Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

Thomas Méry : Les couleurs, les ombres (Own, 2011)

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Toucher à l’univers de Thomas Méry, évoquer le souvenir d’un showcase au défunt magasin bruxellois Le Bonheur, passer une heure à s’entretenir avec le jeune homme dans le salon de Maxime Lë Hung (du trio belge surréaliste Hoquets et du label Matamore), telles sont les vivaces images qui passent dans la tête à la réception de son nouvel album Les Couleurs, Les Ombres.

Tout en accédant aux mêmes armes que le précédent A Ship, Like A Ghost, Like A Cell, où la guitare acoustique impliquait une aridité parfois compliquée dans son appréhension, le songwriter parisien enrichit sa palette instrumentale – pour un résultat d’une honnêteté absolue qui n’exclut ni la poésie amère ni l’envie déboussolée. Convoquées à l’appel de ce grand disque de folk (principalement) en français, la clarinette et la batterie apportent un supplément d’âme aux textes désabusés de notre homme – qui a toutefois le chic de tomber dans la sinistrose totale, à l’instar du grand Thee, Stranded Horse, compagnon de haute lutte d’un artiste ne souffrant nullement la comparaison avec la légende Gérard Manset. Oui, lui.

Thomas Méry : Les Couleurs, Les Ombres (Own Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Du Sirop 02/ Ou De La Pluie 03/ Aux Fenêtres Immenses 04/ De L’Amour, De La Colère 05/ Ca 06/ En Silence
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli



Hannes Loeschel : Songs of Innocence (Col Legno, 2010)

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Sur des poèmes de William Blake, le pianiste Hannes Loeschel a composé Songs of Innocence, recueil de chansons qui renouvellent le genre pour être servies par des musiciens avertis d’autres musiques dont sont par exemple Phil Minton (voix), Clayton Thomas (contrebasse), Burkhard Stangl (guitare, Fender Rhodes) ou Mathias Koch (batterie) – ces trois derniers formant avec Loeschel le projet Exit Eden.

Malgré l’acuité avec laquelle les huit musiciens convoqués s’attèlent à ces poèmes mis en musiques, certains titres s’avèrent anecdotiques seulement – brouillons évoquant grossièrement Divine Comedy (Night) ou Nick Cave (The Echoing Green). Heureusement, pour équilibrer les penchants rock-cabaret de Lauschel, compter sur l’expérience de Theresa Eipeldauer et Phil Minton (sur Introduction, l’entendre défendre en chanteur sage les charmes d’un hymne crépusculaire) ; et puis, pour changer l’accompagnement de rigueur en moments instrumentaux vertigineux, Stangl semble aussi diriger le groupe : Spring et The Chapel of Gold brillant en conséquence en pièces majestueuses dont le dérangement bruitiste aurait pu profiter aux dix-huit pièces de Songs of Innocence et lui permettre ainsi de faire encore mieux.


Hannes Loeschel, Introduction. Courtesy of Col Legno

Hannes Loeschel : Songs of Innocence (Col Legno / Amazon)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Introduction 02/ Night 03/ Spring 04/ On Another Sorrow 05/ Laughing Song 06/ A Dream 07/ The Lamb 08/ The Shepherd 09/ The Echoing Green 10/ The Chimney Sweeper 11/ Infant Joy 12/ The Divine Image 13/ Holy Thursday 14/ The Little Boy Lost / The Little Boy Found 15/ A Cradle Song 16/ Nurse’s Song 17/ The Blossom 18/ Chapel of Gold
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Stefano Pastor : Chants (Slam, 2009)

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Le propre de l’artiste étant d’être là où on ne l’attend pas ou plus, Stefano Pastor ne se gène pas de nous surprendre ici. Partenaire régulier de Borah Bergman, George Haslam ou Paul Hession, le voici poussant la chansonnette de sa voix medium-grave. Surprise et étonnement d’abord, questionnement ensuite. Quelle mouche a donc piqué le violoniste ? Mais la voix n’est pas le tout d’une musique mettant en éclairage standards et compositions personnelles.

Il y a Naima naviguant entre beauté, chute et déséquilibre. Une Naima qui s’invente de nouvelles distances, de nouveaux ports sans houle ou fracas. Une Naima finalement si proche de la version originale de Coltrane. Il y a le violon de Pastor, toujours aussi crissant ; un violon-souffle à l’archet épais, inventeur de lignes fortes, persistantes et entêtantes. Il y a ici ce qui est sans doute un disque récréation, un désir de puiser au plus profond des mélodies. On l’aimera ou on le détestera mais il ne laissera personne indifférent.


Stefano Pastor, Fortytude. Courtesy of Slam Records.

Stefano Pastor : Chants (Slam Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Naima 02/ I’ll Remember April 03/ Chi mi Ho Insegnato 04/ Caravan 05/ Easy Living 06/ The Song Is You 07/ La chambre 08/ Fortytude 09/ There Is No Greater Love 10/ Dança da solidao
Luc Bouquet © Le son du grisli


Julie Tippetts, Martin Archer : Ghosts of Gold (Discus, 2009)

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L’écho détourné d’une clarinette basse ; un rythme synthétique entêtant ; des voix parlées, chuchotées, chantées ; des mélopées sans fin ; un dépouillement nacré ; voici quelques petites choses offertes par Julie Tippetts & Martin Archer.

Les poèmes de Julie Tippetts ont été écrits entre 1994 et 2004 et les voici aujourd’hui mis en espace(s) par Martin Archer, producteur inspiré et inspirant. Chaque pièce existe autonome et dépouillée, conçue autour et pour la voix-guide de Julie. Rien n’est surchargé et le trouble, le scellé, n’ont pas leur place ici. Délestés du superflu, attentifs, ouverts et gagnés de plein fouet par le duo, nous n’avons d’autre choix que de les suivre jusqu’au bout d’une nuit on ne peut plus idéale.

Julie Tippetts & Martin Archer : Ghosts of Gold (Discus / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007 - 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Moonshine 02/ The Bear that Walks at Night 03/ Metamorphic Rocking 04/ Run Another Road 05/ The Winging 06/ The Brink 07/ Parchment Dust  08/ Rainsong 09/ Daydream & Candle-light 10/ Tightrope 11/ The Summons-Brittle Brimstone 12/ The Ghostly Apparition
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Martin Archer
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Kommissar Hjuler & Mama Bär : Asylum Lunaticum (Intransitive, 2009)

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Couple d’artistes se suffisant quelque part à l’extrême nord de l’Allemagne, Kommissar Hjuler et Mama Bär publient aujourd’hui Asylum Lunaticum, compilation d’œuvres musicales dispersées jusque-là sur disques et cassettes autoproduits.

Au moyen de leurs voix, de micros et magnétophones, Hjuler et Bär construisent un langage qui pourrait bien n’appartenir qu’à eux : art forcément brut rehaussé d’influences ayant donné dans la provocation (Kurt Schwitters, Dada, Fluxus) qui oscille entre musique expérimentale et poésie sonore. Enregistrée sur cassette, une voix s’en trouve bientôt ralentie, que l’on oppose au refrain insistant d’une autre qu'elle, plus éloignée ; imbriqués ailleurs, souffles et projectiles sonores, silences concrétisés sur bandes ou bribes d’un discours évoquant le proche Danemark.

Surtout, Ehrfurcht, près de trente minutes de chants à se chevaucher : airs approximatifs et textes indéchiffrables posent enfin la question d’un format-chanson enfin débarrassé des contraintes de temps et d’uniformité rassurante. A la place, quelques field recordings accompagnent une berceuse étrange au point d’en devenir dérangeante. On ne peut alors rien reprocher à Kommissar Hjuler et Mama Bär, sinon d’oser inventer et de déranger parfois quand d'autres artistes vivent de restes inoffensifs.   

Kommissar Hjuler, Mama Bär : Asylum Lunaticum (Intransitive Recordings / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ HJVCGrimmelshausen 02/ Lichtblicke 03/ Ehrfurcht 04/ Meine erste Zeitmaachine 05/ de nye Rigspolitichefen 06/ Lauf in Eine Herde 07/ Asylum Lunaticum

Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Lacy : The Gap (America, 1972 / 2004)

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Printemps 1972, Paris. Le Steve Lacy Quintet, formé l’année précédente, avise une « brèche » qui se révélera être une faille dans laquelle s’engouffrer : The Gap (America, 1972). La chute que racontent les notes précipitées de l’alto de Steve Potts en ouverture du morceau-titre ne laisse pas de surprendre : le saxophoniste s’y débat en virtuose, qui rivalisera plus tard avec le chant du soprano.Créée en 1967 – comme The Thing, que l’on entendra plus tard –, la pièce prend forme sous l’effet d’ « indices » (dont la mise-en-scène s’inspire des estampes que Sharaku consacra au théâtre, explique Lacy dans les notes de pochettes du disque) pensés pour obliger deux saxophones à évoluer de différentes manières, qu’il faudra concilier.

Avec aplomb, les deux hommes croisent le fer et de leurs éclats illuminent le décor élevé dans l’ombre par Irène Aebi (violoncelle), Kent Carter (contrebasse) et Noel McGhie (batterie). Après avoir sonné l’alarme – sifflements aigus des saxophones –, Lacy et Potts démontreront la même entente sur l’étrange bourdon des archets : Esteem les voit tisser d’autres entrelacs puis s’accorder sur une même note. L’atmosphère tient là de l’évidence et aussi du mystère, contrastant en cela avec La Motte-Picquet, ode à Paris que le sopraniste chante d’abord : La Motte-Picquet is a very nice stop, the people on by, and the metro on top. Enlevé, l’air offre ses quatre premières notes-syllabes aux souffleurs qui les répètent avant que la troupe n’entame une marche flottante. Alors, c’est l’heure de retourner le disque.

Sur sa seconde face, un seul titre : The Thing. Evocation des peintures de Jean Foutrier, la longue pièce – qui a alors déjà connu plusieurs versions et que Lacy qualifie de sorte de symphonie – est abstraite en conséquence. Répondant à d’autres indices – dans les notes de pochette, encore : sorties, entrées, conditions et puis surtout des quantités comme « très peu de choses, beaucoup de choses, choses isolées, une chose seulement, rien, tout. » –, la pièce est une autre histoire d’archets qui défaillent et découpent un paysage surréaliste que les deux saxophonistes, sur le conseil de la Poussée d’Infini chère à Michaux (Infini toujours en charge, en expansion, en dépassement, infini de gouffre qui incessamment déjoue le projet et l’idée humaine de mettre, par la compréhension, fin, limites et fermeture.), décideront de se disputer. Intense, le conflit aurait pu durer davantage s’il n’avait été empêché par le disque noir, dont la durée d’une face n’admet nul dépassement, et plus encore par un dernier crissement de corde qui, derechef, chassa Lacy et Potts du paysage. Mais déjà, avisaient-ils d’autres brèches.

Steve Lacy : The Gap (America)
Edition : 1972. Réédition : 2004.
CD : 01/ The Gap 02/ Esteem 03/ La Motte-Picquet 04/ The Thing 05/ La Motte-Picquet (Alternate Take)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo: Viva la Black Live at Ruvo (Ogun - 2006)

vivasliA Ruvo di Puglia, lors du Talos Festival de 2004, le batteur Louis Moholo-Moholo voit réinvestir Viva la Black – projet personnel qu’il dédia à l’Afrique du Sud – par l’orchestre italien Canto General. A leurs côtés, en guise de soutiens choisis, le pianiste Keith Tippett (qui signe ici la plupart des compositions) et la chanteuse Julie Tippetts.

Sans tarder, l’ensemble porte haut un swing épanoui, qui combine la conduite par Julie Tippetts d’un chœur enthousiaste, les gimmicks appuyés par Moholo et Tippett, et les interventions plus libres des cuivres et anches (Mra, Dancing Diamond). Décomplexés, les musiciens ne rechignent pas à aller voir du côté d’un grand macabre déstructuré pour le convertir aux espoirs, même feints, d’un jazz de salon (Dedicated to Mingus).

Ailleurs, des dissonances rendent bancale une musique de cabaret (Traumatic Experience), quelques mouvements las emportent les interventions (Monpezi Feza), même si tout, au final, aura été animé par les desseins exaltés de musiciens revendiquant espoir, liberté, communion (Septober Energy, You Ain’t Gonna Know Me…). Dans la veine d’un Liberation Orchestra qui aurait troqué ses doutes pour une emphase illusoire.

CD: 01/ Mra 02/ Thoughts To Geoff 03/ Dedicated to Mingus 04/ Monpezi Feza 05/ Four Whispers For Archie’s Chair 06/ Traumatic Experience 07/ Cider Dance 08/ A Song 09/ Dancing Diamond 10/ Septober Energy 11/ South African National Anthem 12/ You Ain’t Gonna Know Me ‘Cos You Think You Know Me

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo - Viva la Black Live at Ruvo - 2006 - Ogun Records.



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