Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Cor Fuhler, Jim Denley : Truancy (Split Rec, 2014)

jim denley cor fuhler truancy

Pour tout avouer à mon lecteur (potentiel), j’ai retrouvé des notes prises sur un duo de Cor Fuhler (piano & préparations) et Jim Denley (saxophone alto & préparations) il y a des mois de ça. Je dois avouer aussi que je ne me souvenais pas de la musique qu’il contient mais à en croire mes notes c’était un « très bon disque ».

Alors je l’ai repassé et j’ai compris ce qui m’avait séduit et m’a séduit une autre fois. C’est cette sorte de maelstrom  incroyable dans lequel on est jeté. On s’accroche à un drone, on évite un feedback crissant ou une corde qui casse, on manœuvre pour ne pas trop approcher d’un champ magnétique mais… on tombe sur un champ de bataille. C’est sur la deuxième piste que ça se passe : pas de place pour les silences, n’en jetez plus la cour est pleine ! Réflexion faite, non : jetez-en encore un peu histoire que je ne retourne pas tout de suite à je ne sais quel minimalisme, réductionnisme, etc. Pendant ce temps, je relis mes (ma ?) notes : « très bon disque ».

truancy

Cor Fuhler, Jim Denley : Truancy
Split Rec / Metamkine
Enregistrement : 12 et 17 décembre 2013.
CD : 01/ Skive 02/ Wag
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Feedback: Order from Noise (Mikroton, 2014)

feedback order for noise

L’ordre venu du bruit (le bruit mis en ordre ?) – parfois au plus proche du silence (là où les acouphènes peuvent faire œuvre, elles aussi) – que cette compilation nous propose n’est pas nouveau. Son esprit l’est encore moins. C’est (déjà) qu’elle est le fruit d’une tournée organisée en 2004, au Royaume-Uni. C’est (ensuite) que ses  participants (Knut Aufermann, qui a pensé le projet et cette compilation, et puis Xentos Fray Bentos, Nicolas Collins, Alvin Lucier, Toshimaru Nakamura, Billy Roisz, Sarah Washington et Otomo Yoshihide) ont une réputation à entretenir, si ce n’est à défendre.  

Alvin Lucier, bien sûr, qui, avec Bird and Person Dyning, n’en compose pas moins une pièce qui convoque chants d’oiseaux et aigus de synthèse qui interrogent la résistance de l'oreille ; Otomo Yoshihide, aussi, qui, à force de vrombissements de guitares et de soubresauts de platines, organise un bel ouvrage de feedbacks (DDDD) ; Toshimaru Nakamura, encore, qui commande des déferlantes électroniques sur un silence capable de les avaler les unes après les autres (nimb 24/06/04) ; Nicolas Collins, enfin, qui, grâce à des machines de son invention, maîtrise de longs larsens et même d’impressionnantes oscillations (Pea Soup + Mortal Coil).

Et puis il y  a cet Order from Noise Ensemble, c’est-à-dire tous les musiciens (si ce n’est Lucier) chantant ensemble : qui se mettent à distance de tout bruit excessif (Lullaby), travaillent à un crescendo de noise définitivement sage (Block 3) ou étouffent le thème imposé (le feedback, rappelons-le) sous un coffre de graves (Block 2). Cette dernière prise est, comme quatre autres, illustrée par Roisz sur un DVD : si ses vidéos « péritel » n’apportent pas grand-chose au propos des musiciens – ni à l’œil de l’auditeur –, elles n’empêchent pas qu’on les entende : d’autant qu’au son de son duo avec Nakamura (CNS), la voici toute excusée.

Feedback: Order from Noise (Mikroton)
Enregistrement : juin-juillet 2004. Edition : 2015.
2 CD + 1 DVD : Feedback: Order from Noise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice, 2015)

joda clément i hope you like the universe

Est-ce encore un field recording que j’entends derrière ce feedback calmé de loin ? Bing (par une question !), voici que commence I Hope You Like the Universe du Canadien Joda Clément.

Est-ce encore un drone arco derrière ce field recording ? Et derrière ce field recording serait-ce encore une sirène de police urbaine ? Urbaine, ma fille, comme la première face. Même en ville on n’en croise plus des sons comme ça. Tout se bouscule à tel point que Clément est obligé de prendre de la hauteur sur la deuxième face…

Balladerait-il maintenant ses micros à bout de bras au-dessus du périphérique (c’est-à-dire entre les voitures et les avions) ? Heureusement qu’il maroufle l’addition, et même qu’il écrase tout ça au camion rouleau. Après quoi il file les débris pour tisser des tapis environnementaux... j'avoue : bien agréables à l’écoute !

Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice Recordings)
Edition : 2015.
Cassette ! A/ Part I B/ Part II
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Bertrand Gauguet : Shiro (Herbal International, 2014)

bertrand gauguet shiro

On ignore si les huit pièces de Shiro, travail engagé par Bertrand Gauguet en 2011 alors qu’il était en résidence à la Villa Kujoyama de Kyôto, forment un tout – c’est-à-dire : une cohérence – ou si elles sont les relevés emblématiques – mais disparates – de l’assimilation dynamique des chants d’un instrument acoustique et de ceux du même instrument amplifié.

S’il est affaire de balance, Shiro basculerait au moment de Sabi, cinquième plage d’intonations saturant qu’un ampli de guitare crache en machine bruitiste. De part et d’autre, c’est en diplomate ou en créateur méditatif (« Je travaille quotidiennement et, en un sens, cela peut s’approcher d’une forme de méditation », confiait Gauguet en 2011) que le saxophoniste consigne un exercice butchérien. Souffles introvertis, lignes sinueuses mesurées souvent à l’aune de feedbacks ou notes endurantes mais réservées, fuient alors les impasses de l’exercice improvisé (si ce n’est sur Yūgen qui, à force de trop approcher l’impasse, s’y oubliera) au son de polyphonies vaporeuses.

Bertrand Gauguet : Shiro (Herbal International / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Le temps de sable fin chante dans mes bras 02/ Shiro 03/ Yūgen 04/ Bloc noir 05/ Sabi 06/ Jo-ha-kyū 07/ Kuro 08/ Anitya
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Thomas Bonvalet, Jean-Luc Guionnet : Loges de souffle (BeCoq, 2014)

thomas bonvalet jean-luc guionnet éloges de souffle

L’excellente idée d’un rapprochement Jean-Luc Guionnet / Thomas Bonvalet fut notamment concrétisée en octobre 2010, au temple protestant de Bergerac. Là, le premier investissait l’orgue (capable de présider à un autre genre de Carnaval des âmes) quand le second passait de banjo en diapasons, orgue à bouche, micros et amplis – ce qu’atteste donc Loges de souffle: refuges multiples et unique soupir.

La résonance de l’endroit est d’abord interrogée par une corde qui, plusieurs fois, claque, et de longues notes timidement soufflées. Désormais bourdons, celles-ci trouvent un écho dans les feedbacks que dompte Bonvalet, murmures en filigrane ou périphériques. Comme de grands vents engouffrés par-dessous les portes du temple prendraient sournoisement possession du lieu, Guionnet et Bonvalet confectionnent à coups de rumeurs et d’usinages divers une berceuse adéquate aux attentes des fidèles (de l’un, comme de l’autre musicien). 

Thomas Bonvalet, Jean-Luc Guionnet : Loges de souffle (BeCoq)
Enregistrement : 23 octobre 2010. Edition : 2014.
CD : 01/ Loges de souffle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zero Centigrade : Birch (Obs, 2013)

zero centigrade birch

De Tonino Taiuti (guitare acoustique & sounds) ou de Vincenzo De Luce (guitar acoustique & sounds aussi), qui fait le Zero et qui fait le Centigrade ? A moins que les postes soient interchangeables, dans ce cas, ça complique…

C’est la raison pour laquelle on ne cherchera pas à différencier les deux guitares malades enregistrées en décembre 2012 pour ce Birch de CD tiré à 65 copies. D’ailleurs, elles se partagent des slides et des baisses de tension et même un jeu fort mou, certes, mais mou à ravir les adorateurs de folk désolé. C’est donc dans les « sounds » (feedbacks, ronflements, bourdons, chuintements…) qu’on ira chercher l’originalité du duo. Voilà même que son folk y gagne : en nomadisme, voire extra-terrestrialité.

écoute le son du grisliZero Centigrade
Birch (extrait)

Zero Centigrade : Birch (Obs)
Enregistrement : décembre 2012. Edition : 2013.
CD-R : Birch
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Body/Head : Paris, Centre Pompidou, 2 novembre 2013

body head paris centre pompidou 2 novembre 2013

... et soudain s'interrompt l'entrelacs monotone des guitares. Les visages immenses projetés à l'extrême ralenti s'effacent, laissant voir à la place un mat écran vierge. A même le sol (la scène a été démontée), trois amplis ; la paire de musiciens composant Body/Head est devant. Après avoir doucement rallumé les lumières dans la salle, la régie sort le public de sa torpeur en envoyant de la musique en façade. Kim Gordon s'avance une dernière fois pour dire : « bonsoir », sans demander son reste.

Feedback / No feedback. Quiconque a vu, une fois seulement, le bonheur de jouer fendre le visage d'analyste de cette grande musicienne et artiste comprendra aisément quel rôle peut jouer dans sa pratique un phénomène sonore et social aussi pur que le feedback. Surtout quand, justement, de feedback il n'y a pas, et que celui des guitares meurt – d'ennui. Une circulation d'énergie entre l'objet d'art, concert, chanson, album, groupe, et la culture qui lui donne vie ; entre body et head ; qui donne et qui prend... Sur la scène de la Maroquinerie il y a un an, Body/Head était un duo jeune, plein d'avenir, électrique au sens large, sulfureux. L'indécision formelle, entre psychédélisme, poésie rock et songwriting, tranchait avec la netteté du propos : sexe et politique, sexe est politique. Soit le thème dont Gordon est l'icône paradoxale. On en retrouve les traces sur l'album Coming Apart, qui privilégie des formats relativement courts, quasi-pop.

Aujourd'hui, Body/Head, paré d'images extraites de films de Catherine Breillat, se lance dans une performance d'une heure, sur un accord ou presque, que les mélopées atones bien connues de Gordon et les distorsions mieux inspirés de Nace nimbent vaguement. Encourager les comparaisons décourage les comparaisons : si le fait de penser à Sonic Youth en écoutant jouer Body/Head ne passait pas pour un manque flagrant de fair-play, on se prendrait à espérer un scénario à la Koncertas Stan Brakhage Prisimimui (SYR6, avec Tim Barnes et Jim O'Rourke). Mais la salle reste froide, et le son médiocre n'en fait qu'accentuer les creux. Manifestement, le courant ne passe pas, et les feedbacks tournent en rond. L'étreinte attendra ; ce soir on salue l'effort.

Claude-Marin Herbert © Le son du grisli
Photo : Bénédicte Albessard.

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I Never Meta Guitar Too (Clean Feed, 2012)

I never meta guitar ii

Après un premier volume pas mal tourné vers le jazz ou assimilé (avec Jeff Parker, Mary Halvorson, Noël Akchoté, Jean-François Pauvros…), ce qui est en passe de devenir une série, I Never Metaguitar, parie sur des « guitarists for the 21st Century » un peu plus franc-tireur. Si on ne sait pas s’ils sont tous en mesure de réinventer le jeu à l’instrument, ils démontrent en tout cas d’une envie plutôt iconoclaste.

Toujours concoctée par Elliott Sharp, la sélection de solos est comme attendue éclectique : post-folk (Manuel Mota, Steve Cardenas), bruistisme électrique (Ava Mendoza,Yasuhiro Usui, Shouwang Zang), minimalisme (Ben Tyree à la guitare classique fait une forte impression), atmosphérique (Joel Harrison au bottleneck non moins intéressant), voilà pour les « meilleurs ». Enfin il y a les individualistes d’hier qui en ont encore sous la pédale, comme Alan Licht et David Grubbs. Audn l'un déploie un jeu à la structure claire bousculée par le feedback, l'autre s’empare d’une guitare classique pour en pincer les cordes et inventer un bel instrumental minimalow-fi. Bref, de quoi ne pas passer à côté d’une compilation qui nous fait espérer que la série ne s’arrête pas en si bon chemin.

I Never Metaguitar Too (Clean Feed / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Ava Mendoza : Mandible Moonwalk 02/ Ben Tyree : The Gatekeeper 03/ On Ka'a Davis : Ballet 04/ Shouwang Zhang : Guitar Song 05/ Joel Harrison : Loon 06/ Yasuhiro Usui : Headland 07/ Steve Cardenas : Aerial 08/ Marco Cappelli : Sits at the Other Side of the Table 09/ Alan Licht : The Servant 10/ David Grubbs : Weird Salutation 11/ Hans Tammen : Spiracles 12/ Zach Layton : Thus Gone 13/ Thomas Maos : The Day King Arthur Married On Cyprus 14/ Richard Carrick : A-KA 15/ Zachary Pruitt : For Electric Guitar #1 16/ Manuel Mota : Untitled
Pierre Cécile ® Le son du grisli

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