Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Newsletter

suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Pascal Battus : Désincantation Indécantation (Cathnor, 2015)

pascal battus désincantation indécantation

On ne pourra reprocher à Pascal Battus d’explorer le dictionnaire – en vérité : combien de lexiques ? – dans le but de trouver les mots qui « pourraient dire » de quoi retournent ses expérimentations sonores. Hier Ichnites, Simbol ou Fêlure, les huit pièces de ce disque Cathnor tiendraient donc (davantage peut-être) de la désincantation et de l’indécantation.

A l’auditeur, maintenant, de faire la différence entre l’une et l’autre : quatre désincantations – en première plage, une parenthèse est ouverte, que l’on fermera en quatrième – et quatre indécantations, sur le disque en question. Pour les premières : ces surfaces qui tournent et, refusant toute magie, disent avec un concret minuscule des canti qui s’expriment dans le feulement, la vocalisation, le ronronnement, le tremblement, le jappement même… S’il s’interdit toute formule, Battus ne rompt pas une fois le charme de ses phrases alambiquées.

En d’autres alambics, les indécantations (les secondes) se seront donc développées – d’elles-mêmes, peut-être. Les moteurs y semblent plus revêches, l’atmosphère plus électrique encore – d’une électricité cette fois menaçante. Les voix qui s’y expriment abandonnent les canti pour des incanti autrement expressifs : crissements et grisailles, refrains impropres à la partition, codes morses appuyés, qui façonnent une abstraction remuante. Quitte à faire fi des différences entre « dés » et « in » – un coup de « in » jamais n’abolira le hasard –, le charme y est aussi, et même : tout autant.

Pascal Battus : Désincantation Indécantation (Cathnor / Metamkine)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Désincantation un (un 02/ Désincantation (deux) deux 03/ Désincantation trois (trois) 04/ Désincantation quatre) 05/ Indécantation Un 06/ Indécantation trois 07/ Indécantation deux (deux) 08/ Indécantation quatre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

http://p3.storage.canalblog.com/38/07/335931/59148710.jpg

instants chavirésEn duo avec la bassoniste Dafne Vicente-Sandoval, Pascal Battus donnera un concert ce jeudi 22 octobre aux Instants Chavirés, en première partie d'un autre duo, constitué, lui, de Chris Abrahams et Alessandro Bosetti



David Toop : Lost Shadows: In Defence of the Soul / Yanomami Shamanism, Songs, Ritual, 1978 (Sub Rosa, 2015)

david toop yanomani shamanism lost shadows in defence of the soulf

A l'image du Smithsonian Folkways, qui recueille depuis des décennies les sons produits sous tous les continents et latitudes, David Toop intègre dans sa démarche les musiques populaires, dans toutes leurs diversités possibles. Son premier disque en sept ans, Lost Shadows: In Defence of the Soul / Yanomami Shamanism, Songs, Ritual, 1978 présente en un double album les extraordinaires – au sens multiple du terme – chants rituels et cérémonies chamanes du peuple amazonien des Yanomami.

Dans des  passages où une certaine forme de transe explose à la tronche des pauvres occidentaux que nous sommes, et banzaï la différence de cultures!, Toop nous emmène dans une expédition sonore absolument hors du commun. Là où  d'infâmes émissions de télé nous vendent un exotisme de pacotille pour lecteur de Télé 7 Jours (style Rendez-Vous en Terre Inconnue), le musicien/cologue anglais n'a nul besoin d'images pour nous transporter dans un monde parallèle. Et, il sera d'accord avec nous, le premier mérite en revient aux habitants du lieu (au nord du Brésil et au sud du Vénézuéla) et à leurs vifs échos d'une culture riche et insolite.

David Toop : Lost Shadows: In Defence of the Soul / Yanomami Shamanism, Songs, Ritual, 1978 (Sub Rosa / Les Presses du Réel)
Edition : 2015
2 CD : 1-1/ Tayari-teri: Shamans Healing 1-2/ Tayari-teri: Shamans Healing 1-3/ Tayari-teri: Shamans Healing 1-4/ Torokoiwe: Solo Shama, First Chant     1-5/ Torokoiwe: Solo Shama, Second Chant 1-6/ Torokoiwe: Solo Shama, Second Chant 1-7/ Caberima Night Insects, Birds And Moths 2-1/ Mabutawi-Teri: Wayamou Duo Exchange 2-2/ Mabutawi-Teri: Young Women's Circle Song 2-3/ Cuntinamo: Piaruainai, Solo Shaman 2-4/ Cuntinamo: Piaruainai, Solo Shaman 2-5/ Cuntinamo: Piaruainai, Solo Shaman 2-6/ Mabutawi-Teri: Young Men Singing 2-7/ Mabutawi-Teri: Young Men Singing 2-8/ Mabutawi-Teri: Young Men Singing 2-9/ Mabutawi-Teri: Young Men Singing 2-10/ Mabutawi-Teri: Rain Song 2-11/ Mabutawi-Teri: Rain Song 2-12/ Mabutawi-Teri: Rain Song 2-13/ Mabutawi-Teri: Rain Song 2-14/ Mabutawi-Teri: Young Men's Circle Song 2-15/ Caberima Night Insects, Birds And Moths
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli


Charlemagne Palestine : Ssingggg Sschlllingg Sshpppingg (Idiosyncratics, 2015) / Youuu + Meee = Weeee (Sub Rosa, 2015)

charlemagne palestine ssingggg sschlllingg sshpppingg

Je vous l’accorde (non, pas le piano) : le titre de ce disque n’est pas facile à retenir & il est donc inutile que je passe quelques minutes à l’écrire. D'autant que ce qui importe c’est ce que Charlemagne Palestine enregistré seul à Bruxelles en février 2013.

Pour ce qui est des instruments, on devra deviner : un cor, une sirène, sa voix of course, un synthé oui mais quel synthé, une ruche (est-ce possible ?)… Et au milieu de l’essaim d’abeilles, Charlemagne danse et chante. Sa voix de fausset (ce n’est pas une critique) s’enlise dans les drones et les field recordings (de manifestations, de bêlements, de prières…). Assez difficile à résumer, mais c’est une brouhaha magnifique : un Magnificat païen qui se tait d'un coup d'un seul. Palestine repart alors en faisant siffler un verre et en actionnant un jouet. Le jouet et l’homme entament un duo & bye bye. Great !

Charlemagne Palestine : Ssingggg Sschlllingg Sshpppingg (Idiosyncratics)
Enregistrement : février 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Ssingggg Sschlllingg Sshpppingg
Pierre Cécile © Le son du grisli 

charlemagne palestine rhys chatham youuu + meee = weeee

On les savait prolifiques et, ensemble, ils sont carrément impossibles à faire taire : Charlemagne Palestine & Rhys Chatham non sur un, ni sur deux, mais sur trois CD (= deux heures et demi). A Bruxelles, pendant deux jours, les vieux de la vieille minimaliste ont improvisé au piano et à l’orgue (pour CP), à la trompette et à la guitare (pour RC). Et que ça te tisse des drones psychédéliques et des couches de solos qui dispensent de beaux effets dans la longueur. Ce qui tombe bien !

Charlemagne Palestine, Rhys Chatham : Youuu + Meee = Weeee (Sub Rosa)
Enregistrement : 19-20 décembre 2011. Edition : 2015.  
3 CD : CD1 : 01/ First – CD2 : 01/ Second – CD3 : 01/ Third
Pierre Cécile © Le son du grisli


Songs from the Forest (Gruenrekorder, 2014)

louis sarno sound from the forest

La musique d’un film que nous ne verrons peut-être jamais. Jamais, même, c’est décidé. Un documentaire de Michael Obert sur Louis Sarno qui, lui, a enregistré pendant des heures et des heures encore (plus de 1500, lit-on) la forêt équatoriale de Centrafrique.

La déforestation menace la région mais elle n’empêche pas les pygmées bayakas de vivre et de chanter ni les animaux qui la peuplent d'appeller. Sarno connaît par cœur ces sons (qu’il explique d’ailleurs dans le livret) parce qu’ils font partie de son quotidien, composent son environnement sonore. C’est le secret de cette sélection que nous rapporte Gruenrekorder qui ne donne pas dans le sensationnel ou l’exotisme. C’est plutôt un enregistrement qui mêle le sérieux d’Ocora à la poésie du sensible captée par Sarno.

Les oiseaux le jour, les insectes la nuit. Pour le reste, les voix des pygmées. En groupes, ils s’accompagnent de coups donnés sur un arbre, d’une flûte, d’un instrument à cordes en plus des bruits de la nature. Surtout ils nous transforment en voyageur condamné, chez lui, à garder le lit. Heureusement ils nous visitent, avec ce Louis Sarno, et s’offrent en cadeau. Comme c’est réconfortant.

Louis Sarno : Songs from the Forest. Selected Recordings of Bayaka Music (Gruenrekorder)
Edition : 2014.
CD : 01/ Yeyi-Greeting 02/ Women Sing in the Forest 03/ Tree Drumming 04/ Bobé Spirits Calling 05/ Bayaka Night Insects 06/ Louis Sarno Speaks 07/ The Flutes We Hear No More 08/ Net Hunt 09/ Earth Bow 10/ Geedal 11/ Flute in Forest 12/ Water Drumming 13/ Lingboku Celebration 14/ Moukouté’s Lament 15/ Yeyi-Farewell
Héctor Cabrero © le son du grisli 


Peter Kowald, Daunik Lazro, Annick Nozati : Instants Chavirés (Fou, 2014)

peter kowald annick nozati daunik lazro instants chavirés

Tout était élevé ce soir-là aux Instants Chavirés de Montreuil. La voix d’Annick Nozati transperçait la matière. Sa voix peau-rouge visait mille cœurs. Daunik Lazro était cet inépuisable cavalier des hautes plaines. Et Peter Kowald décochait sans compter. Ce soir-là, tous trois étaient indiens et pas un seul visage blanc pour les importuner.

Le chant d’Annick N. est pour beaucoup dans ce disque-sorcier. Ici, l’âme et la tripe. Le chant profond. La source de vie. L’âme dévoilée.  Les entrailles mises à nu. Un certain Daunik L. zébrait son souffle. De l’entendre au baryton (depuis peu au ténor), on en avait oublié combien son alto était étoilé, constellé. De son côté, Peter K. activait son jazz naturel et spontané. Parfois les indiens se firent planètes folles. Puis retrouvèrent tendresses et cérémonies. Grand disque tout simplement.

écoute le son du grisliPeter Kowald, Daunik Lazro, Annick Nozati
Kow-Laz-Noz

Peter Kowald, Daunik Lazro, Annick Nozati : Instants Chavirés (Fou Records / Metamkine)
Enregistrement : 2000. Edition : 2014.
CD : 01/ Laz Noz 02/ Kow Laz Noz 03/ L’invisible 04/ Laz Kow 05/ Kow Noz 06/ Noz Laz Kow
Luc Bouquet © Le son du grisli



Michael Esposito Expéditives

Michael Esposito Expéditives

1

Phantom Airwaves : Unsure (PAW, 2006)
Le dos d’Unsure prévient : « These recordings on the CD contain voices of unknown origin. These voices may be of deceased persons and may be offensive to some listeners ». S’il souligne l’intérêt pour l’EVP (Electronic Voice Phenomenon / Phénomène de voix électronique) qui anime les travaux de Michael Esposito (Phantom Airwaves), la référence – nappes synthétiques en boucle et déclenchement d’appareils d’enregistrement – n’est pas la plus enthousiasmante de la discographie de l’artiste en question.

2

Phantom Airwaves : Perryville Battlefield (PAW, 2007)
Sur le champ de bataille de Perryville, Esposito enregistra le 10 mai 2007 : la guerre civile américaine évoquée au son d’une ambient en suspension qui accueille la voix de Thomas Edison consignée sur cylindre phonographique, une nuée de criquets ou des grisailles sonores d’origine inconnue. C’est ainsi que Perryville Battlefield se fait remarquer et impose avec autorité l’art qu’a Esposito de la transfiguration.

3

Michael Esposito, Leif Elggren, Emanuel Swedenborg : The Summerhouse (Firework Edition, 2007)
En sa compagnie (et celle de Leif Elggren), Esposito passa le 17 juillet 2007 dans la maison d’été d’Emanuel Swedenborg, à Stockholm. Le temps de mettre en boîte un peu de vent infiltré, le bruit de vibrations supposées, enfin des voix qui se bousculent : plaintes d’hommes et suppliques de femmes bouclées bientôt, mais aussi bruits de moteurs et craquements divers. Etonnant.

4

Michael Esposito, Leif Elggren : Fire Station 6 (Firework Edition, 2007)
Quelques semaines plus tard, avec Leif Elggren encore, Esposito enregistrait dans une caserne de pompiers de l’Indiana. C’est là une réflexion sur l’accident, la catastrophe et la mort, sur l’instant qui soudain vous dérobe au monde. Au son : des boucles de bruits minuscules, des questions adressées par les agents du feu à quelque victime, des échos de voix attrapés au passage. Des morceaux d’atmosphères graves où Esposito et Elggren envisagent le document en artistes qu’ils sont.

5

Michael Esposito, FM Einheit : The Sallie House (Firework Edition, 2008)
Avec FM Einheit (Einstürzende Neubauten), Esposito fit deux courts séjours, en 2005 et 2006, dans une maison hantée du Kansas : The Sallie House. Sur un drone, il semblerait que des présences se fassent déjà entendre : une rengaine de quelques notes va et vient, des dialogues de drame, une femme répétant « why ? », des sursauts de saut comme autant de flashs cinématographiques et le noir et blanc de saturations et de parasites. Ambiance.

6

Michael Esposito, Brent Gutzeit : Enemy  (Firework Edition, 2008)
C’est avec Brent Gutzeit (TV Pow) qu’Esposito installa ses micros dans un club de Chicago consacré à la scène noise : Enemy – la charge énergétique de l’endroit n’aide-t-elle pas les défunts à établir le contact avec les vivants ? De l’expérience, naquit une demi-heure à peine de field recordings crachant des éclats de métal et de cordes à saturation ou, d’un concret plus rassurant, des bruits de pas ou la rumeur de la rue.

7

Fantom Auditory Operations : The Child Witch of Pilot’s Knob (Tapeworm, 2012)
Sous le nom de Fantom Auditory Operations, Esposito expose sur cassette Tapeworm le résultat de ses prospections en cimetière (Pilot’s Knob, Kentuky) où fut enterrée une jeune fille en son temps soupçonnée, comme sa mère, d’actes de sorcellerie – en conséquence : toutes deux, brûlées vives – et où roderait « The Watcher », spectre qui chercherait à récupérer son enfant. De son pèlerinage, Esposito retient l’impression et, à coups de crépitements (le feu), de cloches aux mouvements transformés (le glas), de hennissements et de voix d’un autre âge, reconstitue les actes du drame. Après quoi, il applique sur sa composition ses captations « vocales » – auxquelles le support cassette (la bande) ajoute encore un peu d’étrange.

muennich esposito jupitter-larsen


Eric La Casa, Cool Quartett, Lina Nyberg : Dancing in Tomelilla (Hibari, 2012)

eric la casa cool quartet dancing in tomelilla

On pourra voir dans ces chaises, tabourets, sofa et fauteuil vides de couverture, les meubles reprisés installés dans une salle de danse peu ordinaire : le groupe qu’on y attend a pour nom Cool Quartett (ses musiciens ceux d’Axel Dörner, Zoran Terzic, Jan Roder et Sven-Åke Johansson), qui accompagnera la chanteuse Lina Nyberg.

Malgré les qualités des musiciens du quartette en question, le concert – que le disque retient sur ses quatre dernières plages – ne donne pas grand-chose : pire, déçoit beaucoup. Un lot de standards soumis aux chiches voire racoleuses vocalises de Nyberg – sirop de jazz pour tout souteneur. Si le swing vacille bien un peu sur un solo de Dörner ou une excentricité soudaine de la section rythmique, ce qui fait le sel de l’enregistrement est une présence qui rode : c’est qu’Eric La Casa promène là son micro : et les choses bougent enfin.

Ainsi sur My Old Flame décide-t-il de jouer de la distance qui le sépare des musiciens, finit par leur échapper pour rejoindre le public, s’intéresser à ses conversations, mettre ses rires en boîte... La musique n’est plus qu’un élément de l’endroit dont La Casa enregistre la rumeur, et même l’existence. Pour remettre la chose (ou le concert) dans son contexte, il s’empare des trois premières pistes du disque et raconte ou réinvente une vie de coulisse (échauffement, frigo qui bourdonne, vieux disques de jazz qui tournent au loin…) et une vie de club (bruits de la rue à qui on ouvre la porte, craquements du plancher, premiers applaudissements…).

Un concert en particulier, certes, mais plus encore toutes les choses qui tournent autour d’un concert comme un autre : voilà ce qu’a enregistré La Casa le 6 septembre 2008. Voilà la vérité qu’il révèle aujourd’hui sur référence Hibari.

Eric La Casa, Cool Quartett, Lina Nyberg : Dancing in Tomelilla (Hibari / Metamkine)
Enregistrement : 6 septembre 2008. Ediion : 2012.
CD : 01-03/ September in Tomelilla 04/ Softly as in A Morning Sunrise 05/ September in the Rain 06/ My Old Flame 07/ April in Paris 08/ Long Ago and Faar Away
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tomelilla

In 2008 I was going to quit as a director of the Art Museum in Ystad, a place I made a venue for music, sound art and visual arts. Among those I worked with were Sonic Youth, Jim O´Rourke, Yoshimi, Ikue Mori, Christine Abdelnour, Mats Gustafsson, Peter Brötzmann, Peter Kowald, Kim Gordon and many others. But among those I worked with the most was my old friend Sven-Åke Johansson. He followed my doings over the years. In September 2008 I decided to arrange my last music festival and invited Sven-Åke Johansson, Axel Dörner, Annette Krebs, Andrea Neumann, Christine Abdelnour and many others as well. In the art museum we planned to days with ad hoc playing and different groups. But Sven-Åke gave me the idea that Cool Quartett should play for dancing in Stora Hotellet, Tomelilla, Grand Hotel, Tomelilla, really an old fashioned place in a village, where people would meet on Saturday evening to drink and dance. A place where they never heard of Sven-Åke Johansson or whatever free music. So, this is what happened. We asked the hotel owners and they were enthusiastic. They would have a normal dance evening and promised to cook very traditionally south Swedish food.

This very evening we went there with all the participants of the sound and experimental music festival. And especially for this evening I had invited one of Sweden´s top jazz vocalists to sing the melodies. It was really meant to be a dance evening and not a jazz concert. Cool Quartet played for hours from the American song book and Lina sang the songs, no one was supposed to play a solo longer than a chorus. They were playing for dance. And people did dance. Many couples came there only to dance and they were smartly dressed up and to be able to drink they had booked rooms in the hotel. Thus the evening went on in the name of foxtrot etc… All the musicians danced. Even me. So I had the opportunity to dance with Christine Abdelnour, Annette Krebs and Andrea Neumann as well. And also the other visitors, the members of the very local jazz club, and the inhabitants of Tomelilla also danced with the many foreign guests. A young girl from Tomelilla asked me to dance, and asked me about the great orchestra. I explained this was part of a sound art project in Ystad Art Museum. She had never heard about this museum.

The evening turned out into a great party. Everybody was satisfied. But what I did not expect was that so many of the local dancing audience decided to come to the museum next day to listen to the music. Now indeed experimental, they way you know it. And they stayed for hours, because they recognized for example Annette Krebs and others they had talked to and danced with. They did not find this music difficult, only different. And they felt at home.

Eric La Casa, yes he was part of the festival. All the evening he spent recording from different angles, even from the toilet or upstairs. And this is the result of his efforts, the first half being a kind of sound collage and the second being a recording of how the band sounded this evening. Then you have to imagine all the beer, wine, egg cakes, pork, salads for the vegetarians and dark south Swedish rye bread, that were also part of the evening. After the concert I walked with Christine and asked her once again if she liked jazz music, she had denied that so many times before. She said again, no, she had no connections whatsoever with this music.

Do I have to tell you that Barcelona Series, Christine, Annette and all the others made tremendously good music in the Art Museum, and that I am very happy that some of the inhabitants of Tomelilla had the opportunity to enjoy it in different shapes. Tomelilla by the way is just 20 kilometers away from Ystad. So this is the little story behind this record.


Loren Connors, Suzanne Langille : I Wish I Didn’t Dream (Northern Spy, 2012)

loren connors suzanne langille i wish i didn't dream

Si selon moi les plus beaux disques de Loren Connors sont ceux qu’il enregistre seul, c’est guilleret quand même que je me rue sur ce nouveau CD du guitariste et de sa partenaire de longue date Suzanne Langille (qui l’accompagne notamment dans Haunted House). Grand mal m’en a pris : hors les murs de leur « maison hantée », le duo file encore plus la frousse…

Il y a quelques années, le couple nous révélait sur The Enchanted Forest son goût particulier pour les contes à double-face, ceux dans lesquels un train de merveilles cache forcément un plus grand train d’effroi. Pas sorti de leur lecture d’Alice (en cuir clouté) au Pays des Merveilles, Connors et Langille reviennent à leur black poésie, le premier déclinant des arpèges de blues-rock fourbu et la seconde lisant des textes  sur un ton qui donnerait le frisson à la plus épaisse des plus laineuses créatures venues du froid.

Le hic n’est pas tant ce romantisme de pacotille – pourtant Langille se complaît dans un sadomasochisme adolescent : « comme je suis perdue en ce monde… monde dont j’ignore tout… tout qui confère au rien… ô béatification de ma peine et esclavagisme de ma souffrance » (voilà à peu de choses près comment on pourrait adapter sa littérature) – mais plutôt l’emphase avec laquelle la récitante surjoue (alors que Connors joue mou loin derrière) et surréagit au point de faire passer Lydia Lunch et Patti Smith pour des maîtresses du self-control. Bien qu'écorchée vive – on l’aura compris –, Langille ordonne à son partenaire de lui asséner des coups de guitare-tronçonneuse : la somme des agressions n’est pas belle à entendre.

Loren Connors, Suzanne Langille : I Wish I Didn’t Dream (Northern Spy)
Edition : 2012.
CD : 01/ My Skin Is A Membrane [wd4825] 02/ La Belle Dame Sans Merci [wd4632] 03/ Come With Me [wd4878] 04/ [wd4942] 05/ Come On Come On [wd4864] 06/ Shenandoah [wd4652] 07/ Just Find Your Shoes [wd4572] 08/ I Wish I Didn’t Dream [wd4523] 09/ I Don’t Know [wd4642] 10/ Gotta Work [wd4499] 11/ Still Bound [wd4735] 12/ It Will Only Continue [wd4856] 13/ Cease To Do Evil [wd4769] 14/ Keep Breathing [wd4949]
Pierre Cécile © Le son du grisli


Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao (An'archives, 2018)

lsdg4150Cette chronique de disque est l'une des 90 que l'on peut lire dans le quatrième numéro papier du son du grisli, en plus d'une longue interview de... Harutaka Mochizuki

fuji yuki michel henritzi harutaka mochizuki

Où l’on retrouve Harutaka Mochizuki : première et dernière des quatre plages de ce disque de Michel Henritzi échangeant (en duo) au Japon avec le saxophoniste et la vocaliste Fuji Yuki. C’est que, tout en poursuivant son œuvre de défricheur et de passeur, Henritzi remet sur le métier son art personnel – à Philippe Robert, il confiait ainsi dans Agitation FrIIte : « J’ai enregistré avec À Qui Gabriel des reprises de chansons enka, joué des chansons de Kazuki Tomakawa à Tokyo et l’accueil était plutôt bon. Ma seule ‘’fierté’’, c’est qu’on m’ait dit plusieurs fois que ma musique semblait habitée par la musique japonaise : pour moi, c’est le plus beau compliment. »

À Shizuoka avec Mochizuki, Henritzi apparaît – « Je suis passé de la guitare au lapsteel, qui ouvre de façon incroyable de nouvelles approches et me semble être un instrument sous-employé dans ces musiques, comme la vielle à roue qu’on redécouvre aujourd’hui. » – en dérouleur de nappe épaisse sur laquelle fleurissent des bourdons et va le saxophone empêché d’abord, saisissant ensuite. Faits pour s’entendre, les deux hommes adaptent leur langage singulier et en créent un troisième. Tsuki No Kage le redit : Mochizuki commence seul, que le guitariste rejoint en glissant : c’est alors une Western Suite réinventée à l’Orient.

À Shizuoka avec Yuki, Henritzi intervient aux guitares, aux percussions et au banjo, pour accompagner un autre chant énigmatique. Sur un léger écho, Yuki progresse à distance, comme en élévation même ; ses vocalises, à l’air fragile mais qui persistent, se promènent dans une forêt de cordes qu’elles finissent par envelopper. C’est la fin, notamment, de We Turn In the Night Endless, beau chant de brume que l’on pourrait laisser filer une journée entière. De quoi revenir souvent à ce beau disque (c’est la loi de la maison) An’archives.

cd-shiroi-kao

Fuji Yuki, Michel Henritzi, Harutaka Mochizuki : Shiroi Kao
An'archives
Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Thomas Buckner, Gerald Oshita, Roscoe Mitchell : New Music for Woodwinds and Voice (1750 Arch, 1981)

thomas buckner gerald oshita roscoe mitchell new music

Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

Qui ne connaît le son du conn-o-sax devra aller entendre New Music for Woodwinds and Voice. Peut-être l’instrument en question – dont jouait ici Gerald Oshita en plus du sarrussophone et du saxophone baryton –, allié à la technique vocale étendue (« extended voice ») de Thomas Buckner et à l’iconoclaste usage que fait Roscoe Mitchell d’instruments moins rares (saxophones basse et ténor, clarinette), engagea-t-il le trio à promettre cette épreuve de New Music, quitte à donner comme tant d’autres dans cet espoir rebattu de nouveauté, si ce n’est même, confiance aidant, d’inédit.

Le titre du disque – que Mutable, label de Buckner, rééditera en même temps qu’une improvisation datée de 1984, An Interesting Breakfast Conversation – incitait donc le trio à la démonstration. En guise de nouvelle musique, cet éternel rapprochement de l’écriture et de l’improvisation. Précision : c’est ici dans les compositions qu’on improvise, face A consacrée à celles d’Oshita (« Marche », « Textures for Trio ») et face B faisant défiler deux pièces de Mitchell (« Prelude », « Variations on Sketches from Bamboo, No.1 & 2 »).  

thomas buckner  roscoe mitchell

Ayant plus tôt percé le « secret de l’ancienne musique » – appelée jazz ou classique –, les musiciens aguerris (la photo est de Kris Buckner) s’en prenaient donc à la nouvelle en composant avec leurs influences éclatées : « Marche » dira sans ambages de quoi il retourne au son d’expressions affirmées toutes et emmêlées (construction anguleuse et répétitive du sarrussophone fait champ de bataille lyrique pour clarinette et voix). L’allure est entraînante et mène rapidement la troupe restreinte en paysages changeants : « Textures for Trio », seul titre qui ne fut pas enregistré en studio mais à la Pacific School of Religion de Berkeley, est un endroit aussi paisible qu’inquiétant où flâner un quart d’heure. Les graves y sont étirés puis triés par couches, les lignes se mêlent à l’horizontale, dont elles modifient sans cesse la direction. « Prelude », sur l’autre face, fera son œuvre des mêmes patiences, les graves lestant cette fois la chanson que Buckner attrape au vol, tandis que « Variations on Sketches from Bamboo, No.1 & 2 » agencera différemment encore un lot de fausses parallèles. Appliqué, voire studieux, le trio sert la mélodie écrite avec un art enrichissant du déséquilibre.

Cette nouvelle musique ne serait-elle d’ailleurs envisageable qu’en déséquilibre ? Le cours intitulé « New Concepts in Composition » que donna Oshita à l’occasion d’une université d’été organisée par Mitchell le disait peut-être. Des soupçons de réponse, forcément, s’y trouvaient. Comme d’autres se trouvent en ce disque-programme d’un trio formé en 1979 au Creative Music Studios de Woodstock et qui prit Space pour nom – preuve qu’une information peut échapper à la pochette d’un disque, même de grande taille. Avec ce Space oublié, celle de New Music for Woodwinds and Voice n’est donc pas irréprochable ; elle qui n’avait pourtant pas omis de faire figurer le nom du conn-o-sax…

lester bowie



Commentaires sur