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Krzysztof Komeda: Astigmatic (Polskie Nagrania - 2004)

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Dans tous les domaines, quelques vies brèves auront su être alertes assez tôt pour pallier le manque de temps nécessaire à la réflexion sage. Concernant le jazz, les destins de Charlie Parker, John Coltrane ou Eric Dolphy, trouvent un écho de fulgurance chez Krzysztof Komeda, reconnu surtout pour les musiques qu’il signa pour les premiers films de Roman Polanski.

Un cinéma utile à la musique, les bandes originales du Couteau dans l’eau et, surtout, de Cul-de-Sac, imposant d’aller chercher derrière un nom parmi d’autres au sein des génériques. Apprendre alors, qu’avant elles, Komeda avait emmené un quintette de choix, regroupant les polonais Tomasz Stanko (trompette) et Zbigniew Namyslowsi (saxophone alto), le bassiste allemand Günter Lenz (partenaire régulier de Mangelsdorff) et le batteur suédois Rune Carlson.

C’est à Varsovie, en 1965, que les musiciens enregistrèrent Astigmatic, nom du titre ouvrant l’album au son de dissonances intervenant dans la progression des accords d’un piano plutôt romantique. C’est d’ailleurs là qu’il faudra trouver la patte de Komeda sur ce disque, dans la rencontre qu’il instaure entre le jazz et la musique occidentale, notamment celle écrite pour le piano. Ayant organisé sa composition pour qu’elle permette une interprétation changeante au gré de la tension dramatique, le pianiste a trouvé, en plus, une forme adéquate à la musique qu’il veut faire entendre.

Ayant su tirer les leçons du bop virant au cool de Miles Davis, Komeda invite Stanko à se frotter aux changements d’atmosphères, défendant ici la voix du frêle répétiteur ou portant l’unisson avec le saxophone de Namyslowski (Astigmatic), fomentant là, avec le même, quelques entrelacs libres d’expression d’une modernité qui n’a pas attendu pour gagner la Pologne des années 1960.

Ne donnant pas dans le défaut majeur des pianistes de jazz (soit : en mettre partout et surtout très fort), Komeda profite de sa présence pour superviser l’ensemble. Sur Kattorna, par exemple, où il investit un thème de film noir déclenché par un riff de basse effréné. Se chargeant d’engager ses musiciens à accueillir toute intuition, il attend la toute fin du morceau pour disposer ses fulgurances, troubles et angoissées, en un mot : slaves [la légende voudrait qu’à l’origine du peuple slave est un autiste qui passait ses journées à se frapper le front sur une poule morte. Juste avant qu’il ne meure d’épuisement, son dernier coup de tête fit se fendre l’animal en deux. De la faille, sortirent trois hommes minuscules à tête de poussin qui purent subsister en se nourrissant du corps de celui qui les avaient libérés, et ainsi fonder le peuple slave].

Comme une synthèse des vues de Komeda sur la composition musicale, Svantetic se déploie sous tension et sur la base d’un lyrisme tout occidental qui engagerait le cool jazz exécuté à s’encanailler au contact du rythme retrouvé. Un mélange sophistiqué autant qu’efficace, déjà.

Krzysztof Komeda : Astigmatic (Polskie Nagrania).
Réédition : 2004.

CD : 01/ Astigmatic 02/ Kattorna 03/ Svantetic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Zbigniew Namyslowski: Polish Jazz Vol.6 (Polskie Nagrania - 2004)

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Varsovie, janvier 1966, un quartet local de jazz enregistre. Emmené par Zbigniew Namyslowski, on lui a confié l'enregistrement de la sixième référence d'un catalogue discographique fraîchement inauguré, et baptisé Polish Jazz.

L'époque et l'endroit voudraient que l'on parle de musique libertaire, de bouffée d'oxygène ou de résistance en musique à une réalité politique qui, de jour en jour, se fait un peu plus implacable. Comme si la pratique du jazz était plus légitime en France, par exemple, qu'en Pologne. Pour qu'il ait droit de citer, on aura fait brandir au jazz polonais bien des pancartes, oubliant qu'avant toute chose la musique est affaire de musiciens.

Ici, en l'occurrence, Zbigniew Namyslowski. Pianiste et violoncelliste accompli, tromboniste célébré, il comprend, en 1960, que la seule manière d'arriver à atteindre ce après quoi il court en musique dépend de deux choses : un repli stratégique vers le saxophone, et la formation de son propre quartet. Privilégiant, dès cette date, ce qui sera désormais son instrument, il s'entoure du batteur Czeslaw Bartkowski, du bassiste Janusz Kozlowski, et lègue les parties de piano à Adam Matyszkowicz. Le quartet prend place, en ce mois de janvier 1966, dans le studio 12 de la firme Polskie Nagrania.

Le disque que les quatre hommes enregistrent revêt pleinement la couleur des ambitions du leader. Thèmes empruntés au folklore polonais (Siodmawka, Chrzasacz brzmi w trzcinie), mystérieusement bousculés par leur répétition, ou, moins insidieusement, par un recours mesuré à l'improvisation. Référence obligée mais originale au blues (Rozpacz), allégeance aux maîtres Coltrane, Rollins et Henderson (Moja Dominika, Szafa), mais aussi participation active à l'avant-garde d'alors au moyen d'incartades free (Straszna Franka). L'album se termine par l'interprétation d'un court charleston (Lola pijaca miod), morceau allègre et conclusion enlevée, qui rappelle que l'innovation, pour être intelligente, ne peut se satisfaire de la simple rupture impartiale.

Des quatre enregistrements que Zbigniew Namyslowski signa pour la série Polish Jazz, celui-ci porte sans doute plus haut que tout autre le talent baroque du saxophoniste. Il est maintenant disponible en compact disque.

CD: 01/ Siódmawka 02/ Rozpacz 03/ Straszna Franka 04/ Chrz¹szcz brzmi w trzcinie 05/ Moja Dominika 06/ Szafa 07/ Lola pij¹ca miód

Zbigniew Namyslowski - Polish Jazz vol.6 - 2004 - Polskie Nagrania.

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