Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Au rapport : Météo [2]A la question : Harutaka MochizukiAu rapport : Météo 2018
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic, 2014) / La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings, 2014)

françois tusques la reine des vampires

A Barney Wilen, Beb Guérin, Eddy Gaumont – avec qui il travaille alors sous la conduite du saxophoniste – et Jean-François Jenny-Clark, François Tusques aurait fait entendre quelques thèmes destinés à illustrer Les femmes vampires que Jean Rollin s’apprêtait à tourner. Le temps pour les intervenants de se souvenir y avoir entendu un piano que celui-ci a déjà disparu. A eux de retranscrire alors l’atmosphère des compositions.

Si l’expérience tient du Mystère (de la fantaisie ?), les onze prises – celles qui furent utilisées en face A, celles qui furent rejetées en face B – de La reine des vampires 1967 impressionnent : car non seulement elles se passent aisément d’images, mais elles sont autant de séquences d’un autre objet de cinéma, sans trame, celui-ci, dont l’empreinte est aussi nette que celles laissées à la même époque par New York Eye and Ear Control d’Ayler ou les plus libres compositions de Komeda.

Sur la première face, les cordes (nombreuses, puisque Gaumont a, pour l’occasion, abandonné sa batterie pour un violon) vont lentement, défaussent et installent un théâtre d’ombres que se disputeront un piano caverneux, un ténor spectral, deux contrebasses lâches et un (remarquable) archet fuyant. En seconde face, ce sont donc des airs de défaites : chutes épatantes qui valent combien de morceaux finis, sur lesquelles Wilen, plus résolu, ramène le groupe à un free moins atmosphérique, autrement licencieux.

François Tusques : La reine des vampires 1967 (Cacophonic / Souffle Continu)
Enregistrement : 1967. Edition : 2014.
LP : A1/ La Reine des vampires Theme Take 5 A2/ La Reine des vampires Theme Take 4 A3/ La Reine des vampires Theme Take 3 A4/ La Reine des vampires Theme Take 2 A5/ La Reine des vampires Theme Take 1 – B1/ La Reine des vampires Unused Cue 1 B2/ La Reine des vampires Rejected Theme 1 B3/ La Reine des vampires Unused Cue 6 B4/ La Reine des vampires Unused Cue 11 B5/ La Reine des vampires Rejected Theme 2 B6/ La Reine des vampires Unused Cue 9
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tusques grimal guérineau la jungle du douanier rousseau

Enregistré le 22 février 2013 à Ackenbush, Malakoff, La jungle du Douanier Rousseau donne à entendre Tusques auprès de deux saxophones ténor : Alexandra Grimal et Sylvain Guérineau. C’est là un CD... à deux faces, selon que le pianiste – moderne, tout comme le peintre, capable de mouvement rétrograde – converse courtoisement avec l’une ou donne du leste au second. En filigrane, blues et swing confondus, l’amour de la chanson et de ces airs de Monk : de l’aîné, Tusques et son Douanier ont conservé cet éternel va-et-vient entre l’audace brillante et l’unisson de trop.

François Tusques, Alexandra Grimal, Sylvain Guérineau : La jungle du Douanier Rousseau (Improvising Beings)
Enregistrement : 22 février 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Dick Twardzick 02/ Sérénité 03/ A tâtons 04/ Au chat qui pêche 05/ Orgue à bouche 06/ Don Cherry Blue 07/ Alexandrins africains 08/ Tout est possible 09/ La jungle du Douanier Rousseau 10/ Move the Blues
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Tetuzi Akiyama, Tom Carter, Christian Kiefer : The Darkened Mirror (Monotype / Cat Sun, 2013)

tetuzi akiyama tom carter christian kiefer the darkened mirror

Fameux casting sur The Darkened Mirror : Tetuzi Akiyama, Tom Carter et Christian Kiefer. Ca n’étonnera pas les fans des secoués Charalambides, il règne une sacrée atmosphère d’Americana de traviole (gravos, encore bien) sur cette première collaboration américano-nipponne – on sent bien derrière tout ça l’influence de Tom Carter, qui va pêcher à toutes les sources (du blues à la folk) et c’est pour mieux dépatouiller les vieilles et vilaines habitudes.

Ca balance entre Charlie Nothing et Cyan Nugent, on passe sans coup férir d’un méchant trip dans une vieille Cadillac déglinguée à une jam session virtuose et mélodique et au final, on se dit que nom d’un Colt fumant, les gaillards ont vachement plus que six cordes à leur putain d’arc.

écoute le son du grisliTetuzi Akiyama, Tom Carter, Christian Kiefer
Sea Hag's Lament

Tetuzi Akiyama, Tom Carter, Christian Kiefer : The Darkened Mirror (Monotype)
Edition : 2013.
LP : A1/ Grandmother's Body A2/ Alligator A3/ Bloody Mary A4/ Sea Hag's Lament A5/ The Duendes B1/ The Lady In Lace B2/ The Hook B3/ The Express Train to Hell B4/ The Vanishing Hitchhiker
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Angelica Sanchez, Wadada Leo Smith : Twine Forest (Clean Feed, 2013)

angelica sanchez wadada leo smith twine forest

Le ton est donné : le premier (Wadada Leo Smith) vrille ses aigus ; la seconde (Angelica Sanchez) plaque l’accord tranchant. La fidélité sera de mise. Les compositions de la pianiste porteront dans leurs veines la mémoire d’astres sombres. La trompette délivrera le filet de son, se perdra et se réverbérera dans le silence. Les accords-glas de la pianiste chercheront les passages secrets. Ceux qui, intimement, tentent d’investir la lumière. Une noire lumière précisément.

Et il aura ces trouées de cuivre, ce surgissement de blues. Un surgissement, certes court, mais qui dit tout des pactes passés. Et il y aura d’autres surgissements : ils auront pour territoire le murmure de la douleur, la masse frappant l’intérieur du piano, le velours des attentes. Et il y aura, surtout, deux musiciens portant à bras le corps une musique s’ajustant à leurs denses élans.

Angelica Sanchez, Wadada Leo Smith : Twine Forest (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Cones of Chrome 02/ Veinular Rub 03/ Retinal Sand 04/ Echolocation 05/ Light Black Birds 06/ Twine Forest 07/ In the Falls of… 08/ Ultimate Causes
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

East-West Trio : The Shangai Session (In Situ, 2013)

east-west trio shanghai session

Dans le boitier rouge et richement garni sommeille le East-West Trio. Plus pour très longtemps. Voici le CD dans le lecteur.

Qu’y entend-t-on ? Le souffle  du blues. Pardon : de tous les blues. Des nappes anxiogènes. Des axes mouvants. Des terres d’accueil où l’on se frôle et où l’on se reconnait. Des voix libérées. Des kermesses de joie. Des astres stagnants. Des bourrasques douces. Des sensibilités modulées.

Parce qu’ils ont depuis longtemps déserté les chemins imposés, Didier Petit (violoncelle, voix), Xu Fengxia (guzheng, sanxian, voix) et Sylvain Kassap (clarinettes, chalumeau) mordent dans le rouge de la chair. Avec le sensible pour évidence. On devine que le conflit est à des années lumière de leurs desseins. Leur projet n’est que celui du partage. Celui des complicités naturelles. Celui du délestage des codes et des obligés. Ainsi, libres et affranchis, les voici prêts à saluer l’intemporel.

East-West Trio : The Shangai Session (In Situ / Orkhêstra International)
Edition : 2013.  
CD : 01/ Shangai Folk Song 02/ Carte postale 03/ On the Tradition 04/ Aiku 05/ Snake Raga 06/ Shamane 07/ Mademoiselle du Henan 08/ Aiku 09/ West 10/1+2+1 = 3 11/ Matière errante
Luc Bouquet © Le son du grisli

east-west_collective_4_280Ces 14 et 15 décembre, l'East-West Collective (East-West augmenté de Miya Masaoka et Larry Ochs) est attendu à Nantes (Pannonica) et Tours (Petit Faucheux, dans le cadre du festival Super Flux). 

 

Commentaires [0] - Permalien [#]

Glenn Jones : My Garden State (Thrill Jockey, 2013)

glenn jones my garden state

Glenn Jones, avec sa guitare et son banjo, défrisera plus d’un hipster chercheur de pépites à quarante euros le vinyle rayé – pas soigné, le look, et d’un classique dans la fioriture ! Mais ce n’est pas là son principal mérite, non. Le principal mérite du guitariste est qu’il donne une actualité, et comme pour lui-même, à l’ « American Primitive Guitar » de John Fahey – ce qui ne l’empêche pas de rappeler parfois le jeu d’Egberto Gismonti ou de Ralph Towner (The Vernal Pool).

Parfois accompagné de Laura ou Meg Baird, Jones tisse un ouvrage (son troisième sur Thrill Jockey) un brin mélancolique, aux mélodies qui ont souvent la simplicité de l’évidence, qui illustrent une aventure de Buster Keaton (Accross the Tappan Zee) ou adressent un clin d’œil à Charles Ives (Like A Sick Eagle Looking at the Sky). Capodastre tendu, arpèges et lignes de basse assurés, tapping, picking, pull-off… tout concourt à mettre au jour le goût d’hier qui coule dans les veines de Jones.

Et comme par enchantement, folk, country, blues, se mélangent au profit d’une légèreté musicale / bande-son de beaux moments contemplatifs (il arrive à Jones de dialoguer avec un orage ou le vent dans les arbres) et même parfois : poignants (Berger County Farewell, à déguster ci-dessous).

Glenn Jones : My Garden State (Thrill Jockey)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Chimes 02/ Across the Tappan Zee 03/ Going Back to East Montgomery 04/ Blues for Tom Carter 05/ The Vernal Pool 06/ Alcouer Gardens 07/ My Garden State 08/ Like a Sick Eagle Looking at the Sky 09/ Bergen County Farewell 10/ Chimes II
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

William Hooker : Channels of Consciousness (NoBusiness, 2012)

william hooker channels of consciousness

A la limite de la surcharge, le quintet de William Hooker demeure prisonnier de la nasse sonique qu’il vient d’enfanter. Les impacts sont permanents, la débauche se perd en des amoncellements sans réelle substance. La trompette de Chris DiMeglio perce heureusement le carcan, se fraye un chemin et tisse quelque intensité salvatrice. En pure perte, la contrebasse d’Adam Lane se perd dans ce magma excessif. Pourtant inspirée par de glorieux aînés (Sharrock, Boni), la guitare de Dave Ross ne fait qu’ajouter de la confusion à la confusion. Ceci pour la première partie.

Heureusement, la seconde partie est d’un tout autre niveau. Le blues s‘y décline malade et singulier, l’esprit n’est plus à l’égorgement mais à l’introspection. L’archet grince et se libère de ses chaînes. La trompette ne prend plus ombrage de son lyrisme. La musique accepte l’espace et la distance. Entre les deux, mais aussi au début et à la fin, la batterie de William Hooker et les percussions de Sanga donnent au rebond de nouveaux chapitres. Magiques minutes de connivence et de complicité où la frappe n’est plus vaine mais transportée par deux improvisateurs en totale(s) harmonie(s).

EN ECOUTE >>> The Unfolding >>> Connected

William Hooker Quintet : Channels of Consciousness (NoBusiness)
Enregistrement : 27 mars 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ The Unfolding 02/ Compelling Influences 03/ Thought and Intention 04/ Lower Interlude 05/ Character 06/ Connected 07/ Three Hexagons 08/ Mother’s History (untold)
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Julius Hemphill : The Complete Remastered Recordings on Black Saint (CAM, 2012)

julius hemphill on black saint and soul note

Au tour donc de Julius Hemphill d’être mis en boîte marquée « The Complete Remastered Recordings on Black Saint and Soul Note » pour avoir sorti jadis quelques disques sur l’un des deux labels italiens. Cinq, en l’occurrence, tous estampillés Black Saint.

Le premier d'entre eux est Raw Materials and Residualsredirection. C’est ensuite Flat-Out Jump Suite, enregistré en quartette en 1980 à Milan. Les balais de Warren Smith délivrent rapidement l’intention qui mène le projet : concentration, voire réserve, avec laquelle Hemphill, le trompettiste Olu Dara et le violoncelliste Abdul Wadud – cordes subtilement mises à mal et soupçon d’électricité – filent un jazz à reliefs que transforme sous cape la fantaisie des solistes.

Onze ans plus tard, Hemphill enregistre Fat Man and the Hard Blues. A la tête d’un sextette de saxophones – quelques mois auparavant, Hemphill quittait le World Saxophone Quartet, sujet d’une autre rétrospective éditée dans la même série –, il fomente un blues un brin roublard pour jouer d’unissons efficients et conforte dans leurs acquis loustics James Carter et Marty Ehrlich. En 1993, un sextette du même genre – dans lequel Tim Berne s’est fait une place – se laisse diriger par un Hemphill sans arme. Le rapport entre les voix s’est corsé, et la musique de Five Chord Stud y gagne, portée par un goût affirmé pour la cascade et par quelques thèmes de choix (Mr. Critical, par exemple, dédié à Ornette Coleman).

En guise de conclusion, retour en 1980 : date de l’enregistrement de Chile New York. Sound Environment, que Black Saint publia bien tardivement. Là, entendre Hemphill à l’alto, au ténor et à la flûte, faire face avec aplomb aux percussions multiples de Warren Smith. De One à Seven, sept pièces se succèdent (trois grands dialogues et quatre miniatures) au son d’un free jazz appuyé ou de compositions de mystère. Comme sur Raw Materials and Residuals, c’est à New York qu’Hemphill rend ici hommage : aux espoirs que la ville fait naître et aux désillusions auxquelles parfois elle condamne. La réédition, émouvante, était attendue.

Julius Hemphill : The Complete Remastered Recordings on Black Saint and Soul Note (CAM)
Enregistrement : 1977-1993. Réédition : 2012.
5 CD : Raw Materials and Residuals / Flat-Out Jump Suite / Fat Man and the Hard Blues / Five Chord Stud / Chile New York. Sound Environment
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Han Bennink & Co. (Ilk, 2012) / Joachim Badenhorst : The Jungle He Told Me (Smeraldina-Rima, 2012)

han bennink & co

Avec sa seule caisse claire et jamais en manque de ressources, Han Bennink refuse le rôle d’accompagnateur tout autant que celui de soliste ici. Dans cet entre-deux fécond, il navigue entre balais et baguettes, se souvient de papa Jo Jones, entrechoque les bois, étouffe la peau, joue avec les contrastes, enveloppe le tempo plus qu’il ne le souligne.

Dans une relative retenue, le pianiste Simon Toldam et le saxophoniste-clarinettiste Joachim Badenhorst parcourent quelques points cardinaux du jazz (celui des origines, celui de Monk plusieurs fois cité, celui du free, celui des libres improvisations) et ne se lassent pas d’en dévier les axes. Et le bouillonnant et bondissant Bennink de s’enivrer de ce très tonique festin.

Han Bennink Trio : Bennink & Co. (Ilk / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Klein Gebrek Geen Bezwaar 02/ Sim March 03/ Suite in a Sea 04/ Meet Me Tonight in Dreamland 05/ Dog 06/ Lauren-s S.D. 07/ Inside Inside 08/ Ganz 09/ Klein Gebrek Geen Bezwaar N° 2  10/ Kiefer 11/ Postlude to Kiefer and a Piece of Drum 12/ A Flower Is a Lovesome Thing
Luc Bouquet © Le son du grisli

joachim badenhorst the jungle he told me

Qu’il change sa clarinette défaillante en instrument exotique (genre duduk), fait œuvre de diphonie qui dans la lenteur vrille ou construit au ténor une pièce minimaliste qu’il aurait pu ne jamais finir de faire tourner, Joachim Badenhorst ne perd rien à la solitude. Rappelant – fond et forme confondus – Gunter Hampel, il ne se refuse ni mélodie anecdotique, ni déviation chaotique, ni blues à la Mezzrow : The Jungle He Told Me a en conséquence de quoi surprendre, et même convaincre.

Joachim Badenhorst : The Jungle He Told Me (Smeraldina-Rima)
Edition : 2012.
LP / Téléchargement : 01/ Klarinet 02/ Basklarinet 03/ Tenor 04/ Djilatendo 05/ Rafelromp 06/ Ek stamel ek sterwe 07/ X (for Joe McPhee) 08/ Singing the Blues 09/ Tafel Stomp
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Loren Connors, Suzanne Langille : I Wish I Didn’t Dream (Northern Spy, 2012)

loren connors suzanne langille i wish i didn't dream

Si selon moi les plus beaux disques de Loren Connors sont ceux qu’il enregistre seul, c’est guilleret quand même que je me rue sur ce nouveau CD du guitariste et de sa partenaire de longue date Suzanne Langille (qui l’accompagne notamment dans Haunted House). Grand mal m’en a pris : hors les murs de leur « maison hantée », le duo file encore plus la frousse…

Il y a quelques années, le couple nous révélait sur The Enchanted Forest son goût particulier pour les contes à double-face, ceux dans lesquels un train de merveilles cache forcément un plus grand train d’effroi. Pas sorti de leur lecture d’Alice (en cuir clouté) au Pays des Merveilles, Connors et Langille reviennent à leur black poésie, le premier déclinant des arpèges de blues-rock fourbu et la seconde lisant des textes  sur un ton qui donnerait le frisson à la plus épaisse des plus laineuses créatures venues du froid.

Le hic n’est pas tant ce romantisme de pacotille – pourtant Langille se complaît dans un sadomasochisme adolescent : « comme je suis perdue en ce monde… monde dont j’ignore tout… tout qui confère au rien… ô béatification de ma peine et esclavagisme de ma souffrance » (voilà à peu de choses près comment on pourrait adapter sa littérature) – mais plutôt l’emphase avec laquelle la récitante surjoue (alors que Connors joue mou loin derrière) et surréagit au point de faire passer Lydia Lunch et Patti Smith pour des maîtresses du self-control. Bien qu'écorchée vive – on l’aura compris –, Langille ordonne à son partenaire de lui asséner des coups de guitare-tronçonneuse : la somme des agressions n’est pas belle à entendre.

Loren Connors, Suzanne Langille : I Wish I Didn’t Dream (Northern Spy)
Edition : 2012.
CD : 01/ My Skin Is A Membrane [wd4825] 02/ La Belle Dame Sans Merci [wd4632] 03/ Come With Me [wd4878] 04/ [wd4942] 05/ Come On Come On [wd4864] 06/ Shenandoah [wd4652] 07/ Just Find Your Shoes [wd4572] 08/ I Wish I Didn’t Dream [wd4523] 09/ I Don’t Know [wd4642] 10/ Gotta Work [wd4499] 11/ Still Bound [wd4735] 12/ It Will Only Continue [wd4856] 13/ Cease To Do Evil [wd4769] 14/ Keep Breathing [wd4949]
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Chris McGregor : In His Good Time / Blue Notes : Before the Wind Changes (Ogun, 2012)

chris mcgregor in his good time

Parlons au présent. Oublions que ce «bon temps» date de l’hiver 1977. Parlons de ce dénuement, de cet ivoire qui ne vise que l’essentiel. Parlons de ce blues qui suinte et déborde. Parlons de ce clavier d’où s’échappe l’Afrique des partages. Parlons de ces hymnes courtois et merveilleux, de cette aisance à gambader follement et librement.

Au fil des minutes, la balade se fait course, le trait s’émancipe, la transe s’annonce. Et l’on danse de joie, hypnotisés par les mélopées d’un Chris McGregor alors au sommet de son art. Un Chris McGregor euphorique devrait-on plutôt écrire. Ne parlons plus, n’écrivons plus : écoutons.

EN ECOUTE >>> Sweet As Honey

Chris McGregor : In His Good Time (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18 novembre 1977. Réédition : 2012. 
CD : 01/ Green Hymn 02/ Kwa Tebugo 03/ Sonia 04/ Call 05/ Raincloud 06/ Umhome 07/ Burning Bush 08/ Shekele 09/ Yikiti 10/ Mngqusho 11/ In His Good Time 12/ The Bride 13/ Ududu Nombambula
Luc Bouquet © Le son du grisli

blue notes before the wind changes

Enregistré le 1er juillet 1979 en Belgique, ce concert des Blue Notes consigne le grand art de McGregor, Pukwana, Dyani et Moholo : verbe haut sur mélange de swing et de folklore sud-africain, échappées en improvisations individuelles (Pukwana redresseur sur Funk Dem Dudu d’un free altier et sans façons), musique enfin qui bat piano, tambour et cuivres, en un mot : la chamade.

Blue Notes : Before the Wind Changes (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1er juillet 1979. Edition : 2012.
01/ Ithi Gui 02/ Mange 03/ Lonta Uyagula [The Poor Child Is Sick] 04/ Lakutshona Ilanga 05/ The Bride 06/ Funk Dem Dudu 07/ Wish You Were Sunshine
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>