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Wally Shoup, Greg Campbell, Greg Kelley, Bill Nace : One End to the Other (Open Mouth, 2015)

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Les ramifications dans lesquelles Bill Nace aime débusquer de nouveaux partenaires devaient l’amener un jour jusqu’à Wally Shoup, saxophoniste qui croisa plusieurs fois Paul Flaherty, Chris Corsano ou Thurston Moore. La rencontre se fit en quartette, le guitariste et le saxophoniste ayant chacun amené un Greg de leurs fidèles : Kelley et Campbell.

Sur les cymbales du second – batteur régulier de Shoup que l’on entendra ici souffler aussi en cornet et cor d’harmonie – et une guitare traînant en arrière-plan, l’alto dépose ses premières notes : fragiles, rauques bientôt, crissant enfin. Malgré ses précautions – une réserve, même, pour ce qui est de Kelley –, l’improvisation est ascensionnelle et marque dans l’empreinte.

Les autres pièces feront d’ailleurs de même : mais quand, par exemple sur Separating a Door from a WindowNace et Kelley enveloppent de rumeurs électriques le jeu du duo qui leur fait face, sur Transom, c’est une réunion de quatre solistes qui s’entendent sur une même intention : en démontrer d’avantage (au volume) sans jamais perdre en délicatesse ni en à-propos. Plusieurs écoutes l’attestent : c’est là un free à distance, trouble et alangui, dont l’effluve déconcerte toujours autrement.

Wally Shoup, Greg Campbell, Greg Kelley, Bill Nace : One End to the Other (Open Mouth)
Edition : 2015.
LP : A1/ Morning A2/ Separating a Door from a Window – B1/ Transom B2/ Nothing Is Deprived of Its Warmth
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wally Shoup : Blue Purge (Leo, 2004)

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Trop jeune au temps du free des origines pour faire figure de pionnier du genre, le saxophoniste américain Wally Shoup a su autrement tirer son épingle du jeu. Notamment en prônant une défense acharnée du style, soutenue toujours par une énergie insatiable. Aujourd'hui encore, il met tout en oeuvre pour combler l'allumage différé.

Pour désaxer un peu mieux son propos, Shoup choisit l'improvisation en trio. Auprès de Bob Rees (batterie) et Reuben Radding (contrebasse), il opte rapidement pour une musique déstructurée, aux interventions solitaires rêches et brèves (Ruffing It, Hue and Cry). Qu'il explore sauvagement les graves de l'alto à la manière d'Ivo Perelman (Depth Charge) ou multiplie les intentions abstraites et éthérées (Lunar Dust), il investit tout avec la même fougue, bientôt communiquée à la section rythmique : Moiling, exemple le plus frappant d'une énergie qui gagne tout, insidieusement, évincée de temps à autre par quelques pauses cendrées, permettant bien vite la reprise des flammes.

Abrasif, le jazz dont on parle ici, et toujours irréprochable : LoggerHeads, Purgations, jusqu'aux fulgurances des deux derniers morceaux (Psyche Knot, Web Core). Entre temps, l'auditeur aura aussi pu constater le lyrisme accrocheur dont Shoup est capable sur Gut Luv, morceau qui suit l'allure d'un fleuve instable mais tempéré, dont Rees et Radding ont creusé le lit. Pour tous décors, sûrement. Pour toute présence, aussi, tellement il semble difficile de se faire une place auprès de la virulence du saxophone.

Sur Get Me One, surtout. Là, Shoup prend quelques libertés au détriment de ses sidemen, s'imposant comme on joue des coudes. Impossible, pourtant, de lui en vouloir d'apprécier approximativement les doses. La fureur qui l'anime, et qui mène l'entier trio, est telle qu'elle peut rendre sourd à toute entente. Elle aura préféré distribuer ses efforts au gré d'élans railleurs, et imposer sans détours un jazz impétueux qu'il faut ronger jusqu'à la corde.

Wally Shoup Trio : Blue Purge (Leo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 4 novembre 2003. Edition : 2004.
CD : 01/ Ruffing It 02/ Depth Charge 03/ Hue and Cry 04/ Moiling 05/ Lunar Dust 06/ LoggerHaeds 07/ Gut Luv 08/ Purgations 09/ Get Me One 10/ Psyche Knot 11/ Web Core
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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