Eliane Radigue : Vice Versa, etc… / Triptych (Important, 2009)

Ces deux volumes de travaux d’Eliane Radigue reviennent sur l’avant et l’après découverte par la prêtresse des drones du synthétiseur ARP 2500…
Avant, c'est-à-dire en 1970 lorsqu’elle enregistre Vice Versa, etc… A partir de magnétophones et en jouant de feedbacks, Eliane Radigue investit un champ hypnotique déjà très personnel, vibrant et minimaliste mais d’un minimalisme qui ne met par toutes ses cartes sur le martèlement. A la place, l’auditeur trouve un drone qu’il peut (si l’envie le prend ou la concentration lui vient) effeuiller à loisir jusqu’à ce que l'objet de son étude disparaisse derrière un épais rideau sonore qui ondule à son tour.
Eliane Radigue, Onward 38 (extrait).
Eliane Radigue, Backward 38 (extrait).
Après, c'est-à-dire en 1978. Cette fois, Eliane Radigue use d’un ARP 500 et tient sur Triptych (une commande de Robert Ashley apprend-on dans les notes de livret) à insuffler à sa musique un peu de spiritualité orientale. Résultat : trois autres grands mouvements se succèdent, aux souffles et vagues graves, aux modulations de plus en plus subversives et enfin aux lignes courbes et soniques. Tout cela est au-delà du méditatif et évidemment… Important !
Eliane Radigue, Triptych [2] (extrait).
Eliane Radigue, Triptych [3] (extrait). Courtesy of Important Records.
Eliane Radigue : Vice Versa, etc… (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1970. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Onward 9,5 02/ Onward 19 03/ Onward 38 04/ Onward 76 – CD2 : 01/ Backward 9,5 02/ Backward 19 03/ Backward 38 04/ Backward 76
Eliane Radigue : Triptych (Important Records / Metamkine)
Enregistrement : 1978. Edition : 2009.
CD : 01-03/ Triptych
Pierre Cécile ©Le son du grisli
Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro, 2009)

Cette fois, la pochette ne permet pas d’en apprendre plus. Ne rien connaître au musicien et ne rien pouvoir lire à son propos avant de mettre l’un de ses disques dans le lecteur est une drôle d’expérience.
Par la suite, j’apprendrais que Sindre Bjerga – puisqu’il s’agit de lui – est un musicien norvégien amateur d’éditions limitées et de sorties sur CD-R, détail qui me rassure presque autant que m’interpelle le quart d’heure de musique contenu sur ce petit format : des distorsions de toutes sortes forment sur New Sounds for Burglar Alarms un drone complexe. Epais et parfois brouillons, ces « nouveaux sons » ne laissent pas la moindre chance à l’auditeur de décrocher une seule seconde de leur présence frontale. Promené entre des aigus distordus et des graves énormes, l’auditeur semble pourtant contraint d’acquiescer et il arrivera qu’il en redemande même plus rapidement que prévu. Deuxième drôle d’expérience.
Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009
CD : 01/ New Sounds for Burglar Alarms
Pierre Cécile © Le son du grisli
Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.
Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.
Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Supernova 2 (Interstellar, 2009)

Huit ans après le passage d'une première Supernova, le label Interstellar publie une deuxième compilation regroupant des titres d’une sélection intéressante de pourfendeurs de quiétude.
Une face vinyle pour chacun : Bulbul, qui donne avec l’aide d’Heimo Wallner dans une country amatrice de drones et de batterie ravageuse ; Merzbow, qui opte lui pour des déferlantes de sons saturées et un futurisme aux bruits exacerbés ; Peach Pit, au post-rock grapillant un peu partout et néanmoins décevant ; Wolfgang Fuchs, pour terminer, qui compose à partir de bourdons et de crépitements deux grands morceaux répétitifs. Espérons que la suite arrive avant neuf autres années...
Supernova 2 (Interstellar Records)
Edition : 2009.
10’’ : A1/ Bulbul & Heimo Wallner : Grand Kratzscha B1/ Merzbow : 11339 C1/ Peach Pit : Vertigo C2/ Peach Pit : O Biciklizmu C3/ Peach Pit : Ru-fruitcake2 D1/ Wolfganag Fuchs : Laurenz D2/ Rundschau
Pierre Cécile © Le son du grisli
Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky, 2009)

Au prétexte de trouver de l’intérêt à travailler sur le matériau cassette (au moyen de lecteurs et d’enregistreurs de cassettes mais aussi – et quand même – de synthétiseurs analogiques et de microphones variés), Gregg Kowalsky bouda un peu le digital pour édifier Tape Chants.
De concerts (aux airs d’installation sonore) en studio (où le disque a été enregistré), Kowalsky affina ses expériences au point de consigner sur disques un lot de trouvailles électroacoustiques rehaussées d’une drôle d’envie de se mouvoir. Après qu’un décorum brumeux aura été installé, toutefois, d’où jailliront boucles minutieuses et parasites extirpés du monde réel. Quelques soupçons de rythme, ici et là, font tenir l’assemblage et parfont même sa cohésion à coups de contrastes inattendus. Les vignettes expérimentales peuvent alors se désagréger, elles reviendront sous forme de souvenirs pour obéir aux conseils des boucles tenaces de Tape Chants.
Gregg Kowalsky : Tape Chants (Kranky)
Edition : 2009.
CD : 01/ Invocation 02/ I-IV 03/ V 04/ VI-VII 05/ VIII 06/ IX 07/ X-XI
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation, 2009)

Peintre et musicienne américaine, Vanessa Rossetto déploie sur Dogs in English Porcelain un paysage en perpétuelle évolution, soumis à différents éléments : field recordings, manipulations d’objets ou d’instruments (à cordes, le plus souvent), usages électroniques.
Une plage unique transforme ici les bruits du quotidien en paysages insensés dans lesquels l’indécision d’un archet croise des souffles grandioses et le sifflement d’oiseaux en cage disparaît en mécaniques trop concrètes. Oscillations, larsens, bourdons, résonnances, bruits de frottements et rumeurs timides finissent de peupler l’espace : champ d’expérimentations diverses que Vanessa Rossetto investit avec une perversité raffinée.
Vanessa Rossetto : Dogs in English Porcelain (Music Appreciation)
Edition : 2009.
CD : 01/ Dogs in English Porcelain
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Tomasz Bednarcyzk : Let's Make Better Mistakes Tomorrow (12k, 2009)

Jeune musicien polonais dont les deux premières œuvres ont trouvé l’écrin subtil qu’elles méritent en le label Room40 de Lawrence English, Tomasz Bednarczyk traverse le Pacifique pour son troisième effort, hébergé par la maison new-yorkaise 12K. Le changement d’hémisphère n’implique nullement une nouvelle orientation, toujours basée sur des traitements ambient de la guitare et du piano autour de quelques notes éparses.
Divisé en deux sections dont le pivot est le titre au piano (et turntablism ?) The Sketch, Let’s Make Better Mistakes s’écoule lentement, d’aucuns diront sans passion, sur des drones très chill à la Eliane Radigue, parfois agrémentés de field recordings, tels ces bruits de pas sur Shimokita. Heureusement, une lumière éprise de Giuseppe Ielasi jaillit de la blancheur sonore sur le magnifique Drawing, elle ravive considérablement l’intérêt, en montagnes russes (un comble pour un Polonais ?). On aimerait pourtant distinguer le disque de cette masse informe des productions ambient à base de drones. Hélas, de trop rares occasions ravivent notre intérêt, à l’image de cette pulsation surgie du fog automnal (Autumn).
Les quatre derniers titres de la seconde partie, plus sombre et décantée, explorent davantage l’inquiétude des ténèbres. De ces quinze minutes finales, on retiendra principalement la filiation entre Bednarczyk et Wolfgang Voigt sur un So qui n’aurait pas démérité sur les quatre immenses disques du producteur allemand également nommé GAS.
Tomas Bednarczyk : Let’s Make Better Mistakes (12K / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ While 02/ Shimokita 03/ Drawing 04/ Raspberry Girl 05/ Autumn 06/ The Sketch 07/ Kyoto 08/ So 09/ Little Spring 10/ Night
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli
Phill Niblock : Touch Strings (Touch, 2009)

Après les instruments à vent (sur le monumental Touch Three, Touch Music, 2006), Phill Niblock investit les cordes afin de bâtir trois nouvelles cathédrales sonores, au matériau de base et au procédé de composition différents. Stosspeng est élaboré à partir de l’accumulation d’échantillons de pulsations des guitare et guitare basse de Susan Stenger et Robert Poss. Poure résulte de l’assemblage de plusieurs couches de violoncelle joué par Arne Deforce et One Large Rose du mixage de quatre pistes correspondant à autant d’enregistrements du Nelly Boyd Ensemble de Hambourg.
Comme d’habitude, les monolithes sonores construits par Niblock ne révèlent toutes leurs subtilités qu’à un très fort volume. C’est ainsi que cette musique communiquant un sens de l’espace sans nul autre pareil exerce le mieux sa force de fascination. Les strates, aux progressions graduelles, enveloppent peu à peu l’auditeur, confronté à un monde de textures aux richesses quasi infinies. La durée des pièces (une heure pour Stosspeng) est essentielle pour imposer à l’auditeur la concentration nécessaire lui permettant de s’immerger dans un univers dont le seul principe serait le son, éternel et absolu.
Phill Niblock : Touch Strings (Touch Music / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2007 (Stosspeng), 2008 (Poure, One Large Rose). Edition : 2009.
CD1 : 01-06/ Stosspeng (Susan Stenger et Robert Poss) - CD2 : 01/ Poure (Arne Deforce) 02-06/ One Large Rose (The Nelly Boyd Ensemble, Hambourg)
Jean Dezert © Le son du grisli
Richard Chartier : Untitled (Angle.1) (NonVisual Objects, 2009)

C’est pour une installation (non intitulée) de l’artiste Linn Meyers que Richard Chartier composa cette pièce d’un peu plus de 36 minutes (non intitulée non plus). Afin d'expliquer la précision entre paranthèses ((angle.1)), voici à quoi ressembe l’œuvre.
Sous cet angle, Richard Chartier trouve le prétexte à poursuivre son questionnement de la stéréo et calque ses lignes électroniques sur celles d’encre que l’on pouvait voir sur les murs. En conséquence, deux œuvres s’associent et entremêlent leurs lacets (ceux de Chartier imbriquant déjà un larsen, une couche sonore horizontale, et des chants de faux criquets). Le disque en ressort diaphane mais impressionnant par la façon qu’il a d’apposer côte à côte des moments de silence (le blanc des murs de Meyers) et des mouvements sonores tout en discrétion. La vérité n’est pas ailleurs que dans cette découverte : le visuel peut s’entendre.
Richard Chartier, Untitled (Angle.1) (extrait). Courtesy of NonVisualObjects.
Richard Chartier : Untitled (Angle.1) (NonVisual Objects)
Edition : 2009
CD : 01/ Untitled (Angle.1)
Pierre Cécile © Le son du grisli
Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins, 2009)

Une face de 33 tours et une seule. Consignées en sillons : deux improvisations de Nappe (Pierre Faure et Christian Malfray) et puis la rencontre du duo avec le guitariste Jean-Marc Montera.
D’abord, deux improvisations de tailles inégales : introduction sur laquelle Nappe confectionne une miniature d’un folk répétitif et pièce principale sur laquelle d’autres notes redites avec insistance par la guitare rivalisent de présence avec un drone et un larsen. A l’arrivée de Montera, un nouveau folklore est mis au jour, plus lointain d’apparence : Inde réinventée et fantasme pris au piège des fils électriques de Malfray. Et lorsque les guitares disparaissent, les suivent les épreuves de musiciens subtils : « Improvised Sound Compositions ».
Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A1/ Nappe : Improvised Sound Composition1 A2/ Nappe : Improvised Sound Composition 2 A3/ JM Montera / Nappe : Improvised Sound Composition
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

































