Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski : Carp’s Head (Monotype, 2016)

ghédalia tazartès carp's head

Lasso qui siffle, accordéon qui souffle, oiseaux qui pépient, harmonica qui fausse… Voilà qui annonce le retour de Ghédalia Tazartès sous le regard éteint d’un chat muet comme une Carp. C’est avec l’aide de Pawel Romańczuk et d’Andrzej Załeski que le Monsieur a enregistré ce disque qui sort (of course) sur vinyle.

Avec son chapeau sur l’œil et sa voix de faussaire, Tazartès nous a souvent subjugué (avec LA, il n’y a pas si longtemps que ça…). C’est son originalité, cette façon de marier le syncrétisme et l’iconoclastie, le charme de ses « danse inverse » et de ses « wild east blues » pour reprendre les noms de deux des morceaux. Mais là, le folklore dégingandé a du mal à se laisser écouter sans que l’on ressente un petit énervement.

Sous le gris du ciel (je pense que c'est la principale explication), ce déballage de vieux instruments (mandoline, accordéon & autres) pour comptines dervicho-abstraites ou airs ambiantico-incantatoires lasse un peu. Le langage de l’alchimiste bateleur (Tom Waits qui chanterait du Chostakovitch) ne porte plus sauf quand il se fait discret (comme sur les très jolis quand même Wolves and Birds et Dobra Nasza). On réécoutera Carp’s Head au printemps, histoire de vérifier…

carp's head

Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski: Carp’s Head
Monotype
Edition : 2016.
LP / CD : 01/ Danse Inverse 02/ You’ll be Wise 03/ Zither Song 04/ Orient Calling 05/ Wolves and Birds 06/ Wild East Blues 07/ Dobra Nasza 08/ The Far Horizon 09/ The End of Western World
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp bas grisli Gédhalia Tazartès est au programme du festival Sonic Protest : concert en duo avec Low Jack le jeudi 16 mars au Générateur de Gentilly.

 

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Rapoon : The Kirghiz Light (Zoharum, 2015)

rapoon the kirghiz light

Après avoir quitté le cultissime Zoviet France, Robin Storey forma le projet Rapoon. Encore un peu indus mais surtout ambient-ique et (surtout au carré) d’inspiration ethnomusicologique, ce n’est pas The Kirghiz Light (première collaboration de Storey avec la vocaliste Vicki Bain, sortie à l’origine sur Staalplaat) qui nous dira le contraire.

Réédité aujourd’hui par l’écurie Zoharum, le double album est enrichi d’un troisième, un remix 2016 de cette production qui date de vingt ans. Si l’on ne sent pas forcément que la remasterisation est passée par là, l’atmosphère est toujours moins étouffante que sur les ZF. Nappes de synthé, loops sur loops (d’un répétitif tech tout simplement ralenti) de voix célestes ou d’instruments souvent exotiques (tablas, cithare…), peu de rythmes et encore moins d’envolées…  

C’est ce qui est intéressant, d’ailleurs, même dans les moments un peu longuets (et il y en a plusieurs, étant donné les deux CD), cette « platitude », si je puis dire… ce jusqu’au-boutisme ambient-ethno-indus assez bellement réactualisé sur le remix par d’autres synthés (beaucoup de cordes), la même voix (mise plus en avant) et les mêmes percussions (mises en arrière)… Un pas de plus vers l’étrange pour le Rapoon et Robin Storey, et c’est normal : le monde n’est-il pas plus étrange qu’il y a vingt ans ?



kirghiz light

Rapoon : The Kirghiz Light
Zoharum
Réédition : 2016.
3 CD : The Kirghiz Light
Pierre Cécile © le son du grisli

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Jac Berrocal, David Fenech, Vincent Epplay : Antigravity (Blackest Ever Black, 2015)

jac berrocal david fenech vincent epplay antigravity

Berrocal / Fenech, le retour ? Yep, et sur un air de western (enfin, d’un western modifié, celui de Nanook, le premier titre de ce CD). Avec le duo, notons que ce n’est plus Tazartès mais Vincent Epplay, artiste sonore de son état et musicien touche-à-tout-ce-qui-sonne (synthés, fied recordings, accordéon, etc.).

Pas moins de 14 plages, le tout enregistré entre 2011 et 2014. Oui mais alors le tout quoi ? Parce qu’il y en a des choses, dans Antigravity… Des improvisations lugubrostères (The Overload), des chansonnettes inspirées par Brian Eno et David Byrne (Panic in Bali) ou Vince Taylor (Rock’n’Roll Station), des reprises (le Where Flamingoes Fly par Gil Evans ou la Valse des lilas, avec Anna Byskov à la voix, qui ferait une belle musique d’ambiance pour parking à agressions), du folk baltringue pour trompette bouchée (Tsouking Chant), des élucubrations expérimentales (Nanooks), une poésie d’exil hôtelier (Riga Centraal) et autres petits trucs parfois un peu fastoches (Solaris)…

Bref (ah oui, aussi un hommage à Jacques Thollot, et un beau morceau de danse psychotrope : L’essai des suintes ou le bal des futaies)… Bref, disais-je, un catalogue (référence !) d’excentricités rockobrutales dans un Diapason pour routier chantant (cheers, Sœur Sourire).

Jac Berrocal, David Fenech, Vincent Epplay : Antigravity (Blackest Ever Black)
Enregistrement : 2011-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Nanook 02/ The Overload 03/ Panic in Bali 04/ Rock’n’Roll Station 05/ Where Flamingoes Fly 06/ Kinder Lieder 07/ Tsouking Chant 06/ Valse des lilas 09/ Nanooks 10/ Solaris 11/ Ife L’ayo 12/ Spain 13/ Riga Centraal 14/ L’essai des suintes ou le bal des futaies
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Scott Walker, Sunn O))) : Soused (4AD, 2014)

scott walker sunn o))) soused

J’avoue que les hypothèses se bousculent quand je me questionne sur les raisons de telle collaboration (Scott Walker & Sunn O))) aujourd’hui comme avant eux Anthony Braxton & Wolf Eyes, Evan Parker & John Wiese, Mats Gustafsson & Merzbow, Arto Lindsay & Paal Nilssen-Love…). Peut-être la recherche de nouvelles expériences ou de nouveaux publics ? l’envie de briser le quotidien discographique ?... Les peut-être sont légion alors je finis par me poser l’unique question qui vaille : la sauce prend-elle ou non ?

Même si l’on savait depuis Pola X que Walker Scott était capable de chanter dans le bruit, on n’osait imaginer l’ex-idole des sixties scotché à un ampli crachant du drone doom. Et pourtant, avec son fidèle Peter Walsh, le voici frayant avec Stephen O’Malley, Greg Anderson et TOS Nieuwenhuizen et ce, sans rien changer à son lyrisme habituel – ce qui est d’ailleurs tout à son honneur.

Sur quatre titres de sa composition, le voilà dans la pénombre déguisé en Cassandre qui clame ses  textes sur de grosses guitares sans cesse frôlées par des corneilles que le groupe a lâchées en studio. Alors alors alors, quoi penser de Scott O))) ? Surprenant bien sûr, alternant des minutes d’équilibre et des couplets ampoulés, mais mais mais quand Herod 2014 passe sous le laser de la platine, aucune équivoque : c’est le simple auditeur que je suis qui se retrouve scotché à l’enceinte. J’avoue que Mathilde (autres temps, autres mœurs) m’avait fait moins d’effet…  



Scott Walker, Sunn O))) : Soused (4AD / Souffle Continu)
Edition : 2014.
CD / 2 LP : 01/ Brando 02/ Herod 2014 03/ Bull 04/ Lullaby
Pierre Cécile © Le son du grisli

pratella

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Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik, 2012) / Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka, 2013)

phantom orchard orchestra trouble in paradise

Voici la liste des invitées au bal des fantômes de Zeena Parkins & Ikue Mori : Maja Ratkje (qui était déjà d'Orra), Hild Sofie Tafjord, Sara Parkins, Maggie Parkins, Shayna Dunkleman. Ce qui fait du beau monde sur CD : sept sorcières fantastiques dont on pouvait attendre en effet qu’elles remuent un coin de ciel…

Spécialistes en collages de toutes sortes et en bris de sons, Parkins & Mori unirent donc leurs efforts dans des performances parfois excentrico-hystérique (Over the Gap) ou des saillies hybrides pas franchement détonantes (Face) qui ont bien du mal à rivaliser avec d’autres groupes à trois lettres (POO contre DNA ou YMO). Souvent amusantes, rarement concluantes, le jeu des dames sait quand même se montrer surprenant, comme sur le folk barré de Sun Metal (la harpe orientale et les voix angoissantes) ou le folk féérique de Red Blue and Green. Pas suffisant toutefois.

Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2013.
CD : 01/ Over the Gap 02/ Red Blue and Green 03/ Sun Metal 04/ Face 05/ Inner Reflection 06/ House for 7 07/ Laughter in the Dark 08/ Trap
Pierre Cécile © Le son du grisli

ikue mori steve noble prediction and warming

Sur la batterie remontée de Steve Noble tombent dès l’ouverture des 0 et des 1, s’ouvrent et se ferment des rideaux de pluie de synthèse, s’immiscent d’incongrues et parfois même facétieuses sonorités… Souvent capable seulement d’anecdotes, le dialogue du batteur et d'Ikue Mori arrive tout de même quelques fois à conjuguer cohérence et mystère, notamment lorsque le tambour fait tourner en satellites un lot d’illuminations électroniques (Combustion, Atmospheric Pressure).

EN ECOUTE >>> Montparnasse Derailment

Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka)
Enregistrement : 16 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Seismic waves 02/ Montparnasse Derailment 03/ Combustion 04/ Convection 05/ Atmospheric Pressure 06/ Black Death (Steve’s March) 07/ Land of Famine 08/ Inferno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Guardian Alien : See the World Given to a One Love Entity (Thrill Jockey, 2012)

guardian alien see the world given

Dans une pochette moche à souhait (pour y échapper on peut télécharger le disque mais en même temps attendons la suite de la chronique avant de prendre une quelconque décision merci), il y a un disque qui ne fait pas quarante minutes, See the World Given to a One Love Entity, le second de Guardian Alien du batteur Greg Fox (que celui ou celle qui l’a entendu frapper dans Teeth Mountain ou  Liturgy lève la main).

Pour donner une suite à Swill Children paru l’année dernière, le batteur a choisi ses fûts les plus solides et les guitaristes ont sorti les racks d’effets. Dans l’esprit, un genre de rock-psyché mené à la baguette qui part facilement en vrille, c'est-à-dire qu’il peut ralentir si l’envie lui prend le cerveau ou tout donner à un solo de guitare que Merzbow trouverait bien faiblard… En bref, c’est un exercice de folk-alien dans le style d’Oneida, pour un résultat tout aussi aléatoire : pas intolérable à l’écoute, ce mélange de posts (post-folk, post-psyché, post-krautrock, post-post-rock…), mais loin d’être brillant.  

Guardian Alien : See the World Given to a One Love Entity (Thrill Jockey)
Edition : 2012.
CD : See the World Given to a One Love Entity
Pierre Cécile © le son du grisli

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Asva, Philippe Petit : Empires Should Burn... (Basses Fréquences, 2012) / Philippe Petit : Eugénie (Alrealon, 2012)

asva philippe petit empires should burn

Qui voudra s’y coller n’aura pas fini de décrypter l’art sonique sonore et parfois hurlant de Philippe Petit. Grand amateur-dévoreur de musiques en tous genres, il a composé avec Asva (groupe de metal drone doom de G. Stuart Dahlquist) ce terrible appel à l’incendie des empires…

Pour que leur plan fonctionne, Petit et Dahlquist doivent avant tout imposer la terreur, alors ils s’emparent de leurs instruments (guitares, orgue, turntables, electronics, cymbalum, piano, cordes…) et invitent quelques amis à expliquer le contenu de leurs plans. Chacun son tour, Edward Ka-Spel, Bryan Lewis Saunders et Jarboe lisent un texte qui leur est soumis).

Le résultat est inquiétant mais peu à peu ce sombre univers à la Bosch laisse percer un rayon de lumière. Il inondera la fin du CD d’une musique atmosphérique pas loin d’être zen. On n’attendait pas de happy end, mais elle nous va aussi !

Asva, Philippe Petit : Empires Should Burn… (Basses Fréquences / Small Doses)
Edition : 2012.
CD / LP : 01/ And Empires Will Burn 02/ Seet Dreams Asshole 03/ A Vision 04/ The Star Implodes 05/ Apocryphatic_Ally
Pierre Cécile © Le son du grisli

philippe petit eugénie

Electronics et turntables encore, mais cette fois pour servir la musique électroacoustique. Entouré d’une dizaine d’ « amis » (Els Vandeweyer, Reinhold Friedl…), Philippe Petit offre sur ces deux faces de dix pouces quatre morceaux différents (ambient indianiste, baroque malsain, folk tordu, expérimental larvé) qui raviront les amateurs de post-tout et de lupanar créatif.

Philippe Petit : Eugénie (Alrealon)
Edition : 2012.
10’’ : A1/ An Air of Intrigue A2/ Clapoutique A3/ Pyramid of The Moon – B/ Magma from The Aquarium
Pierre Cécile © Le son du grisli 

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