Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

Mui: Inside A Moving Machine (Keplar - 2005)

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Deux ans après la sortie de son premier album, le duo italien Mui présente Inside A Moving Machine. Où l’on mêle programmations électroniques et interventions acoustiques pour la forme, explorations sonores personnelles et influences advanced post-rock ravalées pour le fond.

Résultat des mélanges, une improbable variété. Selon que Fabrizio Tropeano et Stefano D’Inncecco installent une ambient proche de celle de To Rococo Rot (Singapore, Sin parar de jugar), une pop électronique naïve jusqu’à la grossièreté (Transizione Salentina), quelques progressions rythmiques convaincantes (Les enfants sourient, Phonemeout), ou qu’ils investissent le champ d’un jazz empreint de post rock.

C’est d’ailleurs là que Mui saura offrir le meilleur. Dans la construction, à partir d’un sample de batterie roulante, d’une pièce répétitive colorée par une guitare évoquant celle de Jim Hall et le concours du saxophoniste Stefano d’Amelio (39°). Ou dans l’interprétation d’un thème par les mêmes instruments placés sous les auspices chimériques du Chicago Underground ou du Claudia Quintet (In me-moria).

Les couleurs différentes livrées par paquets. Plutôt soignées, ensuite ; assez bien en tout cas pour que l’on passe sur les 2 ou 3 maladresses d’Inside a Moving Machine, deuxième album pertinent d’un duo qui réconcilie quelques broutilles que tout opposait jusqu’alors.

CD: 01/ Singapore 02/ Les enfants sourient 03/ Transizione Salentina 04/ 39° 05/ Phonemeout 06/ Before Closing 07/ In me-moria 08/ Sassi 09/ Sin parar de jugar

Mui - Inside a Moving Machine - 2005 - Keplar. Distribution Nocturne.



Andrew Coleman: Tony Halva's Hair (Cocosolidciti - 2005)

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Débarrassé d’un ancien pseudonyme - Animals On Wheels -, Andrew Coleman a retrouvé son identité au moment de l’enregistrement d’un album destiné au label Ninja Tune, puis d’un autre, composé pour le compte de Thrill Jockey. Processus lancé, il présente aujourd’hui Tony Alva’s Hair, hommage détourné à une légende du skateboard autant qu’album profitant d’influences éparses ramassées.

C’est que Coleman se forge une personnalité au moyen des références qu’il digère. Les constructions rythmiques jouant pour sa musique le rôle des fondations, le disque destine ici ou là des clins d’œil à Fila Brazillia (Fingertip Control), aux Beastie Boys (à qui Not A Speculation prescrit des calmants), ou à Massive Attack.

Capable de se laisser-aller à des constructions pop (Early Fall From Nowhere), Coleman swingue ailleurs sur un gimmick de contrebasse (Forgetting Monday) ou expérimente par petites touches (Gapi Noise, One Thousand), esquisse une ambient au son d’un discret solo de piano (Rain And Dogs) ou s’adonne au break beat selon différentes allures (Over Head And Under Feat, Fingertip Control).

Plus convenu, il transporte le trip hop de Miles Won’t Answer jusqu’en terre indienne, ou pousse trop loin pour qu’on puisse le suivre encore son goût des claviers d’un autre âge (One Thousand). Erreurs effacées par les élans impeccables d’une guitare et d’une batterie primaires déposant avec un naturel émouvant une progression véhémente (Constraints, Hurdles And Hoops), et par la vue d’ensemble de Tony Halva’s Hair, œuvre ludique et soignée, distribuant de mille manières la vivacité faite musique.

CD: 01/ Early Fall From Nowhere 02/ Over Head And Under Feat 03/ Not A Speculation 04/ Fingertip Control 05/ Elegant Operation 06/ Rain And Dogs 07/ Constraints, Hurdles And Hoops 08/ Miles Won’t Answer 09/ Forgetting Monday 10/ Gapi Noise 11/ One Thousand 12/ Glimmer Of A Revelation 13/ (With Dose One)

Andrew Coleman - Tony Halva's Hair - 2005 - Cocosolidciti. Import.


Susanne Brokesch: Emerald Stars (Chicks on Speed - 2005)

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Avec Emerald Stars, son troisième album, l’autrichienne Susanne Brokesch tourne la page d’une ambient à laquelle elle avait jusque là travaillé, pour interroger les manières d’établir une combinaison satisfaisante entre songwriting, pop et expérimentations légères. La tentative se divise en deux parties presque égales : sur la première, Brokesch défend ses propres compositions, quand elle préfère interpréter, sur la seconde, un titre de Bowie (Heroes) et quatre pièces du compatriote compositeur Hugo Wolf.

Comme pour faire le lien, le début d’Esmerald Stars présente une ambient minimale, faite de construction rythmique modelées d’après Kraftwerk, pour le côté obscur du rappel (The Emerald Stars In The Sky, qu’elle reprendra en guise de conclusion, y incorporant un bruitisme gentillet), ou de nappes de claviers supportant le poids de carillons artificiels, pour le côté mièvre du même rappel (The Art Of Missing The Bus).

C’est donc en Like A Hologram, piécette downtempo désinhibée, qu’il faut voir le premier et véritable essai là pour satisfaire les nouvelles aspirations de Brokesch. Une voix éloignée révèle l’influence évidente de Björk, pourquoi pas de Stina Nordenstam – parallèle envisageable aussi à l’écoute de To Go Back. Et voilà (presque) tout, jusqu’à ce que quelques chocs légers et une incrustation crachante imposent The Missing Records Are Private, aux traînées repérables d’électronique filante.

Après un Heroes sur boucle rythmique crasseuse et guitare expectorante, Brokesch s’attaque à ce qui sauvera indéniablement le disque : la reprise réfléchie de 4 lieds d’Hugo Wolf. Evoquant, dans leur version originale, de blondes et laiteuses jeunes filles perdues en forêt qui, de désespoir, s’allongeaient parmi les feuilles mortes pour mieux attendre une mort gothico-prussienne, les voici réactualisés. Investissant le domaine de l’atmosphère, Brokesch écrit là une chronique stellaire proche des enregistrements de Yann Tomita (Nachtzauber), ou confesse la séduction opérée sur elle par la musique sérielle, et notamment celle de Philip Glass (Verschwingene Liebe).

La lecture d’Emerald Stars pourrait être comparée à une promenade devenue aventure. Inexistant parmi l’étendue verte d’un paysage naïf, l’intérêt affleure quand le ciel s’assombrit. L’auditeur butte sans cesse avant d’apercevoir la lumière, jaillissant d’une cathédrale de glace. A cet instant, peu importe que le parcours ait été, ou non, programmé.

CD: 01/ The Esmerald Stars In The Sky 02/ The Art Of Missing The Bus 03/ Like A Hologram 04/ The Missing Records Are Private 05/ Heroes (History Remix) 06/ Der Soldat 07/ Nachtzauber 08/ Stille Liebe 09/ Nachtzauber (Fantasie) 10/ Das Ständchen 11/ Verschwingene Liebe 12/ To Go Back 13/ The Esmerald Stars In The Sky (Reprise)

Susanne Brokesch - Emerald Stars - 2005 - Chicks on Speed Records. Distribution Nocturne.


Kodi & Pausa: In One Week And New Toys To Play (Korm Plastics - 2005)

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Sous les auspices de Frans de Waard, une artiste hollandaise adepte de techno (Natalie Bruys, sous le nom de Kodi) rencontre une figure du rock bruitiste de ses compatriotes (Lukas Simonis, sous le nom de Pausa).

Dès le départ, les influences éloignées convergent : une mini rythmique électronique accueille des interventions brutes de guitare électrique (Laatbloeier), des collages supportent la rugosité de voix trafiquées (Boswachter). Aux métronomes digitaux font face quelques prises enregistrées d’atmosphères urbaines (Knutselvriend, De zwarte Zwaan).

Dissociées, les préférences des deux musiciens jouent au mieux des contrastes - donnant dans la mélodie japonisante bancale (Flashy Toilet) ou dans la progression bruitiste chargée de basses (Leef je leven) -, ou s’avalent l’une l’autre, à tour de rôle : pratiquant une dance music décalée au son d’un banjo répétitif (Moment ultime), crachant ensuite, après les avoir digérées, les sonorités grinçantes d’un oud samplé sur l’instant (Pausapowop).

Le long de 10 collages musicaux élaborés sous crachin, In One Week And New Toys To Play aura persuadé qu’un dialogue de compatriotes rendus presque étrangers par la différence de leurs expériences pouvait élaborer en musique un pacte fantasque, et assurer ainsi la paix civile.

CD: 01/ Laatbloeier 02/ Boswachter 03/ Knutselvriend 04/ Chicks on Trees 05/ Flashy Toilet 06/ De zwarte zwaan 07/ Moment ultime 08/ Pausapowop 09/ Krekelvent 10/ Leef je leven

Kodi & Pausa - In One Week And New Toys To Play - 2005 - Korm Plastics. Import.


Greg Davis, Sebastien Roux : Paquet surprise (Carpark - 2005)

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Des deux côtés de l’Atlantique, Greg Davis et Sébastien Roux se sont penchés sur un projet commun, qui mêlerait leurs influences diverses et leurs attentes bruitistes. Paquet surprise est le résultat d’échanges, et l’empreinte restante de gestes éloignés.

Remarquables, avant le reste, les bidouillages électroniques bruts. Mis au service d’un bruitisme aléatoire (Sea Grasses and Blue Sea) ou d’une profusion d’inserts baroques sur lesquels se fondent des orgues de tous poils (Paquet surprise). Le décor choisi, une pop délétère peut prendre place : portée par les arpèges légers de la guitare avant de passer sous les roues d’un engin futuriste (I Am Waiting), inspirée par la musique psychédélique (To See The Wonderful World) ou proche des compositions de Jim O’Rourke lorsque celui-ci les rate (I Never Met Her).

Car le bas blesse rapidement, à l’endroit, justement, où l’on osait espérer trouver un contenu. Une forme de temps à autre aussi minimale que son fond (Air Castle), une texture trop frêle pour pouvoir imposer l’évidence d’une qualité acceptable. A la réécoute, plus qu’une pop squelettique traitée à la sauvage, manière qui aura tout aussi vite perdu de son charme.

CD: 01/ Sea Grasses and Blue Sea 02/ I Am Waiting (For December) 03/ Air Castle 04/ Good Decision 05/ Tidal Pool 06/ I Never Met Her 07/ Paquet surprise 08/ To See The Wonderful World 09/ Daybreak

Greg Davis, Sebastien Roux - Paquet surprise - 2005 - Carpark Records. Distribution Chronowax.


Ezekiel Honig, Morgan Packard : Early Morning Migration (Microcosm, 2005)

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Musiciens new-yorkais aux parcours différents, Ezekiel Honig et Morgan Packard confrontent leurs électroniques respectives sur Early Morning Migration.

Rapidement, le choix est fait quant à la forme que prendra l’ensemble : servant une ambient minimaliste, Honig et Packard ne peuvent cacher longtemps leur goût pour l’électronique allemande, surtout lorsqu’elle est légère. De Stefan Schneider à l’écurie Staubgold, une vingtaine de parallèles évidents peut être décelée.

Et c’est justement là que se glisse l’inconvénient : capable d’une musique presque convenable, le duo souffre des comparaisons. Proches des expérimentations ludiques du Kammerfliemmer Kollektief sur A Lake Of Suggestions Pt.1, ou installés dans des décors chers à Mapstation (Balm), Honig et Packard n’apportent rien de neuf, voire, font tout moins bien que les autres.

Moroses (Hibernate) ou simplement maladroits (Billow), ils trouvent presque autant de moyens de faillir qu’il y a de titres sur l’album. Abusant des chorus sur Planting Broken Branches Pt.2, ou des sons fatigants de claviers minuscules que l’on utilise encore aujourd’hui en pensant faire preuve d’originalité (même à New York, donc – assuré maintenant de son envergure internationale, le second degré ringard), restent quelques rythmes fabriqués à partir de presque rien, qui transforment un peu le propos pour enfin le rafraîchir (Planting Broken Branches Pt.2, Tropical Ridges). Insuffisant, toutefois. 

Ezekiel Honig, Morgan Packard : Early Morning Migration (Microcosm Music)
Edition : 2005.

CD : 01/ Tropical Ridges 02/ Balm 03/ Window Nature 04/ Hibernate 05/ A Lake of Suggestions pt.1 06/ Billow 07/ White on White 08/ Planting Broken Branches pt.1 09/ Planting Broken Branches pt.2 10/ A Lake of Suggestions pt.2 11/ A Long Time Ago
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ambitronix: We da man ! (Plush - 2005)

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Ambitieux bivalve aux membres déjà tentaculaires - Steve Argüelles et Benoît Delbecq -, Ambitronix est de ces combinaisons naturelles qui ajoutent encore aux propos divers. Aujourd'hui réédité, Wa da man !. Un peu plus de 32 minutes, le temps d'essayer de faire tenir sept villes (ou simili) sur autant de compositions imbriquées comme elles s'imposent : au son d'une élégance pas assurée, comme aux rythmes défrichant les territoires à investir ensuite.

Brillante, la batterie d'Argüelles instaure les trames sans craindre les accrocs. Souterraine, elle ponctue la basse glissante d'un Delbecq envoûté par un Rhum and Bass laswellien (Tours). A la lumière, elle s'imbrique à merveille aux samples que le même dépose en chaloupes (Lyon, Leeds), ou tente - de manière toutefois trop appuyée pour bien faire - d'investir le champ afro-cubain afin d'y planter quelques inserts électroniques confus (Cheltenham).

De son côté, Delbecq oscille entre passages courts et répétés au piano (Aubervilliers), boucles efficaces (Paris), et recherche plus angoissée de sonorités originales rendues par quelques claviers égarés entre deux galaxies (Leeds). Parfois à deux doigts de disparaître des écrans de contrôle ; repêché toujours par l'aspect ludique de la chose, et la complicité qui le lie à Argüelles.

L'allure, enfin, de changer encore, lorsque Dr Bone et Req fleurissent le dialogue d'interventions sûres, auxiliaires coopérant à cacheter l'objet du sceau obligatoire aux expériences modernes. Pour varier aussi l'insupportable immobilité de l'entendement, et ficeler comme il faut un jazz électronique terriblement au dessus du lot (Scandinavie première visée).

CD: 01/ Aubervilliers 02/ Tours 03/ Cheltenham 04/ Lyon 05/ Leeds 06/ Paris 07/ Chalon


Blank: Post (Grob - 2005)

blank post grob

Des 3 membres de Blank, Rüdiger Carl est celui qui orienta le trio vers la musique improvisée. Convaincus, Oliver Augst et Christoph Korn se sont laissé faire avec assez d’enthousiasme et d’acharnement, semble-t-il, pour proposer aujourd’hui sur Grob un florilège iconoclaste de leurs enregistrements : Post, 33 morceaux.

S’y bousculent, dans le désordre, et pour résumer, une musique folk sérielle – convaincante (Blut, Coal, Brut) ou non (Herero) -, des expériences bruitistes ravissantes (Radio, Jam), un rock décomplexé et rugueux (Konto) ou un post-rock nullissime (Rag), une berceuse angoissante (des)servie par les pires sonorités d’un mini synthétiseur qui commence à dater (Blade).

Ailleurs, le trio crache une samba sur les mots de T.S. Elliot (Old), déploie un blues blanc sur ceux de Werner Büttner (Green Birds) ; instigue une marche pop (Groom) ou entrecoupe d’envolées de beat box une valse punk saturée (Spartakus). Ici, comme sur Revenge ou Bullet, un parallèle possible avec la musique de Xiu Xiu, lorsque – trop rarement, d’ailleurs – celle-ci sert des compositions valant la peine qu’on s’y attarde.

Bien sûr, presque inévitablement, des plages inutiles (Pill, Twister, Vage). Rien de grave, étant donné le propos de Post : déluré, irrespectueux à souhait, refusant toujours d’envahir le champ d’une esthétique du fini à laquelle on a l’habitude de sacrifier l’âme. Originale, celle dont Blank dote ses 33 exercices de styles, ingrédients d’un bouillon de cultures divertissant et vengeur.

Blank : Post (Grob / Metamkine)
Edition : 2005.
CD : 01/ Parken 02/ Revenge 03/ Twister 04/ Spartakus 05/ Brot 06/ Pill 07/ Herero 08/ Bleib 09/ Radio 10/ Poke 11/ Bullet 12/ Old 13/ Ash 14/ Rag 15/ Trap 16/ Pace 17/ Blade 18/ Vage 19/ Blut 20/ Green Birds 21/ Groom 22/ Kerouac 23/ Bote 24/ Hoheit 25/ Coal 26/ Runover 27/ Tin 28/ Brut 29/ Home 30/ Welt 31/ Jam 32/ Konto 33/ Byebabe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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