Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Pinkcourtesyphone : Description of Problem (LINE, 2014)

pinkcourtesyphone description of problem

Tous feux éteints,  ambient glabre, est-ce de l’allemand que j’entends dans le fond ? Diantre, cette collaboration Richard Chartier / William Basinski qui inaugure cette série de Pinkcourtesyphone featurings m’aura glacé les sangs avant de me baigner dans une ambient rose bonbon qui ne me va pas au teint…

Heureusement, les collaborations se suivent et ne se ressemblent pas (si ce n’est qu’elles intègrent toutes la voix à l’ambient de Chartier). Avec AGF (Our Story) c’est quelque chose d’aussi irrémédiable que des piqures de machine à coudre et avec Cosey Fanni Tutti (Boundlessly) c’est un claustro-trip érotique qui vous fait chavirer net. Mais avec Kid Congo Powers (Iamaphotograph), la voix prend trop de place et avec Evelina Domnitch (I Wish You Goodbye) c’est le retour au diaphagnangnan. Pour faire pencher la balance en faveur de son CD, Chartier se colle tout seul à Perfectory Attachments en attachant une boucle de voix cinématographique à un crescendrone. Elève Chartier… 3,5/6. C’est-à-dire déjà plus que la moyenne !



Pinkcourtesyphone : Description of Problem (LINE)
Enregistrement : 2010-2013. Edition : 2014.
01/ Description of Problem 02/ Perfunctory Attachments 03/ Our Story 04/ Boundlessly (for M. Heyer) 05/ Iamaphotograph (Darkroomversion) 06/ I Wish You Goodbye
Pierre Cécile © Le son du grisli



Bernholz : How Things Are Made (Anti-Ghost Moon Ray, 2014)

bernholz how things are made

Musicien, sculpteur et cinéaste, Bernholz dévoile sur How Things Are Made un sens étrange et arty de la pop music minimaliste. Armé d’un quatre pistes, de synthés Casio et de séquenceurs, l’homme de Brighton évolue dans un registre où les pop songs se dessinent en longueurs dynamiques, notamment grâce à des boîtes à rythmes aussi vintage que délicatement sautillantes.

Si ce n'est sur quelques intermèdes cinématiques à l’usage illusoire, l’anglais se montre à l’aise lorsqu'il inscrit ses tentatives dans de faux airs berlinois – on verrait bien une bonne moitié de ses morceaux sur le label Monika Enterprise de Gudrun Gut. Hélas, il se révèle beaucoup moins convaincant quand il aborde la face nord, hommage biscornu à l’univers fantasmagorique de la grande Laurie Anderson.



Bernholz : How Things Are Made (Anti-Ghost Moon Ray / Cupboard)
Edition : 2014
CD : 1/ Austerity Boy 2/ Horses Pt. 1 3/ Horses Pt. 2 4/ Animals 5/ The Modernist 6/ How Things Are Made 7/ My History 8/ What You Want To Do 9/ Mesopotamia
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

DERNIERS EXEMPLAIRES


Mathias Delplanque : Transmissions (Crónica, 2014)

mathias delplanque transmissions

Retour au quotidien, ou presque, de la noise en music en compagnie d’un habitué des lieux, le toujours habile Mathias Delplanque. Alors que ses Chutes de 2013 ne nous avaient que moyennement convaincus, pour ne pas dire autre chose, le cru 2014 du producteur français est d’un tout autre acabit. Tout en jouant avec les codes et astuces du bruit et du concret, ses Transmissions varient à la fois les formes et le fond.

D’entrée, on ressent un tic tac malsain du fond des mers à la recherche d’une épave grouillante de menace, c’est d’autant plus réussi que la matière sonore est riche. Si on enchaine sur de brefs instants assourdis d’où s’échappent des échos inquiétants de boîte de Pandore, l’ombre incandescente de la bête humaine vient se greffer sur nos angoisses pre-mortem, avant qu’un immense morceau de bravoure – 39 minutes, svp – n’achève de transformer l’exercice en subjuguante odyssée vers le centre de l’univers, peuplé de bruits surgis de cavités où l’on ne nous veut pas que du bien.

Mathias Delplanque : Transmissions (Crónica)
Edition : 2014
CD : 1/ Part 01 2/ Part 02 3/ Part 03 4/ Part 04
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


David Shea : Rituals (Room40, 2014)

david shea rituals

Américain exilé en Australie (il n’est pas signé pour rien sur le label Room40 de Lawrence English), David Shea s’est d’abord fait un nom comme collaborateur de John Zorn, Scanner ou Jim O’Rourke, tout en développant parallèlement une carrière solo aussi discrète que productive.

Davantage dans une bulle ambient néo-classique que d’aucuns rapprocheraient de Marsen Jules, et qui mériterait toute sa place sur les fameuses compiles annuelles Pop Ambient de Kompakt, Rituals intègre également à ses atours électroniques des notes de piano parfois exclusives, mais aussi des échos chamaniques où l’on ressent tout l’apesanteur vocale de la tradition tibétaine. Ca pourrait donner une soupe new age fadasse, mais nous en sommes à mille lieues, tant les variations thématiques virevoltent d’un morceau à l’autre, entre caresse interstellaire, grandes orgues aux échos de Bach et souvenirs de fête foraine. Ca fait beaucoup... peut-être trop.

David Shea : Rituals (Room40)
Edition : 2014
CD : 1/ Ritual 32 2/ Emerald Garden 3/ Wandering In The Dandenongs 4/ Fragments Of Hafiz 5/ Meditation 6/ Green Dragon Inn
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Celer : Sky Limits (Baskaru, 2014)

celer sky limits

J’ai déjà été assez sévère avec Celer (Dying Star) mais je le serai moins pour ce Sky Limits sorti sur Baskaru. Moins, d’accord, mais encore ! Oui, encore, mais moins !

C’est peut-être une question de projet. En effet, s’il reste attaché à son « ambient diaphane » à base de loops de nappes de synthés, Will Long y ajoute des field recordings (de très petites choses, plus pétiques que vraiment concrètes) capturés en 2012 et 2013 au Japon. C’est donc une sorte d’invitation au voyage qu’il nous enverrait dans un digipack.

Les paysages ou les instants passés (le Shinkansen qui quitte Kyoto, le retour rue Kawaramachi) qu’il recrée avec des sons sont assez « cinématographiques », certains au volume très appuyé, d’autres étouffés au contraire. Assez proche des anciens Eno (toujours ce fichu problème d’identité), aussi, donc pas très neuf. Certes, mais quand même estimable.

Celer : Sky Limits (Baskaru)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Circle Routes 02/ (12.5.12) Making Tea Iver a Rocket Launch Broadcast 03/ In Plum and Magenta 04/ (12.21.12) On the Shinkansan leaving Kyoto 05/ Tangent Lines 06/ (12.20.12) Back in Kawaramachi, Kyoto 07/ Equal to Moments of Completion 08/ (4.8.13) A Morning 09/ Wishes to Prolong 10/ (4.8.13) An Evening 11/ Attempts to Make Time Pass Differently
Pierre Cécile © Le son du grisli



Triac : In A Room (Laminal, 2014)

triac in a room

Un CD de belle ambient, de temps à autre, ça rafraîchit. D’autant qu’Augusto Tatone (basse électrique), Marco Seracini (claviers) et Rossano Polidoro (laptop) la font de boucles et de synthés auxquels il est bien difficile de résister.

Ça rappelle parfois Christian Fennesz, parfois leur compatriote Giuseppe Ielasi (deux signatures décidément inspirantes, à moins que ce ne soit moi uqi les entende partout...). Stellaire, sonnant comme il faut (parce que travaillé, y’a qu’à entendre In A Room Part I), jouant avec les références légendaires (Bruce Gilbert, Brian Eno & Harold Budd y sont aussi), capables de faire grouiller des bactéries sonores sur trois notes synthétiques. Avant même d’arrêter ma chronique, je signale que Triac sort sur Laminal, label-branche de Mikroton. N’est pas trop de gages de qualité d’un coup ?



Triac : In A Room (Laminal)
Edition : 2014.
CD : 01-04/ Part I – Part IV
Pierre Cécile © Le son du grisli


Rashad Becker : Nantes, 29 août 2014

rashad becker nantes 29 octobre 2014

L’atelier est faiblement éclairé. Sur une table, la machinerie avec laquelle compose Rashad Becker ; derrière elle, l’homme est discret, réfléchi voire secret. Comptés, ses mouvements modéreront les sonorités à peine engendrées – extraites de quels stocks ou archives ? – pour penser déjà la forme des combinaisons qui transcenderont celles encore à naître.

Comme hier le chercheur en musique concrète, Becker opère en compositeur obligé par son matériau, mais avec cet avantage d’avoir façonné, et non pas révélé, le chant des « objets » qui l’inspirent. Sur Traditional Music Of Notional Species Vol. I ou remixant Christian Wolfarth (Acoustic Solo Percussion Remixes), l’ingénieur du son avait trahi un goût pour l’animal chantant au point de se changer en chef d’un orchestre confondant : râles, hululements, miaulements, feulements – allongés, étouffés, accélérés… – abondent ici encore, dont un rythme peut cristalliser la plainte ou un gimmick consolider la portée.

Mais Becker travaille parfois davantage l’abstraction de ses structures sonores : jeux de fréquences, d’ambivalences, de citations, de fuites voire de désertions : l’expression n’est plus la même, qui se passe de chant et de rythme pour construire dans les bruits et perdre dans les évocations (minimalisme, indus, noise, downtempo…). Le tour de force résidant dans l’à-propos et l’équilibre des six à sept séquences de cette performance, bel ouvrage envolé de concrétisme sonore réduit à ses fondamentaux : pas fier, mais haut. 

Rashad Becker : Nantes, festival SOY, Médiathèque Jacques Demy, 29 octobre 2014.
Photo : Nantes.fr
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah, 2014)

andrea belfi natura morta

Giuseppe Iealsi m’apprenait l’autre jour l’Italien instrumental. Andrea Belfi continue aujourd’hui mon apprentissage (notons que tous les deux ont professé d’ailleurs à l’école Häpna). Après ses travaux avec David Grubbs & Stefano Pilia, Machinefabriek ou Ignaz Schick, Belfi nous revient seul pour nous « pondre » (dit-on vraiment « pondre » ?) une nature morte (traduction de l’Italien que j'ai appris).

Vous avez bien lu : Belfi est seul. Seul comme un seul homme mais un seul homme entouré de bien des machines (batterie, percussions, synthétiseurs de toutes sortes). Et pour quoi faire ? Eh bien, d’abord une plage d’ambient sombre où les secondes qui passent sont marquées par une batterie sèche comme la pierre, puis des bulles d’harmoniques et enfin (et surtout) des morceaux que l’on redira être influencés par Radian (sont-ce les vibes ?), Pan American (sont-ce les synthés ?) ou Kruder (sont-ce les vibes et les synthés ?). Et tout ça qui s’écoute, bien sûr, même si l’introduction (son petit nom est Oggeti Creano Forme) m’avait fait espérer bien mieux.

écoute le son du grisliAndrea Belfi
Natura Morta (extraits)

Andrea Belfi : Natura Morta (Miasmah)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Oggeti Creano Forme 02/ Nel Vuoto 03/ Roteano 04/ Forme Creano Oggeti 05/ Su Linee Rette 06/ Immobili
Pierre Cécile © Le son du grisli


Bolder : Hostile Environment (Editions Mego, 2014)

bolder hostile environment

Vieille connaissance du label Mego, à l’époque pas encore au stade des Editions, Peter Votava se rappelle à nos beaux souvenirs de ses anciens projets Pure et Ilsa Gold. Aujourd’hui associé à Martin Maischein (ex-Heinrich at Hart) au sein de Bolder, le producteur autrichien déboule avec un Hostile Environment des plus jubilatoires – pour autant qu’on se laisse porter par sa fausse techno noire à la frontière de l’alien et de l’androïde.

Six putains de tracks qui envoient dans les profondeurs lactées d’une galaxie noire, et balancées au plein milieu d’une insomnie coriace vers trois heures du mat’, elles font sortir du placard tous les démons du magma incandescent – le plus comique étant que prévus pour le 33rpm, les morceaux fonctionnent aussi (et à leur corps défendant) en 45rpm. Prends garde à toi, apprenti vampire des platines.

Bolder : Hostile Environment (Editions Mego / Souffle Continu)
Edition : 2013.
LP / DL : A1/ Sinking Cities A2/ Morbid Funk Ride A3/ Deep Cuts B1/    Extraterrestrial Deactivity B2/ Residuality B3/ Passive Agressive
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Cassettes expéditives : Hheva, Andreas Brandal, Talweg, Vomir, Sloth, Josselin Arhiman

cassettes expéditives le son du grisli septembre 2014

hheva

Hheva : Drenched in the Mist of Sleep (Diazepam, 2014)
Voilà pour moi tout d’abord du travail bien rustre : dégager la cassette de sa gangue de cuir (de cuir, vraiment ?) ficelée façon paquet grand-mère. Cela fait, offrons une oreille attentive au projet maltais de musique « post-industrielle », Hheva : grosse basse, des percussions à la Z’EV et des vocals dans le fond. Le post-indus, ce serait donc de l’indus ambientique… Pourquoi pas.

andreas brandal then the strangestAndreas Brandal : Then the Strangest Things Happened (Stunned, 2011)
Or voilàtipa qu’Andreas Brandal sème le doute : son synthé analogique, sensible aux vibrations, diffuse une autre ambient sur laquelle le monsieur tapera fort. Chocs ferreux, sifflets, surprises de toutes espèces, Brandal ne ménage ni son auditeur ni ses instruments, dans un délire sonore que l’on qualifiera de vangoghien.

andreas brandal turning pointAndreas Brandal : Turning Point (Tranquility Tapes, 2012)
Et quand ce n’est pas Van Gogh qui nous inspire le Brandal, c’est William Friedkin. Peut-on parler d’ambient pour la sorte de B.O.de film de frousse qu'est Turning Point ? Une loop et un clavier minimaliste suffisent à m’hypnotiser et les bribes de mélodies pop nous cachent ce qui nous attend : la frousse, donc, d’une ambient toute kampushienne (autrement dit : élevée en cave).

talwegTalweg : - (Anarcho Freaks, 2014)
Pourtant, des caves, j’en ai fréquentées, parfois contraint et forcé moi aussi. Et en frousse, je m’y connais – dois-je balancer les noms de Substance Mort & Hate Supreme ? Alors, je retrouve mon minotaure : vite fait (la bande n’est pas longue) mais bien fait. En face A, la batterie assène et les voix donnent fort, accordées sur un même diapason hirsute. En face B, deux autres morceaux se répondent (le second se nourrirait peut être même du premier, dont il renverserait les pistes ?) dans un genre folk gothique : poignant !

sloth vomirVomir / Sloth : Split (Sloth, 2014)
Vomir et Sloth (de l'Ohio) ont-ils choisi le format cassette pour s’essayer au grabuge sur platine ? Mais des platines utilisent-ils seulement ? Si « que de questions ! », c’est que leur split les pose. Car Sloth donne dans un harsh noise qu’on imagine le fruit de la rencontre d’un saphir sautillant et d’un vinyle 156 tours gondolé, et que si Vomir c'est à force de tourner sur un 16,5 tours rayé. Le pire, c’est que ça marche : la cassette n’arrête pas d'autoreverser. 

josselin arhiman

Josselin Arhiman : Grains de table (Hum, 2013)
Dans le vomi(r), j’ai trouvé des grains de table ! Josselin Arhiman (normalement pianiste) ne donne pas que dans le piano (& pas que dans le jeu de mots non plus)... Mais en plus dans des jeux de construction électronique qui vibrionnent, dronent, scient, assaillent, à vous de choisir. Toujours ludiques, pas toujours hostiles, ces Grains de table valent qu’on y jette nos portugaises (qu’elles soient, après l’écoute de cette salve de cassettes, entablées ou non).



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