Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

1000 : Played (Leo, 2009)

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Le phrasé d’alto belliqueux de Jan Klare ne viendrait-il pas en droite ligne d’un certain Zorn (City Forest) ? Et cette harmolodie que l’on sent pointer au début de Panorama, ne lorgne-t-elle pas du côté d’Ornette ? Sans nul doute mais là n’est l’important. L’important, c’est ce qui circule dans ces improvisations et compositions – les unes et les autres se confondant étroitement –, dégagées de toute contrainte harmonique ou rythmique.

Souvent s’y déploient des duos (contrebasse-trompette in City Forest, trompette-batterie in Pavement) ; parfois conversent trompette et saxophone en de chauds échanges (certains découvriront ici le très cappezzien Bart Maris)  tandis que la batterie de Michael Vatcher, en écartant tout risque de surcharge au profit d’une frappe franche et espacée, offre à la musique une totale fluidité. Discret malgré de fréquents dérapages d’archet, l’indispensable Wilbert de Joode ressuscite de bien belles rondeurs, pêchées dans le vif d’un free jazz qui n’est jamais très loin ici. Aucune raison de bouder notre plaisir, et, au contraire, n’ayons qu’un souhait en bouche : que l’aventure continue.

1000 : Played  (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009
CD : 01/ City Forest  02/ Panorama (Canzonette)  03/ Museum  04/ Pavement  05/ Fence  06/ Skywalk  07/ Park  08/ Fountain  09/ Warden  10/ Pedestrian
Luc Bouquet ©Le son du grisli



Wolter Wierbos : Deining (Dolfijn, 2009)

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Sur Deining – qui assemble des extraits de concerts organisés par le tromboniste sur sa propre péniche –, Wolter Wierbos se frotte à Ab Baars, Han Bennink, Wilbert de Joode, Mary Oliver et Franky Douglas.

La fantaisie de Wierbos, d'être entendue ici en duos ou trios, toutes combinaisons multipliant les références : au swing et à l’improvisation la plus délurée, à une musique expérimentale défaite ou encore à une abstraction bruitiste et amusée. Seules tentatives peinant à convaincre, celles issues de la rencontre de Wierbos avec la guitare de Douglas : mélancolie fade de Visions ou mirage latin-jazz d'Innermission.

En face, rien que d’imposant pour faire oublier les écarts : Wilbert de Joode faisant dériver encore autrement le tromboniste sur In Het Want ; Baars donnant avec lui dans un folklore minuscule ou Bennink décidant de mettre en place une musique de fanfare réduite à l’excès ; Oliver se chargeant, elle, d’aller puiser chez son partenaire un chapelet d’élucubrations sorties de souffles nouveaux.

Wolter Wierbos : Deining (Dolfijn Records)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Aan Lager Wat 02/ Op Stoom Raken 03/ Voor de Wind 04/ Loefzijde 05/ In Het Want 06/ Fuik 07/ Visions 08/ Buitengaats 09/ Peer’s Counting Song 10/ Dageraad 11/ Innermission 12/ Op de Werf 13/ De Drie Gebroeders 14/ Geusje 15/ Hoog Aan de Wind 16/ Peer’s Counting Song 17/ Ma 18/ Overstag
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Ken Vandermark: Collected Fiction (Okka Disk - 2008)

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Sur Collected Fiction, Ken Vandermark improvise l’une après l’autre ses rencontres avec quatre contrebassistes de taille : Kent Kessler, Ingebrigt Håker Flaten, Nate McBride et Wilbert de Joode.

Deux disques, nécessaires alors, pour revenir sur les échanges : avec les fidèles que sont Kessler – aux côtés duquel Vandermark passe de clarinette basse en saxophones, et avec qui il donne autant dans la déconstruction rageuse que dans un swing sombre d’allure, lorsqu’il n’élève pas des odes à quelques mélodies frêles –  et McBride – là, s’imposent deux voix distinctes, sur atmosphères lentes et souvent ténébreuses.

Aux côtés d’Håker Flaten, membre d’Atomic ou de The Thing, Vandermark doit composer avec des obsessions qui ne sont pas les siennes : gimmicks plus qu’insistants sur lesquels la clarinette basse trouve une place de choix, ou archet long auquel il emboîte le pas au son d’une succession de notes étirées. Enfin, avec Wilbert de Joode – rencontré à l’occasion d’une collaboration avec le trio d’Ab Baars –, l’Américain passe de déferlantes commandées par de sombres mécaniques installées sur l’instant en distributions d’aigus à l’occasion d’un dialogue s’en tenant subitement à une succession de phrases courtes. Au final, quatre manières d’entendre et de dire, toutes redoutables.

CD1: 01/ Contour I 02/ Torus III 03/ Prop I 04/ Contour II 05/ Ellipse III 06/ Spiral 07/ Curve I 08/ Torus I 09/ Extension 10/ Torque 11/ Curve II – CD2 : 01/ Spline 02/ Arc 03/ Ellipse I 04/ Torus II 05/ Ellipse II 06/ Ellipse IV 07/ Torus IV 08/ Contour III 09/ Prop II 10/ Curve III 11/ Torus IV >>> Ken Vandermark - Collected Fiction - 2008 - Okka Disk. Distribution Improjazz.

Ken Vandermark déjà sur grisli
DISTIL (Okka Disk - 2008)
Beat Reader (Atavistic - 2008)
4 Corners (Clean Feed - 2007)
Journal (Atavistic - 2006)
Gate (Atavistic - 2006)
Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)
Alchemia (Not Two - 2005)
Interview


Achim Kaufmann, Frank Gratkowski, Wilbert de Joode: Palaë (Leo, 2007)

frank gratkowski achim kaufmann wilbert de joode palaë

Compilation d’improvisations données en public par le trio Achim Kaufmann (piano) / Frank Gratkowski (clarinettes, saxophone alto) / Wilbert de Joode (contrebasse), Palaë balade son inspiration de moments illuminés – précipitations extatiques sur les notes accablantes de Joode sur l’excellent Some Lanes – en périodes de doute profond, qui ont le charme d’états d’âme que l’on traîne jusqu’à les polir : A Destination Farther angoissant, Storeys Above tenté par le silence, œuvres aux noirs superbes. Partout, le référent classique, qui conseille bientôt à Kaufmann la tirade plus enlevée d'In The Face, histoire de conclure avec davantage d’entrain.

Achim Kaufmann, Frank Gratkoswki, Wilbert de Joode : Palaë (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2007. 

CD : 01/ Some Lanes 02/ A Destination Farther 03/ On The Cold, Terrified 04/ Storeys Above 05/ The Ranks 06/ The Heart of All 07/ In The Face
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Braida, Joode: Red Erg (Red Toucan - 2007)

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Wilbert de Joode et l’art du duo, ensuite. Aux côtés du pianiste Alberto Braida, le voici cherchant les réponses justes aux motifs répétitifs et appuyés de son partenaire. Confus, parfois, le dialogue pêche par l’impression qu’il donne de se suffire à lui-même (Wadi, Ger), quand il est pourtant capable de donner les gages d’une entente rare : la progression du piano que les grincements d’archet contrarient sur Sonoran, ou l’épreuve contemporaine mesurée et supérieure de Adrar, pièce magistrale recommandant Reg Erg.

CD: 01/ Tassili 02/ Leprechaun 03/ Tobol 04/ Adrar 05/ Is It Here ? 06/ Wadi 07/ Ger 08/ Sonoran 09/ Dome C 10/ Tea Time

Alberto Braida, Wilbert de Joode - Reg Erg - 2007 - Red Toucan.


Ab Baars : Kinda Dukish (Wig, 2005)

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Aperçu aux côtés de Roscoe Mitchell, Misha Mengelberg ou Steve Lacy, le clarinettiste et saxophoniste hollandais Ab Baars a depuis longtemps décidé comme eux de défendre la musique improvisée autant que la musique écrite. Dernier ouvrage en date en faveur de cette dernière, Kinda Dukish, qui extrait une dizaine de standards du songbook de Duke Ellington pour adresser un hommage différent au monument.

Différent parce que gardant une distance de courtoisie avec les pièces du maître - Baars osant à peine reprendre leurs noms d’origine pour intituler ses reprises. Les intentions une fois mises à plat, le trio que le clarinettiste forme depuis une quinzaine d’années avec le contrebassiste Wilbert de Joode et le batteur Martin van Duynhoven peut, avec l’aide du tromboniste Joost Buis, se mettre à l’œuvre.

Alternant les morceaux de swing irréprochable (tenté par la déconstruction sur Kinda Bear ou imperturbable sur Kinda Perdido), les réécritures fantasques (valse saccadée pour Kinda Gentle, pose velléitaire pour Kinda Lafitte) et les bouleversements passagers d’un free savant (Kinda Solitude, Kinda Prelude), le groupe maintient sans faiblir une vitesse de croisière judicieuse.

Domestiquée, l’improvisation incorpore la conduite des interprétations, et inocule souvent une inventivité bienfaitrice à l’ensemble. La méthode est prouvée, qui sait gérer l’entente entre respect du thème écrit et bienveillance vis-à-vis de l’instinct apparu soudain, et fait mouche une fois encore. Si loin, si proche, Kinda Dukish. Ou la relecture fidèle et dégagée d’un patrimoine universel par 4 musiciens en verve.

Ab Baars Quartet : Kinda Dukish (Wig)
Edition : 2005.
CD : 01/ Kinda Solitude 02/ Kinda Lafitte 03/ Kinda Bear 04/ Kinda Caravan 05/ Kinda Gentle 06/ Kinda Half 07/ Kinda Harlem 08/ Kinda Braud 09/ Kinda Prelude 10/ Kinda Perdido
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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