Le son du grisli

Jazz, musiques expérimentales et autres










Francisco López, Richard Francis : In de Blaauwe Hand (Brombron, 2009)

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C’est à un voyage en capsule jusqu’au centre la terre que nous convient Francisco López et Richard Francis sur In De Blaauwe Hand. De très loin, des vents et des infrabasses arrivent sur les parois du vaisseau qui réagissent difficilement aux diverses pressions : fortes bourrasques, tentations d’aller voir dans des univers parallèles et monochromes, couches sonores vacantes qui rendent le voyage chaotique et la musique qui en découle récalcitrante.

Après avoir été soumis à ces déferlements, l’auditeur ayant embarqué avec López et Francis retrouve un peu de paix. Mais alors que le son se fait moins impressionnant, la question du devenir des voyageurs se pose : auraient-ils été avalés à tout jamais pour être allés trop loin ?

Francisco López, Richard Francis : In De Blaauwe Hand (Brombron / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ In De Blaauwe Hand
Pierre Cécile © Le son du grisli

Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro, 2009)

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Cette fois, la pochette ne permet pas d’en apprendre plus. Ne rien connaître au musicien et ne rien pouvoir lire à son propos avant de mettre l’un de ses disques dans le lecteur est une drôle d’expérience. 

Par la suite, j’apprendrais que Sindre Bjerga – puisqu’il s’agit de lui – est un musicien norvégien amateur d’éditions limitées et de sorties sur CD-R, détail qui me rassure presque autant que m’interpelle le quart d’heure de musique contenu sur ce petit format : des distorsions de toutes sortes forment sur New Sounds for Burglar Alarms un drone complexe. Epais et parfois brouillons, ces « nouveaux sons » ne laissent pas la moindre chance à l’auditeur de décrocher une seule seconde de leur présence frontale. Promené entre des aigus distordus et des graves énormes, l’auditeur semble pourtant contraint d’acquiescer et il arrivera qu’il en redemande même plus rapidement que prévu. Deuxième drôle d’expérience. 

Sindre Bjerga : New Sounds for Burglar Alarms (Dokuro)
Enregistrement : 2005. Edition : 2009
CD : 01/ New Sounds for Burglar Alarms
Pierre Cécile © Le son du grisli

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro, 2009)

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Quelque part en Italie, le label Dokuro produit en petites séries des CD trois pouces qu’il enferme ensuite dans de petites boîtes en plastique. Si le design est soigné, la musique retenue sur les disques est, elle, en général, d’un expérimental grisant.

Ainsi en est-il sur Supreme Trading : pièce signée de l’Américain Mike Shiflet (Scenic Railroad, Noumena) qui expose sans attendre son auditeur à un assourdissant phénomène contre-nature. Emporté par le roulement de grains et de drones divers, celui-ci se voit déposé plus loin dans un décor peint par deux simples notes de synthétiseur. Ces-dernières, ravalées bientôt par le brouhaha avant qu'un groupe de trois sons électriques commandent leur repos et la reprise de toutes respirations.

Mike Shiflet : Supreme Trading (Dokuro)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ Supreme Trading
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Supernova 2 (Interstellar, 2009)

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Huit ans après le passage d'une première Supernova, le label Interstellar publie une deuxième compilation regroupant des titres d’une sélection intéressante de pourfendeurs de quiétude.

Une face vinyle pour chacun : Bulbul, qui donne avec l’aide d’Heimo Wallner dans une country amatrice de drones et de batterie ravageuse ; Merzbow, qui opte lui pour des déferlantes de sons saturées et un futurisme aux bruits exacerbés ; Peach Pit, au post-rock grapillant un peu partout et néanmoins décevant ; Wolfgang Fuchs, pour terminer, qui compose à partir de bourdons et de crépitements deux grands morceaux répétitifs. Espérons que la suite arrive avant neuf autres années... 

Supernova 2 (Interstellar Records)
Edition : 2009.
10’’ : A1/ Bulbul & Heimo Wallner : Grand Kratzscha B1/ Merzbow : 11339 C1/ Peach Pit : Vertigo C2/ Peach Pit : O Biciklizmu C3/ Peach Pit : Ru-fruitcake2 D1/ Wolfganag Fuchs : Laurenz D2/ Rundschau
Pierre Cécile © Le son du grisli

Omni : Omni (Presqu'île, 2009)

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Depuis trois ans, Kato Hideki (basse, synthétiseur), Tetuzi Akiyama (guitare électrique préparée) et Toshimaru Nakamura (guitare électrique préparée, mixer), confectionnent au sein du projet Omni une musique expérimentale qui leur échappe simplement parce qu’ils refusent de s’accorder sur ses intentions – même pas sur celle d’interagir, précise Hideki sur son site internet.

Omni (le disque) est l’enregistrement d’une récente prestation du trio et permet de mettre enfin l’oreille sur un projet musical jusque-là somme toute confidentiel. Au commencement, les guitares ont du mal à sortir d’une tirade d’effets étouffants et il semble que chacune de leurs cordes fourbit des assauts esthétiques qui sont autant d’échappatoires : les coups pleuvent et, en conséquence, l’emballement collectif vacille. Irrémédiablement, puisque la musique née de cette collaboration est une construction qui est aussi la cible de nihilistes contraints de s’en prendre aux propres fruits de leur expression, l'ensemble se désagrège. Brutal, bruitiste et bruyant, il n’en reste pas moins qu’Omni (le disque, toujours) touchera au cœur les amateurs d’eastern sounds ultramodernes.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.


Omni, 40:10 (extrait). Courtesy of Presqu'île.

Omni (Kato Hideki, Tetuzi Akiyama, Toshimaru Nakamura) : Omni (Presqu’île Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01. 40:10 02/ 05:02
Pierre Cécile © Le son du grisli

Mika Vainio : Black Telephone of Matter (Touch, 2009)

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Vieux briscard des musiques électroniques, en solo et au sein du duo Pan Sonic avec Ilpo Väisänen, Mika Vainio est une de ces valeurs sûres qu’il fait toujours bon retrouver. Quatrième livrée du Finlandais pour le compte de Touch – la première depuis 2003 ! – Black Telephone of Matter ne fait nullement exception et c’est tant mieux.

Pleinement bruitiste, la vision de Vainio ne souffre toutefois pas de l’unicité apparente de sa démarche. D’une très grande variété de tons et d’atmosphères, le téléphone noir de la matière nécessite le plus grand… silence pour en appréhender toutes les inflexions. Totalement inutile dans un environnement surchargé en interférences diverses, son écoute attentive – oserions-nous écrire autiste – révèle le savoir-faire millimétrique de son auteur, au sommet de son art.

Toujours radicalement éprise d’une science de l’observation, la musique de Vainio remplit les blancs de la multiplicité de ses signaux. Entrée d’un requiem écrit pour Merzbow, messages intergalactiques captés d’hors la voie lactée ou électrocardiogramme au bord de l’asphyxie, l’argot du bruit vainiosien ne souffre aucune limite, si ce n’est celle qu’impose l’imagination. Extraordinairement cohérent en dépit des dizaines d’expériences qu’il fait traverser – des cris de corbeaux à la captation d’une antenne à 4080 Mhz  – le disque oscille également entre diverses voies blanches, dont le signal est tellement faible qu’il fait tendre l’oreille (rappelez-vous la condition du silence). Plus fondamentalement, Mika Vainio se mue en un incroyable narrateur d’aventures soniques – elles recueillent notre admiration sans limites.

Mika Vainio : Aíneen Musta Puhelin / Black Telephone Of Matter (Touch / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roma A.D. 2727 02/ Silencés Traverses Des Mondes Et Des Anges 03/ Bury A Horse’s Head 04/ In A Frosted Lake 05/ Swedenborgia 06/ A Measurement Of Excess Antenna Temperature At 4080 ML/S 07/ The Breather
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Derek Bailey, Tony Bevan, Paul Hession, Otomo Yoshihide : Good Cop, Bad Cop (No-Fi, 2009)

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Sur Good Cop, Bad Cop, quatre musiciens différemment arrangés : Derek Bailey, Otomo Yoshihide, Tony Bevan et Paul Hession, enregistrés en 2003 à Liverpool en duos et quartette.

A quatre, l’improvisation commande à Bailey d’opposer ses interventions sur guitare au volume changeant à un drone serti de râles d’origines différentes. Plus loin, les libertés de l’association s’accordent sur un jeu de plaintes précipitées du saxophone et de larsens élaborés par Yoshihide.

Par la suite, la rencontre se réserve des duos aux conséquences diverses aussi : virulence de la réaction provoquée par la collision des cordes claires de Bailey et des mouvements frénétiques d’Hession ; écarts singuliers des trouvailles sonores de Yoshihide et des roulements du même Hession ; enfin free soutenu de Bevan contrastant avec la ligne claire prônée, une fois n’est pas coutume, par Derek Bailey. La rencontre valait d'être enregistrée.

Derek Bailey, Tony Bevan, Paul Hession, Otomo Yoshihide : Good Cop, Bad Cop (No-Fi / Metamkine)
Enregistrement : 2003. Edition : 2009.
CD : 01/ No Hiding Place / Softly Softly 02/ Morse 03/ The Bill 04/ Good Cop, Bad Cop 05/ Flying Squad
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Octante : Lúnula (Another Timbre, 2009)

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Déjà remarqués sur leurs enregistrements respectifs publiés par Another Timbre ou Etude Records, le guitariste Ferran Fages (ici aux oscillateurs) et l’accordéoniste Alfredo Costa Monteiro (toujours à l’accordéon) se retrouvent pour la deuxième fois sur disque en Octante, quartette composé aussi de la trompettiste Ruth Barberan et de la bassiste Margarida Garcia.

Plutôt inquiète, la formation improvise dans l’ombre deux grandes pièces au développement lent mais chaotique, aux propositions inattendues et incertaines, qui convoquent autant de sifflements que de râles, de plaintes et de larsens – assez changeant, tous, pour ne pas s’imposer longtemps. D’accords suspendus en revirements bruitistes, les quatre musiciens vont et composent une musique électroacoustique perturbée et grandiose, que finissent d’imposer les dernières secondes d'Onda 2904.


Octante, Onda 2856 (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Octante : Lúnula (Another Timbre)
CD : 01/ Onda 2856 02/ Onda 2904
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Oneida : Rated O (Jagjaguwar, 2009)

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Le groupe Oneida a déjà prouvé – avec Preteen Weaponry, notamment – qu’il pouvait se montrer aussi radical que convaincant dans l'arrangement d’un rock torturé par ses propres références. Les trois disques qui forment Rated O (deuxième volet d'une trilogie baptisée Thank Your Parents) laissent pourtant entendre (ou plutôt réentendre) que les soupçons sont plus que fondés sur l’inspiration inégale de Kid Millions, Bobby Matador et Baby Hanoi Jane.

Ceci, parce que l’auditeur doit faire face sur Rated O à une suite d’exercices de style souvent poussifs : dub, pop psychédélique et toutes sortes de rock (sixties, krautrock ou encore héroïque). Grasse de nature, la mixture parvient à convaincre de très rares fois, et encore, jamais longtemps : sur la toute fin du premier disque (drone et batterie avalant un lot de guitares hurlantes qui, pour une fois, ne sont pas là pour combler les brèches compositionnelles) et la première moitié du troisième. Le temps de ces deux exceptions, Oneida renoue avec la rythmique lente, répète les motifs d’une musique envoûtante et conclut avec plus d'intelligence un projet ambitieux, qui reste malgré tout bien dispensable. 

Oneida : Rated O (Jagjaguwar / Differ-ant)
Edition : 2009.
CD1 : 01/ Brownout In Lagos 02/ What’s Up, Jackal? 03/ 10:30 at the Oasis 04/ Story of O 05/ The Human Factor - CD2 : 01/ The River 02/ I Will Haunt You 03/ The Life You Preferred 04/ Ghost in the Room 05/ Saturday 06/ It Was a Wall 08/ Luxury Travel - CD3 : 01/ O 02/ End of Time 03/ Folk Wisdom
Pierre Cécile © Le son du grisli

Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris, 2009)

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Artiste sonore entendu notamment aux côtés de Michael Nortam ou Brendan Murray, Seth Nehil donne sur Flock & Tumble un aperçu de sa pratique musicale en solitaire.

Diverse, celle-ci : qui combine fields recordings et élans percussifs jetés en d’étranges paysages intérieurs (Tew), oppose des voix blanches à d'éloquents silences (Whuilp) ou impose à ces mêmes voix une inconstance capable d’anéantir tout vocabulaire (The Sun) ; pour se faire ailleurs moins obscur : larsen et superpositions de notes longues obéissant à une ligne presque claire (Tew 2) ou rafale de percussions aux dégâts changés en fiers éléments d’esthétique (Blackhole).

Ainsi, la musique expérimentale de Nehil se rapproche en certains endroits de celle de Gunther Rabl (Plait pour tout exemple, sur lequel Nehil brille en terrible animateur de bruits) pour aller voir ailleurs du côté d’une ambient ténébreuse ou d’un bruitisme sournois. Le grand mérite de Seth Nehil, étant de savoir convaincre quel que soit le domaine qu’il investit.


Seth Nehil, Blackhole (extrait). Courtesy of Sonoris.

Seth Nehil : Flock & Tumble (Sonoris / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Tew 02/ Whuilp 03/ Plait 04/ Tew 2 05/ Grave 06/ The Sun 07/ Blackhole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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