Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Joëlle Léandre, Théo Ceccaldi : Elastic (Cipsela, 2016)

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C’est l’aurore mais c’est une aurore joyeuse : Joëlle L. n’épargne pas son archet, il court intrépide, robuste, rigoureux. C’est le crépuscule mais c’est un crépuscule heureux : Théo C. patiente avant de convoquer l’archet. L’une se balade dans l’immédiat, l’autre prend le temps d’observer. Mais le mariage est évident.

Réactifs, les voici projetés dans le royaume des cordes qui s’aimantent, vagabondent, s’écartèlent, palpitent, propulsent, ondulent, désaxent, cheminent. Douce conversation d’un intime partagé, bienveillance et abandon, art des présences robustes, esprits entiers, montées fiévreuses et poignantes… tout ceci et bien plus encore.

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Joëlle Léandre, Théo Ceccaldi : Elastic
Cipsela

Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ #1 02/ #2 03/ #3 04/ #4 05 /#5 06/ #6  
Luc Bouquet © Le son du grisli

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JC Jones, Raphaël Saint-Rémy : Serendipity (Kadima Collective, 2016)

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Duchamp des possibles visités par Raphaël Saint-Rémy (piano, electronics, haut-cuivre, trompette, etc…) et JC Jones (guitare, banjo, contrebasse, etc…), il nous reste une féerie de bruissements, frottements, brouillages, borborygmes. Comme si, échappés du tréfonds des entrailles terrestres, se déversaient les fantômes – pas toujours bienveillants – des surréalismes passés. Comme si  les esprits se réveillaient d’un long sommeil et hantaient ce joyeux indéfini épinglé par les deux improvisateurs.

A force d’insister sur le farfelu, d’armer leurs garnis(s)ons de chocs et de cordes slappées puis de s’offrir quelques respirations – certes anxiogènes –, Raphaël Saint-Rémy et JC Jones sont comme furets au milieu de la basse-cour : de dangereux prédateurs étouffant des systèmes bien trop huilés pour être honnêtes.

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Raphaël Saint-Rémy, Jean-Claude (JC) Jones : Serendipity
Kadima Collective
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
CD :  01-09/ T1 – T9
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Aaron Lumley : Katabasis/Anabasis (Small Scale Music, 2016)

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Les photos que le label Small Scale Music a utilisées pour l’artwork de cette cassette nous montrent Aaron Lumley, la trentaine, en pleine forêt (pas de persistants, vu que les arbres sont nus). Il a l’air de lutter contre la nature, le contrebassiste, au moment d’entamer l’ascension d’une pente de feuilles mortes et une fois stabilisé on le sent encore subjugué par le mystère des éléments.

En même temps, était-il obligé d’aller jouer dans ce sous-bois ? Non, d’autant que ces quatorze prises l’ont été à La Passe, Montreal, certainement dans un studio tout ce qu’il y a de plus classique. Ce qui expliquerait la séance photo (en plus du fait que John Eckhardt a été son professeur) serait alors ce lien à la terre et à la nature que le musicien a l’air d’avoir chevillé au corps (certains titres le prouvent : Grappling with a River, Mountain Goats’ Dance, By the Light of a Blood Moon…).

Ni trop improvisée ni trop expérimentale, la musique d'Aaron Lumley (pizzi ou à l’archet qu’il a de vif sauf quand il s’en sert comme d’un bout de bois), se veut donc… organique. Et elle l’est en effet. Comme la nature, elle peut aussi être belle, chatoyante, agaçante et de temps en temps longue comme une nuit d’hiver. Peut-être pas encore aboutie, ceci étant. Mais dans une saison ou deux, qui sait ?

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Aaron Lumley : Katabasis/Anabasis
Small Scale Music
Enregistrement : 2016. Edition : 2016.
K7 : A1/ Nekyia A2/ Low Country Blues A3/ Grappling with a River A4/ Waldeinsamkreit – B1/ Psychopomp B2/ Mountai Goats’ dance B3/ A Pryriscent Green Man B4/ In Silence Easy B5/ Root System Sound System B6/ By the Light of a Blood Moon
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis : Enfances (Fou, 2016)

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Les portes n’étaient pas murées, tout était encore possible : le rire, la charge, la décharge, la crispation, le relâchement. On s’échappait des codes, ce n’était pas pour en fabriquer de nouveaux. Alors, on prenait le taureau par les cornes, on fonçait sur le drapelet rouge puisque le rouge était encore couleur d’espérance (et Joëlle de se rêver en Carmen teutonne, le temps d’un court couplet).

L’alto grésillait, caquetait, grondait, s’invitait moustique affamé, savait où se loger l’ultra-aigu. Le tromboniste salivait de bonheur, éructait, aboyait, gargarisait son souffle. La contrebassiste-vocaliste exultait, l’archet se portait large, le lapidaire trouvait sa lame. La jungle était sans limite, de drôles d’oiseaux zébraient l’horizon, la basse-cour avait vu le loup. Musiciens et spectateurs étaient des indiens que les cowboys et autres justiciers de petites revues n’osaient pas (même s’ils en rêvaient) affronter. C’était Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis, et le Dunois, en ce jour du 8 janvier 1984.

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Daunik Lazro, Joëlle Léandre, George Lewis : Enfances
Fou Records
Enregistrement : 1984. Edition : 2016.
CD : 01-10/ Enfance 1 – Enfance 10
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Radu Malfatti : Shizuka Ni Furu Ame / Radu Malfatti : Hitsudan (B-Boim, 2015 / 2016)

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C’est toujours une joie d’entendre, sur le label d’un musicien que l’on apprécie, un autre musicien que l’on apprécie. C’est ici – Shizuka Ni Furu Ame, pour le titre du disque – une composition de Radu Malfatti interprétée par le guitariste Cristián Alvear, à qui elle est dédiée.

La composition – qui respire au point que de gagner sans cesse en espace – dure un peu moins d’une heure et paraît peu évolutive. Elle est pourtant faite de décalages subtils qui s’arrangent d’une note puis d’un accord en formation : soit, pour Alvear, le temps d’une ou deux cordes pincées, de trois un peu plus tard. A l’expansion (mesurée) de la composition répond bientôt un jeu de guitare lâche qui rétablit et puis profite d’un équilibre saisissant.

Que l’on retrouvera sur Hitsudan, autre composition – une première traduction parle pour Hitsudan de « correspondance écrite » – de Malfatti que le même Alvear interprète avec Dominic Lash. A tel point que ce pourrait être un autre Shizuka Ni Furu Ame mais cette fois joué à deux ; dansé, même, tant les musiciens cherchent à coordonner leurs mouvements afin d’harmoniser des forces pourtant inégales (un aigu de guitare, parfois, pour un grave de contrebasse). Peine perdue – des écarts subsistent – mais, entre les silences, Alvear et Lash tombent d’accord sur un charme en rupture. C’est d’ailleurs la marque de Radu Malfatti, cette association du charme, du silence et de la peine perdue.


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Radu Malfatti, Cristián Alvear : Shizuka Ni Furu Ame
B-Boim
Enregistrement : 11 août 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Shizukanifuruame

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Radu Malfatti, Cristián Alvear, Dominic Lash : Hitsudan
B-Boim
Edition : 2016.
CD : 01/ Hitsudan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Szilárd Mezei Trio : Secret Public / Edith Alonso : Collapse (Aural Terrains, 2016)

szilard mezei trio secret public

En suivant une impulsion (Vitezek a lerakohelyen) ou en colportant des pistes transitoires (Titkos élet), Szilárd Mezei (violon alto), Ervin Malena (contrebasse) et Istvan Csik (batterie) projettent sur ce Secret Public de fulgurants faisceaux.

Ces deux plages d’une demi-heure chacune ne se synchronisent pas, ne s’assemblent pas. La première joue sur la diversité des gestes : les cordes crissent, glissent, encerclent plutôt qu’emplissent. Il n’y a pas d’effacement mais une retenue trouvée, un besoin de ne pas troubler le curseur. Soudain, une charpente harmonique se déploie et l’écriture s’ouvre au grand jour. L’exercice de désossement peut commencer. Un frôlement viendra ceinturer de sa ligne perdue ce moment précieux. La seconde bénéficie d’un mouvement, parfois écarté, mais toujours en action dans l’inconscient des musiciens. Vont ainsi pouvoir se fracturer riffs et mélodies avant que ne réapparaisse, tendue et désormais asymétrique, la trajectoire originelle.



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Szilárd Mezei Trio : Secret Public
Aural Terrains
Enregistrement : 2010. Edition : 2016.
CD : 01/ Viezek a lerakohelyen 02/ Titklos élet
Luc Bouquet © Le son du grisli

 edith alonso collapse

Est-ce dans cette inquiétante salle des vents (en couverture) qu’Edith Alonso est un jour allée poser sa contrebasse préparée ? Pour, peut-être, la soumettre aux rafales quand l’archet agaçant déciderait de la délaisser ou pour la changer en hôtel à insectes (selon la mode du jour) chantants ? Sous l’impulsion d’un contact électrique ou à la seule force de son poignet, elle recueille en tout cas d’étonnants grognements quand ce ne sont pas plutôt de beaux motifs qui tournent avant de disparaître dans un soupçon. Et si l’on pense de temps à autre à John Eckhardt, la comparaison n’est pas faite pour desservir Edith Alonso.



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Edith Alonso : Collapse
Aural Terrains
Enregistrement : Mai 2014. Edition : 2016.
CD : 01-04/ Collapse I-Collapse IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jason Kahn, Patrick Farmer, Sarah Hugues, Dominic Lash : Untitled for Four (Cathnor, 2015)

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Sur les cartons qui enferment ces deux disques Cathnor courent des lignes – dont les trajectoires, déjà mystérieuses, peinent à s’accorder – extraites de la partition graphique d’Untitled for Four. Avec Jason Kahn (aux synthétiseur analogique, table de mixage et radio), son compositeur, Patrick Farmer (platines CD, enceintes préparées), Sarah Hugues (cithare, piano) et Dominic Lash (contrebasse) en donnent deux lectures.

Chacune des lignes, toutes de l’épaisseur d’un cheveu, chantera selon son interprète : lui, ou elle, trouvera ici l’occasion de trembler, là celle de supposer, ailleurs encore celle de se taire – plutôt : de ne rien oser d’autre que de suivre la ligne. Du discret usinage s’élèvent des rumeurs diverses qu’un archet épais avalera bientôt. C’est en conséquence (et semble-t-il) la contrebasse qu’il faut renverser : face à son insistance, Kahn, Farmer et Hugues envisagent des pièges – discrètement d’abord, avec force ensuite (sur la seconde version de la pièce, les larsens pénètrent ainsi davantage) – que Lash accueille avec une indifférence élégante. Ses compagnons l’acceptant, Untitled for Four profite d’élégances subtilement additionnées.



untitled for four

Jason Kahn, Patrick Farmer, Sarah Hugues, Dominic Lash : Untitled for Four
Cathnor
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
2 CDR : CD1 : 01/ Untitled for Four Version 1 – CD2 : 01/ Untitled for Four Version 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Uliben Duo : Shared Memory (Creative Sources, 2015)

uliben duo shared memory

En temps réel, les live-processing d’Ulrich Phillipp percutent la contrebasse de Benoît Cancoin. Le mouvement ne s’égare pas, ne se transforme pas mais s’enrichit, accroît les harmonies d’archet. La boucle s’affermit, la contrebasse se déconnecte, le grésillement heurte le premier plan (Common Reservoir).

En quarante minutes, Joint Repository brosse le bois, fouette les borborygmes. La contrebasse lance l’accord et les ruches se rejoignent. Le bois scintille, saigne. L’archet se fait long, horizontal, Peter Kowald passe par là. Entre vertiges et contrôles, on glisse et on s’éloigne.

Les coups sont donnés, les coups sont rendus. La mémoire des chaos s’illumine. On gravit marche à marche sans oublier de rebondir (Concerted Recollection). Balayage des cordes ou bourdons, contrebasse et live-processing ne sont plus concurrents. Ils cheminent désormais côte à côte : ogres et fraternels (Mutual Memorization).

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Uliben Duo : Shared Memory
Creative Sources / Metamkine
Enregistrement : 2014 . Edition : 2015.
CD : 01/ Common Reservoir 02/ Joint Repository 03/ Concerted Recollection 04/ Mutual Memorization
Luc Bouquet © Le son du grisli

>>> A Strasourg, le 29 mai, l'Uliben Duo entamera une tournée de cinq dates. Tous les détails peuvent être lus ici.

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Urs Leimgruber Jacques Demierre Barre Phillips : 1↦3⊨2:⇔1 (Jazzwerkstatt, 2015)

ldp trio 1 3 2 1

Dans le livret du disque, Barre Phillips explique la formule qui aura inspiré, si ce n’est guidé, ce nouvel enregistrement du LDP qu’il forme avec Urs Leimgruber et Jacques Demierre. « Mathématique », celle-ci : 3 individus ne font plus qu’1 (le trio) dans l’idée de faire 2 avec le public ; après quoi – ce concert enregistré le 10 mai 2012 à Uster, Suisse, par exemple – chaque individu fait à nouveau 1 et même : un nouveau 1, qui ne sera plus jamais le même.

En conversation, Demierre explique de quoi retourne ce passage de 3 à 1 : « les musiciens du trio (sont) plongés au cœur de ce concours de circonstances transitoires et sonores. Chaque musicien est conditionné par les deux autres, sans pour autant en être dépendant. » La transformation opère-t-elle pendant les premières secondes du concert ou avant même que celui-ci ne démarre ? C’est-à-dire : est-ce le 3 ou le 1 que l’on plonge dans ce « concours de circonstances » qu’est la représentation ?

Même si les coups sont volontaires, le trio évolue d’abord aux portes du silence sur la première des quatre plages qu’il organisera ce soir-là. Sur celles-ci, on goûtera d’autres combinaisons dont l’équilibre est l’atout principal : Demierre peut aller et venir à même les cordes de son instrument ou distribuer quelques clusters, Leimgruber y faire ricocher ses notes de soprano ou mettre en marche celles de son ténor, Phillips embrasser l’ensemble d’un archet grave et rond – de ce 1 construire la carapace – ou s’abandonner à une intention tranchante davantage… Et si les mathématiques nous apprennent que l’important ne se trouve pas tant dans le résultat que dans l’opération, la formule du LDP fait, une fois encore, exception à la règle.



1 3 2 1

LDP : 1↦3⊨2:⇔1
Jazzwerkstatt
Enregistrement : 10 mai 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Humming Hubs 02/ Hosses Held 03/ Glorious Gusts 04/ Warki
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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John Butcher, Michael Duch : Fjordgata (Confront, 2016)

john butcher michael francis dutch fjordgata

Contrebassiste habile en solo, Michael Francis Duch a démontré qu’il est aussi capable de s’entendre sur l’instant avec un musicien de taille : hier en compagnie de Joëlle Léandre ((live at) Gråmølna) et aujourd’hui auprès de John Butcher qu’il découvrit il y a une quinzaine d’années sur le disque Vortices and Angels – le saxophoniste auprès de cordes, déjà.

Aux ramages du soprano, et à ses premiers vacillements, Duch répond à coup d’archet épais, creusant un sillon dans lequel Butcher vient bientôt s’engouffrer. Comme en invité – le concert, qui date du 9 mai 2015, a été donné à Trondheim d’où est originaire Duch –, le saxophoniste semble accepter toutes les propositions, voire les jeux, de son partenaire : ici affirme-t-il une note avec suggestion, là épouse-t-il ce mouvement de balancier allant entre deux pizzicatos, ailleurs tourne-t-il, affolé, autour d’un bourdon. Et si la conversation tient parfois à un fil, si elle peut être volontairement décousue même, l’échange est d’une évidence qui vaut toutes les harmonies.



fjordgata

John Butcher, Michael Duch : Fjordgta
Confront / Metamkine
Enregistrement : 9 mai 2015. Edition : 2016.
CD-R : 01/ Fjordgata
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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