Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944 (Tanuki, 2016)

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Je ne sais comment présenter la chose (produite en 2015 par Canary et rééditée par Tanuki cette année), parce qu’elle est rudement intéressante. Cette cassette nous raconte (avec ses moyens) l’histoire d’une ornithologie faite à l’oreille par des enregistrements qui datent de 1910 à 1945. Et aussi celle de l’imitation par l’homme de différents sifflements d'oiseaux.

On passe donc d’un continent à un autre et on jongle avec les langues. Des noms que l’on ne connaissait pas (Margaret McKee, Charles C. Gorst, Charles Kellogg surnommé The Nature Singer) imitent / sifflotent / chantent… Et il y a aussi ce catalogue d’oiseaux (pinçon, merle…), cet homme qui nous apprend à faire comme eux, cet autre qui les fait parler anglais (come over here, well…). Au terme des deux faces, on en a appris bien plus sur l’homme et ses fantaisies que sur le chant des oiseaux, mais qu’importe... C'est indispensable !

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Ecstatic & Wingless Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-1944
Tanuki
Edition : 2015. Réédition : 2016.
K7 : 01-15/ Ecstatic & Wingless: Bird-Imitation on Four Continents, ca. 1910-44
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Ánde Somby : Yoiking With The Winged Ones (ASH International, 2016)

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Oui, le Norvégien Ánde Somby « yoike », c’est-à-dire qu’il chante à l’ancienne (à l’antique même) comme ses ancêtres Sámi l’auraient fait avant lui (car le yoik est une façon très particulière d’utiliser sa voix). Mais ses aïeux n’avaient pas le matériel adéquat ni derrière eux Chris Watson pour qu’on s’en souvienne. A Somby de réparer cet oubli !

Donc enregistré par Watson, voilà notre homme qui vocalise à tue-tête sur un écho naturel et parfois au bec des oiseaux. Son yoik, c’est un peu de yodel et un peu de chant d’Afrique, un peu de Sainkho Namchylak (dans sa façon de faire corps avec les éléments) et un peu de Kurt Cobain (dans l’expression exacerbée), un peu de folk perdu et un peu de morse minimaliste…

C’est peu dire que la voix de Somby est mise à rude épreuve puisqu'il va jusqu’à donner l’air de vouloir que son instrument lui échappe… Alors, quand il « singe » le loup ou joue avec des sons étouffés à l’intérieur de sa gorge, on est content pour lui, rassuré. Et on pense. Que c'est une découverte + un disque renversant.

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Ánde Somby : Yoiking With The Winged Ones
ASH International / TouchShop
LP : A1/ Gufihttar (underworld fairie) A2/ Gadni (spirit of the mountain) A3/ Neahkkameahttun (from the other side) – B/ Wolf
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Maja Osojnik : Let Them Grow (Rock Is Hell, 2015)

maja osojnik let them grow

Ô le fourre-tout inaudible (mais qu’on nous présente comme la crème de la crème de l’expérimentation vocale) que voici ! J’ai d’abord cru à un revival (voire à une fusion)  Dead Can Dance / And Also the Trees (plage 1 appelée Tell Me) … Mais me voilà floué, Maja Osojnik !

Rien que de l’inutile dans ces songs électroacoustiques qui expérimentent (surtout l’ennui de leur auditeur) et qui expérimentent à toutes les sauces : post-gothique, post-Björk, post-indus, post-Lemper, post-robotik, post-pseudotout et surtout post-chiatique (oui, vous l’aurez compris, c’est là que la Maja est la plus impressionnante). Mais à ce point de ma chronique, je ne connais encore rien de Maja Osojnik puisque c’est la première fois que je l’écoute.

Consciencieux, je vais donc chercher et je lis sur le carton qui est donné avec le CD : « New album 2016 ». OK, mais renseignement pris, il n’y en a eu qu’un, avant, d’album. Pourquoi deux albums et pourquoi le dernier n’est-il pas « new » comme promis ? Maintenant, je garde, parce que j’ai quand même bien ri. Mais si un troisième sort un jour, promis : je fais l’impasse !  



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Maja Osojnik : Let Them Grow
Rock Is Hell
Edition : 2016.
CD / LP : Let Them Grow
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Keiko Higuchi : Between Dream And Haze (Improvising Beings, 2016)

keiko higuchi between dream and haze

Piano butant sur les récifs, voix en demande de drames (Keiko Higuchi), cordes électriques enferrées dans le béton (Masami Kawaguchi, Louis Inage), fracas des métaux (Tatsuya Nakatani) : beau traité de déconstruction-dévastation ici.

Et puis cette voix. Cette voix qui rode, psalmodie, supplie, menace, plane. Le murmure est poison, le cri est délivrance. Mais il n’y aura pas de cri. Il n’y a que des formes en désordre, des calmes avant la tempête. Mais il n’y aura pas de tempête. Il y a cette voix, petite sœur de Linda S et grande sœur sortie du caveau de Nina S. le temps d’un bouleversé I’ll Be Seeing You. Et le jazz dans tout ça ? outragé, couché, terrassé. En haut : le rire du Malin.



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Keiko Higuchi : Between Dream And Haze (Improvising Beings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Summertime Devastated 02/ Burning 03/ 3 04/ Moon of Alabama 05/ Funeral Song 06/ Nothing Is Real 07/ 7 08/ 8 09/ I’ll Be Seeing You
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

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Loren Connors, Suzanne Langille : Strong & Foolish Heart / Blue Ghost Blues (Tanuki, 2016)

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Ça fait drôle de relire une de ses chroniques quelques années après son écriture. C’est donc parce que le label Tanuki sort ces jours-ci un 33 tours (de la taille d’un 45) de Loren Connors / Suzanne Langille que j’ai relu le texte que j’avais écrit à propos de I Wish I Didn’t Dream

Quelques semaines après la sortie de ce CD, le couple était programmé au Counterflows Festival d’où proviennent ces deux chansons (une composition de Langille et une reprise de Lonnie Johnson). Si je ne m’étais grillé en introduction à cette nouvelle chronique, j’aurais pu me contenter d’y mettre des bouts de l’autre pour ensuite touiller le tout. Or, bien mal m’en aurait pris car si l’on retrouve sur ces deux faces de vinyle la même méthode (le guitariste joue encore mou loin derrière et Langille susurre ou chante de front) et la même « black poésie », l’incantation est cette fois bien plus efficace.

En effet la voix de Langille interdit (presque) la comparaison avec Patti Smith au profit d’une autre avec Beth Gibbons et la guitare électrique tout en trémolos redonne des couleurs au bluesman de légende… Voilà donc que je change d’avis à propos de la paire Langille / Connors ? Ca m’apprendra à être honnête !

Loren Connors, Suzanne Langille : Strong & Foolish Heart / Blue Ghost Bluessuzanne langille loren connors
Tanuki Records
Enregistrement : 2013. Edition : 2016.
33 tours (7’’) : A/ Strong & Foolish Heart – B/ Blue Ghost Blues
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Alice Hui-Sheng Chang, Jason Kahn : Voices (Pan Y Rosas, 2016)

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On avait pris l’habitude de l’entendre seul et voici que Jason Kahn nous revient accompagné : heureusement, Alice Hui-Sheng Chang, est, comme ici notre Américain de Zurich, à la voix – le détail est, dans un premier temps, rassurant. Après Songline, Kahn a ainsi donc encore le cœur à chanter.

Et à chercher aussi, autrement que seul. Voix de tête contre voix de gorge, mais aussi voix de nez et même de palais, la conversation, improvisée, fait état d’intentions peut-être différentes – la voix étant le premier instrument de tous, la voici étendue comme les autres sous l’effet de l’inspiration d’Hui-Sheng Chang ; la voix étant un instrument de plus, la voici qui déshinibe Kahn davantage que les autres – mais souvent accordées.

Après celles de Songline, ce sont donc de Kahn d’autres plaintes, d’autres cris, d’autres appels, qui nourrissent un échange et, dans le même temps, le fragilisent. Comme leur parcours, ses intentions et celles d’Hui-Sheng Chang sont bel et bien différentes : parfois faites comme un Z, elles peuvent ici et là accoucher de beaux airs – pour peu qu’on goûte les rengaines bruitistes.  

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Alice Hui-Sheng Chang, Jason Kahn : Voices
Pan Y Rosas
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
Téléchargement (gratuit) : 01-04/ Voices
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Songs : 1 & 2 (Intonema, 2015)

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Sur le premier disque du quartette Songs, c’est l’alto de Catherine Lamb qui perce d’abord : au son d’une note tenue que reprendront le trombone de Rishin Singh (qui signe les deux compositions qui font ce disque), la clarinette de Lucio Capece puis la voix de Stine Sterne. Et c’est Sterne qui transforme la ligne conductrice en chanson.

Pas une chanson de tous les jours, bien sûr. Mais une chanson lente – à l’instar de celles de Marianne Schuppe – faite de mots précautionneusement déposés sur les longues notes que se repassent les instruments et qui parfois se chevauchent. A l'arrière du grand vaisseau que conduisent ses trois accompagnateurs, Sterne chante des couplets rompus aux discrétions de phrases suspendues, et arrive le refrain.

C’est en fait une seconde chanson (Three Lives), qui accordera la voix de Sterne et celle de Lamb. Unissons ou légers décalages, le mot est moins rare et, comme la lenteur instrumentale est la même, on peut le croire impatient. Plus affectée, la seconde chanson est en conséquence plus conventionnelle. On préférera ainsi le couplet au refrain, en attendant d'entendre une troisième chanson.

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Songs : 1 & 2 (Intonema)
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Six Scenes of Boredom 02/ Three Lives
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Arvo Pärt : Babel (Col Legno, 2015)

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Le label Col Legno a demandé à Johannes Stecher, le directeur artistique de Babel, de raconter sa rencontre avec les garçons du Wiltener Sängerknaben. Nous lisons (sur internet à cette adresse) qu’il a fallu les « arracher » à leurs tablettes et à leurs iPads, les plonger dans Bach et Bruckner avant de les amener à Arvo Pärt. C’était la première répétition.

A la deuxième, les enfants et les jeunes adultes étaient plus concentrés. De répétition en répétition, ils ont appris à prendre en compte le silence, à ne pas cacher leur respiration… ce qui leur a permis de servir avec justesse cette musique céleste, plutôt que sacrée (ces psaumes et ces sermons peuvent perdre leur sens grâce à la musique), aérienne plutôt que céleste. Sur les neuf pièces de Babel, deux n’avaient jamais été enregistrées, Beatitudines et Drei Hitenkinder aus Fátima. Et c’est aussi la première fois que Pärt est interprété par un chœur de garçons. Avec ou sans l’orgue de Stecher, Babel est un disque de chant choral qui nous tire vers le haut et, comme d’habitude avec Pärt, nous ôte d’un grand poids.

Arvo Pärt : Babel (Col Legno)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Magnificat 02/ Beatitudines 03/ Nunc Dimittis 04/ Drei Hirtenkinder aus Fátima 05/ The Deer’s Cry 06/ Da Pacem Domine 07/ An den Wassern zu Babel sassen wir und weinten 08/ Littlemore Tractus 09/ Vater unser
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Asmus Tietchens : Ornamente (LINE, 2015)

asmus tietchens ornamente

Sur ce nouveau CD d’Asmus Tietchens, on cite Cioran (ce n’est pas que ce soit original, mais bon…). Il ne faut pas s’étonner que la musique soit joyeuse en conséquence et que ses Ornament (il y en a cinq en tout) ne « respirent » pas la joie de vivre.

Mais, il n’empêche, ils respirent quand même, et c’est d’ailleurs en ayant l’air de jouer les réanimateurs sonores que Tietchens parvient à capter notre attention. Auditeurs-badauds que nous sommes, tendons l’oreille à cette respiration ou ce pouls maintenus de tamagochi – même artificiellement, par des machines (les bips ne trompent pas). On en est à compter les gouttelettes dans un écho clinique quand, soudain, elles prennent formes chantantes et dansantes. La salle d’attente changée en salle des fêtes ? Diantre, est-ce un mirage ? Niantre, c’est la méthode Tietchens ! Opération réussie, et tant pis pour la gaudriole.

Asmus Tietchens : Ornamente (LINE)
Edition : 2015.
CD : 01-05/ Ornament 1 - Ornament 5
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Yumi Hara & Guy Harries : Wheels within Wheels (Sombre Soniks, 2015)

yumi hara guy harries wheels within wheels

Partisans de l’improvisation tout terrain, des fields recordings, de la collecte d’objets divers, la troublante musique du duo Yumi Hara / Guy Harries parvient pour la première fois à mes oreilles.

L’axe de leur musique est résolument contemplatif : les voix sont spectrales et entourés de vents stellaires. Réverbérés à l’excès, ces mêmes voix sont aspirées en un inferno fatal. Grésillements, nappes électroniques, bourdonnements, furia de percussions-objets entourent ces voix d’outre-monde. Parfois, l’ogre sonique se tait et laisse place à des lamentations sans âge. Le chroniqueur, étranger à ce genre de musique, concédera sans peine que ce n’est pas sa tasse de bière… Quant à vous…

Yumi Hara, Guy Harries : Wheels within Wheels (Sombre Soniks)
Enregistrement : 2012 & 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ House: Flute & Voice 02/ Wheels within Wheels 03/ House: the Piano 04/ E=mc2 05/ House: Voices 06/ A Crack in the World Egg 07/ House: Drone
Luc Bouquet © Le son du grisli

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