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Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team, 2013)

philip corner rocks can fall at any time

Avec ses pièces qui datent de 1972 à 1997, le vinyle Rocks Can Fall At Any Time peut passer pour une rétrospective des travaux de Phil Corner, ce compositeur contemporain qui, en odeur de sainteté orientale, tissa des liens avec le minimalisme et la musique atmosphérique. Alors bien sûr il serait facile d’y voir un peu de philosophie zen et le rendu des gamelans. Or, je ne vois là rien de tout ça. Car Corner met plutôt en scène des petits morceaux de chaos. Ses cymbales et ses gongs (tout comme ceux de Phoebe Neville qui l’accompagne en Thaïlande) sont frottées ou frappées et n’ont certainement de zen que leurs espoirs abattus.

Sur la deuxième face, Corner se munit d’une cruche pour jouer avec le vocaliste James Fulkerson et concocter avec lui un inclassable mille-feuille d’échos. Après, il passe derrière un harmonium pour mêler ses graves et ses aigus avec une indolence qui est depuis longtemps le moteur de sa science rosicrucienne (puisque c’est Satie qu’il interprète ici à sa façon). Si ce n’est qu’elles s’écoutent avec un charme délicieux toutes lumières éteintes, je n’ai pas trouvé le point commun à ces quatre pièces de Phil Corner. Une possibilité subsiste, indiquée par le titre de cette petite rétrospective... à chaque fois, pour ces quatre pièces d'époques différentes, rien n’est jamais joué, tout peut arriver.

Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team / Metamkine)
Enregistrement : 1972-1997. Edition : 2013.
LP : A1/ Gong (Ceng – Ceng)/Ear : For Francine Aubrey A2/ Two in Thailand B1/ Om. Duet : Jug and Bottle B2/ Satie’s Chords Of the Rose + Croix… As A Revelation
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Fritz Hauser : Schraffur (Shiiin, 2012)

fritz hauser schraffur

« Ce que j’aime par dessus tout, c’est la transformation du silence en son. Je viens de jouer en concert Schraffur, une pièce que j’ai écrite pour un petit gong, par accident, alors que j’étais invité à jouer dans une soirée en compagnie de cinq percussionnistes : j’ai compris que ce serait le chaos technique alors j’ai développé cette pièce pour petit gong, je l’ai gratté pendant une vingtaine de minutes : j’ai trouvé cette technique, je ne frappe plus, je gratte, je décide d’étouffements puis je gratte avec des baguettes et ça crée des harmoniques incroyables. » [Fritz Hauser, en octobre 2010, dans ces colonnes]

Avec cette pièce pour gong, le percussionniste suisse apporte à l'œuvre solo qu'il élabore depuis plusieurs décennies une résonance ahurissante ; si l'horizontalité ondulante de Schraffur empêche le qualificatif de « sommet », du moins peut-on parler à son sujet de point haut et d'heureuse surprise : la frappe sèche, directe, verticale à laquelle on associait un peu vite Hauser (alors que son jeu de balais aurait dû nous en garder) est complètement écartée ici au bénéfice de la seule hachure – qui n'est pas exactement un frottement (tel qu'Eddie Prévost pourrait en produire par exemple, à l'archet).

En près d'une heure, en une lente progression crescendo et sa redescente, Schraffur (qu'il ne faudrait pas trop hâtivement rapprocher de la composition de Tenney intitulée Koan : having never written a note for percussion), avec ses « moyens limités » (ceux qui, pour Braque, « engendrent les formes nouvelles, invitent à la création, font le style. »), réinvente le gong : du plus concret, du plus mat, au plus abstrait, au plus envoûtant, par l'obstination modeste du percussionniste, navette en main, tisserand à son métier. Dans son titre même, dans son mot, Schraffur le fait entendre : hachure d'abord, grattage du sgraffite ensuite...

Au cœur du geste et dans ses intensités subtilement variables, des impressions d'accélérations et de décélérations surgissent, concourant à l'animation de la structure de ce morceau au bombé de gong, au bombé de soucoupe sonnante qui s'élève, au bombé de mont : le Niesen que Guillaume « grisli » Belhomme évoque justement dans son beau texte d'escorte – et que Ferdinand Hodler peignit.

Une fascinante expérience d'audition. Un grand disque, qui trouve naturellement sa place dans la deep listening collection du label Shiiin, et dans toute bonne discothèque !

Fritz Hauser : Schraffur. For Gong Solo (Shiiin / Abeille Musique)
Edition : 2012.
CD : 01/ Schraffur
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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