Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











Interview de Christian WolfarthChroniques en trois lignesBerlin au grisli clandestin
En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Michael Thieke, Olivier Toulemonde : Inframince / Lucio Capece, Jamie Drouin : Immensity (Another Timbre, 2013)

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Riche déjà d’Echtzeitmusik, le catalogue Another Timbre n’en est pas rassasié et même en redemande. Ainsi inaugure-t-il, au son d’une compilation de deux improvisations en duo, une Berlin Series qui rend hommage à l’activité musicale de la capitale allemande.

24 janvier 2012. Michael Thieke (clarinette) et Olivier Toulemonde (objects acoustiques) improvisèrent Inframince. Avec pugnacité, d’abord, les longues notes du premier attisant les réappropriations de choses du second. Vindicatifs, Thieke et Toulemonde harmoniseront pourtant : quelques silences prennent place au creux des interventions et leurs gestes s’entendent sur des expérimentations patientes ou un battement soudain. Disparates mais finement combinées, les séquences qui font Inframince n’en sont pas moins « classiques », voire entendues.

29 novembre 2011. Lucio Capece (clarinette basse et préparations) et Jamie Drouin (synthétiseur analogique et poste de radio) improvisèrent Immensity. C’est là forcément un ballet de graves et d’aigus, des notes longues qui se frôlent et un séisme à suivre, non pas brutal mais engourdi et pénétrant. Les rafales de sons courts et tremblants attesteraient que Drouin cherche à prendre le contrôle de la situation, si Capece ne travaillait pas sous le manteau à l’accord de l’association. Ainsi l’électroacoustique inquiète et bruitiste du duo Capece / Drouin marque du sceau de sa cohésion la première référence de cette série berlinoise estampillée Another Timbre.  

Michael Thieke, Olivier Toulemonde : Inframince / Lucio Capece, Jamie Drouin : Immensity (Another Timbre)
Enregistrement : 24 janvier 2012 & 29 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Inframince 02/ Immensity.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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¡haUtUllin! : ¡haUtUllin! (Barefoot, 2013)

¡haUtUllin!

De formes grouillantes en transes hypnotiques, Markus Pesonen (guitare, electronics) et Hakon Berre (batterie, electronics) soudent de composites paysages. Avec pour perspective de ne jamais se retourner sur leurs pas, ils offrent à chaque plage une nouvelle situation.

Inaugurée par de brutales sauvageries (uppercuts rythmiques, coups, chocs et saturations), ¡haUtUllin! trouve maintenant quelque angle nippon. Et vont ainsi se tutoyer quiétude, clapotis et rythme subliminal. Assez étonnamment, la guitare ne sature jamais le cercle. Elle phrase au milieu de viscère hurlants ici, en périphérie d’espaces béants ailleurs. La batterie aux futs mats et sans résonnances possède une bonne dose d’audace (magnifique gestion du crescendo, jeu relâché) qu’elle distille sans parcimonie. En fin de disque, on blessera les sons, on investira quelques trilles soniques, on s’écartèlera bien un peu mais jamais l’on ne cadenassera ce qui pourrait facilement l’être. D’où, cette agréable sensation pour l’auditeur, d’assister à la naissance d’une musique à l’inspiration continue.

¡haUtUllin! : ¡haUtUllin! (Barefoot Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Klein Bleus 02/ Joutomaa 03/ High at the Toy Factory 04/ Quantum Foam 05/ Mjolne 06/ Tarantula Nebula 07/ Discothèque 08/ Monkey Rat Attack 09/ Short Circuit 10/ Brahamnda 11/ Nuts
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik, 2012) / Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka, 2013)

phantom orchard orchestra trouble in paradise

Voici la liste des invitées au bal des fantômes de Zeena Parkins & Ikue Mori : Maja Ratkje (qui était déjà d'Orra), Hild Sofie Tafjord, Sara Parkins, Maggie Parkins, Shayna Dunkleman. Ce qui fait du beau monde sur CD : sept sorcières fantastiques dont on pouvait attendre en effet qu’elles remuent un coin de ciel…

Spécialistes en collages de toutes sortes et en bris de sons, Parkins & Mori unirent donc leurs efforts dans des performances parfois excentrico-hystérique (Over the Gap) ou des saillies hybrides pas franchement détonantes (Face) qui ont bien du mal à rivaliser avec d’autres groupes à trois lettres (POO contre DNA ou YMO). Souvent amusantes, rarement concluantes, le jeu des dames sait quand même se montrer surprenant, comme sur le folk barré de Sun Metal (la harpe orientale et les voix angoissantes) ou le folk féérique de Red Blue and Green. Pas suffisant toutefois.

Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2013.
CD : 01/ Over the Gap 02/ Red Blue and Green 03/ Sun Metal 04/ Face 05/ Inner Reflection 06/ House for 7 07/ Laughter in the Dark 08/ Trap
Pierre Cécile © Le son du grisli

ikue mori steve noble prediction and warming

Sur la batterie remontée de Steve Noble tombent dès l’ouverture des 0 et des 1, s’ouvrent et se ferment des rideaux de pluie de synthèse, s’immiscent d’incongrues et parfois même facétieuses sonorités… Souvent capable seulement d’anecdotes, le dialogue du batteur et d'Ikue Mori arrive tout de même quelques fois à conjuguer cohérence et mystère, notamment lorsque le tambour fait tourner en satellites un lot d’illuminations électroniques (Combustion, Atmospheric Pressure).

EN ECOUTE >>> Montparnasse Derailment

Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka)
Enregistrement : 16 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Seismic waves 02/ Montparnasse Derailment 03/ Combustion 04/ Convection 05/ Atmospheric Pressure 06/ Black Death (Steve’s March) 07/ Land of Famine 08/ Inferno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Simon Nabatov : Plays Herbie Nichols (PanRec, 2009) / Nils Wogram, Simon Nabatov : Moods and Modes (PanRec, 2011)

simon nabatov plays herbie nichols

C’est qu’il n’est pas le seul, Simon Nabatov, à payer son dû à Herbie Nichols : Dave Douglas, Gerri Allen, Misha Mengelberg (grâce à qui Nabatov découvrit les compositions du new-yorkais), Frank Kimbrough et son Herbie Nichols Project ont, en leur temps, rendu hommage au génial pianiste. Deux ans après Spinning Songs of Herbie Nichols (Leo Records), le pianiste russe se retrouve en solitaire sur la petite scène du Loft à Cologne. Et Herbie Nichols ne le quitte pas.

Ici, Nabotov prolonge et élargit les consonances du compositeur. Il fouille les aigus, s’y aimante (2300 Skiddoo) et en quelques occasions tente le parallèle avec Monk (The Spinning Bar). Ici, Simon Nabatov, introspectif ou loquace,  se positionne en qualité de passeur. Tempos en apesanteur (Lady Sings the Blues) ou passant du ragtime à la libre improvisation – et cela sans transition – (Twelve Bars), le pianiste russe dérègle les circuits harmoniques de Nichols et offre à ce dernier de nouveaux et singuliers émois.

Simon Nabatov : Plays Herbie Nichols (PanRec)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
DVD : 01/ 2300 Skiddoo 02/ The Spinning Song 03/ Lady Sing the Blues 04/ Twelve Bars 05/ The Third World 06/ Sunday Stroll 07/ Terpischore  
Luc Bouquet © Le son du grisli

nils wogram simon nabatov moods and modes

Faisant suite à Jazz Limbo (Leo Records / 2007) et Nawora (Leo Records / 2012), voici Moods and Modes, captation vidéo du duo Nils Wogram-Simon Nabatov. En noir et blanc et dans la solitude d’un studio de la radio zurichoise, tromboniste et pianiste engagent quelques sages courses-poursuites. Sans être décoiffant – mais néanmoins décomplexés –, ils n’ont aucune peine à faire se partager leurs lyrismes. Il y a de suaves mélodies, des dissonances caressées – mais vite abandonnées –, des saveurs partagées... Empruntant à la délicatesse quelques traits puis lessivant le chaos, ils chassent et cueillent sur des terres amies, fécondes. Et toujours, s’inscrivent en une complicité effrontément palpable.

Nils Wogram, Simon Nabatov : Moods and Modes (PanRec)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
DVD : 01/ Moods and Modes 02/ Assuming 03/ Full Stop 04/ First Thought-Best Thought 05/ Split the Difference 06/ Moving In 07/ Dança Nova 08/ Speak Up 09/ The Song I Knew
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Dead Neanderthals : Polaris (Utech, 2013)

dead neanderthals polaris

« FUCK conventions and FUCK expectations » : sans forcément faire fi des conventions ni des attentes – ce serait oublier qu’avant eux sont passés dans le champ d’une improvisation revêche opposant saxophone et batterie Brötzmann et Bennink, Flaherty et Corsano ou encore Gustafsson et Nilssen-Love –, Dead Neanderthals s’adonne tout de même sur Polaris à une joute opiniâtre.

Sous l’influence de forces naturelles qui menacent quand ce n’est pas plus cérébralement inspirés par les nœuds de Shinkichi Tajiri, O (ténor) et R (batterie, donc) sonnent une demi-heure durant l’alerte d’instants rageurs. Avec un art non négligeable de la torpille ou du laisser-aller, le saxophoniste accuse les coups secs et les trombes de cymbales de son partenaire. Sous effervescence et sur le fil du rasoir, le duo se montre ainsi capable d’un jazz in opposition sinon insolite, en tout cas fort alerte.

EN ECOUTE >>> Plissken

Dead Neanderthals : Polaris (Utech Records / Metamkine)
Enregistrement : 6 novembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Neck-AIDS 02/ The Pit 03/ Knot 04/ Yamatsuka Eye 05/ Plissken 06/ Yolk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Charlemagne Palestine, Z’ev : Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear (Sub Rosa, 2013)

charlemagne palestine z'ev rubhitbangklanghear rubhitbangklangear

S’ils ont attendu 2007 pour enfin jouer ensemble, Charlemagne Palestine et Z’ev se connaissaient depuis le milieu des années 80. Avec Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear, ils franchissent un autre pas… celui de l’enregistrement. Et c’est Sub Rosa qui a l’honneur d’éditer ce double CD – dans une nouvelle collection, « Laboratoire Central / Sub Rosa Sessions », consacrée à des lives sans public.

Le premier CD renferme trois dialogues sur lesquelles le (ci-dedans) carillonneur tinte et résonne alors que le percussionniste l’enveloppe sous ses murmures et ses gémissements. Affront fait au minimalisme : son allure est toujours mise en déroute, la plus belle preuve étant donnée par le troisième duo, où le sonneur de métaux prend le dessus sur le sonneur de cloches. S’ensuivent trois duos : un de Palestine (crescendo, il cadence ses coups et ses contrecoups, ses échos et ses retours d’échos…) et deux de Z’ev (le premier, superbe, bat un tambour qui change cent fois de peau ; le second, trois fois plus long, expérimente avec un art du hasard finement ciselé). Comme par miracle, ces trois solos qui se répondent  montrent une autre manière de dialoguer et une autre manière d’accorder des intérêts vieux (disons) d'une vingtaine d’années. Cognac !

EN ECOUTE >>> Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear (extraits)

Charlemagne Palestine, Z’ev : Rubhitbangklanghear Rubhitbangklangear (Sub Rosa)
Enregistrement : 18-20 juin 2010. Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Duo C/Z #1 02/ Duo C/Z #2 03/ Duo C/Z #3 04/ Solo C #1 05/ Solo Z #1 06/ Solo Z #2
Pierre Cécile © Le son du grisli

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McPhee, Moore, Nace : Last Notes (Open Mouth, 2013) / Moore, Connors : The Only Way to Go... (Northern Spy, 2013)

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Ainsi le passage par Roulette l’année dernière de Joe McPhee, Thurston Moore et Bill Nace, aura-t-il donné un disque : Last Notes – pour être exact, il s’agit là du premier set du concert, le second pouvant être téléchargé via l’utilisation d’un code fourni avec le vinyle. Comme hier avec Paul Flaherty (s/t) ou Mats Gustafsson, les guitaristes (duo Northampton Wools) y interrogent l’adéquation de leur art électrique avec un souffle à l’imagination considérable.

Pour McPhee, c’est encore l’histoire d’un chant intérieur qu’il faut (et qu’il parvient à) extérioriser puis adapter aux préoccupations mais aussi à l’écoute, attentive et alerte, de ses partenaires. Affûtés, Moore et Nace ne forcent jamais le trait, fomentant plutôt à force de gestes indolents des nappes qui donneront à l’alto aspiration et élan, et des caches dans lesquelles il pourra se replier à l’envi. C’est d’ailleurs là que le trio décidera de la forme à donner au fracas inéluctable.

Après lequel un retour au « calme » sera opéré. La suite n’est pas calquée, sa rumeur tirant sa substance d’arabesques, de grésillement d’amplis et de dérapages à la véhémence anéantie par une distension autrement sonnante. Butant sur un paquet de notes, le saxophoniste finira quand même par provoquer ses partenaires, qui mitrailleront en conséquence, le pousseront à bout, et gagneront ainsi leur propre déroute.

Joe McPhee, Bill Nace, Thurston Moore : Last Notes (Open Mouth)
Enregistement : 31 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A-B/ Last Notes
Guillaume Belhomme © le son du grisli

thurston moore loren connors the only way to go is straight threw

Sous prétexte de Record Store Day, voici la paire Thurston Moore / Loren Connors publiée sur vinyle Northern Spy : The Only Way to Go Is Straight Through rassemble deux sets d’une vingtaine de minutes chacun. Donné le 14 juillet au Stone de New York, le premier défend une suite atmosphérique sous effets multiples, frottements et vibrato nonchalants, arpèges comptés. Datant du 17 octobre 2012, le second, enregistré au Public Assembly, peint avec moins d’embrouille mais aussi moins d’ampleur un paysage pourtant plus accaparant encore.

Thurston Moore, Loren Connors : The Only Way to Go Is Straight Through (Northern Spy)
Enregistrement : 14 juillet & 17 octobre 2012. Edition : 2013.
LP : A/ The Stone B/ Public Assembly
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre, 2013)

lee patterson vanessa rossetto temperament as waveform

Au nombre des duos – ici, les souvenirs de Bright Duplex et Hwaet – qui, dans l’ombre, fabriquent la discographie de Vanessa Rossetto, il faut aujourd’hui parler de celui qu’elle forme (à distance) avec Lee Patterson : Temperament as Waveform nous y engage.

Les dessins de Patterson disent à leur manière de quoi retourne la collaboration : des grisailles se lèvent entre deux silences, qui ne menacent pas, mais rapidement troublent et embellissent presque tout l’espace – le ciel qui sépare Austin et Manchester ? Pour ce faire, suffiront un souffle grave étouffant jusqu’aux parasites qui l’habitent, des percussions effleurées ou effervescentes, une sévère note de piano, un archet fébrile mais insistant, un crachin radiophonique, des mouvements minuscules, enfin, qui révèlent toujours d’autres manières de correspondre.

Et si du geste musical les compositions de Patterson et Rossetto n’ont gardé que les traces, l’empreinte de Temperament as Waveform n’en est que plus remarquable.

Lee Patterson, Vanessa Rossetto : Temperament as Waveform (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2010-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Everything we know about anything indicates that nothing is ever easy 02/ There is a very small chance that you are not makin a mistake 03/ The highs and lows of cross-Atlantic collaboration 04/ An indication of presence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Evan Parker, Agustí Fernández : The Voice Is One (Not Two, 2012)

evan parker agusti fernandez the voice is one

Le « duo ténor & piano » est-il en passe de devenir, dans l'univers d'Evan Parker, une contrée identifiée, une combinaison de prédilection, à l'instar du « trio saxophone - contrebasse - batterie » ? Les récentes publications associant le souffleur à Mengelberg, Graewe ou Oberg, le laissent penser.

Avec Agustí Fernández, la relation remonte à 1995 ; les deux musiciens s'y rencontraient pour la première fois, dans un studio de Barcelone : le disque intitulé Tempranillo en a conservé la trace (avant que le pianiste ne rejoigne l'Electro-Acoustic Ensemble et divers groupes du saxophoniste). C'est dans la même ville, en novembre 2009, mais lors d'un concert, que langue fut reprise pour le présent enregistrement qu'articulent plusieurs pièces – elles font alterner trois duos et, comme des trouées, deux solos, puis un bref rappel.

Le quart d'heure d'ouverture permet de s'adresser de fines politesses (ténor legato, recherche de jonctions harmoniques, voire mimétismes mélodiques) et, rapidement, les premières griffures. Bien que, dans les pièces communes, Fernández brûle souvent de dégainer le grand jeu (vigoureux, cascadant ou ciselé, mêlant taylorismes et virtuosités sans objet, soigneusement orchestral, parfois jusqu'à l'éclaboussure), la frénésie ne contamine heureusement pas tous les échanges : cadre fourragé, sombres flamboyances et phrases esquissées finissent par retenir davantage que les moments de combustion et de pur échappement...

Evan Parker, Agustí Fernández : The Voice Is One (Not Two / Products from Poland)
Enregistrment : 2009. Edition : 2012.
CD : 01/ Part I 02/ Part II (solo AF) 03/ Part III 04/ Part IV (solo EP) 05/ Part V 06/ Part VI
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Mikrokolektyw : Absent Minded (Delmark, 2013)

Mikrokolektyw absent minded

Duo polonais installé à Chicago, Mikrokolektyw : (Artur Majewski : trompette et electronics, Kuba Suchar : batterie et electronics) crée la surprise. La sauvagerie féroce et acide ouvrant le disque cède vite la place à des vents tourbillonnants : souffles circulaires et rhombes ancestraux désossant un air vicié, trompes d’appel appelant au rassemblement ; les repères temporels se brouillent.

D’un souffle s’assombrissant ou se perdant, d’une percussion bondissante (un air d’Han Bennink chez Suchar) ou d’un lithophone envoûtant émergent de lapidaires phrasés. Le jazz n’est pas loin mais ne se dévoile jamais. Pas plus que ne se désorganise un duo aux fraternels impacts. Et de ces modernes electronics s’agitant ça et là, une évidence s’impose : la plus haute technologie n’est jamais très loin de la musique des origines.

Mikrokolektyw : Absent Minded (Delmark)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Vacuum 02/ Dream about Mind Master 03/ Sonar Toy 04/ Thistle Soup 05/ Fossil Stairway 06/ Dream about City Backyards 07/ Trilobite 08/ Trouble Spot 09/ Superconductor 10/ Crazy Idea of Jakub S. 11/ Little Warrior 12/ No Magic 13/ Dream about the One
Luc Bouquet © Le son du grisli

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