Le son du grisli

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Genetic Transmission : Genetic Transmission / Chrzqszcz brzmi w trzcinie (Zoharum, 2016)

genetic transmission

Si je crois tout connaître de l’industrie musicale, l’indus est encore un monde à découvrir pour moi. Passées les références du genre, que de surprises en effet m’attendent entre un zinc en décomposition et des rails de métal rouillés. Dans une série dédiée aux archives, le label Zoharum réédite donc… Genetic Transmission.

C’est sous ce nom que Tomasz Twardawa a enregistré en 1996 ce CD inaugural sorti sur OBUH l’année d’après. Il joue avec les programmations, les rythmes entêtants, multiplie les ajouts bruitistes (un des disques de Genetic Transmission s’appelle Electro Bruitiste et un autre rend hommage à Russolo !) sur des pistes… bruitistes. Lent et étouffant à souhait, une belle découverte donc.

Si belle qu’on se jettera sur une autre réédition sortie à l’époque sur Tochnit Aleph : Chrzqszcz brzmi w trzcinie. Twardawa franchit encore un cap dans l’étouffement et du coup… plus difficile pour nous de respirer (orgues, ordinateur, bandes triturées ne nous laissent pas le choix). Loin d’être aussi intéressant que l’autre, mais l’autre c’est quand même quelque chose.

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Genetic Transmission : Genetic Transmission
Zoharum
Edition : 1997. Réédition : 2016.
CD : 01-09/ Genetic Transmission

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Genetic Transmission : Chrzqszcz brzmi w trzcinie
Zoharum
Edition : 1997. Réédition : 2016.
CD : 01-06/ Chrzqszcz brzmi w trzcinie
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Michael Esposito : Voice Box (Spectral Electric, 2016)

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Le sous-titre de cette Voice Box – en réalité : une clef usb de la forme d’une carte de crédit – dira ce qu’on y trouve : « A Collection of Oddities and Curiosities », issus de travaux signés du Phantom Air Waves de Michael Esposito. Une suite de raretés, à l’image d’In The Silence Of A Watery Grave dont une centaine d’exemplaires furent jadis glissés dans un petit livre et qu’il sera en conséquence impossible de commenter ici.

Rangées dans neuf dossiers qui renferment aussi images et parfois explications, les autres pièces sonores (MP3 et WAV) donnent à entendre Esposito arranger ses EVP seul ou en compagnie d’amis choisis. Certes inégale – le chasseur se contentant parfois d’évaluer sa collection au son d’une ou deux boucles simplistes –, la boîte renferme quelques traitements astucieux qui parviennent à égaler en intérêt les interventions de ses acolytes.

Ainsi, sous la voix de Bryan Lewis Saunders, Esposito dispose-t-il quelques basses profondes qui renferment déjà le code d’un langage singulier ; avec Kommissar Hjuler und Mama Bär, il déforme d’autres prises afin qu’elles épousent le propos d’une surprenante discussion en allemand ; avec Carl Michael von Hausswolff, il adapte ses manières à deux pièces d’une électronique jouant de couches multiples pour mieux rendre hommage à Friedrich Jürgenson, l’une des grandes figures du phénomène de voix électronique. Seul, Esposito peut donner dans un genre expérimental progressif auquel on préférera l’étrange atmosphère de Haunt Of The Athenaeum Codex ou les miaulements répétés de The Barn Witch Familiar, pièce qu’il ne faudra pas oublier de produire quand viendra l’heure du procès en sorcellerie qu'on devra bien lui faire un jour.

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Michael Esposito : Voice Box: A Collection of Oddities and Curiosities
Spectral Electric
Edition : 2016.
MP3 / WAV : 01/ Byan Lewis Saunders & Michael Esposito : S.S. House 02/ Michael Esposito & Kommissar Hjuler und Frau : Der Geist Meiner Mutter 03/ CM von Hausswolff & Michael Esposito : The Ghosts of Effingham 04/ Michael Esposito & Rainier Lericolais : Perdus Et 05/ The Maladjusted of Manteno Asylum : Radical Matters 06/ The Shadow Of Roy Vail's Daughter Walks The Moonlit Harvest 07/ Haunt Of The Athenaeum Codex 08/ In The Silence Of A Watery Grave 09/ Demons Of Independance Day 10/ The Barn Witches' Familiar
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Hugo Blouin, Claude Bourque, Paul Grégoire : L’ossuaire (Tour de bras, 2016)

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Il faut faire abstraction des instruments et ce sont les musiciens (plutôt artistes sonores) eux-mêmes qui nous aident à le faire… C’est-à-dire Hugo Blouin, Claude Bourque et Paul Grégoire… Mais de quels instruments parlons-nous ? ces trois-là jouent du même : un orgue à feu (une sculpture que la chaleur fait vibrer, souffler, chanter… si l’on veut résumer les notes du disque qui disent aussi : « cette sculpture monumentale (…) est faite de tuyaux de métal résonnant à l’aide de torches au propane et d’ossements de baleine »).

C’est donc bien un ossuaire que l’on entend une fois le disque rangé dans le tiroir et non deux ou trois saxophones + une contrebasse à l’archet… Au-delà de l’aspect dronique de son son (on pense à Urban Sax bizarrement), on imagine mille choses cachées dans ses tuyaux, comme un train-fantôme, un transfo mélodique, un bacille de Dyson, un roulement à billes, une flûte électronique, un avion-balais… En représentation le 23 juillet 2013 (alors que leur instrument venait tout juste de sortir de l’atelier), les sculpteurs-musiciens (costumés, cf. la vidéo) ont en tout cas réussi à démontrer les diverses possibilités de la bête… Et, vous en conviendrez, c'est assez impressionnant !  


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Hugo Blouin, Claude Bourque, Paul Grégoire : L’ossuaire
Tour de bras
Enregistrement : 23 juillet 2013. Edition : 2016.
2 CD : 01/ Un 02/ Deux
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Lustmord : Dark Matter (Touch, 2016)

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Le sujet – la matière noire – aurait pu inspirer Lustmord bien avant Dark Matter, dernière référence en date de la discographie que Brian Williams inaugura sous ce nom en duo avec John Murphy. Serait-ce alors un pas vers l’ultra-noir que ferait ici, en trois temps, l’une des grandes figures de l’ambient ombreuse ?

Il faudra tenir les claustrophobes éloignés de ces nappes soufflant le froid et de ces sirènes qui, sur deux notes, balisent un paysage lugubre qui ne peut que faire effet sur le voyageur derrière lequel se sont refermées de grandes et lourdes portes de métal. Pour cette sorte de descente aux Enfers qu’il lui a promise, Lustmord oblige en plus son invité à un transport aussi lent que le sien.

Prendre, alors, garde aux bruits sourds que vobulent les résonances et les vents contraires : confinée à un environnement hostile mais ravissant aussi, l’écoute s’empare d’un paquet de rumeurs auxquelles elle attachera presque autant de fantasmes noirs. Si la dernière piste est moins impressionnante – allongeant l’expérience d’une distance de trop – est-ce parce qu’elle accompagne le lent retour à la surface du musicien et de son invité ? 

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Lustmord : Dark Matter
Touch / Metamkine
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Subspace 02/ Astronomicon 03/ Black Static
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Bjarni Gunnarsson : Paths (Granny, 2016)

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Le moins que l’on puisse dire (je pense) à propos de Bjarni Gunnarsson (live electronics, trois disques à son actif pour le moment) c’est qu’il sait travailler les sons. La preuve avec le CD Paths dont les figures sont composées d’aigus qui frétillent et de basses qui vous enveloppent plus que chaleureusement… mais est-ce suffisant ?

Car si les sons rappellent (par exemple) ceux de Strotter Inst., les compositions du Suédois ne donnent pas dans le répétitif crescendo. Non, mais plutôt dans une abstraction à géométrie variable avec son lot d’élucubrations soniques, de percées lumineuses et de chausse-trappes sordides, jusqu’à ce que Gunnarsson nous plante là, en plein milieu d’une ambient à vous donner le tournis (et c’est ce qui arrive). Que faire d’autre si ce n’est entendre / regarder / profiter de ce que l’Islandais nous a préparé ? Spatial et plus que spécial !

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Bjarni Gunnarson : Paths
Granny Records
Edition : 2016.
CD : 01/ Ubieties 02/ Mecolico 03/ Pulsatiles 04/ Verlat 05/ Gallivant
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Maninkari : Oroganolaficalogramme (Ferme-l'oeil, 2016)

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Cela fait près de dix ans que Maninkari (= Frédéric & Olivier Charlot) sort des disques et ce n’est qu’avec Oroganolaficalogramme que je fais sa connaissance (j’en ai appris pas mal ici grâce à l'ami Eric Deshayes, pour tout révéler de mes pitoyables (je sais) méthodes de travail). Ça commence à l’orgue, comme un orgue d’église ou même de cathédrale et on imagine le retour pas prévu du dernier drone qu’on a écouté sur on-ne-sait-plus-quel CD mais non c’en est un autre, et puis ce n’en est plus un.

Car voilà qu’arrive un violon (un peu plus loin ce sera un violoncelle) et on entre dans un pentacle qui n’est plus dronien mais métalleux. Mais attention, d’un métalleux d’ambiance, à la Barn Owl (mais sans les arpèges de guitares) ou à la Earth un peu ou, si on remonte plus loin encore, au kraut de Peter Michael Hamel. Le plus, c’est qu’au fil des plages, l’organolaficalogramme bouge : des percussions qui tonnent, un violon qui tournoie, une « voix » qui enchante un folk noir… Maninkari a baptisé certains de ses travaux improvisés / composés Continuum : on promet de suivre le fil.



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Maninkari : Oroganolaficalogramme
Ferme-l’œil
Edition : 2016.
CDR : 01-07/ Oroganolaficalogramme
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Hamitic Myth : Merciless Logic (Under, 2015)

hamitic myth merciless logic

Je dois bien avouer qu’il m’a fallu retourner la cassette pour pouvoir l’être aussi (retourné). Mais j’ai à ce moment précis oublié ce grand-œuvre de drone-synthé-genre-goth-factice (un peu) à la Barn Owl en touffu étouffé.

Car sur la B (de face), c’est là que le groupe du nom d’Hamitic Myth (le duo Giels Bils / Pol Vanlaer) a décidé de frapper fort = de sprayiser son ambient dark à pulsations profondes et variations ultrasensibles. Alors là, oui, Hamitic : je prends et j’adoube : le Myth y est.



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Hamitic Myth : Merciless Logic
Under
Edition : 2015
Cassette : Merciless Logic
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mamiffer, Daniel Menche : Crater (Sige, 2015)

daniel menche mamiffer crater

J’ai comme l’impression de n’entendre Daniel Menche qu’en « périodes » de fêtes (voire : de Noël !). Cette fois, c’est avec le Mamiffer d’Aaron Turner et Faith Coloccia. Daniel dans l’antre du Mamiffer, voilà qui promettait, mais le premier piano qui crash rebute, déployant facile une intro qui n’en est qu’une (d’intro). Mais mais (or or) c’est par la suite que ça se précise : Menche et Mamiffer versent dans une ambient noise qui vous retourne l’estomac.

Oui, rien que ça. Field recordings (encore des f.r., mais quand même pas les mêmes que ceux des autres), crescendos telluriques, drones qui épaississent comme des crapauds qui fument, lourds instruments métalliques qui cherchent à retourner la terre aride et voix de sirènes qui vous serrent le… Mamiffer. On excusera juste le piano (de l’intro et de la conclusion) : à part ça, du grand Menche et du grand Mamiffer. Que dire d’autre sinon d’y courir ? = Tous au Crater !



Mamiffer, Daniel Menche : Crater (Sige Records)
Edition : 2015.
CD / Cassette : 01/ Calyx 02/ Husk 03/ Alluvial 04/ Breccia 05/ Exuviae 06/ Maar
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Steerage : Entropy Is What the State Makes of It (Caduc, 2015)

steerage entropy is what the state makes of it

Sous le nom de Steerage, le guitariste Barry Chabala – déjà fort occupé par les partitions du collectif Wandelweiser, notamment auprès de Michael Pisaro – et l’artiste sonore A.F. Jones ont récemment enregistré dans le studio du second les quatre pièces d’Entropy Is What the State Makes of It. Pour ne pas ménager le suspense, c’est dans un autre « genre » qu’on entendra donc Chabala.

Dans plusieurs, même, tant les quatre pièces jouent de différences. Ainsi, un lent domptage de feedbacks – la guitare sera électrique d’un bout à l’autre du disque, ou presque – rappellera d’abord, mais sans impressionner autant, le YMCA d’Alan Licht. La suite est d’autant plus convaincante, qui évoque quelques précédents (ici Throbbing Gristle, là Institut Für Feinmotorik…) sans s’y accrocher pour autant : Chabala et Jones y composent avec des notes tremblantes de cordes pincées, de fragiles bourdonnements, des grésillements d’ampli, quelques enregistrements de terrain et d’autres sons encore, sortis de quelles machines. (Beyond the) Missoury Sky renversé, Entropy Is What the State Makes of It fait ainsi œuvre d’ambient noire sur laquelle ne finissent plus que planer les ombres, toutes deux singulières, de Chabala et de Jones.  



Steerage : Entropy Is What the State Makes of It (Caduc)
Edition : 2015.
CDR : 01-04/ Entropy Is What the State Makes of It
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Justin Lépany : Agnes (In Redemption) (Creative Sources, 2015)

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Compositeur français installé à Berlin, Justin Lépany est aussi guitariste. Electrique, je précise. En tout cas sur son Agnes (In Redemption) = trois plages enregistrées tout récemment.

Si le CD sort sous l’excellente étiquette Creative Sources, on est loin d’une improvisation cérébrale et même peut-être bien pas dans l’improvisation du tout. C’est ainsi que sur la première plage, Lépany construit (Avec force delay ou chorus, à ce que j’en ai conclu) un solo de guitare qui doit autant au minimalisme US qu’au Krautrock ou à l’indus. C’est dire que, pendant 25 minutes, la pièce bouge pas mal. Accélérant le rythme des boucles de sa guitare, Lépany arrive même à nous faire croire que celle-ci nous parle (« avec des mots », je veux dire).

La suite est dans le genre d’Oren Ambarchi de Sagitarrian Domain (pour le deuxième morceau) et dans le genre dispensable (pour le troisième, qui colle divers petits jeux de guitare sans grand intérêt). Mais qu’importe la disparité d’Agnes (In Redemption), Lépany y a fait un plutôt bel effet !

Justin Lépany : Agnes (In Redemption) (Creative Sources)
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Agnes (in Redemption) 02/ Tügüdüdü (God of Smokes) 03/ And Raven Stole the Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

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