Pixel : Mantle (Raster-Noton, 2013)

Pour fêter les dix ans de Display, son tout premier disque sur Raster-Noton, Pixel (derrière lequel se cache Jon Egelskov) en sort un nouveau (et quatrième sur le même label) : Mantle.
A notre écoute on dirait qu’il guette les réactions de petits schémas rythmiques à la loupe. Il les chatouille, les fait grésiller, les provoque… et le fruit de ses expériences varie entre minimalisme, proto-techno expérimentale (qui jongle avec les pulsations, les prises jacks et les buzzs) et pop électronique (où des basses ronflantes font face à des effets sonores für Atari). S’il s’était montré plus sélectif, Egelskov aurait pu faire de Mantle un excellent EP. Or le CD compte huit pistes...
Pixel : Mantle (Raster-Noton)
Edition : 2013.
CD : 01/ Line Level 02/ Steel Tape 03/ Plumb Bob 04/ Brown Shirt 05/ Nesting Screen 06/ North Arrow 07/ Ericson Sandstone 08/ Mantle
Pierre Cécile © le son du grisli

Alexandr Vatagin : Serza (Valeot, 2013)

La liste des musiciens invités par Alexandr Vatagin (Port-royal, Tupolev, Quarz) sur Serza est longue : Pawn, Hideki Umezawa, Fabian Pollack, Martin Siewert, Peter Holy, Lukas Scholler, Giulio Aldinucci et James Yates. Mais est-elle assez longue pour changer l’electronica ambient pop du monsieur en opus recommandable ?
Pas sûr, puisque l’album s’inscrit dans une lignée 12k / Häpna sans se montrer très original (et même, comme sur Mantova, tristement parodique). Les invités susnommés (Siewert mis à part, qui profite de sa présence pour donner un goût de Trapist au CD) se baladent dans un décor de carton-pâte qui manque de consistance. Gentil, trop gentil.
EN ECOUTE >>> Bows and Airplanes
Alexandr Vatagin : Serza (Valeot)
Enregistrement : 2007-2012. Edition : 2013.
CD / DL : 01/ Elisa 02/ Bows and Airplanes 03/ Elbe 04/ Mantova 05/ La douce 06/ March of the Dancing Barriers 07/ Insomnia 08/ Different
Pierre Cécile © le son du grisli

Richard Chartier, William Basinski : Aurora Liminalis (LINE, 2013)

Richard Chartier a (on le sait) de la ressource, mais il a aussi de l'idée. Par exemple, celle d'aller chercher l’artiste et musicien William Basinski. Tellement bonne, l’idée, que c’est la deuxième fois qu’elle sert : après Untitled (Spekk), la collaboration accouche d’Aurora Liminalis.
Aidé par la couverture du CD, on imagine un paysage boréal où le vent joue à la roulette avec des grains de poussière et des paquets de fumée. La musique du phénomène est une ambient aux boucles et couches sonores translucides (leurs couleurs ne sont visibles qu’une fois mêlées aux autres), aux voix effacées et aux microphénomènes pseudo-naturels. L’écoute d’Aurora Liminalis se fait en suspension, et même à l’horizontal. Mais point d’effort à faire : les premières secondes se chargent d’elles-mêmes de vous faire chavirer.
William Basinski, Richard Chartier : Aurora Liminalis (LINE)
Edition : 2013.
CD : 01/ Aurora Liminalis
Pierre Cécile © le son du grisli

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer, 2012)

Vétéran de la musique expérimentale made in Österreich, Pure aka Peter Votava s’associe au duo Hati (soit Rafal Iwanski et Rafal Kolacki) pour former en 2008 PRSZR (lisez Pressure). Première étape discographique du trio, Equilirium montre à quel point le label suisse Hinterzimmer compte en la présente rubrique – rappelons-nous des excellentissimes albums de Lubomyr Melnyk et de Strotter Inst., dans le Top 10 de leur année respective de sortie.
Ici entre ambient sourdement inquiétante, jazz aux percussions mutantes et musique concrète post z’ev, le disque met un temps pour installer ses ambiances particulières. Passé le premier titre, d’un intérêt frisant la banalité, un voyage aux antipodes du tout-venant nous est proposé, il évolue entre pulsation rythmique siphonnée du bulbe, bruitages zinzins qui déboitent et tentatives überferroviaires échappées de Charlie Chaplin. Embarquement immédiat pour les tracks 2 à 5.
EN ECOUTE >>> I >>> II
PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer)
Edition : 2012.
CD : 01/ I 02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Ton : Ton (Granny, 2012)

Tout commence par une corde de guitare que l’on boucle et qui se transforme sous l’effet de basses. On aurait pu entendre ça déjà, on l’a même déjà sûrement entendu, mais pas de la manière dont Haris Koutsokostas (alias Vokal Idiot) et Dimitri Damaskos (alias Damcase) l’ont préparé. La preuve en est que ces boucles agissent sur nous comme des lassos. Nous voilà maintenant pieds et poings liés.
Facile alors pour le duo de nous diffuser une electronica à field recordings qui infiltre l'oreille interne. Sa musique bruisse et créé des rythmes datés qui font leur petit effet ou des drones à lobotomiser tout esprit pop canaille qui traînerait dans le coin. Les bruits synthétiques ne sont plus ce qu’ils étaient…
Ton : Ton (Granny Records)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Mi 02/ Seein 03/ Horshes 04/ Clots 05/ Gnomiko 06/ Button 07/ Straw 08/ Mou Pe Oti 09/ Ipo 10/ No Need to Go So Far
Pierre Cécile © le son du grisli

RadioMentale : I-Land (F4T, 2012)

I-Land est la première (vraie) sortie du duo RadioMentale, malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, qui ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie.
Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir Biosphere Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de Sinking) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale.
EN ECOUTE >>> I-Land (extrait)
RadioMentale : I-Land (F4T)
Edition : 2012.
CD : 01/ Smooth Operator 02/ Sinking 03/ Gotlander
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Taylor Deupree : Faint (12k, 2012)

Cheville ouvrière du label 12k, où en plus de diriger la manœuvre, il masterise la plupart des sorties, Taylor Deupree n’a eu de cesse, au cours de son abondante discographie, de présenter un visage sensible de l’electronica. Bien que d’aucuns jugeront son nouvel opus Faint prévisible, ce qu’une première écoute superficielle laisserait penser, un second passage plus approfondi dissipe bien vite les doutes.
Certes, on nage en plein dans les eaux cotonneuses si typiques de la maison new-yorkaise (songeons à Kenneth Kirschner ou Christopher Willits) mais en perçant la surface des cinq plages de l’album, on décèle une foule de détails enrichissants, qui sont largement à l’ouest du superflu. Conjuguant l’apaisement sans la vacuité, réunissant l’évaporation sans recours à la combustion, l’électronicien américain déploie un éventail de beautés sereines à mille lieues du bruit et de la fureur. Peut-être est-ce mon récent séjour dans la frénétique Shanghai qui m’y incite mais ce disque m’a fait un bien fou.
EN ECOUTE >>> Dreams of Stairs
Taylor Deupree : Faint (12k)
Edition : 2012.
CD : 01/ Negative Snow 02/ Dreams Of Stairs 03/ Thaw 04/ Shutter 05/ Sundown
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Slow Listener : The Long Rain (Exotik Pylon, 2012)

Bizzarerie d‘entre les étrangetés, The Long Rain de Slow Listener s’impose à l’auditeur telle une version gloomy electronica du Château d’Argol de Julien Gracq. Oppressant et visionnaire, finement gothique sans le mascara ni les corbeaux, l’œuvre du musicien britannique Robin Dickson imprègne longuement les consciences, en deux épisodes étirés d’une vingtaine de minutes chacun.
Sur le premier morceau, And Nor Was He Mistaken, une voix lugubre et caverneuse n’a de cesse de répéter jusqu’à l’obsession morbide les quelques mêmes mots, ça fout, sinon une belle pétoche, un frisson mortifère. A peine moins névrosée, Ondras Rising imaginerait des échos blafards de cave BDSM, flitrés dans une mine de plomb sibérienne peuplée de monstres difformes en uniforme nazi. Fichtre, quel programme.
EN ECOUTE >>> Ondras Rising (extrait)
Slow Listener : The Long Rain (Exotik Pylon)
Edition : 2012.
K7 : A/ And Nor Was He Mistaken B/ Ondras Rising
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Richard Chartier : Recurrence (LINE, 2012)

Nouvel auditeur dans le monde de Richard Chartier, je ne connaissais de lui que d'éparses contributions, souvent intrigantes, à diverses compilations – et d'autant moins, par conséquent, son disque Series (référence inaugurale du label LINE en 2000), dont il reprend aujourd'hui certains éléments qu'il recompose sous la forme de deux longues pièces microsoniques pénétrantes. Conçues pour être spatialisées par un complexe de haut-parleurs, elles sont ici ramenées à une stéréo déjà très convaincante, au casque ou sur un bon système hi-fi
Enveloppant tout en se laissant oublier, incertain, souvent aux marges de la perception, le monde sonore qu'elles déploient, fondu au gris le plus pâle, semble inventé ou imaginé par l'écoute même. Sourds ronronnements dans la cale, éraflés d'accrocs, ruissellements infimes : un sillage sans étrave, un mirage peut-être, un long remous à la lente mais imprévisible ondulation. Confinant à une expérience très concrète et physique de perception, qui reconfigure l'espace, l'audition de cette musique qui relève certainement autant des sciences que des arts plastiques et de l'architecture, est un puissant exercice d'envoûtement.
Autant de qualités que Will Montgomery réussissait à formuler, en termes choisis, dès les premières lignes de son essai critique sur le travail de Chartier [On the Surface of Silence : Reticence in the Music of Richard Chartier, dans Blocks of Consciousness and the Unbroken Continuum (Sound 323, 2005)]...
Listening to Richard Chartier's work is like sitting in a room at dusk while the light fades. As colours and detail drain away, the eye seeks to compensate, peering eagerly at the slowly disappearing surroundings. The fade-out stimulates both ambition and anxiety in the perceiving gaze, and the awareness of seeing and not-seeing becomes as important as the objects of the perception. Similarly, Chartier's music plays a double game of seduction and evasion with the ear. It is no surprise that he once titled a track 'Afterimage'. He makes extremely reticent work, with sounds often pitched at one or other end of the audible spectrum, and mastered at such low volume that it is hard to make the compositions fully present to the ears.
EN ECOUTE >>> Recurrence (room/crosstones)
Richard Chartier : Recurrence (LINE)
Edition : 2012.
CD : 01/ Recurrence (room/crosstones) 02/ 02/ Recurrence (series)
Guillaume Tarche © Le son du grisli 2013

Richard Pinhas, Merzbow, Wolf Eyes : Victoriaville Mai 2011 (Victo, 2012)

Merzbow & Wolf Eyes & Pinhas (bon certes bon déjà réunis sur Metal/Cristal) enregistrés au festival de Victoriaville en 2011 ? Quels beaux (je ne dirais pas doux) bruits n’attendons-nous pas de cette affiche !
Pas de raison d’être déçu : des salves de guitares arrivèrent de loin pour déferler sur un public paralysé. Qu’importe, on ajoute quelques basses qui gonflent le tout et passé le quart d’heure, voilà que l’amalgame noise commence à faire craquer le bloc compact que forment les spectateurs. Un peu de Wolf Eyes vocals (comprendre : des chants de torture), des saxophones criards, des boucles de laptops, des guitares sous chorus et delay, l’amas est impressionnant et évite la bêtise souvent faite du branle-bas de combat boursouflé.
Car si ce concert étonne c’est par sa force de frappe bien sûr, mais encore plus par la bride enfoncée profond dans la bouche du noise… Puissant et presque pondéré. Enfin, avant que ne débute la seconde plage du disque (un rappel de dix minutes) : la foudre s’abat cette fois sur le public qui n’en réchappera pas… Puissant et volcanique. Tout parfait !
Richard Pinhas, Merzbow, Wolf Eyes : Victoriaville Mai 2011 (Victo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 20 mai 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Victoriaville Mai 2011 02/ Victoriaville Mai 2011 – Encore
Pierre Cécile © Le son du grisli























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