Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Mikel R. Nieto : Dark Sound (Gruenrekorder, 2016)

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N’étant pas bibliophile, je ne me suis guère intéressé à ce livre (pourtant très beau) imprimé noir sur noir… Comme Dark Sound (le titre de l’ouvrage) contenait un CD c’est vers ce CD que je suis d’abord allé.

Et là… des field recordings, bien sûr : c’est-à-dire qu’une fois encore des oiseaux dont je ne saurais jamais le nom chantent dans mon studio quand tout à coup un orage éclate. Rien que de très normal pour l’habitué du label Gruenrekorder que je suis. Si ce n’est qu’au bout de dix minutes environ, l’enregistrement m’a tout l’air d’une composition d’électronique minimale avant de changer encore d’aspect en virant musique concrète. Et c’est d’autant appréciable qu’ici la basse-cour est pleine et que cette réserve de bruits mécanico-futuristes (beaucoup de turbines et de générateurs on dirait) a chassé les derniers éperviers qui nichaient depuis des lustres pas loin de mon… lustre (c’est un meublé).

Reconnaissant à Mikel R. Nieto de m’avoir débarrassé de mes nuisibles, j’ouvre alors son livre. Ecrit en quatre langues, il parle d’écologie d’une manière assez originale (de l’impact de l’industrie pétrolière surtout : d’où le noir !) en mêlant un hommage au peuple Huaorani, un essai de José Luis Espejo (Ecopolitik) et  de nombreux témoignages (que je n’ai pas tous luz, je veux bien l'avouer). Pour en savoir plus une seule adresse. Notez que le prix de Dark Sound suit la courbe du baril de brut. Comme je vous le recommande, je vous conseille aussi de suivre ses fluctuations pour obtenir le meilleur prix.

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Mikel R. Nieto : Dark Sound
Gruenrekorder
Edition : 2016.
Livre + CD : Dark Sound
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bruno Duplant, David Vélez : Last Solar Powered (StillSleep, 2016)

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Au sortir de Moyens fantômes, il faudra aller entendre Last Solar Powered, autre collaboration de Bruno Duplant avec David Vélez. Ni musique d’environnement (de pylône électrique) ni sons captés aux abords de « grandes oreilles », c’est là une œuvre d’anticipation poétique : un ordinateur profitant de l’énergie solaire se rend compte de la disparition prochaine du soleil en question, et donc de la sienne propre – voilà l’explication donnée au dos de la couverture du disque.

Duplant et Vélez se sont-ils emparés du même « matériel électronique rudimentaire » qui leur a, il y a peu de temps, réussi ? La question se pose puisque la corrosion d’hier fait effet aujourd’hui encore, si ce n’est qu’elle s’attaque désormais aux hautes sphères, c’est-à-dire à une matière insaisissable. Naturels ou artificiels, les phénomènes concordent et composent au son de craquements et de crépitements, de ronflements voire de déferlements, de nappes suspendues ou de morceaux d’univers renversé. En Vélez, Duplant a assurément trouvé un partenaire inspirant, c’est (déjà) la seconde fois qu’on le constate.

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Bruno Duplant, David Velez : Last Solar Powered
Still Sleep
Edition : 2016.
CDR : 01/ Last Solar Powered
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kassel Jaeger : Onden 隱佃 (Unfathomless, 2016)

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Dans l’incroyable série de phonographies lancée par le label Unfathomless, il faut maintenant compter avec Onden 隱佃 de François Bonnet, alias Kassel Jaeger, un ingénieur du son français qui travaille pour le GRM et qui signe des enregistrements depuis dix ans (c'est le troisième sur le label belge).

Pour vous faire une idée de la chose, je pourrais vous donner (je vais le faire, pour tout dire) les noms de quelques-uns de ses collaborateurs : Oren Ambarchi, Giuseppe Ielasi, Stephan Mathieu, Lasse Marhaug ou en tant que technicien Robert Hampson. Voilà qui pose le décor de cette obsédante divagation japonaise, plus précisément tokyoïte.

Commençant comme un Throbbing Gristle genre Hamburger Lady, Onden 隱佃 nous fait nous demander de quelles sortes sont les machines employées par Kassel Jaeger. En fait, ses micros ont frôlé (de nuit !) des installations électriques pour attraper des sons de toutes sortes. Que voulez-vous, certains mettent l’air de Paris en bouteille & d’autres des bouts de champs magnétiques de Tokyo sur CD. Le comble étant que c’est rudement impressionnant. A tel point qu’Onden 隱佃 est, à mon avis, un des must have du labelge.

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Kassel Jaeger : Onden 隱佃
Unfathomless
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944 (Tanuki, 2016)

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Je ne sais comment présenter la chose (produite en 2015 par Canary et rééditée par Tanuki cette année), parce qu’elle est rudement intéressante. Cette cassette nous raconte (avec ses moyens) l’histoire d’une ornithologie faite à l’oreille par des enregistrements qui datent de 1910 à 1945. Et aussi celle de l’imitation par l’homme de différents sifflements d'oiseaux.

On passe donc d’un continent à un autre et on jongle avec les langues. Des noms que l’on ne connaissait pas (Margaret McKee, Charles C. Gorst, Charles Kellogg surnommé The Nature Singer) imitent / sifflotent / chantent… Et il y a aussi ce catalogue d’oiseaux (pinçon, merle…), cet homme qui nous apprend à faire comme eux, cet autre qui les fait parler anglais (come over here, well…). Au terme des deux faces, on en a appris bien plus sur l’homme et ses fantaisies que sur le chant des oiseaux, mais qu’importe... C'est indispensable !

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Ecstatic & Wingless Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944
Tanuki
Edition : 2015. Réédition : 2016.
K7 : 01-15/ Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-44
Pierre Cécile © Le son du grisli

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David Vélez, Bruno Duplant : Moyens fantômes (Unfathomless, 2016)

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Il faut croire aux choses qui n’existent pas, les traquer partout : à ces informations qui, à peine exprimées, déjà se volatilisent ; aux possibles esprits qui les ont exprimées et qu’elles emportent avec elles. Des champs de bataille américains (Michael Esposito sur Perryville Battlefield) à un recoin de forêt amazonienne (David Vélez et Simon Whetham sur Yoi) ou encore, pour le même Vélez et Bruno Duplant, d’usines désaffectées en entrepôts abandonnés, à Bogota comme à Waziers.

Ici et là, les deux hommes ont donc enregistré grâce à, disent-ils, un équipement électronique rudimentaire, qui plus est ancien – on se demandera alors si ces « moyens fantômes » ne renverraient pas aux machines plutôt qu’aux esprits qu’elles voulaient capturer. C’est peu dire que, sur les murs, la peinture est écaillée : au son, c’est une corrosion d’un autre genre qui fait effet. Chassées par les balayages, combien de présences s’évanouissent entre deux portes ? Dans les flaques qui parsèment des sols anéantis, il y a bien quelques ondes mais aucun reflet (d’autant que la phonographie n’est pas photographie) ; et puis, dans un retour, c’est la soudaine musique d’un synthétiseur miniature.

Vélez et Duplant n’avaient donc qu’à se promener et à constater : qu’entre deux grisailles un chant peut trouver sa place, que la nature qui peu à peu reprend ses droits est capable de sifflements divers ou de vocaliser comme un homme pourrait le faire dans un parlophone pour simplement jouer un tour… Aux antipodes, c’est le même constat : expérimental et étrangement musical.

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David Vélez, Bruno Duplant : Moyens fantômes
Unfathomless
Edition : 2016.
CDR : 01/ Moyens fantômes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Michel Chion : Musiques concrètes 1988-1991 (Brocoli, 2016)

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«  Le même procédé de crayonné » : voilà, de l’aveu même de Michel Chion, le point commun de ces trois œuvres – dont deux sont rendues pour la première fois dans leur intégralité – conçues dans les studios de l’Ina-GRM à la fin des années 1980 et au début des années 1990. « Dépoussiérées » il y a dix ans en compagnie de Geoffroy Montel et de Lionel Marchetti, ces trois pièces font, disons-le, bon ménage.

Ce n’est pas 5, comme Pierre Schaeffer, mais 10 études de musique concrète que Chion entreprend d’abord : objets qui semblent traîner, sifflements sortis d’où, manipulations grinçantes et autres bruits tordus – métamorphosés, parfois – y révèlent, le long de cette succession de pièces réalistes qui n’en ont pas l’air, le combat qui oppose le compositeur et les bruits d’un quotidien qu’il aimerait soumettre en plus de faire chanter comme il l’entend.

Après quoi, le voici démembrant sur Variations une valse dont les derniers éléments seront avalés par une batucada puis répondant à l’Étude aux chemins de fer du même Schaeffer au son de Crayonnés ferroviaires dont il explique l’origine : trains de nuit enregistrés en France, Italie et Etats-Unis. Le compositeur y donne de la voix et révèle même ses « trucs » au son, par exemple, d’un engin miniature sifflant sur les cordes d’un piano. Malgré l’explication, la magie opère encore, quand sa poésie atteste à distance que la bande a, toujours, de l’avenir.

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Michel Chion : Musiques concrètes 1988-1991
Brocoli
Edition : 2016.
CD : 01-10/ 10 études de musique concrète 11/ Variations 12/ Crayonnés ferroviaires
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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KG Augenstern : Tentacles (Gruenrekorder, 2016)

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Le ciel est triste hélas et j’ai mangé tous mes sous : pas de quoi faire un Bruxelles-Berlin… Heureusement il y a KG Augenstern (projet de Christiane Prehn and Wolfgang Meyer) qui me propose un Berlin-Amarages-de-Maguelone en passant par Charleroi à un prix défiant toute concurrence = celui d’une brochure qui sert d’étui à un CD.

Prehn et Meyer ont fait tout ce voyage en bateau (le MS Anuschka) en 2014. Le couple a enregistré une partie de son périple (surtout des passages de ponts) en même temps qu’il prenait les photos reproduites dans la publication d’une quarantaine de pages. A Arles et à Valence (voir / entendre l'extrait ci-dessous), ils ont imaginé avec tout ça de premières installations.

S’il n’était pas accompagné de sa brochure (et sans ses basses à vous décoller les enceintes du mur) j’aurais qualifié cette suite de field recordings d’étrange et d’anecdotique. Mais les photos et la description qui en est faite offre un plus non négligeable. Voguant au large d’Hanovre, de Paris ou de Lyon, le couple en profite pour nous montrer des coins de ciel et d’eau tous gris mais tous différents. Et cela ne tient pas qu’à l’architecture du pont, non : en tendant bien l’oreille on nous dit que leurs bruits sont propres aux uns et aux autres. Pour ce qui est des installations, elles ont de l’allure et donnent envie de s’approcher un peu plus encore de l’Anuschka.


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KG Augenstern Tentacles
Gruenrekorder
Enregistrement : 2014. Edition : 2016.
Livre + CD : Tentacles
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw (Evil Rabbit, 2016)

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Cherchant à capter et à fixer l’inédit, la violoniste Biliana Voutchkova entraîne avec elle un archet rageur. Bien sûr, ce dernier  racle la corde, trouve un axe et s’y installe. Entre nervosités et polyphonies malades, la corde va être mise à rude épreuve, elle va être fouillée, creusée, choquée, dépouillée, creusée jusqu’à la rupture.

Il y aura des éraillements et des emballements mais jamais d’enlisement. Parfois, la voix de la musicienne accompagne l’instrument ou, au contraire, s’en détache : la voix va alors vagabonder, minauder, se fendiller et s’évaporer sans préavis. En fin d’enregistrement, la violoniste prend acte des bruits du petit village suisse de Poschiavo (cloches, oiseaux, conversations) puis commente, copie, se fond dans un ordinaire qu’elle semblait pourtant vouloir éviter en début de disque. De belles promesses ici.

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Biliana Voutchkova : Modus of Raw
Evil Rabit Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Enter 02/ Modus of Raw 03/ Song of Anxiety 04/ Memory Imprints 05/ Chaos & Beauty 06/ Gratitudes & Sorrows 07/ Poschiavo Medley
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Lustmord : Dark Matter (Touch, 2016)

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Le sujet – la matière noire – aurait pu inspirer Lustmord bien avant Dark Matter, dernière référence en date de la discographie que Brian Williams inaugura sous ce nom en duo avec John Murphy. Serait-ce alors un pas vers l’ultra-noir que ferait ici, en trois temps, l’une des grandes figures de l’ambient ombreuse ?

Il faudra tenir les claustrophobes éloignés de ces nappes soufflant le froid et de ces sirènes qui, sur deux notes, balisent un paysage lugubre qui ne peut que faire effet sur le voyageur derrière lequel se sont refermées de grandes et lourdes portes de métal. Pour cette sorte de descente aux Enfers qu’il lui a promise, Lustmord oblige en plus son invité à un transport aussi lent que le sien.

Prendre, alors, garde aux bruits sourds que vobulent les résonances et les vents contraires : confinée à un environnement hostile mais ravissant aussi, l’écoute s’empare d’un paquet de rumeurs auxquelles elle attachera presque autant de fantasmes noirs. Si la dernière piste est moins impressionnante – allongeant l’expérience d’une distance de trop – est-ce parce qu’elle accompagne le lent retour à la surface du musicien et de son invité ? 

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Lustmord : Dark Matter
Touch / Metamkine
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Subspace 02/ Astronomicon 03/ Black Static
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Matthew Revert : An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg (Caduc, 2016)

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Matthew Revert est un romancier australien, An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg est son deuxième enregistrement sonore à sortir (un troisième suit, un duo avec Vanessa Rossetto sur Erstwhile). Il fallait s’y attendre, il y raconte une histoire sur des field recordings et autres captations « concrètes ».

Peut-être parce que je ne parle pas si bien sa langue, je n’ai pas tout à fait capté (moi) l’idée de la chose. Ce qui fait que je l’ai abordé comme une œuvre abstraite même si une guitare folk glisse des accords de temps en temps, une guitare qui peut évoquer celle de Nick Drake et plonge notre folkeux britannique dans une marmite sonore sur le feu.

Des voix ralenties ou à la bonne vitesse (dans toutes les langues), des flûtes, des field recordings… Il y a des fois où l’on aimerait que les musiciens s’expliquent par écrit pour mieux nous faire pénétrer leur univers. J’aurais bien aimé lire (même en anglais, dictionnaire à portée de main) ce que l’écrivain Revert a à dire sur le musicien ou le poète sonore Revert… Mais non. Donc je me suis égaré entre deux lignes de sons.


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Matthew Revert : An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg
Caduc
Edition : 2016.
CDR : 01/An Insect On The Other Side Of The World Climbing Up a Table Leg
Pierre Cécile © Le son du grisli

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