Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Derek Bailey, Evan Parker : The London Concert (Incus, 1975)

derek bailey evan parker the london concert incus

Prince est mort hier. Bon je vais me coucher. J'ai mal partout. Je suis vieux. Yeah ! J'ai 3 ans de plus que Prince. Je veux mourir aussi. Tout de suite ! (choeur : Il veut mourir de suite ! ) Yeah ! Oh no, no, non ! Chaque disque est un tombeau dans le cimetière des souvenirs, un bouquet de chrysanthèmes. Je pose Around The world in a Day sur ma platine (après 25 ans sur mes étagères, le disque vinyle tourne toujours, il n'est pas en panne comme n'importe quelle merde numérique). « Temptation » est mon morceau préféré ! Une vision du diable sous forme de sexe déchiré ultra sexy : « Purplelectricity whenever our bodies touch » avec les synthés FM des années 80 et un solo de saxo ténor bluffant.

Les semaines passées, j'aurais choisi comme disque phare Fenix de Gato Barbieri. C'est bien la question ? Soudainement je ne sais plus pourquoi je te parle de ça. Je suis vieux jeu... Les artistes qui m'ont marqué à vie décèdent les uns après les autres. La mort d'Ornette Coleman m'avait affecté mais tout le monde s'en foutait. Les médias ne s'intéressent pas à l'inventeur du free jazz. J'aime tous ses disques. J'en profite pour faire une réponse biaisée à ta chronique (dont je te remercie). Je ne suis pas un fou littéraire mais simplement un musicien marginalisé par le système des médias et du star système, le seul truc qui me reste pour m'exprimer publiquement (à part jouer dans la rue) c'est d'écrire. J'aime bien, c'est économique, un crayon du papier un ordi. Il faut juste dépenser une absolue sincérité pour intéresser un éventuel lecteur. Pour un improvisateur c'est le comble d'en être réduit à écrire.

Pour terminer cette bafouille, un peu de promo pour mon prochain livre qui paraît la semaine prochaine (à compte d'auditeur). Voici la réponse à ta question : quel disque super important pour moi ? Par exemple le London Concert de Derek Bailey et Evan Parker. Extrait de PARIGOT : J’avais monté un duo avec mon ami le guitariste Marc Dufourd. C’était il y a 35 ans. J’avais réalisé un flyer pour notre premier concert au Théâtre Dunois “Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps.” phrase détournée des situationnistes avec en plus un dessin incongru de “Fritz the Cat”. Quelques jours avant le concert, le guitariste avait été foudroyé par une sorte de révélation musicale. Il s’était mis soudainement à jouer dans le style de Derek Bailey et avait abandonné du jour au lendemain tout accord consonant et harmonique. Je l’avais suivi et j’avais abandonné sur le champ toutes références au jazz et au free-jazz pour me lancer à la poursuite du disque en duo de Derek Bailey et Evan Parker : The London Concert. Abstraction urbaine. Absence de convention musicale. Détournement du principe atonal de la musique de 12 sons. Epiphanie de bruits, coups divers sur la caisse de guitare et les clefs du saxophone. Les hurlements revendicatifs du free jazz étaient transformés en menace animale sous entendue pour brouiller toute note identifiable sous une dénomination du solfège.

 

the london concert

Derek Bailey, Evan Parker : The London Concert
Incus
Edition : 1975
LP : 01-04/ Part 1 - Part 4
Etienne Brunet © Le son du grisli

Etienne Brunet est l'auteur de ce Berlingot récemment chroniqué au son du grisli. berlingot

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Made To Break : Provoke (Clean Feed, 2013) / Resonance : What Country Is This? (Not Two, 2012)

made to break provoke

Dans le texte imprimé à l’intérieur de Provoke, Ken Vandermark explique les origines de son nouveau (2011) projet, Made To Break : méthodes de composition développées au sein de FME et The Frame Quartet – pour plus de précision : influence de Nate McBride, est-il écrit – associé à un goût pour le funk qu’avait déjà révélé le souffleur en Spaceways Inc. ou Powerhouse Sound.

Enregistré à l’occasion des concerts organisés à Lisbonne pour le dixième anniversaire de la maison Clean Feed, Provoke expose des patchworks aux pièces disparates : la présence de Devin Hoff n’étant pas celle de McBride, il arrive au groupe de pâtir d’une rusticité contre laquelle l’électronique de Christof Kurrzmann, pourtant astucieuse, ne peut rien. Alors, le saxophone se contente, à sa façon, de rebondir sous les coups que Tim Daisy porte à sa batterie.

Mais au mitan – et pour un tiers de concert quand même –, l’harmonie point. Sur une boucle lente dont l’allure entraîne la clarinette basse, Hoff est invité à plus de discrétion et voici le funk étouffé. La musique gagne en envergure et son atmosphère est maintenant inquiète et pénétrante. Malheureusement, de passage seulement ; on ne doute cependant pas que Made to Break puisse mieux faire…  

Made To Break : Provoke (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 17 & 19 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Further (For John Cage) 02/ Presentation (For Buckminster Fuller) 03/ Of The Facts (For Marshall McLuhan)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

resonance what country is this

Un peu plus tôt en 2011 Vandermark emmenait une autre fois Resonance. Enregistré à Chicago – et pour la première fois aux Etats-Unis –, l’orchestre évoque sur What Country Is This? le rapport de son meneur… à la Pologne. Sur la ligne de front, Vandermark, Rempis, Trzaska, Zimpel, Holmlander, Broo et Swell (dont le trombone à contre-courant n’est pas pour rien dans la réussite de ce disque) passent d’unisson amusés en solos intrépides avec, conjuguées, la force de Brötzmann et la délicatesse de Giuffre. Baroque.

Resonance : What Country Is This? (Not Two)
Enregistrement : 7 mars 2011. Edition : 2012.
Cd : 01/ Fabric Monument (for Czeslaw Milosz) 02/ Acoustic Fence (for Witold Lutoslawski) 03/ Open Window Theory (for Fred Anderson)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Darius Jones : Big Gurl (AUM Fidelity, 2011)

darius_jones_big_gurl

En trio (Adam Lane : contrebasse, Jason Nazary : batterie), Darius Jones se souvient de George Clinton et de ses Parliament-Funkadelic mais n’est jamais autant lui-même que lorsqu’il s’agit de déblayer le Take the « a » Train du couple Strayhorn-Ellington(A Train).

Ailleurs, le jeune altiste réitère les audacieux chemins des disques précédents : phrasé en torsade – vif et convulsif sur tempo rapide, lyrique et dissonant sur les ballades –, attaque forte, maintien et insistance de la note, harmoniques gloutonnes. Bref confirme sa belle singularité en attendant de convaincre totalement. A suivre donc…

EN ECOUTE >>> A Train

Darius Jones Trio : Big Gurl (Smell My Dreams) (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD: 01/ E-Gaz 02/ Michele Love Willie 03/ A Train 04/ I Wish I Had a Choice 05/ My Special “D” 06/ Chasing the Ghost 07/ Ol’ Metal-Faced Bastard
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Philippe Robert: Great Black Music (Le mot et le reste - 2008)

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Nouvelle galerie de portraits signée Philippe Robert, dressée cette fois en hommage aux musiciens ayant œuvré en faveur d’une Great Black Music aux genres disparates, dont les acteurs eurent pour point commun de protester contre l’abjecte place que les Etats-Unis auront longtemps réservé à leur population noire. Promesses de rêves contre réalité discriminatoire, le constat accablant conseilla aussi la résistance en musique : 110 preuves données ici, courant entre 1954 (Lady Sings The Blues de Billie Holiday) et 2005 (Vietnam Reflections de Billy Bang).

Une autre fois, Philippe Robert se montre judicieux et explique avec intelligence chacun de ses choix : disques montrant tous un intérêt musical autant qu’ils ont à voir avec des soucis d’ordre politiques et sociaux, spirituels ou mystiques, quelques parfums de désillusion au fur et à mesure que l’on avance dans le temps (mais dont le show business est aussi capable de se nourrir) et l’espoir d’échappatoires baroques ou cosmiques.  Jazz (seul oubli :Oliver Nelson, mais présences de Max Roach, Coltrane, Sanders, Ayler, Shepp, Leroi Jones, et de quelques figures choisies avec habileté : Joe McPhee, Milford Graves, scène inoubliable du Wildflowers Festival), soul, rhythm’n’blues et funk (Otis Redding, Ike & Tina Turner, Curtis Mayfield, George Clinton), joutes incandescentes (Sam & Dave, Last Poets, Public Enemy) et impressions plus individuelles (Terry Calier, Fela Kuti, Jimi Hendrix), jusqu’aux échos récents : prolongations jouées par Saul Williams, Mos Def, Madvillain. Les revendications multiples et les intérêts parfois différents aux origines d’œuvres importantes. Au bas de chaque chronique, une discographie sélective du musicien concerné, et d’autres noms encore : musiciens proches et nouvelles pistes à explorer. Ainsi, Great Black Music s'avère intarissable.

Philippe Robert - Great Black Music, Un parcours en 110 albums essentiels - 2008 - Le mot et le reste.

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