Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Andrew Liles : The Power Elite (United Dairies, 2016)

andrew liles the power elite

Derrière les visages du couple Blair – à peine déformés – se lève une armée de voix prêtes à lui demander des comptes. Ce n’est pas la première fois qu’Andrew Liles signe une musique « qui fait parler » (on pense d’abord à The Surveillance Lounge, en Nurse With Wound) mais avec The Power Elite, ce sera seulement le temps de l’introduction.

Car les porteurs de murmures auront vite fait d’aviser d’autres instruments – percussions, cordes souvent grinçantes, grand piano… – qui leur permettront d’entamer une danse macabre, particulière pour être chargée de sens : combien de déceptions politiques (on sait Liles défait par le Brexit récemment plébiscité), combien de fois l’impression de ne pas avoir été écoutés ?

Des années après, c’est l’heure de la revanche. Remontant les horloges – les détraquant à force, ils provoquent par exemple la rencontre de Tony Blair et d’Horatio Alger, dont LeRoi Jones réinventait jadis la mort –, les facétieux fantômes menacent et leurs plaintes jouent d’échos. En conséquence, leur bal est inquiétant, qui finira sur l’Air de la Reine de la Nuit – hier avec Stapleton, Liles manipulait Beethoven ; c’est aujourd’hui Mozart qu’il interpelle, et, avec son concours, toute l’élite qu’il discrédite.

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Andrew Liles : The Power Elite
United Dairies
Edition : 2016.
CD : 01/ Signature 02/ Horatio Alger Myth 03/ Systematic Conditioning 04/ Redemptioners 05/ Artificially Induced Consciousness 06/ Control & Manipulate & Exploit 07/ Affluenza 08/ The Iron Law Of Oligarchy 09/ Equitable Distribution
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Seňales de Síntesis : Música Electroacústica Peruana (1991-2000) (Buh, 2016)

senales de sintesis

J’ai un failli un jour aller au Pérou mais ça ne s’est pas fait. Alors pas étonnant que le Pérou vienne à moi, même si c’est de façon plutôt inattendue, faut avouer : une compilation double CD de musique électroacoustique de là-bas, enregistrée entre 1991 et 2000 (rendons-nous à l’évidence : ça commence déjà à faire loin 2000). C’est un peu dans le genre de la série An Anthology of ??? Experimental Music de Sub Rosa (il faut remplacer donc ??? par Peruvian, donc, et même, ça se complique, experimental par electroacustic).

Dans ces archives récentes il y a des drôles de bruits de synthés, des expérimentations en langue espagnole, des collages à jambe de bois et des compositions à béquille électronique, de la musique concréto-schizo… Je ne sais s’il servirait à grand-chose de citer les noms des neuf musiciens présents sur cette rétro (à part à allonger ma chronique, bien sûr, ce qui serait du goût de beaucoup de monde mais à qui je n’ai pas forcément envie d’obéir, ah cet éternel penchant pour la désobéissance...) mais je vais oser donner quand même ceux de ceux qui m'ont ravi l’oreille : Federico Tarazona, José Sosaya & César Villavicencio (dont les instruments à vents retapés sont irrésistibles). C’est toujours ça de pris, n’est-ce pas ?

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Seňales de Síntesis
Música Electroacústica Peruana (1991-2000)
Buh Records
2016
2 CD : Seňales de Síntesis. Música Electroacústica Peruana (1991-2000)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Marc Baron : Un salon au fond d'un lac (Potlatch, 2016)

marc baron un salon au fond d'un lac

Inutile d’aller chercher loin, c’est sur le site de Marc Baron – hier encore saxophoniste inquiet de Propagations – que l’on trouvera un début d’explication au propos d’Un salon au fond d’un lac : « Il y a les sons que je collecte, ceux que je fabrique, il y a ce que j'établis en amont par des protocoles et que je projette. (…) La complexité des qualités, leur assemblage, est le fond-même de ma musique ; prise entre un réalisme d'apparence et le désir du plus grand flou. Je cherche une tension. »

Comme celui d’Hidden Tapes, l’assemblage est convaincant, et même fascine ; comme celle d’Hidden Tapes, la tension, recherchée, est providentielle. C’est elle, d’ailleurs, qui interdit à l’auditeur de vaquer entre deux sons et même de prendre longtemps ses distances avec tous ceux qui composent les trois plages de ce disque. Car il y a des musiques expérimentales d’atmosphère et d’autres de récital, que l’on ne lâche pas. Celle de Baron tient des secondes, qui jouent avec toutes les époques que l’enregistrement sonore a pu un jour ou l'autre attraper : la nôtre contre toutes celles qui l’ont précédée, et puis finalement : toutes les époques d’avant avec et pour la nôtre.  

Qu’importe de savoir si ce sont-là des souvenirs personnels, les derniers soupirs de cassettes trouvées dans un carton détrempé ou même, plus simplement, de vieux fantômes sur bandes que Baron fait parler. L’essentiel est en effet que ses inventions et combinaisons, ses récupérations et détournements – échange vocal père-fils, partie de requiem implorant sous le crachin, rumeur insistante de l’eau, air perdu de piano… – s’entendent sur l’air terrible d’une expression poétique. Econome, certes, mais qui, au gré des preuves de vérité qu’elle retourne, conteste à la réalité l’inhérence de sa nature insaisissable et lui oppose même un ordre dénaturé des choses qui, au-delà même de l’image (Un salon au fond d’un lac), touche profondément.  



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Marc Baron : Un salon au fond d’un lac
Potlatch / Orkhêstra International
CD : 01/ Un salon 02/ La structure 03/ Un lac
Edition : 2016.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Christian Wolfarth : Spuren (Hiddenbell, 2016)

christian wolfarth spuren

Pour les deux faces d’un vinyle bleu nuit, Christian Wolfarth a récemment composé : sur matériau préenregistré ; avec la réflexion que l’exercice nécessite ; à distance, enfin, de ses Acoustic Solo Percussion.

C’est d’abord un bruit continu de sonnailles qui, mises bout à bout, s’entendent sur une presque même note. Celle-ci aurait pu courir sur les dix-sept minutes de Spuren I – on aurait alors, pour évoquer le bourdon, repris les noms osés par Jason Kahn dans les notes de Scheer – mais déjà Wolfarth arrange un autre air, qui lie quelques crépitements, le murmure d’une eau qui coule, des résonances jouant de ressacs, et un goût de métal exercé au chuintement.  

Au collage délicat de la première face, la seconde répond par un développement que l’on pourrait croire naturel. C’est au doigt et à l’œil (celui qui écoute), sur caisse claire semble-t-il, que le batteur installe une autre rumeur : sur les peaux de son instrument passent des rotatives, à même le tambour naît une étonnante musique de roulage – sans doute est-ce elle qui explique la référence faite au Talking and Drum Solos de Baby Dodds par Adam Sonderberg dans les courtes notes qu’il a signées pour Spuren. Ainsi est-ce dans le contraste, pour ne pas dire en deux temps, que les relectures de Christian Wolfarth magnifient sa première expression ; elles sont, en conséquence, indispensables.

spuren

Christian Wolfarth : Spuren
Hiddenbell Records
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
LP : A/ Spuren I – B/ Spuren II
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Martin Tétreault : Sofa So Good (Tanuki, 2015)

martin tétreault sofa so good

Si vous osez prendre place dans le Sofa So Good de Martin Tétreault, vous devez savoir que c’est à vos risques et périls. Il faut en effet être prêt à voir (et à entendre) des fantômes vous chercher noise et à comprendre que nous ne sommes que l’un des rouages d’un minus univers qui tient dans une boule à neige… Mais une boule renversée !

Une guitare ?,un piano ? une basse ? une platine vinyles (sait-on jamais ?) ? Oui à tout, peut-être… Mais puisque la neige tombe sur les instruments, comment savoir ? En tout cas, cette pièce à la renverse (avec au milieu ce sofa qui flotte) est une belle destroyed room (référence !) que Tétreault nous invite, en plus de quoi (comme diraient mes compatriotes), à retourner à notre tour.

Ça se passera en face B : il suffit de se servir dans les sons de la face A et de créer cette B-side vierge de tout Tétreault. Le vieux Tom Zé avait fait pareil sur Jogos de Armar (et d’autres avant lui peut-être, envoyez vos informations au journal). Dans un cas comme dans l’autre, j’ai pas encore joué le jeu. Peut-être parce que celui de Tétreault me suffit.



Martin Tétreault : Sofa So Good (Tanuki)
Edition : 2015.
Cassette : A/ Sofa So Good – B/ Sofa So Good Demix
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Maja S.K. Ratkje : In Dialogue w Eugeniusz Rudnik (Bôłt, 2014) / Ratkje, Wesseltoft, Norment, Galåen : Celadon (Important, 2015)

maja s k ratkje in dialogue with eugeniusz rudnik

L’exercice auquel se plie ici Maja Ratkje a plus à voir avec la conversation qu’avec celui du simple disque partagé. A ses côtés : Eugeniusz Rudnik, qui signe la première et la troisième pièce de cette référence Bôłt. Ratkje, en sandwich, trente minutes durant.

Trahissant un intérêt certain pour la voix humain, Rudnik en a fait son matériau. Deux compositions l’attestent : Divertimento (1971) et Breakfast on the Grass in the Cave of Lascaux (2002). D’un concret flagrant, la première pièce invoque la radiodiffusion pour faire œuvre de poésie et d’électroacoustique. La seconde, plus inquiète, superpose d’autres voix (celles, en l’occurrence, du Groupe de Musique de Bourges pour lequel Rudnik l’a écrite) qu’elle prendra soin de dénaturer.

Entre les deux, donc, Maja Ratkje compose à partir de samples qu’elle peut elle aussi modifier ou augmenter d'archives personnelles. C’est alors une rame de métro qui freine pour desservir une station : de ses portes ouvertes fileront des voix de toutes natures, des oiseaux caquetant et des collages obscurs. Un trait d’accordéon marque le centre de la composition, qui y trouve un peu d’envergure : la voix d’une danseuse tournant sur sa pointe nous parvient là d’une boîte à musique qu’aurait compressée César. C’est là tout l’intérêt du dialogue en question : la voix de Ratkje au-delà de celles de Rudnik

Maja S. K. Ratkje : In Dialgue With Eugeniusz Rudnik (Bôłt)
Edition : 2014.
CD : 01/ ER : Divertimento 02/ MR : In Dialogue with Rudnick 03/ ER : Breakfast on the Grass in the Cave of Lascaux
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Maja S

Michael Francis Duch enregistra Tomba Emmanuelle, Maja Ratkje est elle aussi allée. C’était en 2013, en compagnie de Jon Wesseltoft (accordéon, orgue et harmonium), Camille Norment (armonica de verre) et Per Gisle Galåen (cithare et harmonium). Jouant de l’acoustique de l’endroit, le groupe confectionne un folklore évanescent qui emmêle voix et bourdons légers. Certes la méthode est facile, mais il lui faudra encore se garder de tout excès de lyrisme pour parvenir à séduire vraiment : c’est le cas sur Beneath the Bough, la première des trois pièces du disque.

Maja S.K. Ratkje, Jon Wesseltoft, Camille Norment, Per Gisle Galåen : Celadon (Important)
Enregistrement : mai 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Beneath The Bough 02/ The Green Flood 03/ Afterglow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Coppice : Cores/Eruct (Category of Manifestation, 2015)

coppice cores eruct

On  a l’impression qu’il suffit à Noé Cuéllar et Joseph Kramer de mettre des archives bout à bout pour pondre (passez-moi l’expression) un œuf de Coppice. Cores/Eruct, par exemple, a été composé entre 2009 et 2012 et c’est aujourd’hui (sur le propre label du duo, dont c’est la première sortie) qu’il surprend par sa nouveauté. Sa quête de nouveauté, tout du moins.

Car on trouve sur le CD de l’entendu (des drones, des questionnements arty, des expériences électromagnétiques…) et de l’inattendu (des collages à l’ancienne ou quasi, des bruits de lutherie qu’on ne peut même pas imaginer même si l’on sait que le duo manie l’harmonium préparé et la shruti box, des beats saugrenus dans le domaine de l’abstraction…). L’important, pour Cuéllar et Kramer, étant de provoquer des suites d’action/réaction à une seule et unique fin : composer une ambient expé qui élève le bruit mécanique au rang de paysage musical. Que dire d’autre ? Sinon qu’avec While Like Teem or Bloom Comes, 2015 commence bien !

Coppice : Cores/Eruct (Category of Manifestation)
Enregistrement : 2009-2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Bluing 02/ Son Form 03/ Seam (Kinder) 04/ While Like Teem or Bloom Comes (Tipping) 05/ Blueing
Pierre Cécile © Le son du grisli

DERNIERS EXEMPLAIRES

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Felix Kubin : Chromdioxidgedächtnis (Gagarin, 2014)

felix kubin chromdioxidgedächtnis

Année 2014. Ultime (pas sûr) célébration en date de la cassette ! Felix Kubin (avec Ninon Gloger & Steve Heather aux claviers, samples et effets) a mis dans une boîte un cd, une cassette et un livret qui explique que Chromdioxidgedächtnis est le fruit de l’exploration des cassettes audio (toutes chromes, vraiment ?) de sa collection et de l’enregistrement d’instruments sur cassette exclusivement.

Le résultat donne des programmations rythmiques barrées mais pas seulement. Sur le CD, l’expérimental de M. Kubin, qui fraye souvent avec l’électropopdufutur, a ici un parfum de musique concrète (il n’y a qu’à entendre les loops des ces cordes de piano ou cette voix enregistrée sur un répondeur téléphonique), de collage surréaliste, de krautpop, etc. L’hommage à un objet et à son époque dans un grand délire œcuménique qui réconcilie Jon Appleton (par exemple) et le kitsch publicitaire.

Pour la cassette, c’est une autre histoire. Combien de mini Yamaha (Bontempi ?) y ont été maltraités ? Dans le paysage bandaire, des grosse mélodies, une guitare électrique, un piano, et une interview d’un ancien ingénieur de Philips qui nous parle de l’usage domestique de la cassette (= prétexte, bien sûr, pour Kubin, à copier-coller, citer, déformer la voix humaine). Cohérent mais moins efficace, musicalement parlant…

écoute le son du grisliFelix Kubin
Chromdioxidgedächtnis (extraits)

Felix Kubin : Chromdioxidgedächtnis (Gagarin / Metamkine)
Edition : 2014.
CD + Cassette : Chromdioxidgedächtnis
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Christoph Limbach : begin_if_(3) (Agxivatein, 2014)

christoph limbach begin_if_3

De tous nos papiers froissés j’aurais pu faire de la musique. Christoph Limbach froisse bien des micros, lui. A moins que ce ne soit des extraits de films, des choses de la vie concrète et des choses de la vie rêvée.

C’est le troisième volet de son projet begin_if. Et c’est parfois avec Angelina Kartsaki au violon. Des micros mais plus encore, des pulsations, des cymbales, des sons d’examens médicaux…, un monde entier à froisser. Le violon est lui oriental mais l’électroacoustique est occidentale. Car derrière tous ces sons il y a un drone et derrière le drone il y a toujours un occidental qui insiste : le drone, j’en fais mon métier, et mon imagination l’éprouvera. Je n’ai pas entendu les papiers froissés des deux premiers volets de begin_if. Le troisième ne plaide peut-être pas en la faveur du projet ? Je retourne à nos papiers froissés.



Christoph Limbach : begin_if_(3) (Agxivatein)
Edition : 2014.
Cassette : begin_if_(3)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Konkete Anti Wulst : Unsichtbare Zwillinge (Attenuation Circuit)

konkete anti wulst unsichtbare zwillinge

S’il n’existe qu’une vingtaine de copies de ce CD-R, il y a certainement une raison. Et voilà mon hypothèse : la musique qu’il contient a été composée à destination de parcs d’attraction d’un genre particulier, en d’autres mots d’un genre qui fait peur : le Luna Park fantôme ou le terrain vague d’ancienne expo universelle.  

Car les collages surréalistes du Konkete Anti Wulst de Glenn Hollstein et Holger Bischoff sont effrayants, grinçants, extasiques… Leurs concrete tapes & leurs noise bandes font batailler des orgues (presque d’église) et des voix inidentifiables dont les fréquences désincarnées se reflètent dans des palais de glace abandonnés. La musique concrète et le cinéma pour l’oreille auraient donc encore de beaux jours devant eux, dans une veine bruyante qui remue bien des fantasmes.  

écoute le son du grisliKonkete Anti Wulst
Unsichtbare Zwillinge

Konkete Anti Wulst : Unsichtbare Zwillinge (Attenuation Circuit)
Edition : 2014.
CD-R / Téléchargement : 01/ Unsichtbare Zwillinge
Pierre Cécile © Le son du grisli

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