AMM : Two London Concerts (Matchless, 2012)

Deux concerts londoniens enregistrés les 6 mars 2011 et 27 novembre 2011. AMM (duo) : John Tilbury au piano et Eddie Prévost à la batterie, & dans la brume. London in the fog : Tilbury & Prévost in the mist. Nous, assis, qui respirons cette somme d’atmosphères.
Un cluster prend le temps de s’évanouir dans l’air mais un autre le remplace, les deux sont reliés par un bourdon de cymbale allumé par une mèche. Les accords de piano se rapprochent, Tilbury tire sur une des cordes de son piano, prise au hasard, et il n’en voit pas le bout : parce qu'il n’a qu’une corde à son piano, de plus en plus fine.
La batterie de l'adroit Prévost lui décoche des flèches de rouille ou inquiète un tom pour la faire trembler : le piano s’en méfie, se fait discret mais pas oublier, on entend partout sa respiration. A Londres, la brume s’est dissipée pour laisser place à un brouillard frémissant. Nous, pourtant assis loin de lui, avons frémi avec lui.
AMM : Two London Concerts (Matchless)
Enregistrement : 6 mars 2011 & 27 novembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ E1 AMM 02/ SE1 AMM
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers!, 2012)

« Définitifs et jubilatoires », disait Pierre Cécile des « cris » que l’on trouvait en Substance Mort et Hate Supreme, les deux précédents disques de Talweg. Avec Nos doubles errent dans la nuit duelle, le mystère s’épaissit : Erle et Fels – doubles fugitifs de Joëlle V. (voix) et Eric L. (batterie) – poursuivent à la brune leurs travaux d’expiation.
Qu’on les entende : tendre d’abord l’oreille, soupçonner derrière un fin rideau de cymbales et l’appel lointain d’une corne de brumes (le pluriel est voulu) le chapelet de râles qui attendent comme autant de terribles surprises le noctambule égaré. Ainsi des coups sur toms, lents et réguliers, provoquent-ils le départ d’une nuée d’harpies que l’on a dérangées ; ainsi le dernier de ces coups, c'est-à-dire le coup de trop, déclenche-t-il la furie de leur maître, minotaure pourquoi pas, vierge folle sinon qu’un époux infernal ne cesse de tourmenter.
L’évocation d’Une saison en Enfer n’est pas gratuite : la voix et les tambours de Talweg agissent avec la même puissance que le poète mais en miroir : dans leurs errements eux se passent de mots et de rythme s’il n’est pas celui du battement de cœurs qu’ils ont à vif et qu’ils exposent aux quatre vents ; qu’ils vous offrent même sur un plateau. C’est pourquoi, malgré l'appréhension, il faut aller à Nos doubles errent dans la nuit duelle. La seule chose que l’on y risque vraiment est aussi la plus belle qui puisse nous arriver : qui est de les croiser.
Talweg : Nos doubles errent dans la nuit duelle (Up Against the Wall, Motherfuckers! / Metamkine)
Edition : 2012.
LP (100 exemplaires) : A-B/ Nos doubles errent dans la nuit duelle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
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Ce jeudi 20 décembre, Talweg apparaîtra à Marseille.
Supplique du GRIM. Dixième festival Nuit d’Hiver.

Chris Corsano : Cut (Hot Cars Warp, 2012)

Si c’est bel et bien seul que Chris Corsano a enregistré Cut, rien ne l’empêchait d’imaginer emmener là un véritable groupe : ce Chris Corsano Band où l’on trouve le batteur en compagnie d’objets métalliques, d’instruments à cordes transformés et de cordes indépendantes – tous éléments de l’orchestre promis plus encore qu’artifices venus augmenter l’instrument qui le meut.
La batterie, donc : tempétueuse encore, ronflante aussi, grimée quelques fois (en guitare ou violon électrique, cithare à bout de souffle, caisse de résonance pour archet…), expérimentant – c'est-à-dire interrogeant les formes connues pour mieux envisager celles à inventer – toujours. Suite des épreuves données par Corsano sur The Young Cricketer (autoproduit sur CDR puis réédité par Family Vineyard, label qui publie les aventures de Corsano en Chikamorachi) et Another Dull Dawn, Cut se montre à la hauteur de la suite attendue : frénésie, endurance et, surtout, de l’idée.
Chris Corsano : Cut (Hot Cars Warp)
Edition : 2012.
CDR : 01/ Twice Removed 02/ The Widow 03/ Shank And Spindle 04/ The Four Apprentices 05/ Scalpels 06/ The Attendant 07/ Famously Short Arms 08/ The Widow's Daughter 09/ These Things Are Not Fancy 10/ Two Leyaks And A Minister 11/ Not Now Not Later Not Ever 12/ The Disciple 13/ Fed Ex'd Gorilla 14/ The Irate Prime Minister 15/ My Face, Spited 16/ The Sacred Beast 17/ Regrets, I've Had A Few 18/ Warrior With Dagger Pointed Inward 19/ Suppli E Domanda
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Will Guthrie : Sticks, Stones and Breaking Bones (AntBoy, 2012)

En The Ames Room plus qu’ailleurs sans doute, Will Guthrie a démontré qu’il pouvait transformer son impétuosité de batteur en terrible moteur à explosion. Seul sur Sticks, Stones and Breaking Bones, il réitère.
Sur le conseil d’un caractère qu’on dira bien trempé, Guthrie s’occupe de déclencher d’artificielles avalanches dont les dégâts feront le gros de son expression personnelle. Le geste est sec, que permet d’enrichir sa régularité, installée : enfin, l’endurance aidant, le roulement se fait épais et évolue au gré des convulsions. Ailleurs, Guthrie peut nourrir avec application un drone à force d'agacer une cymbale. Cachés derrière la résonance, ses vieux démons le reprennent pourtant : les tambours sont martiaux et chantent sous les coups maintenant précipités de grands airs de victoire au son desquels certains dansent et d’autres se mettent à battre la mesure.
Will Guthrie : Sticks, Stones and Breaking Bones (Antboy Music / Lespourricords / Gaffer / Electric Junk / Metamkine)
Enregistrement : 22 octobre 2011 & 7 janvier 2012. Edition : 2012.
CD / LP : Sticks, Stones and Breaking Bones
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Sean Baxter : Solo for Drumkit Improvisations (Bocian Records, 2011)

Edité par Bocian, label ayant déjà produit Metal/Flesh, Solo for Drumkit Improvisations donne à entendre Sean Baxter redoubler de présence.
Non parce que le percussionniste y profite de plus d’espace, mais parce qu’il creuse avec force à un endroit qu’il avait déjà fouillé : improvisation abstraite nourrie de crépitements et de cliquetis qui provoquent en elle des désirs d’épaisseur. Passant au tamis les possibilités de ses éléments de batterie, Baxter préside alors à la transformation ; veillant au grain de sable, il considère la durée de ses interventions avec une régularité et une inventivité égales. Son art est subtil, qui dit que le nom de Sean Baxter a été omis de la courte liste dressée ici des percussionnistes ayant œuvré seul et récemment à changer tous rythmes en étonnants paysages.
Sean Baxter : Solo for Drumkit Improvisations (Bocian Records / Metamkine)
Edition : 2011.
LP : A1/ Plates A2/ Woklids A3/ Chopsticks A4/ Junk – B1/ Hands B2/ Harmonics B3/ Windchimes B4/ Brushes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Tomek Chołoniewski: Un (Mathka, 2011)

Un = cinq courtes étapes au fil desquelles Tomek Chołoniewski explique de quoi retourne son art de la percussion. L’ensemble n’atteint pas la vingtaine de minutes, mais la concision procure un charme à l’exercice : les éléments de bois et de cuivre y évoluent en roue libre et inventent cent schémas dans l’urgence ; la résonance des frappes étoffe les paysages ; la voix du musicien peut engager une lutte avec les instruments qu’il agite.
Sur un tambour – alors que Chołoniewski pense la plupart du temps sa musique en percussionniste briseur de rythmes –, une allure peut s’imposer : des coups de baguettes sont passés en machine pour qu’une caisse claire ou une cloche perde de leur naturel. A l’heure où quelques esprits frappeurs (Jason Kahn, Fritz Hauser, Will Guthrie…) sortent des solos d’envergure, Tomek Chołoniewski passe une tête et laisse entendre qu'il faudra compter avec lui.
EN ECOUTE >>> ici
Tomek Chołoniewski: Un (Mathka)
Enregistrement : 16 octobre 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Unit 02/ Untitled 03/ Untilted 04/ United 05/ Unlitted
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Tatsuya Nakatani : Abiogenesis (H&H, 2010)

Dix-huit pièces sans nom, datées de 2009, ont été assemblées sur Abiogenesis par Tatsuya Nakatani. Dix-huit pièces au fil desquelles le percussionniste construit un recueil pertinent d’airs chantants ou sinon percutants.
Ainsi fait-il à l’archet siffler cymbales et cloches sur une rumeur grave pour découper ensuite dans l’espace qu’il occupe des morceaux d’étoffes claires que l’on ne soupçonnait pas. Ailleurs encore, c’est un bric-à-brac fantastique que Nakatani retourne, une tempête qu’il commande sans autre intention que le jeu – la trouvaille, peut-être –, des râles qu’il élève patiemment sur cadres ou dans l’urgence sur éléments de bois. L'art est savant sans y paraître. Le recueil en question est donc impressionnant.
Tatsuya Nakatani : Abiogenesis (H&H / Metamkine)
Enregistrement : septembre 2009. Edition : 2010.
CD : 01-18/ Abiogenesis
Guillame Belhomme © Le son du grisli
Tatsuya Nakatani jouera à Mulhouse le 27 août, dans le cadre du festival Météo, en duo avec Michel Doneda (occasion d'aller relire la chronique de leur White Stone Black Lamp).

Mathias Pontevia : Laminaire (Un rêve nu, 2011)

C’est un objet pas commun qui tient du collier de nouilles ou d’une œuvre d’art brut, cela dépend des appréciations. C’est un presse-papier en résine plombé qui contient des cotillons, une vieille photo, des germes (du tabac ?) et encore des germes (un morceau de branche ?). Ce presse-papier sert de support au disque de Mathias Pontevia, Laminaire. Mais Laminaire peut aussi être téléchargé gratuitement sur le site d’Un rêve nu.
Cette gratuité ne doit pas empêcher de commander Laminaire-presse-papier-collier-de-nouille-support parce que le travail de batterie de Mathias Pontevia mérite qu’on l’encourage. Cet amateur de Sunny Murray aussi bien que de Lê Quan Ninh mène des recherches sur les à-côtés de la batterie. Peut-être même sur ses aléas. Horizontalement, il monte des coups en pièces sonores comme d’autres montent des blancs en neige. Ici, on prend son temps et on écoute avec délices les conversations entre caisses et cymbales. Ici, laminaire la batterie s’étire. Elle file des tapisseries colorées. Pas forcément expérimentales (souvent à l’ancienne d'ailleurs, à l'ancienne étendue j'entends) mais enchanteresses.
Mathias Pontevia : Laminaire (Un rêve nu)
Edition : 2011.
CD : 01/ Career 02/ Turbine 03/ Le cheval et le serpent 04/ Baie d’Along 05/ Saccharomyces Cerevisiae 06/ Vecteur 07/ Koinê 08/ Did He Loose Air ? 09/ Meet the Brush
Pierre Cécile © Le son du grisli

Z'ev : Live in Athens (Agxivatein, 2011)

Le concert avait lieu à Athènes l’année dernière. Ne pas en avoir été n’est pas si grave puisqu’il est donné à 150 personnes (si l’on s’en tient à un CD-R édité par personne) de réparer leur absence. Z’ev dans toute sa fureur, et avec savoir-fer.
Les percussions de Z’ev sont tonitruantes mais pas avant d’avoir été amadouées. Les peaux caressées frémissent à peine que Z’ev décide de leur donner des coups de baguettes. Les peaux se font prendre une nouvelle fois lorsqu’il agit doucement, on croirait un romantique joueur de steel-pan… Mais chassez la nature, elle revient au galop. La fièvre monte, Z’ev donne à Athènes des couleurs rouges qu’aux dernières nouvelles elle ne quitte plus.
Z’ev : Live in Athens (Agxivatein / Metamkine)
Enregistrement : 8 octobre 2010. Edition : 2011.
CDR : 01/ Live in Athens
Héctor Cabrero © Le son du grisli

Tony Marsh : Stops (Psi, 2010)

Aurait-on oublié que l’improvisation à l’orgue est l’une des pratiques musicales les plus anciennes, qu’ici Veryan Weston réactiverait quelque évidence oubliée. Avec l’aide du batteur Tony Marsh (ce dernier signant seul le présent CD : comprenne qui pourra), Weston entame des cassures qu’il ne fixe jamais totalement. Activant l’immense soufflerie de l’orgue de l’église de St Peter (magnifique et ondoyante réverbération, intelligente et subtile prise de son), il ne s’égare que rarement, ramenant toujours son jeu dans les griffes-baguettes de son partenaire. Lequel partenaire, de rebonds de peaux en cymbales foudroyantes, offre un jeu délié, fourni et sans le moindre complexe.
Ici et pour conclure : un grondement commun, toujours concerté, parfois intense. Bref, un beau et vrai dialogue.
Tony Marsh : Stops (Psi / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Stop Time I 02/ Stop-Go 03/ Stop Off 04/ Glottal Stop 05/ Stop Time 2 06/ Stop Down 07/ Stop Out 08/ Stop Time 3 09/ Stop Thief 10/ Stop at Nothing 11/ Stop Press 12/ Stop Watch 13/ Stop Time 4 14/ Stop Short 15/ Full Stop
Luc Bouquet © Le son du grisli























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