Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Chik White : Jaw Works & Behind a Dead Tree on the Shore (Notice, 2014)

chik white jaw works & behind a dead tree on the shore

Habitant de la Grand-Rue, la mélancolie me prend la nuit. Quand même plus un chat ne passe sous mes fenêtres. C’est comme le manque d’un truc que je ne connais pas (le jour, je travaille). C'est que je regrette les bruits de la journée, du trafic routier et aérien, des conversations ultimes du genre « alors les travaux ça avance ? »… Mais depuis quelque temps, je passe Chik White à la place.

Et j’ai la police… que j’ai l’air d’avoir dérangée (un peu) tard, qui m’arrive avec son Charlie Hebdo sous le bras et qui me dit que c’est pas une heure indue (SIC) pour passer de la bande (le gars a tout de suite repéré que c’était de la cassette, l’expérience sans doute). Quoi ? Indue, l’heure, pour passer de la guimbarde transformée ? Mais quoi, on n’a pas tous les mêmes horaires et la gigue me prend, moi, quand elle veut, gars… Le « gars » était de trop et la guimbarde pas sûr que c’en était. « Il jouerait de la harpe de juif avec les dents que ce serait pareil... capiche ? C’est pas l’heure ! »

« De la harpe de juif, putain ? Con, c’est bien de la musique dansante, d’accord, mais plutôt du crado-folk en solo qui fait tout, de l’Hendrix à la bouche sans dents sur lamelles de métal, et en plus j’en suis sûr : c’est bien de la guimbarde, mon con ! ». Le ton monte. Mon interlocuteur tend l’oreille (ça éructe bizarre avec des bruits de vagues (de mer) derrière) et : « OK, c’est bon, c’est pas du hautbois muslim, ça ira pour cette fois ». Il était perdu. A rebrousse-poil, le type me lance : « Au fait, Je suis Charlie ». (...) « Moi c’est Chik », que j’y réponds, « Chik Cécile ». « On est tous Charlie » qu’y m’assaille (en deux mots). « Je ne vous permets pas », que j’y réponds. J’étais au bout de la face A, il fallait que je remonte pour retourner la chose (et baisser un peu le volume afin de prouver ma bonne foi) et dans mon dos j’entends encore : « Charlie aurait jamais cautionné ton attitude. »

Chik White : Jaw Works & Behind a Dead Tree on the Shore (Notice Recordings)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2014.
Cassette : A/ Jaw Works B/ Behind a Dead Tree on the Store
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ghédalia Tazartès : LA. (dBUT Interambience, 2014)

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Mettre un disque de Ghédalia Tazartès, c’est un peu comme aller voir ses grands-parents (quand on en a encore) : on sait ce qu’on va (ce qu’on peut) y trouver, on sait d’avance les temp(o)s morts (avant eux), les désillusions, la naphtaline, mais aussi… on n’est pas à l’abri des surprises cachées dans le grenier.

Alors on y revient, au Tazartès, et ce disque LA. ne nous fait pas regretter l’habitude qu’on a prise. Car dès les premières secondes, son folklore sous les bombes ressurgit, comme son langage replié pour cause d’intempérie dans une boîte en carton (c’est que, diantre, sa chanson est soluble !), ses airs de diasporiste à jambe unique, sa guimbarde triple-note, son harmonica-désamorcé, ses flûtes engrenaillées, ses psalmodies tibéto-couinardes, ses voix de fausset faussées (à la Romico Puceau), sa poésie salasse, ses oiseaux gonflés à l’hélium, sa nostalgie-vodka hypnotique, ses messages subliminaux (n’entends-je pas « il vient de me dire non » ou « l’amour, c’est tant de boisson » ?). Désaxé, certes ;  hirsute, certes ; plein, tambien !

Ghédalia Tazartès : LA. (dBUT Interambience / Metamkine)
Edition : 2014.
LP : A1-A6/ Oslo – Solo B/ LA.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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