Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins, 2009)

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Une face de 33 tours et une seule. Consignées en sillons : deux improvisations de Nappe (Pierre Faure et Christian Malfray) et puis la rencontre du duo avec le guitariste Jean-Marc Montera.

D’abord, deux improvisations de tailles inégales : introduction sur laquelle Nappe confectionne une miniature d’un folk répétitif et pièce principale sur laquelle d’autres notes redites avec insistance par la guitare rivalisent de présence avec un drone et un larsen. A l’arrivée de Montera, un nouveau folklore est mis au jour, plus lointain d’apparence : Inde réinventée et fantasme pris au piège des fils électriques de Malfray. Et lorsque les guitares disparaissent, les suivent les épreuves de musiciens subtils : « Improvised Sound Compositions ».

Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A1/ Nappe : Improvised Sound Composition1  A2/ Nappe : Improvised Sound Composition 2 A3/ JM Montera / Nappe : Improvised Sound Composition
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Eugene Chadbourne, Dinosaur on The Way (House of Chadula, 1985)

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Que ce soit dit : il y a actuellement une sorte de Sun Ra en liberté qui s'appelle Eugene Chadbourne, et dont l'oeuvre labyrinthique dépasse les limites du raisonnable, de l'humain, et du bon goût. Dinosaur on The Way, comme tous les autres « On The Way » (Pee Wee on The Way, Muppet on The Way...), appartient à la sous-catégorie des « Tape Madness », autrement dit des disques lo-fi du Docteur, qui constituent la partie la plus sale, destroy, cinglée de son œuvre pourtant déjà magnifiquement secouée.

Dès les premières notes, on sait que ça va être sauvage, mais d'une sauvagerie sans doute encore peu égalée par Chadbourne lui-même. Ce qui rend Dinosaur on The Way aussi velu, aussi définitif, aussi apocalyptique, c'est le taux de distorsion, le degré d'incandescence du son, porté à blanc par la flamme alchimique de l'analogique. Le docteur s'excuse sur la pochette pour le magnéto cassettes qui tombe en panne. Et ça s'entend, dans la juxtaposition anarchique des plages, dans ces chansons enfantines passées au hachoir lysergique d'une guitare monstrueuse, dans ce How Can You Kill Me, I'm Already Dead d'anthologie, qui dévaste tout et ne laisse à aucune herbe le loisir de repousser. Chadbourne s'autorise une cavalcade sonique meurtrière, et le son est si cru qu'il nous rappelle qu'avant d'être des citoyens, nous sommes d'abord des carnivores assoiffés de carnage. L'esprit du rock garage est là, le spectre de Jimi Hendrix n'est pas loin et c'est bien dans l'acide que les mains machiavéliques du docteur ont trempé les guitares. Chadbourne abuse également magnifiquement de la reverb analogique, et s'égare parfois tout seul au centre de la chambre à échos. Le reste est une succession de collages dadaïstes, de lambeaux de country réverbérée, de chiens qui aboient, de vent, et de guitares toujours aussi barbelées, tourbillonnantes, en entonnoir. Plus loin, il achève de massacrer les Beatles à coup de pelle (ou de rateau électrique) : While My Guitar Gently Weeps (ou ce qu'il en reste) est la reprise idéale pour se faire interner d'office. Enfin, s'il faut avancer un dernier argument en faveur de ce méchant disque, précisons que sur la liste des musiciens, aux côtés de John Zorn, Kramer, David Licht et Jenny Chadbourne, une des filles du docteur, figurent Charles Manson et le merveilleux Révérend Jim Jones (914 victimes).

Eugene Chadbourne : Dinosaur on The Way (House of Chadula)
Edition : 1985.
CD : 01/ How Can You Kill Me ? 02/ Wiffer Woffer Song 03/ Eugene Stinks 04/ Red Headed Stranger 05/ Greetings From Grenada 06/ Mc Death 07/ She Was a Leaving, Breathing Piece of Dirt 08/ Answer the Phone (?) 09/ Psychology 101 (?) 10/ While My Guitar Gently Weeps 11/ Ghostbusters 12/ Kiowa War Song 13/ Octopus Garden 14/ Her Name Is 15/ They Froze Jones's Brain 16/ Yardbird Suite 17/ Good Lovin' 18/ Nympho Lodge 19/ Eugene Stinks 20/ Who's Gonna Take The Garbage Out ? 21/ Strawberry Fields For Ever 21/ Driftin' Blues.
Arnaud Le Gouëfflec  © Le son du grisli

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Arnaud Le Gouëfflec est écrivain et musicien. Il anime en outre Chadbourneries, blog incontournable pour qui s’intéresse à l’œuvre d’Eugene Chadbourne.

Brian Harnetty, Bonnie 'Prince' Billy : Silent City (Atavistic / Ruminance, 2009)

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De mémoire d’Américain, on n’avait encore jamais vu personne s’endormir au concert. Bonnie 'Prince' Billy jouait à peine depuis un quart d’heure. Posant sa voix sur la musique de Brian Harnetty, l’effet est le même, à ceci près qu’il arrivera ici à l'auditeur qui s'endormira d’être réveillé par un témoignage…

Ceci parce que Silent City dépeint une ville imaginaire dans laquelle les voix de toutes les âmes perdues d’une Amérique vertueuse et triomphante – celle de Will Oldham comprise ? – se seraient donné rendez-vous. Extirpés d’archives sonores, des inconnus parlent sur une musique à ranger sous l’étiquette « Americana », dont Brian Harnetty échaffaude les plans en se servant d'instruments classiques : un piano ou un accordéon.

A l'écoute de la composition, l’auditeur peut se sentir venir le cœur au bord des lèvres devant des rapprochements sonores incapables de faire preuve d’une identité propre (et même d’identités, malgré les archives dans lesquelles pioche Harnetty) ou se laisser porter par un ensemble vaporeux que rehaussent les interventions salvatrices du batteur Sam Paxton. De l’avant-folk au deep-folk – comme il y a le Deep South –, Silent City franchit le pas et offre autant d'élans dignes d’intérêt que d'amères désillusions (l'originalité qui fait défaut étant la première de toute).

Brian Harnetty : Silent City (Atavistic / Ruminance / Amazon)
Edition : 2009.
01/ The Night Is 02/ The Top Hat 03/ Sinclair Serenade 04/ Sleeping In The 05/ Well, There Are 06/ Silent City 07/ And Under the Winesap 08/ It’s Different Now 09/ Papa Made the Last 10/ Some Glad Day 11/ As Old As the Stars 12/ To Hear Still More
Pierre Cécile © Le son du grisli

Alan Sondheim, Myk Freedman : Julu Twine (Porter Records, 2009)

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Poète, performer, vidéaste, multi instrumentiste, Alan Sondheim n’a pas encore vingt ans en 1967 quand il enregistre Ritual-All-70-7 pour le label ESP, disque OVNI par excellence. Aujourd’hui, en duo avec le guitariste Myk Freedman et quarante ans après, il remet le couvert d’une musique toujours aussi désarticulée.

Puisant dans on ne sait quelle improbable americana malade et désemparée, ils provoquent l’aléatoire et l’argumentent à toutes les sauces : avant-folk, psychédélisme appuyé, improvisation radicale. Guitare, cithare et banjo pour Sondheim, steel guitare pour Freedman (une steel guitare aux saillies hybrides, parfois proche du theremin) ; les arpèges se croisent et s’entêtent, inachevés et filandreux. Libérés d’une académie qu’ils semblent n’avoir jamais croisée, ils avancent, s’amusent et enfouissent de bien singulières pépites. Seront-elles aussi surprenantes  dans une trentaine d’années ?


Alan Sondheim, Myk Freedman, Track F. Courtesy of Porter Records.


Alan Sondheim, Myk Freedman, Track A. Courtesy of Porter Records.

Alan Sondheim, Myk Freedman : Julu Twine (Porter Records / Orkhêstra International)
Edition : 2009
CD : 01/ Track A 02/ Track G 03/ Track in Banjo Solo 04/ Track B 05/ Track M Lap Steel Solo 06/ Track C 07/ Track D 08/ Track E 09/ Track I Di Giorgio Classical Guitar Solo 1  10/ Track K 11/ Track H 12/ Track J Di Giorgio Classical Guitar Solo 2 13/ Track F
Luc Bouquet © Le son du grisli

Kommissar Hjuler & Mama Bär : Asylum Lunaticum (Intransitive, 2009)

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Couple d’artistes se suffisant quelque part à l’extrême nord de l’Allemagne, Kommissar Hjuler et Mama Bär publient aujourd’hui Asylum Lunaticum, compilation d’œuvres musicales dispersées jusque-là sur disques et cassettes autoproduits.

Au moyen de leurs voix, de micros et magnétophones, Hjuler et Bär construisent un langage qui pourrait bien n’appartenir qu’à eux : art forcément brut rehaussé d’influences ayant donné dans la provocation (Kurt Schwitters, Dada, Fluxus) qui oscille entre musique expérimentale et poésie sonore. Enregistrée sur cassette, une voix s’en trouve bientôt ralentie, que l’on oppose au refrain insistant d’une autre qu'elle, plus éloignée ; imbriqués ailleurs, souffles et projectiles sonores, silences concrétisés sur bandes ou bribes d’un discours évoquant le proche Danemark.

Surtout, Ehrfurcht, près de trente minutes de chants à se chevaucher : airs approximatifs et textes indéchiffrables posent enfin la question d’un format-chanson enfin débarrassé des contraintes de temps et d’uniformité rassurante. A la place, quelques field recordings accompagnent une berceuse étrange au point d’en devenir dérangeante. On ne peut alors rien reprocher à Kommissar Hjuler et Mama Bär, sinon d’oser inventer et de déranger parfois quand d'autres artistes vivent de restes inoffensifs.   

Kommissar Hjuler, Mama Bär : Asylum Lunaticum (Intransitive Recordings / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ HJVCGrimmelshausen 02/ Lichtblicke 03/ Ehrfurcht 04/ Meine erste Zeitmaachine 05/ de nye Rigspolitichefen 06/ Lauf in Eine Herde 07/ Asylum Lunaticum

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Evelyn Petrova : Living Water (Leo Records, 2009)

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Ce solo n’est pas puisque duo. Mais le format CD empêchant la vision du travail de la danseuse Tanya Khabarova – et donc par la force des choses –, solo il y a. Etrange sensation d’une présence gommée et néanmoins essentielle à l’émergence de la belle musique d’Evelyn Petrova. Une Evelyn Petrova toujours aussi tonitruante et enchaînant les tableaux sans le moindre temps mort.

Il y a de l’Attila chez Petrova. Une force de frappe qui n’a que faire du doute et de ses questionnements. On ne se ressource pas chez Petrova, on n’observe pas : on agit directement avec diversité et certitude. D’une mélopée se gangrenant et se désagrégeant jusqu’à sa perte finale, il ne restera rien car voici maintenant un accordéon en cascade puis un cri perçant. Ne cherchez pas de lien : il n’y en a pas. Il y a juste ces folklores imaginés, tantôt limpides, tantôt brumeux ; ces chansons hargneuses ici, caressantes là et, toujours, l’expression d’une personnalité entière et magnifiquement entêtée.

Evelyn Petrova : Living Water (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Mysterious Forest 02/ Lullubye 03/ Play 04/ Lass 05/ Song 06/ Party  07/ Angel 08/ Conversation with Mother 09/ Contest 10/ Lament 11/ Dream 12/ Bride 13/ Market Scrap 14/ Wedding Train
Luc Bouquet © Le son du grisli

Mary Halvorson, Jessica Pavone : Thin Air (Thirsty Ear, 2009)

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Mary Halvorson / Jessica Pavone, c’est tout simple : une guitare (Mary), un violon (Jessica), deux voix (Mary & Jessica), une dissonance de chant et d’arpèges, de petites mélodies entêtantes et déraillantes, des ritournelles venimeuses, des bibelots soniques singuliers, des fusées envoyées vers on ne sait quel heureux cosmos, des glissendi éraillés, une complicité et une entente qui devraient charmer au-delà de la seule sphère de l’improvisation (pop innovante, avant-folk…).

Vous m’excuserez de faire aussi court mais il faut, précisément, que je parte à la recherche de leurs deux premières productions… Que j’imagine aussi ensoleillées et jubilatoires que celle-ci. Si vous avez une piste…

Jessica Pavone, Mary Halvorson : Thin Air (Thirsty Ear / Orkhêstra)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ For You or Them 02/ Thin Air 03/ Juice 04/ Barber 05/ Sinking 06/ Ten Years 07/ Lullaby 08/ ? And Goodnight

Luc Bouquet © Le son du grisli

Mary Halvorson déjà sur grisli
Crackleknob (HatOLOGY - 2009)

Jessica Pavone déjà sur grisli
Walking, Sleeping, Breathing (Nowaki - 2007)

Crackleknob: Crackleknob (HatOLOGY - 2009)

cracksli

Crackleknob, du nom du trio que composent la guitariste Mary Halvorson, le trompettiste Nate Wooley et le contrebassiste Reuben Radding – ces deux-derniers, partenaires déjà au sein du quartette Fugitive Pieces.

Auprès de Radding, les deux jeunes musiciens affirment une autre fois – c'est-à-dire, comme ils n’arrêtent plus de le faire (auprès de Daniel Levin, par exemple, pour Wooley, ou de Jessica Pavone pour Halvorson) – leur maîtrise : distante, la guitariste évolue au gré d’inspirations en cercles et de l’écho de cordes claires, quand le trompettiste affiche un purisme prêt à accueillir toutes contradictions (vents contraires sur Quavering Voices of The Mutilated, lyrisme détaché sur In The Teeth of Ideology).

Parfois, le trio se retrouve à discourir aux portes du silence (Libidinous Objects & The Decay of Self) ; d’autres fois, il compte sur l’accident pour régénérer son expérience ou s’accorde une pause en forme de chanson : folk de Caldwell, 1925 , qui précède le ténébreux The Cadence of Her Dying Breath. Celui-ci surprend encore, et conclut.

CD: 01/ Under The Weight of Aphorisms 02/ The Poor Chew Words to Fill Their Stomachs 03/ In The Teeth of Ideology 04/ Spoilsports 05/ Libidinous Objects & The Decay of Self 06/ Lakehurst, 1937 07/ Quavering Voices of The Mutilated 08/ In The Applications of Standards 09/ Caldwell, 1925 10/ The Cadence of Her Dying Breath >>> Crackleknob - Crackleknob - 2009 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi. 

Reuben Radding déjà sur grisli
Transit (Cleanfeed - 2005)
Blue Purge (Leo - 2004)

Loren Connors: The Curse of Midnight Mary (Family Vineyard - 2009)

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Une cassette retrouvée l’année dernière – son sale et satisfait – délivra un ancien enregistrement de Loren Connors : particulier, celui-ci donne à entendre le guitariste se laisser aller au blues sur la tombe de Mary E. Hart – ou Midnight Mary –, cimetière de New Heaven, en 1981.

Bravant la malédiction qui voudrait que tout importun passé près de la stèle après minuit commence à profiter aussitôt de la poignée de minutes d’existence à lui rester encore, Connors s’installe et parcourt d’une main molle une guitare passablement défaite. Inadapté courant derrière quelques rengaines d’un folk qu’il interrogera ensuite avec Kath Bloom et Tom Hanford, le guitariste élève une suite d’airs las et désenchantés qu’il entonne d’une morosité plaidant en faveur d'une absence de raison : caressant ici un hymne minuscule et obséquieux, dosant là son langage d’envoûté à la suite de l’exemple donné par Robert Johnson.

Aux deux-tiers de l’enregistrement, la voix avale de plus en plus les notes de guitare, oblige la musique à davantage de distance et réduit l’ensemble au témoignage actif de l’art brut d’un simili possédé : yodelant chant des stèles.

CD: 01/ Chant 1 02/ Chant 2 03/ Chant 3 04/ Chant 4 05/ Chant 5 06/ Chant 6 07/ Chant 7 08/ Chant 8 09/ Chant 9 >>> Loren Connors - The Curse of Midnight Mary - 2009 - Family Vineyard. Distribution Differ-ant.

Ernst-Ludwig Petrowsky, Michael Griener : The Salmon (Intakt, 2008)

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Sorti du Zentralquartett, le multi-instrumentiste Ernst-Ludwig Petrowsky (saxophones, clarinettes et flûte) enregistrait en 2005 en compagnie du batteur Michael Griener The (mais, en fait : onze) Salmon.

Vibrionnant dès l’ouverture, Petrowsky ne donne pas pour autant dans une improvisation intempestive : souvent mesuré dans ses propositions, cherchant plutôt à fomenter en compagnie de son partenaire une alternative musicale oscillant entre emportements tournant autour de motifs d'abord plusieurs fois répétés et morceaux d’atmosphères quiètes lorsqu’elles ne proviennent pas d’une pratique instrumentale expérimentant. Griener, lui, passe d’interventions convulsives en suggestions chromatiques ; remonte, à contre-courant, le lit de l’improvisation. Le duo, de s’en sortir ainsi avec finesse, voire esprit.

CD: 01/ Salmon No. 1 02/ Salmon No. 2 03/ Salmon No. 3 04/ Salmon No. 4 05/ Salmon No. 5 06/ Salmon No. 6 07/ Salmon No. 7 08/ Salmon No. 8 09/ Salmon No.9 10/ Salmon No. 10 11/ Salmon No. 11 >>> Enrst-Ludwig Petrowsky, Michael Griener - Salmon - 2008 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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