Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques Ogerle son du grisli papier
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mahjun : Mahjun (Souffle Continu, 2016)

mahjun mahjun

C’est en une seule fois que Souffle Continu réédite deux références Saravah enregistrées au début des années 1970 par Mahjun, « happy french band » emmené par le violoniste Jean-Louis Lefebvre, entendu plus tôt sur le même label auprès de Jacques Higelin. A Vivre la mort du vieux monde, première référence publiée du groupe (alors Maajun), succédaient donc ces deux collections de pastiches aux couleurs changeantes.

Sur le premier disque (1973), c’est encore une chanson de paysage dans lequel les intervenants jonglent avec les emprunts – le groupe explore (et même « exploite ») différents folklores français – au point de servir bientôt un trad psychédélique, certes, mais capable de revendications : ainsi quand dévisse le saxophone de Pierre Rigaud ou lorsque tournent les guitares électriques, c’est un vent frais qui souffle sur ces hommages amusés au terroir et dépose Mahjun aux portes d’un rock progressif de bamboche.

Sur le second disque (1974), l’expérience est identique mais le charme du groupe – naïf encore mais passé du pastiche au potache – fait sensiblement moins d’effet. De terreurs enfantines en folklores angoissés (bourrée, sonioù…), Mahjun hésite là entre une poésie grivoise et un lyrisme revendicatif qui trouve sa raison d’être (et donc son intérêt à être entendu) dans la seule déclamation. Suit quand même La ville pue, divagation de près d’un quart d’heure à laquelle se joignent les percussions de l’invité Nana Vasconcelos, dont Pierre Barouh produisit l’année précédente l’incontournable Africadeus.

FFL022-Mahjun_Cover_(2)

Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1973. Réédition : 2016.
LP : 01/ Le jus de la figue 02/ Les enfants sauvages 03/ Family Valse 04/ Shavi Ravi 05/ La déniche 06/ Chez Planos 07/ La guitare à Rigaud

FFL023-Mahjun_Cover_(2)

Mahjun : Mahjun
Souffle Continu
Edition : 1974. Réédition : 2016.
LP : 01/ Fils à Colin-Maillard 02/ Denise 03/ Bourrée 04/ La ville pue 05/ Fin janvier
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski : Carp’s Head (Monotype, 2016)

ghédalia tazartès carp's head

Lasso qui siffle, accordéon qui souffle, oiseaux qui pépient, harmonica qui fausse… Voilà qui annonce le retour de Ghédalia Tazartès sous le regard éteint d’un chat muet comme une Carp. C’est avec l’aide de Pawel Romańczuk et d’Andrzej Załeski que le Monsieur a enregistré ce disque qui sort (of course) sur vinyle.

Avec son chapeau sur l’œil et sa voix de faussaire, Tazartès nous a souvent subjugué (avec LA, il n’y a pas si longtemps que ça…). C’est son originalité, cette façon de marier le syncrétisme et l’iconoclastie, le charme de ses « danse inverse » et de ses « wild east blues » pour reprendre les noms de deux des morceaux. Mais là, le folklore dégingandé a du mal à se laisser écouter sans que l’on ressente un petit énervement.

Sous le gris du ciel (je pense que c'est la principale explication), ce déballage de vieux instruments (mandoline, accordéon & autres) pour comptines dervicho-abstraites ou airs ambiantico-incantatoires lasse un peu. Le langage de l’alchimiste bateleur (Tom Waits qui chanterait du Chostakovitch) ne porte plus sauf quand il se fait discret (comme sur les très jolis quand même Wolves and Birds et Dobra Nasza). On réécoutera Carp’s Head au printemps, histoire de vérifier…

carp's head

Ghédalia Tazartès, Pawel Romańczuk, Andrzej Załeski: Carp’s Head
Monotype
Edition : 2016.
LP / CD : 01/ Danse Inverse 02/ You’ll be Wise 03/ Zither Song 04/ Orient Calling 05/ Wolves and Birds 06/ Wild East Blues 07/ Dobra Nasza 08/ The Far Horizon 09/ The End of Western World
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp bas grisli Gédhalia Tazartès est au programme du festival Sonic Protest : concert en duo avec Low Jack le jeudi 16 mars au Générateur de Gentilly.

 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Philippe Crab : Fructidor - Mostla del Mashuke (Le Saule, 2016)

philippe crab fructidor

Dans la continuité du déjà copieux Ridyller rasitorier rasibus (2015), le pantagruélique Fructidor voit Philippe Crab enfoncer le clou de la plus belle des manières. C’est-à-dire en malaxant et touillant jusqu’à plus soif les divers éléments d’un univers musical devenu familier sans s’adonner, toutefois, à la redite paresseuse. Immédiatement reconnaissable entre toutes, la musique fertile du malicieux Crab jette l’auditeur pour une nouvelle première fois dans un monde revu et augmenté, le précipite dans l’attention obligatoire. Prodige crabien de parvenir à perpétuer ainsi la rumeur d’un microsome aussi singulier tout en l’enrichissant et le renouvelant en profondeur à chaque nouveau disque.

Le primat accordé cette fois-ci à l’idiolecte ou au patois témoigne par exemple de cette envie jouissive de tordre le cou au langage commun et de façonner une langue libre et gouleyante qui ferait fi du sens immédiat au profit de l’absurde et, surtout, d’une musicalité de tous les instants. Etonnant jeu de passe-passe où les mots se dérobent, se précipitent, se bousculent, ouvrent, presque par inadvertance, la porte de la rêverie, constituent le réceptacle, la chambre d’écho d’un imaginaire, sinon d’une mémoire laissée sens dessus dessous. Fourmillent illuminations et événements instantanés, ressuscitent sensations forcloses, irriguent les souvenirs d’un jadis escamoté. Une poésie prise dans les ronces du dadaïsme se fait jour (« enfourcher son dada indélébile » chante l’auteur sur An Orlan d’Omalie), se déploie, et laisse au final palpiter un panthéisme matérialiste, une gourmandise terrienne. Des histoires à dormir debout (celles d’un dénommé Mashuk, double/hétéronyme de Crab, voyageur parti sans but bien avéré) qui se prennent les pieds dans les racines et tombent la tête la première dans la boue.

Mais plus encore que cette langue dévoyée, c’est la musique de Crab qui trouve sur Fructidor matière à s’émanciper et frémir comme jamais. L’influence du guitariste Eric Chenaux s’avère prégnante : à l’instar du musicien canadien, lui-même inspiré par Ornette Coleman, Crab appréhende moins la mélodie comme un chemin à arpenter du début à la fin que comme la parcelle d’un tout indiscernable, flouté, incertain. Comme si les sons remontaient du fond de sa guitare, s’égaraient sur les cordes, se faufilaient sous ses doigts, au risque du désaccord, avant de glisser ailleurs. En outre, l’arrière-plan sonore des morceaux,  plus travaillé que sur l’album précédent, ajoute à ces sentiments de profusion et confusion mêlés : si la guitare acoustique demeure l’instrument central, la colonne vertébrale des morceaux, bruits concrets et bidouillages sonores multiples, enregistrements vocaux et greffes rythmiques en constituent les haubans nourriciers. Un déroutant entrelacs qui fait la part belle à l’impensé et épouse une géographie musicale aux abords d’un tropicalisme baroque, tout aussi indéterminée que ne l’est la langue taillée dans le vif. Nul doute que ce tourbillon musical a à voir avec l’enfance (à plusieurs reprises elle est convoquée vocalement au travers d’enregistrements), avec la volubilité qui agite dans un même mouvement caprices déraisonnables et tourmente impassible. Logique d’un esprit libre touillant avec gourmandise les lignes de fuite, jusqu’à une épiphanique confusion des sens.



fructidor

Philippe Crab : Fructidor - Mostla del Mashuke
Le Saule
Enregistrement : mai 2016. Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01 / Esve Mashuku 02 / An Orlan d'Omalie 03 / Couloir 04 / Dans un jeu video 05 / Aqua 06 / Riveron 07 / Rufus et Sainte Thérèse 08 / Les asphorjonbadèles 09 / Vindilis 10 / Tombe Issoire
Fabrice Fuentes © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Richard Pinhas, John Livengood : Cyborg Sally (Souffle Continu, 2016)

richard pinhas john livengood cyborg sally

Il est fou, voire surnaturel, de constater combien les vieux délires programmatiques de Richard Pinhas font encore effet de nos jours. Après les rééditions Heldon, c’est au tour de son Cyborg Sally, enregistré avec John Livengood (clavier qui a joué dans Red Noise & Heldon), de le prouver – mention spéciale au Souffle Continu pour les efforts de réédition et à Stefan Thanneur pour cette magnifique double pochette de vinyle alors que le disque original était sorti sur CD.

Quand je dis « vieux », ce n’est pas aussi « vieux » qu’Heldon, of course… Inspirés par l’écrivain de SF Norman Spinrad et son Rock Machine, c’est entre 1992 et 1994 que Pinhas (electronics, guitars) & Livengood (electronics, sampling, digital process) ont accouché de ces onze morceaux intemporels. Et ça ne se sent pas, car les hallucinantes danses célestes, les chansons-cyborg, les morceaux d’ambient sur delay, les extraits d’opéra cosmique (référence à Wag) et les musiques de manèges intergalactiques de cette galette ont gardé une fraîcheur et une qualité qui surpassent même celles des plus récentes rencontres de Pinhas avec Oren Ambarchi ou Yoshida Tatsuya… Allez comprendre : c’est maintenant dans les vieux CD qu’on fait les meilleurs vinyles ?

cyborg sally

Richard Pinhas, John Livengood : Cyborg Sally
Souffle Continu
Enregistrement : 1992-1994. Réédition : 2016.
2 LP : A1 Intro : Hyperion A2/ Cyborg Sally A3/ Derita (toward a creepy afternnon) – B1/ Rock Machine : Red Ripe Anarchy B2/ Gilles Deleuze : Beyond Hyperion – C1/ Nuke (the ultimate « interface » interstellar part) C2/ Moira C3/ Wag (variation sur les quatre notes fondatrices de Parsifal) – D1/ Tales from Hyperion D2/ Ritournelle D3/ …
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Benjamin Fogel : Swans et le dépassement de soi (Playlist Society, 2016)

benjamin fogel swans et le dépassement de soi

Si Swans et le dépassement de soi est un livre davantage consacré à Michael Gira qu’au groupe qu’il a emmené de 1982 à 1997 et emmène de nouveau depuis 2010, c’est que la question se pose : une fois relevées (quand même) l’importance de sa compagne, Jarboe – qui, dans la courte préface qu’elle signe ici, insiste sur la détermination et la concentration nécessaires à l’entreprise – et (si l’on veut faire au mieux) celles de Jonathan Kane et Norman Westberg, Swans est-il « autre chose » qu’un Michael Gira amplifié ?

Au début de son livre, Benjamin Fogel pose une autre question : « Qui es-tu, Michael Gira ? » Simple, certes, mais qui a le mérite de prévenir que l’auteur ne s’embarrassera pas de circonlocutions : appliqué – impliqué, parfois, maniant souvent le « je » –, celui-ci retrace chronologiquement le parcours de son sujet : adolescence vagabonde puis artiste, découverte de pratiques musicales inspirantes (Glenn Branca, Rhys Chatham) et création d’une musique épaisse, voire grave, qu’il n’aura plus qu’à développer en studio (treize disques) ou sur scène (surtout).

Si l’œuvre de Swans est inégal, c’est là un de ses charmes. Rustres et sérieux, ses airs sont sans doute plus « imposants » que « bruyants », mais ils recèlent souvent des surprises et, surtout, profitent du charisme de Gira. Et puis, il y a ces prises de position que certains timides jugeraient radicales – reniement par exemple de l’inaudible The Burning World (dont sont Karl Berger, Fred Frith ou Mark Feldman) souillé par la production de Bill Laswell, concrétisation d’un goût prononcé pour le Do It Yourself (sous étiquette Young God Records, qui produira aussi Akron/Family, Lisa Germano ou… Devendra Banhart), rapport « à l’autre » plutôt compliqué… – et ces contradictions déroutantes, que l’ouvrage de Fogel parvient, autant que faire se peut, à mettre en lumière, et dont il se nourrit même.



swans

Benjamin Fogel : Swans et le dépassement de soi
Playlist Society
Edition : 2016.
Livre : 187 pages. Préface de Jarboe.
Guillaume Belhomme © le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Alan Sondheim, Azure Carter, Luke Damrosch : Threnody (Public Eyesore, 2015)

alan sondheim azure carter luke damrosch threnody

Du bagout et de l’autorité. Des bibelots, une panoplie : une panoplie de bibelots. Un au-delà des habitudes, un au-delà des folklores. Des musiciens adeptes du crissant et des multi-usages. Un guzheng rouillé. Une voix par delà les monts et les vaisseaux. Une guitare presque classique, désaccordée jusqu’à l’excès. Des souffles volcaniques. Un blues martien. Du Chadbourne détroussé. Du flamenco contrarié…et contrariant. Une flûte embrouillée. Une cacophonie grinçante.

A vrai dire, je ne sais pas ce qui passe par la tête d’Alan Sondheim (celui-ci souvent en solitaire ici), Azure Carter et Luke Damrosch et leurs étonnants instruments (guzheng, madal, revrev, alpine zither, cura saz, qin, madal, ergu…) mais je sais que leur musique broute hors des territoires et des clichés. Sans doute pas une révolution mais un désir certain de secouer le cocotier. Attention aux chutes !



threnody

Alan Sondheim, Azure Carter, Luke Samrosch : Threnody: Shorter Discourses of the Buddha
Public Eyesore
Edition : 2015.
CD : 01/ Comeforme 02/ Violaguzheng 03/ Altoclar 04/ Qin 05/ Screentest 06/ Guitar 1 07/ Shakuhachimadal 08/ Banjo 09/ Threnrevrev 10/ Guqin 11/ Death 12/ Altorecorder 13/ Guitar 2 14/ Oudmadal 15/ Harmonrevrev 16/ Qinguzheng 17/ Sarahbernhardt 18/ Eguitclar 19/ Pipa 20/ Longsaz 21/ Bone 22/ Oud 23/ Lastpiece 24/ Alltracks
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

The Monsters : The Jungle Noise Recordings (Voodoo Rhythm, 2016)

the monsters the jungle noise recordings

Jamais entendu parler de The Monsters (groupe formé à Berne en 1986) avant. Les années 1994-1995, j’écoutais quoi déjà ? Plus Zumpano, ça c’est sûr, bizarrement sortis chez Sub Pop. Pas les Stooges non plus, ni les Leningrad Cowboys, ni Henry Rollins c’était trop tard pour lui. Surtout, je crois ne jamais avoir écouté d’autres groupes suisses en ces temps-là que ce groupe suisse dont j’ai oublié le nom…

Stooges, Leningrad Cowboys, Rollins… voilà à quoi m’a d’abord fait penser ce psyché-rockab-punk-garage. On imagine les amplis vintage, les costumes bidon, le troisième degré dans la ballade et le volume de tout always très fort. Pour qui voudrait comme moi se rattraper, il y a un pdf de cinq pages que je vous offre en guise de bio. Pour les plus motivés, il y a The Jungle Noise Recordings, une réédition (augmentée, d'où le "recordings") d'une galette enregistrée en 1994. Il en dit long sur The Monsters, je crois... Si tant est qu’on soit in the mood



the jungle noise

The Monsters : The Jungle Noise
Voodoo Rhythm
Enregistrement : 1994. Edition : 1995. Réédition : 2016.
CD : 01/ Psych-Out With Me 02/ Primitive Man 03/ Searching 04/ It’s Not My way 05/ Lonesome Town 06/ the Pot 07/ Rock Around the Tombstone 08/ Barbara 09/ Play with Fire 10/ She’s My Witch 11/ out of My Life 12/ Mummie Fucker Blues 13/ Nightlife 14/ Nightclub 15/ Jungle Noise 16/ last Sick Surf Flick 17/ In Hell 18/ Plan 9 19/ Skeleton Stomp
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sourdure : La virée (Tanzprocesz / Astruc, 2015)

sourdure la virée

Pour présenter vite et bien (autant que faire se peut) Sourdure on dira que Sourdure c’est Ernest Bergez et qu’Ernest Bergez fait (bien) normalement de la musique électrique dans le duo Kaumwald (enchanté). Ce qui ne m’a pas empêché d’écouter son Sourdure de disque qu’est La virée.

Avec des invités (Jacques Puech, El-g, Karelle, Françoise et Michel Tournilhac, Laura Mentik + l’intéressante Clémence Cognet à la voix), Bergez fait sien un répertoire de chansons traditionnelles avec de drôles de voix, des instruments exotiques (genre gambri, cornemuse…) et des inserts d’électrobidouille. Le mélange est détonnant, surtout sur les trois premiers titres où l’on croirait entendre une fiction sonore virant psychédélique où se croiseraient Oum Khalthoum, Ghédalia Tazartès, Burger & Cadiot, les Fabulous Trobadors et Ramuntcho Matta.

Malgré sa cradélectro fastoche et ses samples de base, Sourdure tient le cap sur trois pistes. Mais au-delà, il s’écoute et c’est dommage : à force de se la jouer bizarre on n’en est que plus normal, et l’anormalité qui faisait le sel des trois premiers titres a fini par se gâter. On retiendra quand même les chants du départ de La virée, en attendant la prochaine.


la virée

Sourdure : La virée
tanzprocesz / Astruc
Edition : 2015.
CD : 01/ Bonsoir belle bergère 02/ Joana d’aime – lo mes de mai lo mes d’abrieu 03/ Quand io zere chas ma maïre 04/ Marion dins son jardin 05/ Les quinze segments 06/ L’ergot-loupe 07/ Retirez-vous gens de la noce/La genta nóvia 08/ Jésus s’habille en pauvre – l’assona fantauma 09/ Pour aller voir Virginie 10/ Dans le ventre de la maison huileuse
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp logo grisliSourdure est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 6, il jouera à l'église Saint-Merry avec Ellen Fullman et William Basinski.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Tim Hecker : Love Streams (4AD, 2016)

tim hecker love streams

C’est bizarre, la musique d’aujourd’hui. Souvent ça patauge dans les références et ça se contente de tout mélanger sans qu’il se passe grand-chose. Ce qui n’empêche pas qu’on écoute : c’est la fatigue qui explique et puis (après tout) y’a des mélanges qui tiennent.

Prenons le dernier CD de Tim Hecker par exemple, Love Streams, à sortir sur 4AD (jusque-là, c’était Alien8 & Kranky qui s’étaient chargés des recs du Canadien). Moins sombre que certains de ses précédents, ce sont pourtant les mêmes collages synthétiques (beaucoup de claviers dans l’affaire) où s’immiscent des loops d’instruments acoustiques (clarinette basse, luth, steel-pan…) et des voix (d’un liturgique souvent grotesque, au Cocteau Twins / Bel Canto exacerbé).

Sa pop ambient, Hecker la voudrait complexe mais elle n’est que trop chargée. Les voix beuglent pour se faire entendre au-dessus d’une prototechno dislexique… La lutte pourrait être belle faute d’être originale mais plus les secondes passent plus le mélange s’avère indigeste. Trop de sucre épaissit le sirop et c’est donc au risque de s’engluer qu’on parcourra Love Streams.

love streams

Tim Hecker : Love Streams
4AD
Edition : 2016.
CD / LP / DL : 01/ Obsidian Counterpoint 02/ Music of the Air 03/ Bijie Dream 04/ Live Leak Instrumental 05/ Violet Monumental I 06/ Violet Monumental II 07/ Up Red Bull Creek 08/ Castrati Stack 09/ Voice Crack 10/ Collapse Sonata 11/ Black Phase
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Steve Lacy Quintet : Last Tour (Emanem, 2015)

steve lacy last tour

Ce concert jusque-là inédit se fait remarquer parmi les enregistrements plus anciens de Steve Lacy publiés récemment – par hatOLOGY (Shots) et Emanem (Avignon and After Volume 2 et Cycles). C’est qu’il consigne une des dernières prestations d’un quintette qui datait de 2001 (enregistrement à Paris de The Beat Suite) et réunissait le sopraniste, Irène Aebi, George Lewis, Jean-Jacques Avenel et John Betsch.

A la voix d’Aebi, Lacy ajoute ici la sienne : abîmée, mais néanmoins largement mise à contribution, ainsi récite-t-il William Burroughs, Robert Creeley, Bob Kaufman ou Ann Waldman et Andrew Schelling quand il ne prévient pas avec une certaine ironie l’audience présente à Boston ce 12 mars 2004 : « This is a real jazz tune ». Les textes des poètes, une fois repris par Aebi (qui ne s’embarrasse malheureusement que rarement de nuances, sur As Usual ou Train Going By), donneront leur titre à ces exercices de swing appliqué à quelques ritournelles.

Comme souvent celles de Lacy, les inventions de Lewis étonnent : expression rentrée en trombone sur Naked Lunch ou implacable solo sur l’un des classiques du sopraniste, Blinks. La musique qui se joue là est celle d’une formation qui navigue à vue sur des thèmes qui, sous leurs airs de légèreté, dissimulent une intensité étonnante. C’est l’effet de l’élégance qui n’aura jamais quitté Steve Lacy.

last tour

Steve Lacy : Last Tour (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 mars 2004. Edition : 2015.
CD : 01/ The Bath 02/ Morning Joy 03/ As Usual 04/ Naked Lunch 05/ Baghdad 06/ Train Going By 07/ Blinks 08/ In the Pocket
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>