Le son du grisli

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Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE, 2014)

mesa ritual sige

Mesa Ritual – l’association de William Fowler Collins et de Raven Chacon – poursuit donc sur disque SIGE son œuvre de processions. De « voltaic processions », pour reprendre le nom de son premier enregistrement, publié en 2010. 

Chacune des neuf stations annoncées balise un terrain dont le duo a plus tôt enregistré l’atmosphère mais qu’il a surtout miné en savants artificiers. Dès le premier crachin – au loin, un cri –, le terrain en question libère de multiples éléments que l’eau emporte en rigole : tremblements graves, grésillements et crépitements, motifs de guitares renversés et capables de former un rythme ou de tonner de plus en plus, plainte lente d’un violon (celui de Szu-Han Ho)…

Parvenus à Low Mountain, l’accélération soudaine du battement d’un cœur impose son rythme à cette musique de strates épaisses. Au son et à l’ombre de laquelle brillent d’étonnants alluvions – bourdons élimés, empreintes fossiles, éclats métalliques…



Mesa Ritual : Mesa Ritual (SIGE / Souffle Continu / Metamkine)
Edition : 2014.
LP / Cassette : 01/ Procession I 02/ Procession II 03/ Procession III 04/ Procession IV 05/ Procession V 06/ Procession VI 07/ Procession VII 08/ Low Mountain 09/ Procession VIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Daniel Menche, William Fowler Collins : Split (Sige, 2014)

daniel menche william fowler collins split

Ainsi ces travaux partagés de nature et de ténèbres devaient un jour rapprocher Daniel Menche et William Fowler Collins. C’est un vinyle, pour l’heure, dont ils remplissent chacun une face.

Sur la première, Menche installe une ambient qui dévie dès ses premières secondes : souvenir de New Age gangréné par toutes les névroses qu’il aura vu venir à lui, tourne sur les trajectoires de drones nombreux puis s’offre à un orchestre fantôme, qui tonne et l’emportera. Sur la seconde, Fowler Collins dépose quelques notes de guitare bientôt avalées par un écho vorace. Celui-ci fera de frottements, de rumeurs, de tremblements graves et de motifs de guitare électrique bouclés, une berceuse oppressante : moins démonstrative que celle de Menche, la pièce est de charge égale, qui manifeste et caractérise le rapprochement en question.  

écoute le son du grisliDaniel Menche
Raised Coils of the Giant Serpent of Eternity

écoute le son du grisliWilliam Fowler Collins
I Heard Only the Eternal Storm

William Fowler Collins, Daniel Menche : Split (Sige)
Edition : 2014.
LP : A/ Daniel Menche : Raised Coils of the Giant Serpent of Eternity – B/ William Fowler Collins : I Heard Only the Eternal Storm
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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William Fowler Collins : Tenebroso (Handmade Birds, 2012)

william fowler collins tenebroso

The Resurrections Unseen sonnait récemment le retour des morts : détrousseur de cadavres et intrigant goûtant la compagnie des ombres, William Fowler Collins révèle en Tenebroso d’autres refrains enfouis.

Passée cette ouverture qu’un piano défait transforme en supplique, le disque enchaîne les provocations – écobuage provoquant la fuite d’oiseaux hurlant, remuement d’orchestre endormis, formules d’épouvante et grand macabre frôlé… En catacombes dont les parois menacent ruine, William Fowler Collins lève des tempêtes de terre, de poussière et d’os. Les présences qu’elles signalent traînent en bandes sur des nappes de guitare et d’orgue jusqu’au moment de réclamer – dernier et terrible cri que consigne Devil – qu’on les ensevelisse une autre fois. A leur suite, le musicien s’engouffre entre soubassement et tombale. A l’auditeur, maintenant.

EN ECOUTE >>> Tenebroso (bonne année !)

William Fowler Collins : Tenebroso (Handmade Birds)
Edition : 2012.
CD : 01/ Scythe 02/ In Valleys 03/ What You Are Now We Used To Be 04/ Tapeta Lucida 05/ What We Are Now You Will Be 06/ Devil
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2013

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Interview de William Fowler Collins

william fowler collins itw

Ambient inquiète, électroacoustique, noise, metal, improvisation libre… l’art de William Fowler Collins (1974) ignore tout des frontières s’il est sûr de se voir réserver une place à l’ombre. Pour s’être récemment montré redoutable (Tenebroso, The Resurrections Unseen), l’ancien étudiant de Fred Frith et Pauline Oliveros, passe à la question introductive…

... Mes premiers souvenirs de musique viennent de l’autoradio de la voiture et de la collection de disques de mes parents. C’était le milieu des années 1970. A six ans, j’ai acheté mon premier disque : Let There Be Rock d’AC/DC. C’est là que tout a commencé. Depuis, la musique est devenue une obsession.

Comment es-tu venu à la pratique de la musique, et avec quel instrument ? Ca a été un processus naturel : à force d’écouter de la musique sans arrêt, j’ai ressenti l’envie d’en faire moi-même. La guitare est mon premier instrument... J’avais environ quatorze ans quand j’ai commencé à en jouer. C’était à la fin des années 1980. Mes influences étaient alors assez variées. Au début, j’ai pris des leçons orientées blues, j'apprenais les accords de jazz et les progressions. En plus de ça, mon jeu a pas mal été influencé par le rock que je pouvais entendre, celui de Jimi Hendrix ou de Pink Floyd par exemple. Aussi, à la même époque, j’ai découvert The Velvet Underground, The Sex pistols, Public Image Limited, et des groupes américains de punk hardcore, genre Black Flag ou Dead Kennedys… Les tout premiers groupes de rock indépendant émergeaient alors, et je me suis intéressé aux débuts de Sonic Youth, Dinosaur Jr., etc. 

Quelles ont été tes premières expériences en tant que guitariste ? Es-tu passé par un groupe ? Oui, j’ai immédiatement monté un groupe avec des amis. Nous étions alors tous débutants et n’avions aucune idée de ce que nous étions en train de faire, ce qui ne nous a pas empêché de commencer à jouer et même à écrire notre propre musique.

Tu as étudié au Mills College : qu’as-tu appris là-bas qui serve encore aujourd’hui à ta musique ? Je dirais que beaucoup des choses que j’ai apprises au Mills College sont cruciales pour ce que je fais aujourd’hui. J’y ai par exemple étudié des logiciels audio, l’enregistrement et le mixage (analogique ou digital), la composition, la performance, et aussi l’histoire de la musique. Toutes ces choses continuent de nourrir mon discours de musicien et de compositeur. Les deux années que j’ai passées dans cette université ont développé mon savoir, mes possibilités techniques et ma façon de définir ma propre musique. Je n’ai jamais suivi de cours de façon très stricte et je ne me suis jamais vraiment entraîné de façon classique non plus, alors, « désapprendre » ce que je savais de la musique pour m’ouvrir à des nouvelles idées ne m'a pas été très difficile. D’ailleurs, je n’aurais sans doute pas été accepté par un conservatoire… Les établissements qui dispensent des cours de musique sont en général très conservateurs, faire évoluer la musique en tant que médium est loin d’être leur préoccupation principale, ce qui me paraît complètement bizarre. Mills fait figure d’exception.

The Resurrections Unseen The Resurrections Unseen

Comment es-tu arrivé à la musique, disons, sombre ? J’aime toutes sortes de musiques et de sons mais j’ai toujours été intéressé par les plus pesantes, le côté obscur de la musique. Mon intérêt pour les nouvelles formes de musique ne cesse de grandir, par le bouche à oreille ou via mes recherches personnelles. J’ai aussi découvert beaucoup de musiques par le biais des bandes originales de film et des partitions. Ces dernières années, j’ai cultivé un goût pour l’heavy metal extrême, disons obscur. Travailler avec Aaron Turner (Isis, Jodis, Mamiffer, Old Man Gloom…) m’en a pas mal appris sur le monde du métal : c'est un collectionneur qui garde constamment un doigt sur le pouls du metal contemporain. Certains des compositeurs que j’apprécie, comme Scelsi ou Penderecki, ont pu écrire, Wselon moi, des pièces tout aussi intenses et sombres (si ce n’est plus) que la plupart des disques de metal que j’ai pu écouter. Pour moi, le noise a toujours été une question d’abstraction et de texture. Expérimenter sur la forme musicale et le son m’est assez naturel, c’est pourquoi la musique qui investit des territoires changeant, si ce n’est nouveaux, m'intéresse tellement.  

Si tu avais à conseiller l’écoute de musiciens ou de disques de ce genre, quels seraient-ils ? Il y en a tellement… Je citerai d’abord quelques musiques de films, comme celle que Wendy Carlos a écrite pour The Shining (aussi difficile à trouver que stupéfiant) ou celles qu’Eduard Artemyev a signées pour Tarkovsky, la musique et les sons créés par Tobe Hooper et Wayne Bell pour le premier Massacre à la tronçonneuse sont supers aussi, celle de John Carpenter pour le premier Halloween, la partition de Lalo Schifrin pour Amityville, la musique de Brian Hodgson et Delia Derbyshire pour La maison des damnés, les pièces que Morricone a écrites pour les films estampillés Giallo ou encore la musique écrite par Nick Cave et Warren Ellis pour The Proposition… Maintenant, je suis sûr que j’oublie quelques films importants…

... Pour ce qui est des disques « sombres », j’ai récemment écouté Ligfaerd de Nortt, Flowers of Romance de Public Image Limited, Subliminal Genocide de Xasthur, Salvation de Funeral Mist, MoRT de Blut Aud Nord, Quattro Pezzi for Orchestra de Giacinto Scelsi (j’ai écouté quasiment toute sa production dernièrement), Arvo Pärt, Piano and String Quartet de Morton Feldman… Ce sont quelques disques parmi tant d’autres, évidemment. La liste pourrait être allongée sans fin.

La plupart de ces BO ont utilisé des synthétiseurs… Quel rôle joue aujourd’hui l'électronique dans ta musique ? D’un point de vue technique, je ne me sers pas de synthétiseurs analogiques. J’utilise une ancienne version du logiciel SuperColldier, qui continue à faire partie de méthodes que j’emploie pour ma musique. J’expérimente encore comme je peux avec ce logiciel, qui a un interface graphique plus que primitif… Lorsque je l’applique à un guitare ou à des field recordings, leur son d’origine est transformé et cela peut donner naissance aux bases d’un nouveau morceau ou avoir une influence sur la direction à donner à une pièce sur laquelle je travaille…

La plupart du temps, tu enregistre seul... C'est un choix arrêté ? Quand je me suis installé à San Francisco pour intégrer une école d’art, ça faisait pas mal de temps que je ne jouais plus avec personne, alors j’ai commencé à enregistrer seul. C'était en 1992, ou aux environs. J’expérimentais un peu en utilisant un vieil enregistreur cassette Panasonic, je scotchais la tête des cassettes afin d’empiler des sons les uns sur les autres. J’utilisais aussi un enregistreur quatre pistes à cassette. Je l’utilise d’ailleurs encore, de temps à autre. Il y avait aussi un enregistreur dans un petit studio d’enregistrement du San Francisco Art Institute dont je pouvais me servir. Il appartenait au département cinéma, dans lequel je n’étais pas inscrit, mais qui m’avait permis d’enregistrer avec son matériel. Si je préfère travailler seul, j’ai quand même quelques collaborations en cours en ce moment : un projet avec Aaron Turner, un autre avec James Jackson Toth (Wooden Wand) ; je travaille aussi Raven Chacon sur un nouvel album de Mesa Ritual et termine une collaboration avec Horseback (Jenks Miller). J’aime profondément ces projets, d’autant qu’ils me permettent d’essayer de nouvelles idées que je n’aurais pu seulement aborder en solo. Mais ça ne m'a pas empêché de commencer l'enregistrement d'un nouvel album solo...

Selon toi, tes derniers disques disent-ils assez bien ce que tu souhaites exprimer en musique ? Oui, je crois qu’ils correspondent à ce que je voulais dire au moment de leur enregistrement.

T’arrive-t-il de les réécouter ? Pour beaucoup les écouter pendant leur confection, non, je n’y reviens pas trop une fois qu’ils sont terminés.

William Fowler Collins, propos recueillis en mars 2013.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type, 2011)

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Ghost Choir, le titre du morceau qui referme The Resurrections Unseen, dit rapidement et assez bien de quoi retournent les travaux de William Fowler Collins. D’un bout à l’autre du disque, des spectres s’y entendent avec implication sur des pièces d’ambient inquiète – dont les origines entretiennent le mystérieux : field recordings et guitares, lira-t-on.

Leur trajectoire est toute tracée, souvent circulaire. Une basse caverneuse peut soutenir leur chant ; des cliquetis, comme en fond d’Abattoir, obligent les drones à évaporation. Si William Fowler Collins usine avec application et signe un enregistrement cohérent, sa ligne de conduite n’en est pas moins riche d’éléments épars : les airs qu’il met patiemment au jour arborent des contrastes qui gravent noirs et grisailles sur d’imposants reliefs : un pic peut percer un nimbus grave, un abysse creuser toujours plus profond.

EN ECOUTE >>> First Breath >>> Abattoir >>> Ghost Choir

William Fowler Collins : The Resurrections Unseen (Type / Souffle Continu)
Edition : 2011.
LP : 01/ First Breath 02/ The Light In The Barn 03/ Premonition At Dusk 04/ Abattoir 05/ Warm Transport 06/ Embracing Our Own Annihilation 1 07/ Embracing Our Own Annihilation 2 07/ Ghost Choir
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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