Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Wadada Leo Smith : Eclipse (La Huit, 2006)

wadadaEn noir et blanc, Jacques Goldstein filme le trompettiste Wadada Leo Smith et son Golden Quartet, au programme du festival Banlieues Bleues 2005. Plus qu’une simple captation augmentée d’une interview, Eclipse est un portrait précieux.

Sur scène, d’abord. Aux côtés de Smith, le pianiste Vijay Lyer, le contrebassiste John Lindberg et le batteur Ronald Shannon Jackson, suivent leur inspiration autant que les gestes du leader, pour permettre comme celui-ci l’entend des allées et venues entre free jazz et blues, périodes de déconstructions et compositions plus méditatives.

Intercalés, des extraits d’une interview donnée par Smith, dans laquelle il redit l’importance du blues et des systèmes qui font la musique, d’Ornette Coleman, aussi, qui a sonné l’heure dernière d’un jazz devenu, après lui, « Creative Music ». Sur scène comme face à la caméra, l’échange est surfin, le message, supérieur. Ainsi s’impose Eclipse.

Wadada Leo Smith Golden Quartet - Eclipse - 2006 - La Huit.



Wadada Leo Smith, Günter Baby Sommer: Wisdom in Time (Intakt - 2007)

wadasliSur Wisdom in Time, le percussionniste Günter Baby Sommer – membre du Zentralquartett et partenaire occasionnel de Peter Brötzmann, Irène Schweizer ou Cecli Taylor - retrouve le trompettiste Wadada Leo Smith, ami de trente ans qu’il a jadis fréquenté aux côtés de Peter Kowald.

Alternant trompette et bugle, Smith fait preuve d’une extravagance assurée (Tarantella Rusticana) ou d’un lyrisme charmeur (Pure Stilness), perturbant de temps à autre son propos à coups de traitements électroniques plus (Rain Cycles) ou moins sauvages (Bass-Star Hemispheres). De son côté, Sommer tient le dialogue, décidant d’accents légers (Pure Stilness) ou emmenant le jeu du duo sur un swing approprié (Old Times Roll - New Times Goal) ou sur un mode incantatoire (Gasire's Lute).

Dans les pas du duo Don Cherry / Ed Blackwell, Smith et Sommer font déroute ensemble en éternels camarades certains de leur complicité. Preuve la plus récente à ce jour, ce Wisdom in Time.

CD: 01/ A Sonic Voice Inclosed in the Wind 02/ Tarantella Rusticana 03/ Pure Stilness 04/ Gasire's Lute 05/ Woodland Trail to the Giants 06/ Bass-Star Hemispheres 07/ Rain Cycles 08/ Old Times Roll - New Times Goal 09/ A Silent Letter to Someone

Wadada Leo Smith, Günter Baby Sommer - Wisdom in Time - 2007 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Wadada Leo Smith, Anthony Braxton : Saturn, Conjunct the Grand Canyon in a Sweet Embrace (Pi Recordings, 2004)

grislinasweetembrace

Pour qu’un disque puisse donner une idée exacte de ce qu’est la radicalité, bien choisir les musiciens qui le concevront est indispensable. Dans le cas de Saturn, Conjunct the Grand Canyon in a Sweet Embrace, le duo chargé du projet est d’une efficacité rare. De celles produites exclusivement par des facteurs solides : en l’occurrence, une histoire partagée et des aspirations esthétiques semblables, depuis toujours.

Figures imposantes de l’AACM, Wadada Leo Smith et Anthony Braxton avaient déjà évolués ensemble au sein du Creative Construction Company. A deux, ils remettent au goût du jour les résolutions d’hier. Soit, ne rien sacrifier à la simplicité vidée de sens qui, parce qu’elle assure aux musiciens médiocres le lot commun des réussites, fait de petits succès et d’auto-satisfaction injustifiée, ne passera jamais de mode. Comme elle, le duo campe sur ses positions, dont il durcit toutefois le ton. De courses-poursuites en pauses nécessaires, Composition N°.316 combine les accents orientalistes d’un bugle insatiable et les interventions dissonantes d’un saxophone décalé. Les silences mènent à la réflexion, qui opte bientôt pour la reprise des hostilités. Seul l’épuisement se montrera capable d’en sonner le glas, dans un souffle de Smith.

Les évocations, elles non plus, ne peuvent cacher longtemps le goût de leurs auteurs pour les extrêmes. Ainsi, les gradations du saxophone sur Saturn, Conjunct the Grand Canyon in a Sweet Embrace établissent des relevés topographiques extraterrestres, tout en tâchant d’établir un répertoire exhaustif des diverses façons d’en parcourir l’entière surface. La trompette accentue encore les pentes abruptes tout en soutenant dans ses efforts l’avancée commune des instruments décidés. Havre paisible, Goshawk est un endroit où l’on peut enfin attester de ses blessures. L’improvisation, d’un calme rassurant, permet à Wadada Leo Smith de révéler les accrocs glanés tout au long du parcours, tandis qu’Anthony Braxton pose des atèles au moyen de nappes lumineuses. Si on se repose ici d’un autre vagabondage que celui qui promena Max Roach et Archie Shepp sur la Muraille de Chine, comme lui pourtant, on prouve que ce ne sont pas les plus beaux voyages, ni les plus beaux disques, que l’on trouve sur catalogues.

Wadada Leo Smith, Anthony Braxton : Saturn, Conjunct the Grand Canyon in a Sweet Embrace (Pi Recordings / Orkhêstra International)
Edition : 2004.
CD : 01/ Composition N°.316 02/ Saturn, Conjunct the Grand Canyon in a Sweet Embrace 03/ Goshawk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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