Le son du grisli

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Sophie Agnel : Capsizing Moments (Emanem, 2009)

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Aux Instants chavirés, Sophie Agnel donnait seule en novembre 2008 une improvisation en trois parties aujourd’hui consignée sur Capsizing Moments : l’enregistrement n’a pas été retouché par la suite, précisent les notes de pochette.

C’est que le piano préparé d’Agnel – aux possibilités sonores étendues au contact d’objets du quotidien – exagère quant il s’agit de tourner le do(s) à sa nature classique : transformé en machine à sons trahissant chez la pianiste un certain goût de l’ombre, l’instrument chancèle sous les effets d’un lyrisme noir et des effets du hasard musical.

Alors, lorsque les vagues tempétueuses ne l’emportent pas tout à fait, l’allure laisse se bousculer craquements et crissements des cordes, clusters à distance et bribes d’arpèges frénétiques, n’en finit plus d’être altérée de mille façons sans qu’aucune minauderie ne vienne alourdir la démonstration. Sous les doigts et les coups de Sophie Agnel, le piano rend son âme vertueuse et vagabonde parmi des collines de débris charmants : charges voraces mises au service d’une esthétique de la dislocation, morceaux d’emportement dont le comble est l’éclat.

Sophie Agnel : Capsizing Moments (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 14 novembre 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Cecil Taylor: All The Notes (Cadence Jazz - 2004)

taylorallgrisliAssouvir des penchants esthétiques radicaux tels ceux de Cecil Taylor n'est pas une mince affaire. Servir encore, parfois différemment, mais toujours plus intensément, un free jazz excessif et inaliénable, demande des efforts conséquents et sans cesse renouvelés.

Irrésolu ou inassouvi, Taylor ? En 2000, en tout cas, il investissait à nouveau le champ de l'improvisation frénétique, aux côtés de Dominic Duval et Jackson Krall, à Minneapolis. Trois nouvelles tentatives interrogent une perspective ambitieuse qui engage l'histoire d'une vie.

Et qu'importe qu'on remette l'ouvrage, puisqu'il s'agit d'éviter les redites. Dès l'Improvisation I, le sens d'All The Notes devient une évidence. D'un bout à l'autre du piano, Taylor n’a pas oublié d'accrocher une seule note, toutes incorporées à ses clusters déments, ou faites éléments de tentations mélodiques aussitôt ravalées. Confrontant des saccades mouvementées de graves et les schémas répétitifs aux ponctuations rythmiques de Krall, le pianiste laisse aussi carte blanche à Duval, qui, après de rapides pizzicatos, choisit d'imposer des phrases dominantes d'un archet décidé.

Au tour, ensuite, de Jackson Krall de donner la couleur. Tempétueuse, sur Improvisation II, le batteur jouant de roulements profonds et appuyés. Taylor, endurant, n'a pas cessé une seconde d'imaginer des assauts aigus, tout en recadrant, de temps indécis à autres, les digressions flottantes au moyen de basses autoritaires. Insatiable, il finira par animer les marteaux de manière virulente, charges de la dernière chance s'octroyant la permission des résonances, sur la délétère Improvisation III.

La réussite de trois nouvelles expériences sur un même schéma d'action conforte le choix arrêté par le pianiste des dizaines d'années auparavant. Musicien des origines (du free), Cecil Taylor n'a de cesse de promouvoir une seule et même cause. Et s'il n'en restait qu'un...

CD: 01/ Improvisation I 02/ Improvisation II 03/ Improvisation III

Cecil Taylor - All The Notes - 2004 - Cadence Jazz Records.

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