Reinhold Friedl : Eight Equidistant pure wave oscillatiors... (Room 40, 2011)

Personnage essentiel de la scène contemporaine, notamment avec son magnifique ensemble Zeitkratzer, Reinhold Friedl peine toutefois à me convaincre lorsqu’il passe à la case solo. Pourtant, les choses semblent en passe de changer. Alors que j’étais (très) dubitatif face à sa vision du clavier sur son récent Inside Piano – mais c’est probablement une question de feeling (de rien, Richard C.), j’ai la nette impression de mieux appréhender le présent Eigh Equidistant… (qui ravira à coup sûr la palme du plus long titre de l’année 2011 !).
Sans doute est-ce la fréquentation assidue d’Eliane Radigue à une époque de ma vie résonante, j’aime me perdre dans ses entrelacs dronés, casque vissé sur les écoutilles en un trip en marge de la métaphysique. Le nom de l’œuvre l’indique, soixante minutes durant, je me plonge dans un bain absolument trippant d’ondes émise par un oscillateur – jouées par huit haut-parleurs qui, du coup, passent du statut de diffuseurs à celui d’instruments.
Je pourrais vous abreuver de moult détails techniques fastidieux mais en ces temps pressés, je serai bref : je recommande – très – vivement l’écoute de Reinhold Friedl version Room40. Sans parler, na klar, de ses multiples productions à la tête de Zeitkratzer.
Reinhold Friedl : Eight Equidistant Pure Wave Oscillators, While Slipping Very Slowly To A Unison, Textually Spatialised On Eight Speakers, Concret, 60 Minutes (Room40)
Edition : 2011.
CD : 01/ Eight Equidistant Pure Wave Oscillators, While Slipping Very Slowly To A Unison, Textually Spatialised On Eight Speakers, Concret, 60 Minutes
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

Cory Allen : Pearls (Quiet Design, 2011)

Si l’on avait perdu la trace de Cory Allen, c’est qu’il était parti dans la neige vêtu de blanc et que le vent s’était levé derrière lui. C’est Pearls qui nous permet de le retrouver aujourd’hui.
Pearls est la boîte noire qui nous révèle qu’Allen est passé par ce palais de glace (il l’a exploré de fond en comble). Dans chaque pièce il a distribué des basses et des notes cristallines (celles d’un synthé ?). Ses intentions étaient bienveillantes, mais ses pas ont soulevé des poussières blanches qui maugréaient d’avoir été dérangées (ce sont les grésillements que l’on entend). Jusqu’à sa découverte du Saint des Saints (sur Izsozaki Clouds, il est grandiloquent et même pompier), Allen convainc par sa description de la cathédrale de glace. Sur une ambient en demi-teinte, il a déjà disparu.
Cory Allen : Pearls (Quiet Design)
Edition : 2010.
CD: 01 / Strange Birds 02/ Lost Energizer 03/ Isozaki Clouds 04/ Blue Eyes
Pierre Cécile © Le son du grisli

Greie Gut Fraktion : reKonstruKtion (Monika Enterprise, 2011)

Rapprochement à demi-réussi (seulement) entre la jeune Finlandaise de Berlin AGF (aka Antye Greie) et la légendaire Gudrun Gut, figure du Kreuzberg underground eighties avec son punk band Malaria et patronne de longue date du label Monika, Baustelle déclinait voici deux ans les bruits de chantier (d’où son titre) au son d’un electro-pop minimaliste et sombre. Réussi par instants, dont l’obsédant Drilling An Ocean et la relecture spoken word du hit de Palais Schaumburg Wir Bauen Eine Neue Stadt, inconsistant en d’autres, l’exercice n’appelait à priori pas à la tentation facile du remix – qui est pourtant réussi avec acuité, sinon brio.
Parmi les titres retenus (les moins ont été laissés de côté, et c’est tant mieux), certains bénéficient d’un regard extérieur leur donnant une réelle plus-value sonore, voire totalement inédit à tel point qu’on n’identifie plus grand-chose de l’objet initial (notamment le Drilling An Ocean sous les doigts menaçants de Mika Vainio). Toujours formidablement en phase, Wolfgang Voigt confronte Wir Bauen Eine Neue Stadt au son martial de son génial piano sous beats techno – à la manière de son terrifiant Freiland Klaviermusik sorti l’an dernier.
Egalement identifiable au bout de quelques secondes, le son de Natalie Beridze insuffle à We Matter une touche poétique sous calmants électroniques, là où le traitement motorique de Jennifer Cardini sur Make It Work accapare sans réellement captiver. Autrement plus étonnant est le regard de Barbara Morgenstern sur Cutting Trees (mais il me laisse de marbre) tandis qu’Alva Noto est en pilotage automatique sur, lui aussi, Wir Bauen Eine Neue Stadt.
EN ECOUTE >>> Wir Bauen Eine Neue Stadt (Alva Noto)
Greie Gut Fraktion : reKonstruKtion (Baustelle Remixe) (Monika Enterprise)
Edition : 2011.
CD : 01/ Drilling An Ocean (AGF) 02/ Wir Bauen Eine Neue Stadt 03/ Wir Bauen Eine Neue Stadt (Wolfgang Voigt) 04/ Drilling An Ocean 05/ Ready Ready 06/ Black Betwixt Darkness 07/ The Far Field (WNYC Remix) 08/ The Serpentine Way 09/ Compounding Daydream 10/ Fabian Fox 11/ The Waves And The Beat 12/ Wir Bauen Eine Neue Stadt (Alva Noto)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Rogelio Sosa : Raudales (Sub Rosa, 2011)

La crise est là, belle et bien là ? Heureusement, l’achat de bruits n’est plus ruineux grâce aux éditions Sub Rosa qui – crise oblige pour elles aussi ? – publient désormais des tirages limités dans une série appelée New Series Framework.
Dans cette série, Rogelio Sosa succède, ce n'est pas rien, à Francisco López, Daniel Menche, Benjamin Thigpen, Ulrich Krieger ou Novi_Sad. Trentenaire sorti de l’IRCAM, Sosa a un goût pour les bruits (électroniques, samplés, traités., etc.), c’est Raudales qui le prouve. Ses huit morceaux ont été enregistrés entre 2003 et 2009 et frappent fort. Sosa donne dans le noise marteau-piqueur, broie du noir ou invente une ambient house expérimentale qui racle. Bref, il n’arrête pas de vous frotter le dos avec une éponge métallique. Y’en a qui en redemandent. J’en suis.
Rogelio Sosa : Raudales (Sub Rosa)
Enregistrement : 2003-2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Residual (2004) 02/ Rutina de repulsión (2005) 03/ Vinylika (2003) 04/ Puber - hostil (2007) 05/ Resplandor (2009) 06/ Expecta (2006) 9.49 07/ Intoxicante (2005) 08/ Estertor (2008)
Pierre Cécile © Le son du grisli

Henry Vega : Wormsongs (ARTEk, 2011)

Au premier abord, Wormsongs évoque un double intérêt – pour la musique électronique avant-gardiste pratiquée par les Philippe Petit et Lawrence English de ce monde, et pour les recherches vocales de Luciano Berio au temps de ses Sequenza. Au second (et troisième) niveau, l’interconnectivité entre le compositeur américain Henry Vega et la vocaliste israélienne Anat Spiegel peine toutefois à convaincre de sa pertinence.
Malgré des ingrédients accueillis ordinairement avec enthousiasme en ces lieux, j’ai rapidement eu l’impression lâche d’être laissé sur le bord du chemin. Telle une cohabitation subie, bien que revendiquée, pour cause de loyers trop chers, la sauce manque d’unité tant les ingrédients se superposent sans vouloir se mélanger. Hormis quand les très discrètes percussions de Bart de Vrees viennent garnir un titre (Light Code) d’un subtil pointillisme jazz qui n’est pas sans évoquer Kapital Band 1, le doute est totalement permis.
Henry Vega : Wormsounds (ARTEkSounds)
Edition : 2011
CD : 01/ Sermon on wings and tergal lobes 02/ Autotelic 03/ Solar Set 04/ Sermon on files and vile springs 05/ Light Code 06/ Set Song 07/ Sleep 08/ Machines of Moisture
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Thorsten Soltau / Preslav Literary School : Grün wie Milch / Alamut (Corvo, 2011)

Pour qu’il n’y ait pas de jaloux, les deux faces de ce vinyle que se partagent Thorsten Soltau (turntables) et le groupe Preslav Literary School sont aussi belles l’une que l’autre. A tel point qu’il ne faut pas craindre de les abîmer pour entendre ce qu’elles contiennent.
En A, nous avons donc Soltau qui fait un collage de sons brefs, sautants ou tournants, d’une voix au ralenti et d’inserts expérimento-décoratifs. Ce n’est pas l’originalité que l’on retient de Grün wie Milch, mais une ardeur au jeu qui bouscule tous les principes mélodistes. En B, c’est la Preslav Literary School qui compose à partir d’enregistrements sur bandes et d’electronics. Pendant qu’un drone d’orgue monte, des voix et des boucles se succèdent. Alamut, c’est un peu la rencontre de Neu! et d’Eliane Radigue qui donne envie d’aller écouter les autres sorties du groupe anglais. N’est-ce pas à ce genre de réaction qu’on reconnaît qu’un split est réussi ?
Thorsten Soltau / Preslav Literary School : Grün wie Milch / Alamut (Corvo Records)
Enregistrement : 2010 & 2011. Edition : 2011.
LP: A/ Thorsten Soltau : Grün wie Milch B/ Preslav Literry School : Alamut
Pierre Cécile © Le son du grisli

Vladislav Delay : Vantaa (Raster Noton, 2011)

Habitué de la corde raide qui sépare l’indispensable (notamment sous son pseudonyme de Luomo) du secondaire, Vladislav Delay inaugure en ces premiers frimas une collaboration avec la maison Raster-Noton – souhaitons qu’elle soit aussi fructueuse que ses échappées aux côtés d’AGF et du Moritz Von Oswald Trio et, surtout, qu’elle laisse de côté les expérimentations foireuses genre Tummaa.
A vrai dire, et c’est devenu une habitude féroce chez Sasu Ripatti, on ne sait trop sur quelle jambe fricoter à l’approche d’une nouvelle étape de sa discographie, la dixième en l’occurrence. Variation dub techno épousant les contours élégants d’une minimale épurée, Luotasi imprime dès le départ un rythme faussement alangui – il éloigne sans doute définitivement le producteur finlandais des dancefloors en échange d’une galerie d’art contemporain où l’on guette le moindre pas transversal. Saccade ambient techno (en sourdine) d’une splendide beauté sonore, Henki est un temps fort de l’album, sorte de confrontation magnifiée entre Lawrence English et GAS dont on ressort grandi. Le troisième track, Lipite, s’inscrit en vrai marqueur de la plaque, qui résiste d’autant mieux aux écoutes prolongées que l’on met un frein à nos vies sans doute trop fébriles. Autre moment (presque) de grâce, Narri évoque, ô bonheur, un transfert espace-temps de la mythique série Made To Measure en notre décennie, version R-N indeed, alors que le morceau-titre renvoie à M. Wolfgang Voigt en mode dubstep pour élégants distingués. On aime.
Vladislav Delay : Vantaa (Raster-Noton)
Edition : 2011.
CD : 01/ Luotasi 02/ Henki 03/ Lipite 04/ Narri 05/ Vantaa 06/ Lauma 07/ Levite
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Lawrence English : The Peregrine (Experimedia, 2011)

Pilote du passionnant label Room40 ou bourlingueur invétéré des musiques ambient de notre temps (quelques disques remarquables dont Autumn sur 12K), Lawrence English maintient le cap de haute volée en 2011 comme en d’autres temps. Aujourd’hui réfugié sur la très belle structure Experimedia, qui nous a déjà les grandes réussites Piiptsjilling, Lüüp ou Charles-Eric Charrier, l’homme de Down Under demeure fidèle à ses aspirations, bien qu’en dehors de son home sweet home habituel.
Basées, en théorie du moins, sur le roman The Peregrine de J.A. Baker qui évoque l’environnement naturel de la vie d’un faucon pèlerin, les sept plages du disque du même nom demeurent toutefois reconnaissables dans leur Englishitude racée. Approfondissant, album après album, ses expérimentations en matière de distorsion et de saturation, on songe ici particulièrement à Jefre Cantu-Ledesma ou Wzt Hearts, voire à l’incontournable collaboration Aidan Baker / Tim Hecker, le producteur australien dessine des contours d’autant plus fascinants qu’ils sont voilés d’une brume mystérieuse.
Certes, on a déjà pas mal entendu cela, mais souvent en beaucoup moins abouti – notamment du côté de Stephen Vitiello ou Seaworthy. Mais ici, et c’est là toute la part de magie de Lawrence English, on glisse subrepticement vers un nirvana sonique d’une superbe pertinence.
Lawrence English : The Peregrine (Experimedia)
Edition : 2011.
LP : A1/ October 1 – The Hunting Life A2/ November 16 – Dead Oak A3/ December 24 – Frost's Bitter Grip B1/ January 30 –Grey Lunar Sea B2/ February 10 – The Roar Ceasing B3/ March 16 – Heavy Breath Of Silence B4/ April 4 – And He Sleeps
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Jim Haynes : The Decline Effect (Helen Scarsdale Agency, 2011)

Notion introduite en parapsychologie, l’effet déclin implique l’idée que le pouvoir des médiums faiblit au fur et à mesure du temps – et qu’à long terme, chaque contrôle de leurs capacités démontre un peu plus la faiblesse de leurs résultats. Bien que mystérieuse au béotien total que je suis dans le domaine, la théorie offre toutefois l’avantage non négligeable de jeter un regard intéressant sur le présent double LP de Jim Haynes.
Artiste originaire de la baie de San Francisco, il développe le long de quatre longues séquences (75 minutes au total) un continuum sonore d’une belle acuité, quelque part en marge de Fennesz et BJ Nilsen (notamment du magnifique The Invisible City de l’électronicien suédois). Tout le long des plages du vinyle, les rencontres fortuites se muent en accidents contrôlés – tels des acronymes familiers échafaudés sur des structures bruitistes entre musique concrète et electronica nappée. Visions d’orage ou butinages vivaces, échos de cascades au lointain ou ruptures de charges fantomatiques, le producteur californien développe un luxe de détails sonores assez rare – tout en s’accordant, quel luxe !, les minutes indispensables à la pleine réalisation de ses idées. Même si, en quelques instants plutôt rares, le temps s’écoule trop lentement à mon goût, la fréquentation de The Decline Effect m’a paradoxalement remis sur une pente ascendante.
Jim Haynes : The Decline Effect (The Helen Scarsdale Agency)
Edition : 2011.
2 LP : 01/ Ashes 02/ Terminal 03/ Half-Life 04/ Cold
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

FourColor : As Pleat (12K, 2011)

Voici quelques années, un projet made in Belgium (le duo Tangtype et son Flake Out pour ne pas le citer) m’avait carrément retourné les tripes du folkeux à lunettes que je suis. Combinant les superbes inflexions vocales de Julie Cambier aux tripatouillages électroniques de Jean-François Brohée, le disque avait tracé un sillon dans lequel je désespérais de trouver un successeur.
Bien que les ingrédients instrumentaux du présent As Pleat diffèrent relativement – ils s’inscrivent davantage dans une micro-tonalité qui laisse globalement de côté un certain bruitisme – ils retrouvent en la douce Sanae Yamasaki aka Moskitoo une vocaliste de tout premier plan, dont on regrette seulement qu’elle ne soit présente que sur deux titres (Quiet Gray 1). Au-delà de la très attendue sympathie que j’éprouve pour les chanteuses japonaises sœurs de toutes les Tujiko Noriko de l’archipel, les déclinaisons électro-acoustiques de FourColor, alias pigmenté du Nippon Keiichi Sugimoto ne surprendront en aucune façon les habitués du label new-yorkais 12K. Un peu comme si un supplément d’âme venait à manquer – à la lecture des lignes qui précèdent, on vous laisse deviner lequel : il finit en o – l’ambigüité de la démarche incite à cocher la case regret éternel – et les Tangtype peuvent dormir sur leurs quatre oreilles.
Fourcolor : As Pleat (12K)
Edition : 2011.
CD : 01/ Quiet Gray 1 02/ Skating Azure 03/ Bleach Black 04/Frosted Mint 05/ Carmine Fall 06/ Ecru Diver 07/ Snow Petal 08/ Iris (Familiar) 09/ Canary Breath 10/ Quiet Gray 2
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli























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