Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Simon Nabatov : Spinning Songs of Herbie Nichols (Leo, 2012)

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Sans les terminaisons abruptes d’Herbie Nichols et avec le souci de ne jamais emmarbrer la musique du new-yorkais, le pianiste Simon Nabatov traque quelques idées reçues. Par exemple : jeter aux orties les traités harmoniques que Monk et Nichols, en leur temps, avaient déjà bousculés. Mais aussi : ne pas se soustraire au modèle original mais lui octroyer quelques coulées frondeuses ici (Blue Chopsticks), quelques sèches ruades ailleurs (Lady Sings the Blues).

Et toujours, approfondir les mystérieuses consonances de Nichols, poursuivre l’introspection du compositeur, rendre fielleux le romantisme s’approchant et se souvenir que beaucoup de choses reposaient sur un blues, ici, admirablement rectifié. Un bel hommage donc.

EN ECOUTE >>> Spinning Songs of Herbie Nichols (extrait)

Simon Nabatov : Spinning Songs of Herbie Nichols (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2012.  
CD : 01/ 2300 Skiddoo 02/ The Spinning Song 03/ Blue Chopsticks 04/ Lady Sing the Blues 05/ Sunday Stroll  06/ The Third World 07/ Terpischore 08/ Twelve Bars introspection
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Bruno Fernandès : Vocations de l’ombre : Haino Keiji, Une autre voix / Voie du rock (Les Presses du Réel, 2017)

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« Guitarroriste », bluesman insulaire, dandy détaché des conventions… D’une brochure jadis tirée à une centaine d’exemplaires, Bruno Fernandès a fait un livre conséquent sur Keiji Haino et son œuvre. Et si, de l’aveu même de l’auteur, ce livre « ne se veut nullement exhaustif », sa composition n’en est pas moins habile et sa force évidente.  

Ainsi, Fernandès nous invite-t-il à pénétrer l’univers – l’utilisation de ce terme, pour le cas qui nous intéresse, n’est pas exagérée – de Keiji Haino par de nombreuses et différentes portes ou entrées. Au fil de la lecture apparaît un portrait cubiste du musicien dont les multiples facettes disent le parcours (l’harmonica d’abord, puis les débuts en Lost Aaraaff…), les influences (Blue Cheer, Doors, Pierre Schaeffer…), l’environnement (Fernandès nous conte une courte histoire du rock, du jazz et du noise  japonais), les goûts (pas de classique, pas de free si ce n’est celui d’Albert Ayler) et les diverses intentions (« le rock est enfoui en moi », dit Haino, ce qui ne l’empêcha pas de défendre de doux refrains sous le nom d’Aihiyo).

Pour aider peut-être à percer le mystère Keiji Haino, un disque a été glissé dans le livre. Trois enregistrements inédits (un solo studio daté du début des années 1990 et deux extraits de concerts donnés en 2001 et 2002) illustrent le vague à l’âme du créateur au son d’une ballade défaite, d’un rock garage (en duo avec le bassiste Yasushi Ozawa) ou d’une délicate pièce pour voix. Jadis, le saxophoniste Booker Ervin expliqua : « Il y a différents genres de blues, et je voulais simplement en jouer de différents. » Peut-être est-ce le même dessein qu’a toujours poursuivi Keiji Haino, qu’il continue de poursuivre aujourd’hui.

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Bruno Fernandès : Vocations de l’ombre : Haino Keiji, Une autre voix / Voie du rock
Les Presses du Réel, 2017
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

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Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird, 2014)

elliott sharp terraplane 4am always

Je ne sais si ce sont deux qualités, mais j’aime l’Elliott Sharp des débuts et les grassroots de Tom Waits. J’aurais dû aimer en conséquence Terraplane, ce projet que le guitariste emmène depuis 1991 avec dans le médiator un va-et-vient entre la country et le blues. Oui mais voilà…

Ce premier CD que j’entends de Terraplane me laisse un goût de variété dans l’oreille. Sharp à la guitare (électrique ou acoustique), Dave Hofstra à la basse et Don McKenzie à la batterie invitent la chanteuse Tracie Morris (j’apprendrais que le groupe a invité avant cela Hubert Sumlin d’Howlin’ Wolf ou Eric Mingus) à jouer avec eux. Malheureusement, leur jeu est « assez facile », se contente du peu que le blues peut apporter aux expérimentations de Sharp et, mises à parts sur deux ou trois exceptions (U.A.V. Blues et New Steel), les arpèges et le bootleneck ne sont de sortie que pour des joutes qui surprennent plus qu’elles ne plaisent !

Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird / Enja)
Edition : 2014.
CD : 01/ Ain’t Got No 02/ U.A.V. Blues 03/ New Steel 04/ Space Rock Comin’ 05/ Sentenced to Life 06/ I Can’t Acquiesce 07/ Sunset to Sunrise 08/ Up from the Bottom 09/ Subtropical
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings, 2014)

itaru oki chorui zukan

Le souffle infiltre le silence. La trompette d’Itaru Oki cueille la  mélodie (lumineux Misterioso & 'Round Midnight), se recueille devant ces histoires si souvent contées (I’m Getting Sentimental Over You, I Wish I Knew). Ici, ce ne sont plus des standards mais de neuves mélodies, crées il y a quelques secondes seulement.

Ailleurs, la trompette du japonais improvise et l’appel n’en est que plus pressant. Bill Dixon avait déjà tutoyé ces étranglements, cette réverbération salivaire, ces grondements zébrés. Itaru Oki lui offre un nouveau moteur, un autre mystère. Parfois les souffles se dédoublent, parfois le blues s’installe et tous les repères historiques et géographiques se perdent. Ou bien, est-ce le contraire. Ce disque solo suffira-t-il à nous convaincre de l’intrépide et singulier talent d’Itaru Oki ? On espère la réponse positive.

Itaru Oki : Chorui Zukan (Improvising Beings)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Janomecho 02/ I’m Getting Sentimental Over You 03/ Oogamadara 04/ I Wish I Knew 05/ Asagimadara 06/ Midorishijimi 07/ Misterioso 08/ You Are Too Beautiful 09/ Karasuageha 10/ I Wish I Knew 11/ Shimokita Blues 12/ Smiling Mr. Nanri 13/ Suminagashi 14/ ’Round Midnight
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Matana Roberts : Coin Coin Chapter Two: Mississippi Moonchile (Constellation, 2013)

matana roberts coin coin chapter 2

Mississipi is a beautiful place ! C’est (enfin, c’était, l’année dernière) le retour de Matana Roberts et de Coin Coin, son projet qui puise aux racines de la musique noire américaine (s’il faut donner une couleur à la musique) pour remettre au goût du jour la légendaire... danse des canards (bon).

Pour nous convaincre, la saxophoniste remet la parole (le chant masculin peut parfois heurter l’oreille) et la « tradition » au centre des enjeux. Le blues, le ragtime, le swing, le jazz de l’AACM ou du Brotherhood of Breath, tout inspire bien le Mississipi Ness que télécommande de main de maître Miss Roberts. Alors, après Gens de Couleur Libre, on est bien obligé de saluer la deuxième apparition du Coin Coin et en répondre : oui, il existe, et bel, et bien !

Matana Roberts : Coin Coin Chapter Two: Mississippi Moonchile (Constellation / Souffle Continu)
Edition : 2013.
CD / LP / DL : Coin Coin Chapter Two: Mississippi Moonchile
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Joe McPhee, Michael Zerang : Creole Gardens (NoBusiness, 2011) + Christoph Erb / Jim Baker / Michael Zerang (Exchange, 2011)

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Ces « jardins créoles » ont fleuri sur le souvenir d’un concert, daté de 2009, que Joe McPhee et Michael Zerang ont donné ensemble. Ils sont un hommage à la Nouvelle-Orléans que rehausse une entente d’exception développée en Survival Unit ou Brötzmann Chicago Tentet...

En ouverture, la trompette est distributive et la caisse claire inquiète de récupérer chacune de ses notes sur frottements légers. Mais Zerang ose bientôt des éléments de ponctuation que McPhee respecte au son d’un hymne pénétrant. Il fera de même un peu plus tard à l’alto : ce qu’il dit à l’instrument, qu’il soit trompette ou saxophone, personne d’autre que lui n’aurait pu le dire, ni même l’inventer. C’est que derrière chacune des phrases de McPhee, sereines en apparence, pointe une anxiété tenace. 

Aires de jeu obligeant ses usagers à évoluer en véloces, ces Creole Gardens se souviennent du passage des marching bands et des milliers d’airs qui ont contribué à l’histoire de la ville. Mais ce sont aussi des œuvres ouvertes que McPhee et Zerang arrangent selon l’instant, en carré du recueillement éclairé par d’intenses lueurs d’espoir.

EN ECOUTE >>> Congo Square Dances / saints and Sinners >>> Crescent City Lullaby

Joe McPhee, Michael Zerang : Creole Gardens (New Orleand Suite) (NoBusiness)
Enregistrement : 24 septembre 2009. Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Congo Square Dances / Saints and Sinners 02/ Rise / After the Flood 03/ Crescent City Lullaby 04/ And Now Miss Annie, The Black Queen 05/ The Drummer – Who-Sits On-The-Drum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Sur cet échange qui date du 11 juin 2011, Michael Zerang improvise en compagnie de Jim Baker (synthétiseur analogique, piano) et Christoph Erb (instruments à vent). Si Zerang est celui des trois qui fait le plus œuvre d’inventions et si Erb sait se montrer surprenant aussi bien au saxophone ténor qu’à la clarinette basse, ne leur reste plus qu’a espérer que Baker parvienne lui aussi à convaincre. Fantasque au synthétiseur mais souvent démonstratif, pâtissant d’une inspiration aléatoire au piano, il peut tout de même, de temps à autre, rendre la rencontre irréprochable.

Christoph Erb, Jim Baker, Michael Zerang : Erb / Baker / Zerang (Exchange)
Enregistrement : 11 juin 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Situr 02/ Opisthoproctidae 03/ Fesch 04/ Tauch 05/ Sakana 06/ Ogcocephalus 07/ Devon
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Robert Pete Williams : Free Again (Prestige, 1961)

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This record is a modern country blues classic: potent autobiographical lyrics sung in a compelling keening voice combined with finger-picked and bottleneck guitar played in a strange balance of sophistication and crudeness. Williams was a poet and griot, chronicling his life and emotions in the context of the Southern United States in the 20th Century. The melodic and textural counterpoint of the guitar and voice resonate with the concepts what Ornette Coleman calls "harmolodics".  The songs are hypnotic and emotionally wrenching.

Robert Pete Williams : Free Again (Prestige)
Enregistrement : 1959. Edition : 1961.
CD : 01/ Free Again 02/ Almost Dead Blues 03/ Rolling Stone 04/ Two Wings 05/ A Thousand Miles From Nowhere 06/ Thumbing A Ride 07/ I've Grown So Ugly 08/ Death Blues 09/ Hobo Worried Blues 10/ Hay Cutting Song
Elliott Sharp © Le son du grisli

the_age_of_carbonGuitariste qu'on ne présente plus, Elliott Sharp voit paraître ces jours-ci The Age of Carbon, triple disque d'enregistrements que son projet Carbon a enregistré de 1984 à 1991.

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Tom Waits : Bad As Me (Anti, 2011)

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Bad As Me ne bouleversera sans doute pas la discographie de Tom Waits mais il en est un bon élément. Un CD de rocaille, de folk et le blues, de rock pris aux racines…

Parfois quand même, c’est la grosse cavalerie (Chicago) et on peut frôler la chanson de marin (les Pogues ne sont pas loin sur Pay Me). Pour se rattraper, Waits se déguise en diva post-Billie (Kiss Me touche au cœur sous ses allures de My Man) ou, au contraire, distribue des claques comme lui seul sait le faire (comme Screamin’ Jay Hawkins savait le faire en son temps, sur des canevas aux vapeurs enivrantes).

Sur un disque de chansons, on peut souvent imaginer le chanteur seul et unique interprète ; or Tom Waits est, là encore, un cas à part. Il sait s’entourer. Pour preuve : Marc Ribot à la guitare (et parfois Keith Richards), Gino Robair aux percussions ou encore Clint Maedgen aux saxophones (dont un baryton qu’aurait sûrement embauché sur le champ Little Richard). Avec tout ça, on se dit que si la chanson est aussi bonne que Tom Waits prétend être mauvais (Bad As Me), alors on a bien le droit d'y revenir !

Tom Waits : Bas As Me (Anti / Pias)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Chicago 02/ Raised Right Men 03/ Talking at the Same Time 04/ Get Lost 05/ Face to the Highway 06/ Pay Me 07/ Back in the Crowd 08/ Bad As Me 09/ Kiss Me 10/ Satisfied 11/ Last Leaf 12/ Hell Broke Luce 13/ New Year’s Eve
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Albert King : Live Wire / Blues Power (Stax, 1968)

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One of my favorite records of all time (there are many), is Albert King's Live Wire / Blues Power. This record can still give me chills.

I used to play along with some of this record, trying to match Albert, at 6:00 AM before work as a type of therapy. If I didn't get to jam with Albert I lacked purpose for the day. To get his sound I used my thumb instead of a guitar pick, like he did. This started me not using a pick which is a big part of my sound.
 
Before a friend loaned me this record. Which I recorded onto cassette and is still my source for this recording (leading me to buy probably ten more Albert King recordings). I did not have any. But I had heard of him. So when I heard he was playing a small club in Chicago I told my friend and we went. This led him to lend me the record. The show did not floor us. But after the show, when I saw Albert was going to walk past us on the side walk, I faced him and out of respect I said "good show Albert" and he replied, "hey alright man", before he walked past.
 
At that time, little did I realize how much I would treasure, and be able to impress people with that short exchange.

Albert King : Live Wire / Blues Power (Stax)
Enregistrement : 1968.
CD : 01/ Watermelon Man 02/ Blues Power 03/ Night Stomp 04/ Blues at Sunrise 05/ Please Love Me 06/ Look Out
George John Larson © Le son du grisli

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George John Larson est guitariste. Il a récemment publié Testosterone et And Also.

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Marion Brown : Solo Saxophone (Sweet Earth, 1977)

solosaxisliParfois délaissé par l’altiste (Juba Lee – 1966), le blues est au centre de ce Saxophone Solo. Mais ici, le blues abandonne la plainte originelle pour s’en aller gambader ailleurs. C’est donc un blues mobile et volubile (And Then They Danced) que Marion Brown convoque. Un blues sans lourdeur mais conservant quelques petites choses du récit initial. Un blues qui s’immisce jusque dans la latinité de La Placita. Un blues qui aime la danse et l’aventure. Un blues sans division et sans fioritures. Souvent nu et tempéré.

Et c’est l’alto sensible et enveloppant de Marion Brown qui le déverse. Un alto sans trop de sorties de route. Un alto généreux et empruntant la coda finale du Round Midnight de Monk avec élégance et évidence. Et maintenant, surgissant de ma mémoire, voici ce même Round Midnight. Cela se passait il y a une grosse quinzaine d’années dans un bar de la périphérie d’Apt. Marion Brown exposait quelques-unes de ses toiles et nous gratifiait d’un solo intemporel. C’était magique et envoûtant. C’était juste avant les gros problèmes de santé du saxophoniste. C’était peut-être son dernier concert. Marion Brown nous a quitté le 18 octobre dernier. Rééditer ce disque serait la moindre des choses.

Marion Brown : Saxophone Solo (Sweet Earth Records)
Enregistrement : 1977.
LP : 01/ Hurry Sundown 02/ Angel Eyes 03/ El Bochinchero 04/ And Then They Danced 05/ La Placita 06/ Encore
Luc Bouquet © Le son du grisli

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