Le son du grisli

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Clive Bell, Sylvia Hallett : The Geographers (Emanem, 2005)

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C'est évidemment à un voyage que nous convient Clive Bell et Sylvia Hallett sur The Geographers. Se refusant à consulter les cartes, leur cahier des charges est clair, qui veut bousculer aux sons d'instruments exotiques ou rares une musique improvisée parfois trop installée de ce côté-ci du globe.

Pour ne pas être monotone, le parcours devra refléter les changements de paysages. Ainsi, le charme des surprises nous mène de plaines désolées sur lesquelles soufflent des vents en fuite (Flying On The Landing) en étendues reposantes qui nous assurent que la virulence en improvisation n'est pas une fatalité (Birthmarks). Et quand, chaotique, la topologie reconnaît des frontières (Tantamount), c'est pour répondre aux échappées à la fois sages et hors-cadre un peu plus tôt établies (With The Book Propped Against The Horse's Mane).

Il arrive aussi aux violons, pipeaux, flûte japonaise et scie musicale, de rendre compte de scènes de la vie sauvage. Alors, on croise des oiseaux non répertoriés posés sur une balançoire (The Sweet Potato Festival At Fudomae). Ailleurs, les sirènes de Rolls Over The Plain engagent à la fuite des meutes affolées. Le départ est déjà loin, qui voyait Sylvia Hallett célébrer, d'un filet de voix, l'harmonie du monde, à la manière d'une Meredith Monk faite oracle (Shrugging Into Spring).

Et déjà, au son des nappes du khene de Bell, le duo termine sa course, sur une rizière à étages (Love For Shale). D'avoir préféré ne pas suivre les sentiers battus, les deux musiciens ont tiré profits ; et ramènent au pays des visions fulgurantes, réconfortés sur leur propre adresse : évidente, mais souvent inconnue des guides.

CD: 01/ Shrugging Into Spring 02/ Flying On The Landing 03/ With The Bool Propped Against The Horse's Mane 04/ The Weald 05/ Birthmarks 06/ Tantamount 07/ The Sweet Potato Festival At Fudomae 08/ Notes To The Milkman 09/ Rolls Over The Plain 10/ Love For Shale

Clive Bell, Sylvia Hallett - The Geographers - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Veryan Weston, John Edwards, Mark Sanders : Gateway to Vienna (Emanem, 2004)

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Un album double, qu'accompagne un texte. Signé Philippe Alen, il évoque le mouvement naturel d'un mobile pour mieux nous faire envisager la musique improvisée défendue sur Gateway to Vienna. Sur un disque consacré aux prises studio, et un second revenant sur un concert donné à Vienne, on retrouve le pianiste Veryan Weston, aux côtés de John Edwards et Mark Sanders, complices avec lesquels il avait déjà enregistré, six ans plus tôt, un Mercury Concert impeccable.

En studio, avant tout. Dès le départ, le mobile, image acceptable, ne semble pas évoluer sans qu'on l'y aide un peu : fougue insatiable inondée de grincements d'archet (Gateway One), éviction précieuse de la pesée des âmes avant leur mise en musique (Gateway Six). Ailleurs, c'est d'accalmies que l'on décide : une plage de quasi silence porté par les éléments s'insinue dans le chaos (Gateway Two) ; une mise en place évanescente pour climat sonore étale ouvre Gateway Five.

Ici, la durée d'une improvisation implique forcément les changements. L'énergie auto alimentée de Weston profite ainsi de la toile de fond déroulée par la contrebasse d'Edwards (Gateway Three), avant d'entamer avec elle un colin-maillard espiègle - préféré à la course poursuite -, que la rigueur rythmique de Sanders aimerait rappeler à l'ordre (Gateway Four). On trouvera un terrain d'entente une fois les aspirations du trio apaisées.

En concert, les intentions sont les mêmes. Répétitions, passacailles modernes, Weston semble tout tenter, sur Vienna One, pour éviter de définir les structures. Sanders déploie allègrement ses fulgurances et, pas contrariant, accepte de courtes périodes lentes. A mi-course, un développement homophone force le respect, qui finira à l'orée d'un double-stapping signé par le batteur.

Vienna Two, elle, commence dans les brumes, éclairée de temps à autre par les tentations mélodiques du pianiste. La dominante est paisible, hermétique le vase qui reçoit les inspirations. Puis, comme tout passe, on emprunte le chemin sinueux menant au chaos instrumental. L'orage a dissipé les brumes, en studio comme à Vienne ; de crises d'énergie en phases de repos, Weston, Edwards et Sanders, ressortent sains et saufs de leur incursion en terres d'affrontements.

CD1: 01/ Gateway One 02/ Gateway Two 03/ Gateway Three 04/ Gateway Four 05/ Gateway Five 06/ Gateway Six - CD2: 01/ Vienna One 02/ Vienna Two

Veryan Weston, John Edwards, Mark Sanders - Gateway to Vienna - 2004 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Joëlle Léandre, India Cooke: Firedance (Red Toucan - 2005)

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S’asseoir, ce 11 septembre 2004, au Youth Music Center de Guelph, Canada, équivalait un peu à se faire une place à coups de coudes dans la Nef des fous de Jérôme Bosch. Le programme annonçait en effet une rencontre spéciale : celle de la contrebassiste Joëlle Léandre, étendard flamboyant d’une musique improvisée version française, et d’India Cooke, violoniste impeccablement éclectique, partenaire de Sarah Vaughan comme de Cecil Taylor, de Ray Charles ou de Sun Ra.

Dès le début, le récital ne dissimule rien de ses intentions : l’improvisation, faite suspense, entortille les notes qu’on se fait une joie de libérer ensemble (Firedance 1). Hétérogènes, les pratiques instrumentales facilitent la création sur le vif d’instants tout entier sacrifiés à une danse rituelle (Firedance 2), ou poussent à la confidence le dialogue élégant (Firedance 7).

Implorant ensemble - la protection de qui ? -, Léandre et Cooke fouettent l’air de coups d’archets vindicatifs, avant d’entamer un duel de pizzicati (Firedance 4). Ailleurs, c’est un rythme malléable qui fait les frais de la bataille, pendant laquelle, tant bien que mal, on cherche à cacher des morceaux de chaos derrière le rideau rouge (Firedance 6).

Histoire de reprendre quelques forces, on s’accorde deux danses du feu en solitaire. Quand celle de Léandre tente, de rebonds d’archets en nappes graves, d’hypnotiser les tensions (Firedance 3), celle de Cooke instaure un bouillon de culture réparateur, fait de phrases délurées, d’envolées lyriques et de clins d’œil au baroque (Firedance 5).

Comme il est loin, le temps des duels. On se console un peu qu’il soit passé sans nous en n’oubliant pas qu’il était pratiqué essentiellement par des messieurs. Aujourd’hui, Joëlle Léandre et India Cooke prouvent qu’à coups de cordes, les dames s’expliquent bien mieux.

CD: 01/ Firedance 1 02/ Firedance 2 03/ Firedance 3 04/ Firedance 4 05/ Firedance 5 06/ Firedance 6 07/ Firedance 7

Joëlle Léandre, India Cooke - Firedance - 2005 - Red Toucan. Distribution Improjazz.

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Roger Smith, Louis Moholo-Moholo: The Butterfly And The Bee (Emanem - 2005)

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Différentes, et pourtant proches, les sphères musicales que sont le free jazz et la musique improvisée européenne. S’il leur arrive parfois de se croiser, deux mondes confrontent alors leurs points de vue, et donnent ensemble des couleurs changeantes à l’improvisation. L’année dernière encore, au Festival Freedom Of The City de Londres, où le guitariste Roger Smith, figure du Spontaneous Music Ensemble, rencontrait le batteur sud-africain Louis Moholo-Moholo.

Dès le départ, la rencontre mène au foisonnement d’idées fraîches. Motivé par les attaques abruptes de Moholo, Smith cisaille ses suites d’arpèges à grands coups d’accords compulsifs. Assaillies, toujours à propos, les cordes accueillent aussi bien les délires percussifs du batteur que l’inspiration d’une ritournelle répétitive, bientôt transformée en invocation rituelle par l’imposant effet de grosse caisse (The Butterfly And the Bee).

L’expérience de Moholo l’a depuis longtemps convaincu : accompagner subtilement le déroulement de schémas instantanés, ou emmener à lui seul le morceau tout entier, quelle différence ? Ici (Enclosed Sun), le second plan n’empêche pas les trouvailles. Là (Events That Rhyme), la joie est tout autre, issue d’une liberté d’expression dense et chaotique.

Souvent tirées à l’emporte-pièce, les cordes de guitare frisent, dessinent des glissandi, ou étouffent sous les coups. Leurs propositions sont rêches, certes, mais rien ne les empêche de servir un ostinato aussi studieux que de plus anciens, auxquels ont fait allusion (Webern in Africa). Les accès de mélodies se développent sur des rythmes hypnotiques, exclusifs, et décidés à toujours refuser l’installation des possibles bavardages (Letters To Insects).

Ailleurs, on fait tourner une poupée musicale, tout à la fois clin d’œil ironique à l’interprétation des thèmes, et moyen lénifiant d’ôter un peu de sérieux au discours (Involuntary Sculpture). Sagace, celui-ci aura tenu l’assemblée en haleine pendant plus d’une heure, et bousculé un peu la tiédeur d’un dimanche d’août à Londres.

CD: 01/ The Butterfly And The Bee 02/ Enclosed Sun 03/ Webern In Africa 04/ Letters To Insects 05/ Involontary Sculptures 06/ Events That Rhyme 07/ Uncancelled

Roger Smith, Louis Moholo-Moholo - The Butterfly And The Bee - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Yumiko Tanaka, Ivar Grydeland: Continental Crust (Sofa - 2005)

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Son âge (jeune), et son éloignement (japonais), n’ont empêché en rien Yumiko Tanaka de se faire une place de choix au sein de la scène musicale improvisée internationale, comme de multiplier les collaborations artistiques d’horizons différents. Dernière en date, celle devenue Continental Crust, album enregistré en compagnie du guitariste norvégien Ivar Grydeland.

Si Grydeland se montre d’un conventionnel mesquin dans le choix de son instrument – une guitare pour tout concept -, Tanaka choisit pour lui répondre un shamisen (sorte de gembri asiatique, soit : un banjo sans frettes) et un Taisho-Goto, koto raccourci. De quoi, en somme, inspirer un peu d’inédit à l’improvisation en duo.

Concours de cordes, ou d’effets choisis, Tanaka et Grydeland servent une musique organique, géologie et mouvements des plaques en filigrane. On y décèle des craquements au milieu de glissandi non mélodiques (Semi Rigid Lower Mantle), quelques chocs étouffés sous les harmoniques (Downgoing Slab), ou encore, des plaintes de cordes frottées, qui renforcent l’assurance d’une ritournelle répétitive rassurante (Mid-Atlantic Ridge).

La spontanéité est adéquate, qui tend, tire, et relâche les cordes jusqu’à ce que, l’idée de la chute ayant germé dans les esprits, les grappes de notes obéissent à l’inéluctable, et cèdent devant les vibrations (Young Oceanic Crust). Les ondes mènent jusqu’à des terres vierges, où le shamisen se donne des airs de berimbau (Eurasian Plate (From 7 Different Views)).

Réaction assez intelligente pour refuser toute surenchère, l’émulsion réussit. D’incantations habitées en résonances vaporeuses, Yumiko Tanaka et Ivar Grydeland ont révélé ensemble les contours d’un tellurisme en musique, ressenti à deux un folk angoissé qu’envahit un Nô future.

CD: 01/ Downgoing Slab 02/ Semi Rigid Lower Mantle 03/ Young Oceanic Crust 04/ Eurasian Plate (From 7 Different Views) 05/ Mid-Atlantic Ridge

Yumiko Tanaka, Ivar Grydeland - Continental Crust - 2005 - Sofa. Distribution Improjazz.

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Barry Guy, Marilyn Crispell, Paul Lytton : Ithaca (Intakt, 2004)

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Après s’être laissé une première fois aller aux rythmes des aventures d’Ulysse (Odyssey, 2002), le trio emmené par le contrebassiste Barry Guy poursuit la traversée. Avec en tête l’achèvement du voyage, il traduit en musique le mystère du retour à Ithaque, déjà réfléchi par le prisme d’une œuvre de George Vaughan (voir pochette).

En confrontant sa musique à la peinture et à l’architecture moderne, il semblerait que Guy optimise l’inspiration délicate. Seul, il se montre capable de commander des assauts à l’archet (First Shard), de trahir des tourmentes au son d’hammers emportés (Second Shard), ou de se concentrer assez pour entendre des voix (Third Shard).

En trio, on élève des temples à la subtilité. De chaos organique instauré (Zinc) en improvisations sereines et élégantes (Broken Silence, Unfolding), il cherche et trouve les nuances de décisions abruptes (Zig Zag). Grave et emporté, le piano élit domicile à chacun des étages visités par Marilyn Crispell.

Evoquant aussi bien, et sur un même morceau, Irene Schweizer que Gonzalo Rubalcaba (Fire And Ice), Crispell épate par la qualité de ses choix. Paraphrasant ingénument les parties d’archet de Guy, la voici portée au pinacle par la précision tout en retenues du batteur Paul Lytton (Ithaca).

Lied méditatif du compositeur Buxtehude (1637-1707), Klaglied conclut sereinement l’enregistrement. Interprétation aux harmoniques minutieuses et aux canons partiels, qui assure trois musiciens en bout de course du repos à venir. Dense, et que ne viendra troubler le moindre doute quant à la qualité des souvenirs.

CD: 01/ Fire And Ice 02/ Void (for Doris) 03/ First Shard 04/ Broken Silence 05/ Second Shard 06/ Ithaca 07/ Zinc 08/ Third Shard 09/ Unfolding 10/ Zig Zag 11/ Klaglied

Barry Guy - Ithaca - 2004 - Intakt. Distribution Orkhêstra International. 

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Anthony Braxton, Milo Fine: Shadow Company (Emanem - 2005)

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L'évidence avec laquelle Anthony Braxton multiplie les rencontres avec d'autres musiciens est une preuve : celle, irréfutable, d'une curiosité intacte qui a souvent abandonné les personnages de sa stature. Persuadé, Braxton sait que tout échange peut lui apprendre. Confiant, le voici aux côtés de Milo Fine, improvisateur touche à tout, dont la singularité ne fait aucun doute pour qui la guette de ce côté-ci du jazz.

Aux saxophones de Braxton, Fine opposera clarinettes, piano ou batterie. Le décor planté, reste à passer à la pratique d'improvisations en règle. De legato profitant des permissions en expérimentations sur un ténor fait matériau, Braxton modèle avec emphase les phrases intuitives. Canalisées, les voici plus convaincantes que si elles s'étaient imposées d'elles même, prétextant l'exclusivité d'une intuition intouchable. L'expérience, voilà tout.

Au piano, Fine accompagne les progressions de son aîné au son d'accords hésitants (Part 3), soutient, concentré, l'avancée du funambule sur des édifices à étages (Part 5), ou déploie une fougue incandescente qui divertit le saxophoniste dans son attente de la venue du dernier souffle, qui sera, forcément, le plus radical (Part 8). Lorsqu'un marteau démotivé engage au changement d'instrument, Fine choisit la batterie pour couvrir d'éclairs le parcours sinueux sur lequel serpente son partenaire (Part 9).

Plus tôt, il avait déjà exprimé des états d'âmes percussifs, exposés pour contrer les accès rauques d'un Braxton en majesté (Part 4). Envahissant, forcément, mais que Fine ne peut qu'approuver, au timbre de clarinettes qui participent bientôt à une perturbation de vents arides (Part 6). En guise de conclusion, elles poseront des aigus extrêmes sur les graves éreintés du ténor, dernières interrogations rageuses d'un dialogue que l'on souhaite insatisfait (Part 11). Non pas d'avoir été stérile ; plutôt de ne pouvoir poursuivre l'expérience plus longtemps.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 08/ Part 8 09/ Part 9 10/ Part 10 11/ Part 11

Anthony Braxton, Milo Fine - Shadow Company - 2005 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Full Circle: Explorations (Red Eye Music - 2005)

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Ne croyez rien de ce que l'on vous raconte : la jeunesse rêve d'anonymat. Full Circle en est une preuve vivante. Ce quartet de Cardiff, constitué d’élèves de Keith Tippett, emprunte la voie désignée par le maître, et se frotte à la musique improvisée. Sincèrement. Assez, en tout cas, pour qu'on refuse à ses musiciens tout accès au clinquant médiatique, réservé, de tout temps et presque exclusivement, aux fabricants d'étrons.

Mais il ne suffit pas à l'under underground de simplement en être pour qu'on reconnaisse aussitôt la qualité indubitable de sa musique. Reste l'écoute d'Explorations. D'élaborations studieuses en développements concluants, huit parties se suivent. De contrebasse ou de piano, souvent les graves recadrent l'ensemble : qu'il tienne dans l'opposition d'une guitare impressive et d'un saxophone délétère (Part 1), ou ait plutôt à voir avec une fugue embourbée dans une colère noire (Part 6).

Sous des allures d'enfants sages, on aperçoit la figure du sauvage. Soft et brillant, le saxophone attaque les développements lents (Part 7), démontre que l'excellence en musique n'a pas grand-chose à voir avec la justesse des timbres (Part 4) ; appuyé, dans les deux cas, par les efforts majestueux du trombone. Ailleurs, la contrebasse vaut à elle seule l'honneur des intentions menées à bien (Part 5), la batterie tourne le dos à une mélodie de piano qui ne demande qu'à prendre ses aises pour enfin décider d’un mini chaos expiatoire (Part 2).

Enfin, et tout de même - puisqu'il faut qu'un premier album présente quelques détails sur lesquels il faudra revenir -, il arrive que l'on rencontre des prises de position mal affirmées (le garni et pourtant vide Part 8, envoûté par les mauvais fantômes ECM), ou des maladresses notables (le traitement suave à en dégouliner de Part 2). Pas là, pourtant, de quoi en oublier les brillances d'Explorations, ni les talents d'un quartette prometteur.

CD: 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 08/ Part 8

Full Circle - Explorations - 2005 - Red Eye Music.

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Paul Dunmall: In Your Shell Like (Emanem - 2004)

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Il est de drôles de manières d'utiliser aujourd'hui des instruments anciens. Prenons la vielle à roue, qu'utilise à merveille, et dans des domaines musicaux balisés, Stevie Wishart. Persuadée par Paul Dunmall - saxophoniste iconoclaste soufflant, à l'occasion, en cornemuses - d'abandonner pour une heure la musique médiévale, la voici s'adonnant à une improvisation en règle.

Enregistré en duo, Shells And Other Things est un parcours codifié, tirant profit des résonances et des interférences de la vielle et de la cornemuse puis du soprano. Les notes sont incisives, et les bourdons élaborent ensemble une montée en puissance délicate, dont on sonnera le glas en instituant un dialogue free. Lorsque Paul Lytton intervient, c'est pour enrichir d'insinuations rythmiques des improvisations réfléchies. Sur The Ears Have It, quelques cordes accrochées font place aux évolutions intelligentes des trois musiciens. Serein, leur développement n'a d'autre effet que l'écoute ébahie d'un auditeur trimbalé sur des steppes asiatiques. Sous l'herbe, des palais oubliés, que l'on met au jour au son de bourdons faits sirène annonçant les découvertes. Ailleurs, le duo Dunmall / Lytton converse et sait de quoi il parle. Le saxophone ténor du premier oppose des circonvolutions baroques aux attaques énergiques du second (Nothing To Do With Shells). La complicité des deux hommes permet la surenchère amicale, oeuvrant pour qu'ils touchent ensemble l'extase qu'offre la mise en place de rondes ravissantes.

Quand le soprano remplace le ténor, Dunmall s'octroie quelques silences perdus parmi des touches rythmiques abondantes et sensées (It's In Your Ear). Enfin, à trois on clôt l'enregistrement, au gré d'une superposition cohérente de participations plus individuelles (In Your Shell Like). Histoire de donner tout, une dernière fois, avant de renouer en solo avec ses singularités.

CD: 01/ Shells And Other Things 02/ Nothing To Do With Shells 03/ It's In Your Ear 04/ The Ears Have It 05/ In Your Shell Like

Paul Dunmall - In Your Shell Like - 2004 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

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Cheval de frise : La lame du Mat (Ruminance, 2005)

cheval de frise la lame du mat

La lame du Mat est un témoignage. Le dernier, semble-t-il, d’un duo d’exception. Un au revoir qui tient en cinq titres, courts, et mêle, sans gêne aucune, actualité discographique et avis de séparation.

Outre leur qualité documentaire, qu’en est-il des derniers enregistrements d’une entente qui avait tout d’impeccable, celle du guitariste Thomas Bonvalet et du batteur Vincent Beysselance ? Les soubresauts du premier, immuables, nous apprennent ici qu’il arrivait à Cheval de frise de suivre des schémas pré décidés (I). Extirpés avec fougue par les assauts rythmiques, les arpèges font désormais place à quelques basses faites référents.

Alors, les structures sournoises gagnent en netteté, tandis que les développements nomment plus clairement encore l’influence de Tortoise ou Gastr del sol (II). De mouvements las en ruptures sèches, la batterie entame un swing décadent (III), opte pour des chavirements ingénieux et illuminés (IV), et accueille chaleureusement le soutien expressif d’une guitare assez maîtrisée pour qu’on n’en oublie pas le potentiel rythmique de ses trois cordes graves.

Inutile d’aller chercher ailleurs un rock échevelé plus glam que celui-ci. Fait d’ingrédients uniques, oscillant au gré des courants porteurs que sont la fougue et l’improvisation, il aura bel et bien été défendu ; assez longtemps, en tout cas, pour qu'on l'entende et le reconnaisse. La lame du Mat, disque à la fois changeant et original, en est un dernier avatar. Ultime élaboration d’un duo efficace, nous conviant, sourire en coin, à un baptême de ruines.

Cheval de frise : La lame du Mat (Ruminance / Chronowax)
Edition : 2005.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2005

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