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Bryan Lewis Saunders : The Confessor (Stand-Up Tragedy, 2013)

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Les Autoportraits sous drogues de Bryan Lewis Saunders nous avaient révélé sa figure ; The Confessor nous renseigne aujourd’hui, au gré d’une douzaine de cassettes enfermées (avec leur walkman) dans une mallette, sur ce qu’on y trouve à l’intérieur. C’est, tout de même, onze heures d’écoute qu’il faut prévoir, mais onze heures faciles à morceler puisque chaque face dit la rencontre de Saunders et d’un musicien-ami qu’il a convié à développer un peu son concept de Stream of Unconsiousness.

Sous ce nom, Saunders archive confessions nocturnes (qu’il fait endormi) et autres pollutions sonores. Sous celui de The Confessor, il a réuni des enregistrements enregistrés sur une période de trente jours dans son appartement du John Sevier Center – ancien hôtel transformé en immeuble de logements, que certains disent hanté – de Johnson City, illustrés, interprétés ou transformés par Hopi Torvald, Kommissar Hjuler und Frau, Razen, Classwar Karaoke Friends, Evil Moisture, Wehwalt, Love, Execution Style, Adam Bohman et Adrian Northover, Yoshihiro Kikuchi, Christopher Fleeger, Sinus Buds, Andy Ortmann, Joke Lanz, Elkka Reign et Dylan Nyoukis, Lee Gamble, Carl Michael von Hausswolff, Leif Elggren, John Moloney, Language of Light, Matt Reis, Offerings, Requiem (David Grahams), Hopek Quirin, Fantom Auditory Operations (Michael Esposito) – musiciens que Saunders a d’ailleurs pu produire par le passé sur son label, Stand-Up Tragedy Records.

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Si l’idée est surprenante de confier à autrui pour qu’il se l’approprie un travail autobiographique de la sorte, restait aux invités à faire preuve d’invention, voire à surprendre à leur tour. Or voici qu’à de rares exceptions les exercices confondent. Ainsi la parole de Saunders peut être fondue en atmosphères de trains fantôme gonflées de field recordings, d’evp et de sons tapissant (Torvald, Fleeger, Sinus Buds, Moloney, Fantom Auditory Operations), essorée à force de boucles et/ou de torsions à en devenir méconnaissable et même toujours plus inquiétante (Classwar Karaoke Friends, Ortmann, Gamble, Reis), essuyer assauts défaits et malveillances ciblées (Kikuchi, Nyoukis), investir le domaine musical sur rythmes ou recherches insidieuses (Bohman et Northover, Offerings, Requiem)… Angoissés, paranoïaques, psychotiques, les exercices confondent, disait-on.

Parfois même, ils captivent : lorsque le Kommissar Hjuler et sa belle font la ronde et passent d’élans vocaux contrariés en chansonnettes entêtantes ; quand Evil Moisture fait œuvre de stupéfiant avec un art de la dramaturgie upper class ; quand Razen transporte tous délires en terre lointaine puisqu’autrement imaginaire ; quand Joke Lanz lâche du haut mal toutes les bribes de phrases qu’il a plus tôt attrapées ; lorsque Love, Execution Style compose un collage d’illustrations minuscules, éclatées mais justes toutes ; quand Carl Michael von Hausswolff soumet Saunders à des vents inédits, contraires et expédiant ; quand Language of Light illustre ses hallucinations sur pop minimaliste ; quand Hopek Quirin, à coups de guitares et couteau, augmente d’un bon degré le niveau de claustrophobie ressentie ; enfin, lorsque Leif Elggren (autre fort en rêves) anime un bestiaire en prise directe avec la parole échappée.

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Ainsi, des expériences exploratoires de Bryan Lewis Saunders – interrogation en solitaire du Moi le plus enfoui –, est né un Confessor au message pluriel et proliférant. En plus d'avoir conceptualisé le Stream of Unconsiousness, Saunders aurait donc inventé un onanisme en partage dont il est le premier à profiter.

Bryan Lewis Saunders : The Confessor (Stand-Up Tragedy)
Edition : 2013.
12 K7 (en mallette, avec carte postale, papier à en-tête et walkman) : K7.1 : A/ Hopi Torvald : Replicate B/ Kommissar Hjuler und Frau : Red Bugs - K7.2 : A/ Razen : The Confessor B/ Classwar Karaoke Friends : Pickle All Enemies - K7.3 : A/ Evil Moisture : Cocaine House B/ Wehwalt : Life Is A Runaway Semi-Truck - K7.4 : A/ Love, Execution Style : The Severed Style B/ Adam Bohman, Adrian Northover : Squirrel Party at Sally Fields - K7.5 : A/ Yoshihiro Kikuchi : White Surrealist Nihilismus B/ Christopher Fleeger : Dolphin's Revenge - K7.6 : A/ Sinus Buds : Michael Moore's Snuff Film B/ Andy Ortmann : Torso - K7.7 : A/ Joke Lanz (Sudden Infant) : French Spies B/ Elkka Reign & Dylan Nyoukis : It's Parents Like You That Are Flies on the Horse's Faith - K7.8 : A/ Lee Gamble : Identity Technology - B/ CM von Hausswolff : N2 Collection - K7.9 : A/ Leif Elggren : Double Sleep B/ John Moloney : Pyro - K7.10 : A/ Language of Light : Dream Vacations B/ Matt Reis : Psychodrama - K7.11 : A/ Offerings : Crazy Is Special You Are For One B/ Requiem : The Weaver Box - K7.12 : A/ Hopek Quirin : Your Excellency B/ Fantom Auditory Operations : Whit-Flag-Flagpole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Expéditives expéditives : Daniel Menche, GX Juppiter Larsen, Michael Muennich, Yoshihiro Kikuchi, Ákos Garai...

expéditives expéditives

1_mencheDaniel Menche : Blood of the Land (CD Ferns, 2010)
Ce sont des orages que Daniel Menche a capturés dans l’Oregon et ensuite mis sur disque. Blood of the Land est ainsi fait de rafales, de trombes d’eau et d’objets emportés. Après quoi, les sons amalgamés de nature domptée après coup transforment l’enregistrement en ouvrage de noise extrasensorielle. (gb)

2_larsenGX Jupitter-Larsen, Michael Muennich : Die Arbeiter von Wien  (7'' Fragment Factory, 2011)
Le disque est rouge de colère : celle d’ouvriers viennois de 1927 dont Fritz Bruegel célébra la lutte en prose. Sous les projectiles électroniques de GX Jupitter-Larsen, Michael Muennich lit, interprète, crie le texte en question, « Die Arbeiter von Wien ». Deux faces virulentes, d’un métal… hurlant. (gb)

3_sugimotoFilfla : 10 Songs in 20 Minutes (CD Someone Good, 2012)
Vingt minutes pour dix titres, voilà l’essence de la série 10 Songs in 20 Minutes du label australien Someone Good, subdivision électro-pop de Room40. Œuvre du Japonais Keiichi Sugimoto sous son pseudo de Filfla, Fliptap est une étonnante mignardise folktronica à la croisée de l’IDM, du Casio et de Midori Hirano. Frais et sans prétention, le disque se laisse écouter tel le ruisseau s’écoulant à son rythme de la colline. Beau et innocent comme un haiku (mais pas d’Herman Van Rompuy, svp). (fv)

4_garaiÁkos Garai : Subway Budapest (CD 3Leaves, 2012)
Livré avec son single ticket (vonaljegy), Subway Budapest est le résultat d’une expérience d’Akos Garai. Micro au sol d’un wagon, il recueille des bruits bruts de décoffrage (de transport, de portes, annonces sur les quais, conversations…). Mais il arrive que des bouts de surréalisme (ondes électriques, bris de verre, pas ralentis…) se glissent dans ces 10 minutes de naturalisme : ce CD de field recordings s’en trouve être deux fois plus dépaysant ! (pc)

5_kikuchiYoshihiro Kikuchi : One Intensely Eats Up Another Economic Principle (K7 Fragment Factory, 2012)
Voilà bien deux faces qui ne se ressemblent pas. Sur la première, Yoshihiro Kikuchi jongle avec des bruits sur la cadence d’une machine grippée qui crache mais qui envoie… le bois. Sur la deuxième, la fantaisie perd de l'intérêt avant qu’une guitare (enfin ! une guitare !) et des reverses s’épousent, garces, avec une vraie grâce. Je conseille donc une cassette, mais la cassette est déjà épuisée. (pc)

kitsh fight

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