Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Andrew Liles à Nantes, le 15 octobre 2016

andrew liles nantes

Les occasions sont rares d’entendre Andrew Liles jouer seul. Se comptant chaque année sur les doigts d’une main, ses performances solo tiennent quelque part de l’apparition. La dernière en date eut donc lieu à Nantes, dans le salon de musique du Lieu Unique, le 15 octobre 2016. Entre une table supportant quelques machines et un écran sur lequel défileront des images, l’homme se tenait debout. Pendant trois quarts d’heure, il allait donner à entendre de quoi sont faites ses préoccupations, puisque de préoccupations il s’agit.

En ouverture, c’est un kaléidoscope dont les motifs changent sur un air de Beatles converti en comptine – subtilement « déphasée », la relecture rappellera le remix (désormais étouffé) que Liles signa jadis de Tomorrow Never Knows. Après quoi sur l’écran des figures vont et viennent, attrapées aux premières heures de quelle ville nouvelle, que l’on soupçonne anglaise : centres commerciaux, parkings, aires de jeux… voient passer une humanité désincarnée dont Liles se charge de réécrire les bruits.

Plusieurs fois, la bande son (qui n’est pas « illustration ») marque le temps qui passe – comme le font les horloges de The Power Elite, l’une des dernières publications de Liles à laquelle préside ce couple de Blair défigurés, ou encore les références de la série « Through Time » que lui inspira la lecture de John von Neumann. Semblant courir après des fantômes, il peut répéter leur image, l’inverser, la déformer, l’accélérer aussi, au fil de séquences sonores qui révèlent et soignent des intérêts différents (ambient, pop, indus, lecture, rock, heavy metal…) – dont on peut se faire une idée sur la page Mixcloud du musicien.

Au massacre d’une nostalgie volontairement confuse succèderont des associations d’idées : c’est alors un déluge de girls et de guitars, d'anciennes vedettes télégéniques, de logos de groupes de hard et de symboles phalliques, et aussi la menace d’un visage sorti d'un film, L’Exorciste – qui nous renvoie, lui, à Monster, autre projet qui occupe beaucoup Andrew Liles. Par accumulation, le déferlement créé bientôt un monstre – une bête, même – qui reprend à son compte des sentences plus tôt affichées (« Life is an empty place » / « Life is empty ») et s’empare du corps de Julie Andrews / Maria von Trapp pour lui substituer celui d’une autre femme, nu et de mêmes proportions, et enfin pouvoir clamer : « Julie Andrews is Satan ».

D'une autre manière que Coltrane, Andrew Liles donne donc sa version personnelle de My Favorite Things : d’un retour aux origines de l’urbanisme sur dalles à ce renversement provocateur de l’ordre des choses, il réécrit ce qui l’inspire et expose un propos musical qui relativise jusqu’à sa propre importance – plusieurs fois sur l’écran, une éternelle question est posée : « Why? » A laquelle notre homme finit par répondre : « Because I can ». La pirouette est élégante, mais ne parvient pas à dissiper le mystère de son épatante performance. 

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Spoo : Freaks (Les Nourritures Terrestres, 2013)

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Spoo (Eric Vagnon, Nicolas Lelièvre, Eric Brochard) aime le bruit, la fureur, le danger. Après tout, Spoo est peut-être en colère.

Ces trois-là aiment la caresse du fouet, les cris et les gesticulations. On dira rock hardcore et on n’aura rien dit. Spoo est une machine de dérégulation massive. Chez eux, l’axe est le plus souvent répétitif. Il enfle jusqu’à sa perte. Et si le trio calme parfois le jeu, le temps d’une frêle respiration, il ne quitte jamais la brûlure ancestrale. Le socle est maintenant tribal, sauvage. En ce sens, il rappelle les meilleures heures de The Ex.

Le saxophoniste s’époumone à s’en faire péter les jugulaires comme disent les poètes. Le batteur martèle un tempo brutal. Le bassiste sature ses riffs, rejette toute douceur. Et ce sont nos tympans qui, plongés dans cette foudroyante apocalypse, demandent que cesse ce doux ballet. N’en doutons point : live, ça doit être pire.

EN ECOUTE >>> Freaks (extraits)

Spoo : Freaks (Les nourritures terrestres)
Edition : 2013.
LP / DL : 01/ A Random Insanity Continuum 02/ Spoodification 03/ Vampyre 04/ When u Put a Finger 05/ Technical Details 06/ A Permanent Failure 07/ Koo Koo Part 2 08/ Koo Koo Part 1
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Satanic Abandoned Rock & Roll Society : Bloody Imagination (Mikroton, 2012)

Satanic Abandoned Rock & Roll Society Bloody Imagination

C’est bon, vous pouvez maintenant oublier Les Rallizes Dénudés et autres Acid Mothers Temple, car voici le Satanic Abandoned Rock & Roll Society. Guitares, synthés et processeurs, se livrent une bataille dérangée qu’a allumée une Bloody Imagination.

Les belligérants ont pour noms Tetuzi Akiyama (qui joue en plus de sa guitare de… l’épée de samouraï), Naoaki Miyamoto, Utah Kawasaki et Atsuhiro Ito. On ignore ce qui a mis le feu aux poudres mais après quelques coups de mitraillette, l’électricité claque et toute l’atmosphère tremble. Bienvenue dans un délire cosmique transcendantal où tous les sons sont permis (larsens, bruits de moteurs, sifflements, interjections, cris de douleurs, crachotteries en tous genres) et qui demande bientôt du renfort : vous, en l’occurrence, vous qui n’avez pas peur de grincer des dents ni des oreilles, lisez la vidéo de propagande ci-dessous (bien qu'elle mente un peu par sa douceur), et engagez-vous pour défendre une belle et noble cause, celle du satanic bordello !

Satanic Abandoned Rock & Roll Society : Bloody Imagination (Mikroton / Metamkine)
Enregistrement : 12 septembre 2004.Edition : 2012.
CD : 01/ Bloody Imagination
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Staer : Staer (Discorporate / Gaffer, 2012)

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Ce n’est pas un hasard si la bio du jeune groupe norvégien Staer donne d’abord le nom de son batteur (Thore Warland) et seulement ensuite ceux de son bassiste (Markus Hagen) et de son guitariste (Kristoffer Riis). Non parce que la technique et l’endurance de ces-derniers souffrent la comparaison avec celles de l’homme des fûts, mais parce que la musique de Staer (que l’on pourra ranger, comme celle de Zu à qui le trio peut faire penser, sous les étiquettes rock, punk, free ou que sais-je improv hardcore) est de celles qui marchent à moteur.

Warland insiste bien pour qu’on comprenne et il n’arrête pas de marteler sur le champ d’expérimentation du groupe, où tout intrus (c'est-à-dire nous tous) se verra condamné à prendre un coup en guise de bienvenue. Mais ensuite, Staer lui réservera le meilleur, que ce soit un tourbillon de riffs et d’effets saturés ou des rythmes enrayés et des basses anesthésiantes. A son réveil, la tête lui tourne, mais ce n’est pas peu réjouissant et il en redemande ! 

EN ECOUTE >>> French Erotique

Staer : Staer (Discorporate / Gaffer)
Edition : 2012.
CD (Discorporate) / LP (Gaffer) : 01/ Det Är Nyar, Jävlar 02/ I Roll With Creflo 03/ Sex Varnish 04/ French Erotique 05/ Fluorescent Spots / Holiday Car 06/ Dr. Life
Pierre Cécile © le son du grisli 2013

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Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers!, 2012)

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« Définitifs et jubilatoires », disait Pierre Cécile des « cris » que l’on trouvait en Substance Mort et Hate Supreme, les deux précédents disques de Talweg. Avec Nos doubles errent dans la nuit duelle, le mystère s’épaissit : Erle et Fels – doubles fugitifs de Joëlle V. (voix) et Eric L. (batterie) – poursuivent à la brune leurs travaux d’expiation.

Qu’on les entende : tendre d’abord l’oreille, soupçonner derrière un fin rideau de cymbales et l’appel lointain d’une corne de brumes (le pluriel est voulu) le chapelet de râles qui attendent comme autant de terribles surprises le noctambule égaré. Ainsi des coups sur toms, lents et réguliers, provoquent-ils le départ d’une nuée d’harpies que l’on a dérangées ; ainsi le dernier de ces coups, c'est-à-dire le coup de trop, déclenche-t-il la furie de leur maître, minotaure pourquoi pas, vierge folle sinon qu’un époux infernal ne cesse de tourmenter.

L’évocation d’Une saison en Enfer n’est pas gratuite : la voix et les tambours de Talweg agissent avec la même puissance que le poète mais en miroir : dans leurs errements eux se passent de mots et de rythme s’il n’est pas celui du battement de cœurs qu’ils ont à vif et qu’ils exposent aux quatre vents ; qu’ils vous offrent même sur un plateau. C’est pourquoi, malgré l'appréhension, il faut aller à Nos doubles errent dans la nuit duelle. La seule chose que l’on y risque vraiment est aussi la plus belle qui puisse nous arriver : qui est de les croiser.

Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2012.
LP (100 exemplaires) : A-B/ Nos doubles errent dans la nuit duelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

affiche talweg

Ce jeudi 20 décembre, Talweg apparaîtra à Marseille.
Supplique du GRIM. Dixième festival Nuit d’Hiver.

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Danthrax : Danthrax (Trigger!, 2012)

danthrax

Les pièces que Choi Joonyong (platine CD) réunit ici sous le nom de Danthrax* n’ont rien à envier à la vigueur d’Anthrax. Toutefois différente, celle-ci invite une imagination galopante à discourir le temps de quelques secondes, de neuf minutes au maximum.

Les soubresauts du disque en proie aux effets du laser, Choi Joonyong en fait l’élément porteur de son ouvrage expérimental : sauts de puce et cascades, saillies de grisailles chuintant, exosquelettes de syntax error ou transports express de bourdonnements, servent une abstraction brute ou une composition rythmique hoquetant : voici Choi Joonyong changé en Alva Noto hardcore sous costume Groggy Digital, et son Danthrax déclarée nouvelle menace infectieuse.

Danthrax : Danthrax (Trigger! Recordings)
Edition : 2012.
01/ Intro To Digitality 02/ Among The Clipping 03/ I Am The Discman 04/ Fistful Of Plastic 05/ Antishock 06/ Skip The Time 07/ Deathrax 08/ Starting Up A Pause 09/ Caught In Ejection 10/ State Of Moratoria 11/ Resume The Noise 12/ Spreading The CDs 13/ Deathrax(Reprise)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Watercoloured Well : Arsonist’s Rebirthday Audition (Monochrome Vision, 2012)

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Après un concert, huit Allemands que l’art torture  (Brandstifter, Ronnie Oliveras, Dirk Huelstrunk, Tanja Roolfs, Daniel Voigt, Johannes Lauxen, Mr. Ebu & Barbara Rössler) improvisèrent jusqu’à plus soif. Arsonist’s Rebirthday Audition rapporte l’expérience de musique et d’éthylisme que signent les… Watercoloured Well.

Le tout commence sur une rythmique étrange et un faux-air de post-indus pour aller ensuite voir du côté d’une ambient rock expérimentale (ou d’un krautrock planant, au choix) puis vers une ambiance de train fantôme où des larsens et des notes de synthé sortent des cercueils  plantés à la verticale. Tout à coup, un drone ajoute au mélange un je ne sais quoi d’indian vibes. Une pincée de basse donne à la préparation une couleur noire et c’est Earth ou Sun O))) qu’invoquent les membres – sont-ils encore huit à l’heure qu’il est ? – de Watercoloured Well. En deux mots ? Foutraquement plaisant.

Watercoloured Well : Arsonist’s Rebirthday Audition (Monochrome Vision)
22 janvier 2011. Edition : 2012
CD : 01/ Gathering 02/ 100-01 - Feedback 03/ All Songs All Time 04/ Cosmic Kisses 05/ Backdrift Gallow 06/ Bottle Fight - Perfect Bird 07/ Cosmic Interlude-Gently Down
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Talweg : Substance Mort / Hate Supreme (Up Against the Wall, Morthefuckers!, 2011)

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Le Myspace de Talweg est une boutique obscure où l’on trouve de quoi souffler en quelques secondes un immeuble de treize étages. Un petit bout de femme (Erle, à la voix) et un gaillard (Fels, à la batterie) l’animent de leurs échanges corsés. De temps en temps, ils proposent au visiteur d’assister à une représentation de telle ou telle pièce de leur théâtre de la cruauté. Ca peut-être Substance Mort ou Hate Supreme.

Comme Coltrane a chanté l’amour, Talweg crache la haine – c’est bien ce qu’il faut comprendre ? Les disques du duo paraissent sous étiquette « Up Against the Wall, Motherfuckers! » : on est en plein dans le sujet. Dans son micro Erle crie cinq minutes pendant que Fels martèle sa batterie. Ce mur du son est impressionnant et remplace l’immeuble dont je parlais plus haut – c’est un terrible Ground Zero rebaptisé (si je puis dire) Hate Supreme.

Substance Mort, c’est encore autre chose. On assiste à un combat sans merci entre un minotaure enchaîné et un bourreau qui au bout de ses baguettes a disposé des tisons. Au début, le minotaure semble en appeler à son père mais trouve finalement les ressources qui lui vaudront d’être délivré. La bête se fait séductrice (Erle, qui en endosse le rôle, tire des notes aigues qui conviendraient aux sirènes ou joue la petite fille perdue en forêt) et son bourreau (fourbe qui se donne des airs d’exorciste) n’a d’autre choix que de l’exciter encore un peu plus. Les cris qui en sortent sont jubilatoires pour l’un et définitifs pour l’autre. Pour nous, ils sont définitifs et jubilatoires tout à la fois !

Talweg : Hate Supreme / Substance Mort (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2011. CD-R.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bill Orcutt : A New Way to Pay Old Debts (Palilalia , 2009)

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Durant les années 1990, la guitare incendiaire de Bill Orcutt accompagne les hurlements et le jeu extrême à la batterie de sa compagne Adris Hoyos au sein du groupe de hard core Harry Pussy. Depuis la fin de cette aventure en 1997, les deux activistes sonores ont donné peu de nouvelles. C’est pourquoi cet album solo de Bill Orcutt paraît débarquer de nulle part. Cette impression de singularité est renforcée par l’achèvement stylistique atteint par le guitariste.

En effet, rarement le son d’une guitare acoustique aura paru aussi sauvage, notamment grâce à un accordage particulier et à l’enlèvement des cordes de La et Ré. Si les influences hard core se font toujours sentir, la rugosité du blues d’un Fred Mc Dowell, la recherche de déconstruction adoptée par John Fahey à la fin de sa carrière et l’expressionnisme unique de Derek Bailey semblent avoir marqué Bill Orcutt. Surtout, le guitariste s’intéresse peu aux effets que la technologie pourrait apporter à son jeu. Le son qui résulte d’une telle approche est d’une grande présence physique et prend place dans un espace révélé par divers parasites comme un coup de téléphone, le bruit du trafic…

Souvent, les notes se succédent dans un flux incontrôlé, comme si le musicien luttait avec son instrument. Entièrement investi, Bill Orcutt ne peut s’empêcher d’accompagner ses notes de hurlements bruts. Un album de blues et de fureur qui devrait faciliter toute entreprise cathartique.


Bill Orcutt, My Reckless Parts (extrait). Courtesy of Palilalia.

Bill Orcutt : A New Way to Pay Old Debts (Palilalia Records)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
LP : A1/ Lip Rich A2/ Sad News from Korea A3/ Pocket Underground A4/ Too Late to Fly B1/ My Reckless Parts B2/ Street Peaches B3/ A New Way to Pay Old Debts B4/ Cold Ground.
Jean Dezert © Le son du grisli

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