Le son du grisli

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Peter Brötzmann : Graphic Works 1959-2016 (Wolke, 2016)

peter brötzmann graphic works

Internet a ceci d’étrange (et de charmant, parfois) qu’il permet plus d’espace et, proportionnellement peut-être, moins de temps. Pour parler musique, par exemple. C’est que l’espace permis est « virtuel » et encombré, en plus, de toutes ces évocations de disques que le « concret » nous impose. Alors, pour ce qui est des « pochettes » des disques en question…

Bien sûr, on aura déjà remarqué (et même goûté) qu’à ses beaux enregistrements Peter Brötzmann attache trois fois sur quatre de belles images de sa confection (Wolke in Hosen, I Am Here Where Are You, Long Story Short...). Cet ouvrage – livre de 366 pages publié à l’occasion d’une exposition organisée au Bimhuis, à Amsterdam – nous le redit et même insiste : la somme d’affiches, de couvertures de disques et de livres est incommensurable.  

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En fin d’ouvrage, on peut voir Brötzmann travaillant dans son atelier (piles de disques derrière, et verdure un peu aussi). On l’imagine autrement paisible, dans ces conditions, que lorsqu’il se donne en spectacle. C’est que dans l’encre et / ou la couleur, l’homme a trouvé un autre moyen d’expression – « sa typographie a des dents », dit David Keenan, l’une des plumes de l’ouvrage dont sont aussi Jost Gebbers, John Corbett, Lasse Marhaug, Karl Lippegaus ou Gérard Rouy (qui, il y a deux ans, avait publié avec Brötzmann un beau livre de conversations).

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Habillement, Rouy fait remarquer que, contrairement à son ami Han Bennink, Brötzmann n’envisage pas sa création graphique tendant vers un but seulement artistique. Celle-ci doit en effet présenter une valeur informative, voire être « informativement » stupéfiante. Les innombrables affiches que le saxophoniste imagina pour le festival Total Music Meeting ou le Workshop Freie Musik le démontrent, comme les réutilisations qu’il fit pour ses disques de ses œuvres (aquarelles, sculptures, dessins, photos…). Allant au gré d’un énième trait épais, tamponnant parfois, Peter Brötzmann saisit ainsi d’une autre manière ce que lui propose l’instant. Bref, improviserait presque.

Peter Brötzmann : Graphic Works 1959-2016
EXTRAITS

Edition : 2016.
Wolke Verlag



Dave Rempis : Lattice (Aerophonic, 2017)

dave rempis lattice

Dave Rempis aura donc attendu avant de publier un disque qu’il aura enregistré seul. Dans les courtes notes qui accompagnent Lattice, il explique qu’après Coleman Hawkins, Eric Dolphy, Anthony Braxton, Steve Lacy, Joe McPhee, Ab Baars ou encore Mats Gustafsson, l’exercice était pour le moins difficile. Une tournée lui a pourtant permis de faire face à la gageure.

C’est que Dave Rempis a toujours fait grand cas de l’enregistrement de concert – dans le même temps qu’il publie cet enregistrement solo, il documente sur Aerophonic l’activité de son Percussion Quatet (Cochonnerie). Ainsi ces trente-et-un concerts donnés seul en vingt-sept villes différentes au printemps 2017 – à chaque fois, ce fut aussi l’occasion d’échanger avec quelques collègues éparpillés sur le territoire : Tim Barnes à Louisville, Steve Baczkowski à Buffalo, Larry Ochs à San Francisco… – tinrent de l’aubaine.

Quatre suffiront pourtant à composer ce premier disque solo d’un instrumentiste à la sonorité singulière. S’il fallait encore la « prouver », voici : deux reprises, en ouverture et en conclusion du disque, signées Billy Strayhorn (la mélodie n’en sera pas retournée, mais bouleversée plutôt, sous quelques coups qu’auraient pu admonester Daunik Lazro ou Nate Wooley) et Eric Dolphy (combien les sifflements de Rempis sur Serene convoquent-ils d’oiseaux ?). Entre ces deux chansons métamorphosées, des pièces d’une intimité rare.

Qu’elles paraissent attachées encore aux volutes d’Anthony Braxton (Linger Longer) ou fassent écho à cette relecture de soul estampillée Ken Vandermark (Horse Court), elles attestent une recherche certaine et, même, un objectif atteint : la voix de Dave Rempis y trace et même signe, finit par opposer à ses propres goûts un art confondant – ainsi, sur Horse Court encore, entendre un saxophone jouer de retours d’ampli comme une guitare pourrait le faire. L’art est confondant, oui ; mais vif, plus encore.

Lattice+Front+Cover

Dave Rempis : Lattice
Aerophonic
Enregistrement : 2017. Edition : 2017.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Colette Magny : Répression (Le Chant du Monde, 1972)

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A l'occasion des parutions, cette année, d'Agitation Frite de Philippe Robert (éditions Lenka lente) et de Jazz en 150 figures de Guillaume Belhomme (éditions du Layeur), ainsi qu'en écho au projet de réédition de la biographie de Colette Magny de Sylvie Vadureau par En Garde ! Records, nous publions un extrait de Free Fight This Is Our (New) Thing de Guillaume Belhomme & Philippe Robert (éditions Camion Blanc) qui évoque Répression de... Colette Magny.

 

Et ça crie, gémit, grogne et hurle. Et ça fait rage comme la classe ouvrière en colère s’exprimant d’une même voix. Et ça crépite comme les feux de la révolution. Et ça cherche à désosser le système… Ici on milite pour un peuple sans classes, à une époque où la presse, faut pas croire, faisait déjà le trottoir aux côtés de ceux qui détenaient le pouvoir. Faut pas faire l’idiot international, faut laisser circuler la majorité, ironisait Colette Magny. Répression aura été un album engagé comme peu l’ont alors été (ce qu’il continue d’être d’ailleurs). Répression aura été largement boudé en son temps, ne trouvant qu’un petit public par avance acquis à sa cause. Répression n’a étrangement jamais été réédité.

Colette Magny 3

Sur scène, Colette Magny laissait d’abord s’exprimer un trio constitué de François Tusques, Beb Guérin et Guem, avant d’entamer un tour de chant en duo avec le second, puis de proposer aux Panthères Noires de débouler. Les Panthères, sur Répression, ce sont Bernard Vitet, Juan Valoaz, François Tusques, Beb Guérin, Barre Phillips et Noel McGhie. Brigitte Fontaine enregistra Comme à la radio avec l’Art Ensemble of Chicago. Colette Magny réalisa quant à elle des disques avec certains des musiciens de free français s’étant illustrés au cours des sessions parisiennes du label BYG, mais aussi avec le Free Jazz Workshop (sur Transit), futur Workshop de Lyon.

L’initiation au free, Colette Magny la doit à François Tusques, Bernard Vitet et Beb Guérin. Ils lui firent écouter Albert Ayler, Frank Wright, Don Cherry, Alan Silva ou Sunny Murray, et grâce à eux, elle abandonna la traditionnelle structure couplet / refrain : elle reconnut dans le free un cri de révolte représentatif d’une période, selon elle, « génératrice d’angoisse ». Répression met en musique, collectivement, une suite de textes-collages. A l’intérieur de la pochette sont croqués Bobby Seale, Eldridge Cleaver et Huey Newton dont les pamphlets sont plus ou moins repris sur des airs de marche obsessionnels rappelant parfois le meilleur de la première mouture du Liberation Music Orchestra de Charlie Haden. Chez Colette Magny, les chansons ne sont pas débitées en trois minutes, pour la radio ; au contraire sont-elles architecturées en de longues incantations progressivement gagnées par l’esprit de révolte.

Colette Magny 2

Du genre : « Babylone morose, mère de l’obscénité par tes B52, tes atrocités / Géant tentaculaire, gendarme du monde / Tes ballons de dollars on les crèvera / Pieuvre en papier-monnaie, ton centre éclatera / Tes tentacules on te les coupera / BABYLONE U.S.A. / Les culs de la bourgeoisie twistent / Bientôt le talon de fer des classes dominantes ne sera plus que / BAVE-LAVE dans Babylone en flammes / Babylone, fais gaffe à tes tentacules / La démence déferle sur toi, les peuples se soulèvent / La marée haute de la Révolution va balayer tes rivages / Les nazis ont assassiné six millions de Juifs / L’Amérique raciste, cinquante millions de Noirs / Quatre siècles d’esclavage c’en est assez / GUNS BABY GUNS / La longue marche des indiens CHEROKEE sur la « piste des larmes » / Dépossédés de leurs terres, massacrés / Faisons taire les voix de la prudence : Les cris de notre souffrance guideront nos actions / Il y a une différence considérable entre trente millions de Noirs désarmés / Et trente millions de Noirs armés jusqu’aux dents / CHEROKEE CHEROKEE GET GUNS AND BE FREE »

Répression fut censuré par l’O.R.T.F. en un temps où Marchais et Krivine arrivaient parfois à dire des choses en direct à la télé. Colette Magny n’en eut pas l’occasion. Pas plus qu’elle n’obtint du Ministère aux Affaires Culturelles sa licence de musicienne ambulante qui lui aurait permis de chanter dans les jardins publics.

Colette Magny 1


James Marshall Human Arts Trio : Illumination (Freedonia, 2016)

james marshall illumination

Le jazz – ce qu’il implique d’interrogations – oppose et opposera toujours deux lignes qui farouchement s’opposent quand elles ne parviennent pas à se compléter : la tradition et la création. Ce disque, publié par Freedonia Music, est un document d’importance qui illustre à merveille cette musique parallèle, née de la tradition autant que de la création.

Dans les années 1970, à St. Louis, Missouri, se fit entendre l’Human Arts Ensemble dans lequel donnèrent de la voix des musiciens tels que Charles Bobo Shaw, Hamiet Bluiett, Julius Hemphill, Oliver Lake, John Lindberg, Joseph et Lester BowieLuther Thomas, aussi, auquel le son du saxophoniste James Marshall fait écho dès les premières secondes de cet enregistrement daté de 1979. A cette époque, Marshall a pourtant quitté St. Louis et ses partenaires de jeu sont (seulement) deux percussionnistes, Frank Micheaux et Jay Zelenka (aujourd'hui aux manettes du label Freedonia) : c’est donc l’heure de l’Human Arts Trio. Dans les saxophones (soprano, alto, ténor) de Marshall, bien sûr, on entend Coltrane, Coleman, Redman, Lasha, et ce Thomas d’associé… Ce qui ferait de Marshall un petit maître…

Et donc ? L’écoute d’Illumination s’en trouve-t-elle atteinte – comme on le dirait d’une oreille ? L’abandon de son phrasé illumine (c’est le mot) les deux premières plages du disque, quand ses expérimentations – de saxophone en flûte, le voilà jouant une demi-heure durant sur Life Light de et avec un écho qui sublime jusqu’aux percussions – s’écoutent avec un plaisir non feint. En guise de « bonus », une quatrième plage enregistrée plus tôt : le même trio augmenté de deux souffleurs (au nâgasvaram, notamment) : Michael Castro et Alan Suits. Non de free jazz, c’est là une autre histoire de son qui mêle des tambours lointains à d’insistants instruments à vent. Le brouhaha étonne, désarme même : assez pour remercier Jay Zelenka d’avoir ressorti ces enregistrements sur cassette que le péril menaçait. .

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James Marshall Human Arts Trio : Illumination
Freedonia
Enregistrement : 1979. Edition : 2016
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


John Corbett : Vinyl Freak. Love Letters to a Dying Medium (Duke University Press, 2017)

john corbett vinyl freak

Avant d’être le galeriste qui, depuis Chicago et associé à Jim Dempsey, réédite d’indispensables disques de jazz et d’improvisation (Joe McPhee, Peter Brötzmann, Staffan Harde, Tom Prehn…), John Corbett signa de nombreux textes sur d’indispensables disques d’improvisation et de jazz. Pour DownBeat, notamment, dans une colonne dont le titre est repris (rien n’est jamais dû au hasard) par celui de ce livre : Vinyl Freak.  

Ancien collectionneur de papillons, Corbett revient en introduction sur ses premières émotions d’auditeur et, surtout, de palpeur de vinyle – Sun Ra, déjà, employé dans les Sensational Guitars Of Dan & Dale ‎jouant les thèmes de Batman And Robin (disque Tifton). Après quoi, rassemble-t-il un lot de confessions obligées par les vinyles, tous de son choix (mais pas tous 33 tours, ni tous « anciens », puisqu’on y trouve par exemple Irregular, 45 tours de Martin Küchen / Martin Klapper estampillé Fylkingen).

Puisqu’il travaille alors pour DownBeat, Corbett fait avec un lectorat (ce peut être une simple supposition) peu ouvert d’esprit : ses premiers papiers évoquent en conséquence Philly Joe Jones, Paul Gonsalves, Chris McGregor ou Tom Stewart – cornettiste dont le Sextette/Quintette cache quand même Steve Lacy (Young Lacy, Early Days…).Alors, voilà que le propos « déraille », car Steve Lacy est, avec Sun Ra – Corbett a consacré au pianiste et chef de crew plusieurs ouvrages, dont Sun Ra + Ayéaton : Space, Interiors & Exteriors 1972 –, le musicien qui parle sans doute le plus au mélomane qu’il est. Une fois en / dans la place, le Stewart de Troie, de cinq ou de six, peut ainsi décharger Mauricio Kagel, Anthony Braxton, Diamanda Galas, Franz Koglmann, Morton Feldman, François Tusques, The Residents, Bill Dixon ou David Toop

Bien sûr, l’occasion (et la quête de l’occasion) est pour Corbett celle de parler de lui : dire la différence à faire entre un Diskaholic Anonymous – faut-il revenir sur l’association Mats Gustafsson / Thurston Moore / Jim O’Rourke ? – et un simple snob, son avis sur la compétition (avec le même Gustafsson, notamment, avec qui il échange depuis longtemps, comme le disait cet article d’un one-shot jazz Stop Smiling), la place qu’il réserve à l’esthétique dans un panier de crabo-collectionneurs ou l’espoir qu’il a de voir rééditées des perles sorties jadis à quelques centaines d’exemplaires – ainsi établit-il, comme en complément à ses papiers DownBeat, une liste de 131 tirages limités (certes, pas que) à aller « retrouver » d’urgence.

Premier de tous, ce Weavers du trio Günter Christmann / Paul Lovens / Maarten Altena que publia Po Torch en 1980. Dans la liste, aussi : deux Lacy, mais elle aurait pu en contenir davantage – Corbett & Dempsey ont récemment racheté un lot de bandes à Hat Hut, ce qui augure de rééditions. Autant de conseils intéressés qui ajoutent aux curiosités – A.K. Salim (dans le groupe duquel on trouvera la saturnien Pat Patrick en plus de Yusef Lateef), Orchestre Régional de Mopti, The Korean Black Eyes (là se situe peut-être la frontière entre freak et snobisme dont nous parlions tout à l’heure) – que renferme le livre en plus de celle, orange, qui prend la forme d’un flexi : interprétation d’It’s A Good Day par Sun Ra au clavier. Quelques secondes – une minute ou deux, vraiment ? – qui ajoutent au « curieux » de la chose et la rendent anecdotique, et la rendent indispensable.

978-0-8223-6366-8_prJohn Corbett : Vinyl Freak. Love Letters to a Dying Medium
Duke University Press
Edition : 2017
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Martin Küchen : Live at Vilnius Jazz Festival (NoBusiness, 2016)

martin küchen live at vilnius jazz festival

C’est la bande-originale d’un film muet – The Lost World (1925), arrangé pour l’occasion par Artūras Jevdokimovas – que le trio Martin Küchen / Mark Tokar, contrebassiste entendu sur disque avec Vandermark (Resonance) ou Sabir Mateen (Collective Four) / Arkadijus Gotesmanas, batteur sorti du Vilnius Jazz Orchestra et récemment remarqué sur le même label au côté de Charles Gayle (Our Souls: Live in Vilnius) improvisa le 17 octobre 2016 dans le cadre du Vilnius Jazz Festival. La manifestation vit aussi Küchen se produire seul et à la tête d’Angles 8.

A l’écoute du disque, manqueront bien sûr les images de cette première adaptation cinématographique du Monde perdu de Conan Doyle. Mais il suffit de quelques secondes au trio – bien que débutant – pour focaliser notre attention sur la seule musique. C’est d’abord la trace d’une « blessure » qu’un saxophone laisse sur son passage puis le baume d’une flûte qui recadre l’épreuve. On pense alors à Roland Kirk sur moments lâches ou à certains airs du Straight Ahead d’Abbey Lincoln et Max Roach.

Mais l’improvisation, détachée des images qu’elle a illustrées, gagne forcément en abstraction : alors, entre Clo's Blues de Coleman Hawkins et New York Eye And Ear Control d’Albert Ayler, Küchen élabore un no man’s land dans lequel injecter beaucoup de ses préoccupations (recherches sur le timbre de l’instrument, expressions dissimulées en souffles, déséquilibres imposés par un va-et-vient entre relâchement et tension…), ce que saisissent ses partenaires. De circonstance, l’association Tokar / Gotesmanas l’est ainsi à plus d’un titre : les cordes élastiques du premier relançant sans cesse le saxophone quand la frappe du second l’enveloppe en toute discrétion. C’est ici donc un live particulier, qu’il est nécessaire de rattraper.

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Martin Küchen : Live at Vilnius Jazz Festival
NoBusiness
Enregistrement : 17 octobre 2016. Edition : 2016.
LP : A-B/ Live at Vilnius Jazz Festival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Daunik Lazro, Joe McPhee : The Cerkno Concert (Klopotec, 2016) / Evan Parker, Lazro, McPhee : Seven Pieces (Clean Feed, 2016)

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Même après tant d’années, on ne sait jamais comment ça marche, un duo ; à quoi ça tient... On n’ira pas voir (réécouter) en arrière ni faire la somme de ce qui a été fait. On attendra plutôt que tombe le nouvel échange pour constater la fidélité, l’éternelle entente, l’impossible fausse note.

Le 21 mai dernier, Daunik Lazro et Joe McPhee se retrouvaient au festival de jazz de Cerkno, en Slovénie – leur premier enregistrement en duo date de 1991, qui a donné Duet (In Situ). Leur expérience commune en associations différentes a, depuis, scellé des liens que les premières secondes du disque, déjà, donnent à entendre. Lentement, les musiciens engagent une nouvelle conversation ; alors qu’ils sont tous deux au saxophone, leurs langues se délient.

D’un bout du disque à l’autre, c’est un chassé-croisé agissant : la volupté du baryton peut permettre à l’alto de progresser en électron libre, les fantaisies de la trompette de poche (comme celles de la voix de McPhee) faire naître des souffles graves, la moindre extravagance mener à la rêverie. Sur un thème écrit (Voices For Alto And Tenor) ou la reprise d’un motif d’Ayler (auquel le duo rend, en l’associant à Ornette Coleman, hommage en fin de concert), McPhee et Lazro opèrent aussi d’impeccables rétablissements. C’est d’ailleurs là que leur duo atteste cette « éternelle entente », cette « impossible fausse note » : en improvisant, comme si de rien n’était, un ordre rétabli.  

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Daunik Lazro, Joe McPhee : The Cerkno Concert. Music for Legendary Heroes
Klopotec
Enregistrement : 21 mai 2016. Edition : 2016.
CD : 01-07/ The Cerkno Concert. Music for Legendary Heroes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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En 1995, Willisau était encore Willisau et – avec l’aide du CCAM de Vandoeuvre-les-Nancy – accueillait Evan Parker, Daunik Lazro et Joe Mc Phee. Alors, chacun y allait de son souffle, prenait position en un acte solidaire et accompli. En basses ou moyennes fréquences (trio) ou en hautes cimes (duo Parker / Lazro, trio parfois), les connexions étaient fortes, extensives. Les souffles cherchaient parfois le continu (Parker solo) mais toujours aimaient à pénétrer-engendrer le réel. Ces trois-là étaient grands de présence. Et s’ils remettaient le couvert ?

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Evan Parker, Daunik Lazro, Joe McPhee : Seven Pieces. Live in Willisau 1995
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 1995. Edition : 2016.
CD : 01/ Echoes of Memory 02/ Sweet Dreams of Flying 03/ Broadway Limited 04/ Florid 05/ Concertino in Blue 06/ Tree Dancing 07/ To Rush at the Wind
Luc Bouquet © Le son du grisli

 


Hartmut Geerken : Live at Goethe Institut 1976 (Holidays)

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Ce concert au Goethe Institut de Kaboul en 1976 est l’oeuvre du pianist Hartmut Geerken et de son Rock and Free Jazz Group. La prise de son du double vinyle est lointaine – et ses aigus assez plats – mais restitue une ambiance, voire même une époque (celle des expériences en instituts, voire ambassades).

Auprès de Geerken, trouver Fritz Pfeiffer (saxophone alto), Maqsud Schukurwali (guitare) et Ghafur Rasul (batterie). Manquant vraisemblablement d’une basse, le groupe se démène pour remplir tout l’espace au son d’un mélange de free jazz, de blues, de rock et de funk même. Dans une veine Jef Gilson, mais sans souffle, il déploie des trucs et astuces qui n’arrivent pas à convaincre, même lorsqu’ils servent un thème de Don Cherry ou Clifford Thornton.

En troisième face, la guitare disparaît, et laisse un peu de champ à Geerken : ce sera la « meilleure » des trois faces. Le second disque retourné et c’est le retour de Schukurwali : avec lui, celui d’une musique légère de manège à gimmicks. Guère, donc, à la hauteur de ce que le pianiste a pu enregistrer avec quelques musiciens de ses fidèles : John Tchicai ou Don Moye

Hartmut Geerken’s Rock and Free Jazz Group Kabul : Live in Kabul 1976 (Holidays)
Enregistrement : 22 septembre 1976. Edition : 2013.
2 LP : Live at Goethe Institut 1976
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Peter Brötzmann, Fred Van Hove, Han Bennink : Brötzmann/Van Hove/Bennink (FMP, 1973)

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L'un de mes albums préférés de Brötzmann est Brötzmann/Van Hove/Bennink (FMP 130), enregistré en studio en 1973. Il se compose de dix pièces plutôt courtes et aérées privilégiant d'insolites et délicates collisions de timbres et de couleurs. Dans l'atmosphère ouatée du studio, chaque musicien semble prendre son temps, Brötzmann a le loisir de pouvoir s'approcher et s'éloigner à son aise du micro et de jouer avec le souffle et le velouté, de plus on entend (enfin) pleinement le piano (et le célesta !) de Van Hove en très grande forme. Un album lumineux qui aborde avec élégance et délectation des relations singulières avec la mélodie, le rythme et la forme.

Peter Brötzmann, Fred Van Hove, Han Bennink : Brötzmann/Van Hove/Bennink (FMP)
Enregistrement : 25 février 1973. Edition : 1973. Réédition : 2003 (CD Atavistic)
LP : A1/ For Donaueschingen Ever A2/ Konzert Für 2 Klarinetten A3/ Nr.7 A4/ Wir Haben Uns Folgendes Überlegt A5/ Paukenhändschen Im Blaubeerenwald A6 / Nr.9 - B1/ Gere Bij B2/ Nr.4 B3/ Nr.6 B4/ Donaueschingen For Ever
Gérard Rouy © Le son du grisli


Peter Brötzmann, Han Bennink : Schwarzwaldfahrt (FMP, 1977)

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Le groupe de Peter Brötzmann que je préfère reste le trio qu’il formait avec Han Bennink et Fred Van Hove, mais mon album préféré est cet enregistrement en duo avec Han, Schwarzwaldfahrt. C’est un document qui mêle improvisations, art sonore et field recordings, et aussi le portrait de deux artistes au sommet de leur art, un mystérieux collage de mystères et de faits réels. Il n’y a rien eu de tel avant, ni depuis.



My favorite band of Peter Brötzmann's is still his trio with Han Bennink and Fred Van Hove, but my favorite album is his duo recording with Han, Schwarzwaldfahrt.  A document of improvisations, sound art, and field recordings, it's a portrait of two artists at their creative height, a beautiful collage of mysteries and facts. There has been nothing like it before or since

Peter Brötzmann, Han Bennink : Schwarzwaldfahrt (FMP)
Enregistrement : 9-11 mai 1977. Edition : 1977. Réédition : 2005 (CD Atavistic) / 2012 (LP Cien Fuegos)
LP : A1/ Aufen Nr. 1 A2/ Aufen Nr. 2 A3/ Aufen Nr. 3 A4/ Aufen Nr. 4 A5/ Aufen Nr. 5 – B1/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 6 B2/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 7 B3/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 8 B4/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 9 B5/ Schwarzenbachtalsperre Nr. 10
Ken Vandermark © Le son du grisli



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