye-Aye 07/ Tzuchinoko 08/ Kouprey
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Johannes Rød : Free Jazz and Improvisation on Vinyl 1965-1985 (Rune Grammofon, 2014)

johannes rod jazz and improvisation on vinyl

Le titre et le sous-titre de ce livre exposent assez clairement le projet de Johannes Rød. Retour, donc, à quelques étiquettes discographiques historiques dont le sujet fut le free et/ou l’improvisation.

Rangés par ordre alphabétique, les labels (indépendants, précisons-le) se succèdent en respectant quelque usage formel : nom, courte présentation, liste de l’intégralité des productions du label en question ou sélection de références seulement dans le cas où il n’aurait pas œuvré exclusivement en faveur du free et/ou de l’improvisation (ECM, Nato, Flying Dutchman…). En introduction, Rød avoue la subjectivité de sa démarche et précise que les soixante-quatre vinyles dont les pochettes sont reproduites dans un cahier central sont de sa collection, sinon de celle de Rune Kristoffersen (Rune Grammofon).

Maintenant, les listes : références de noms désormais célèbres (America, Black Saint, BYG (Actuel), Delmark, Emanem, ESP, FMP, Hat Hut, Nessa, Ogun, ICP, Incus, India Navigation…) et entiers catalogues de maisons bâties par les musiciens eux-mêmes : Matchless (Eddie Prévost), Metalanguage (Larry Ochs et Henry Kaiser), Po Torch (Paul Lytton et Paul Lovens), Rift (Fred Frith), Parachute (Eugene Chadbourne), El Saturn (Sun Ra), Jihad (Amiri Baraka), Bead (Phil Wachsmann), Ark (Trevor Watts), A (le même Watts et John Stevens), Mustevic Sound (Steve Reid), etc. Certes, la mise en page peut paraître austère – pour plus de « folie », conseiller sans coup férir la pratique de Free Fight –, mais le compte informatif y est.

Johannes Rød : Free Jazz and Improvisation on Vinyl 1965-1985. A Guide to 60 Independent Labels (Rune Grammofon)
Edition : 2014.
Livre (anglais)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Virginia Genta, Mette Rasmussen, John Edwards, Chris Corsano : Bâle, 28 août 2014

virginia genta mette rasmussen john edwards chris corsano festival météo 2014

Transporté à Bâle, une fois n’est pas coutume, le festival Météo. Au Sud, sur les bords du Rhin, une soirée changeante, dans tous les sens du terme : deux duos stériles (chacun à sa façon) contre Joke Lanz (set brillant, empirisme et visite d’atelier évoqués – certes brièvement – ici) et un quartette mixte.

Carte blanche à Chris Corsano : le groupe est aussi composé de Virginia Genta (souffleuse et moitié d’un Jooklo Duo remarqué sur disques auprès de Bill Nace ou C. Spencer Yeh), Mette Rasmussen (saxophone) et John Edwards (partenaire de Corsano sur A Glancing Blow auprès d’Evan Parker et sur l’indispensable Tsktsking). Quelques soupçons (craintes, voire), alors : de free réchauffé, de mignonne parité, de formation subtile promettant de « souffler » le chaud et le froid.

Or, sur scène, le rideau tombe et emporte (presque) toute l’histoire du free jazz : de Dewey Redman à Mats Gustafsson – les saxophonistes ont le souffle pour (solide, celui de Genta, qui mêle à sa science de l’insistance une esbroufe charmante ; plus fragile, celui de Rasmussen, l’Ayler y côtoyant l’appeau), la section rythmique l’expérience. Un « free » jazz sans revendication, certes, sans plus rien à craindre de son auditoire non plus, mais terriblement agissant. Quelques bémols, bien sûr : dans ces « plages » inspirées par un Afrique que l’on fantasmera sans doute toujours ou ces relans de Roland Kirk qui font que l’on patiente entre deux soulèvements.

Les dernières minutes iront au son d’une atmosphère qui oppose hommes et femmes : les premiers jouant des coudes, presque en duo, laissant leurs partenaires sans véritables attaches. Avec l’heure, le quartette s’est donc désuni – manque d’expérience de la paire féminine ou élan d’un duo d’hommes rompu à l’art de dire fort et longtemps ? –, mais les quatre en question auront intéressé ensemble ou séparément : à suivre, donc, Genta, Rasmussen.

John Edwards, Chris Corsano, Virginia Genta, Mette Rasmussen : Bâle, Festival Météo, 28 août 2014.
Photos : Sébasien Bozon, pour le blog de Météo.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

pratella

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John Eckhardt : Forests (Depth of Field Music, 2014)

john eckhardt forests

L’expérience est (de cause à effet) rare, d’entendre sur disque un improvisateur qui résiste à la frénésie productive comme à l’insatiable besoin de consigner toute démonstration sur support. Depuis Xylobiont (psi, 2008), John Eckhardt n’était apparu sur CD qu’en membre du Crossbows de Barre Phillips – formation de contrebassistes dans laquelle il côtoie notamment Clayton Thomas.

Si l’on put regretter l’avarice d’Eckhardt, c’est que Xylobiont est une réussite. Or, son avarice était une précaution qu’exigeait la maturation lente qui le menait à Forests – enregistrement de près de deux heures à trouver dans un tronc d’arbre miniature (en fait, une clef USB) rangé dans une boîte transparente parmi des morceaux d’écorces et de feuilles, de brindilles et de mousses. Sur la clef en question, trouver deux-cent photos prises en forêt de Staksund (Suède) entre 2004 et 2013, trois textes (préface de Barre Phillips et notes d’Eckhardt) et, pour ce qui est du son, huit épreuves de « String Quartets ».

eckhardt 1  eckhardt 2

De l’aveu même d’Eckhardt, ces pièces pour contrebasse quatre fois enregistrée ne sont ni des improvisations, ni des compositions, mais des créations « en transit », presque structures organiques à entendre. Le bois, forcément, y est partout : brut (ni préparations, ni amplification), qui résonne aux passages de l’archet – lors d’impressionnantes initiations à l’arco-branche – ou aux déferlantes de pizzicatos : reprenant, pour les développer encore, les préoccupations de Xylobiont (polyphonie, dynamique, harmonique, répétition, drone…), le contrebassiste tranche avec la précision que d’autres mettent à manier l’acier. Naît alors un lot de rumeurs épaisses, certes, mais ajourées : de râles menaçants, d’oscillations instables, de souffles saisissants… Aux branches des arbres de Staksund, John Eckhardt a bel et bien suspendu des cordes : le paysage ne changera pas avec la lumière, mais plutôt avec le volume auquel on décidera d’écouter, et de réécouter, Forests.

John Eckhardt : Forests (Depth of Field Music)
Edition : 2014.
USB : 01/ Cedri 02/ Xylotope 03/ Nemora 04/ Fungi 05/ Svartälven 06/ Geophyte 07/ Noominous 08/ Aeål
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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IQ + 1 : IQ + 1 (Polí5, 2014)

iq+1

Voici donc Georgij Bagdasarov, Katerina Bilejova, Jana Kneschkle, Jara Tarnovski, Petr Vrba, Michael Zboril et leur drôle de millefeuille. Le vent est maléfique, les machines désintégrées (platines vintages, synthétiseurs analogiques, theremin), les instruments égarés (saxophone baryton, trompette, violon, basse électrique).

Dans ce tournis de sons, l’harmonie s’invite embarrassée, balayée. Un baryton s’égare (ailleurs, le voici en embuscade), une trompette demande de l'aide, une guimbarde cabre quelques rythmes retors. Pas de drone, juste quelques micros-explosions et autres cigales électroniques venant distraire l’amas sonique, ici, finement cadastré. Conclusion : pas besoin de géomètre pour IQ+1.

écoute le son du grisliIQ+1
IQ+1

IQ+1 : IQ+1 (Polí5)
Enregistrement : 2013 / Edition : 2014
CD : 01/I  02/Q  03/+  04/1
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jacques Demierre, Jonas Kocher, Axel Dörner : Mulhouse, 27 août 2014

jacques demierre jonas kocher axel dörner festival météo 2014

Invité par le festival Météo à dispenser un stage organisé sur plusieurs jours au profit de musiciens motivés (et pas seulement pianistes), carte blanche était offerte à Jacques Demierre pour la composition de la formation qui ouvrirait la soirée de concerts donnés au Noumatrouff ce 27 août dernier.

A sa gauche (vu du public), Jonas Kocher, brillant accordéoniste de ses compatriotes qui travailla avec lui à Öcca ou en Insub Meta Orchestra ; à sa droite (du même point de vue), Axel Dörner, trompettiste qu’Urs Leimgruber, partenaire de Demierre en ldp, aura donc essayé avant lui (disque Creative Sources). Sera-ce Demierre qui composera ? Dörner qui concèdera ? Kocher qui s’adaptera ? Ou alors l’inverse ? – mais allez chercher l’inverse d’une formule à trois inconnues…

Le mystère reste entier, qui aurait pu expliquer l’équilibre trouvé par le trio : aux frasques et embardées du pianiste, à l’implication avec laquelle il assène des gifles sèches à son instrument – dans un rapport auquel Joke Lanz fera écho le lendemain soir, à Bâle (Sud), lorsque, à l’affût derrière ses platines, il trouvera matière à la fabrication d’un autre ouvrage sonore d’équilibre et d’expression instantanée – ou en explore l’intérieur, Kocher et Dörner répondent dans l’urgence (heurts provoqués, autres emportements) en prenant soin de revenir aux sources du langage qui les travaille habituellement (ligne inquiète de discrétion, voire de circonspection, sinon de silence).

Ainsi les aigus ou graves tenus de l’accordéon font bientôt le lien entre un monde et un autre. Et voilà la scène renversée : les musiciens s’immobilisent, prennent et tiennent la pause – s’ils bougent encore un peu, c’est alors un théâtre au ralenti, l’image est à la traîne, comme parasitée par les sons, même les plus infimes (souffles minces ou blancs, cordes effleurées, sourdine ou knatterboot-gerücht). Le trio prendra plaisir à renverser d’autres fois cette même scène, avec une entente égale et un équilibre rare, qui forcent une triple estime. 

Jacques Demierre, Jonas Kocher, Axel Dörner : Mulhouse, Noumattrouff, Festival Météo, 27 août 2014.
Photos : François, Quelques Concerts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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