Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Jazz en MarsA paraître : le son du grisli #5En librairie : Bucket of Blood de Steve Potts

OM : Willisau (Intakt, 2010)

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OM déversa sa bouillonnante improvisation free rock entre 1972 et 1982. En attestent quelques vieux vinyls Japo dont ECM publia, il y a quelques mois, une compilation (OM – A Retrospective). Le 28 août 2008, Urs Leimgruber (saxophones), Christy Doran (guitare), Bobby Burri (contrebasse) et Fredy Studer (batterie) se retrouvaient dans le cadre du Jazzfestival Willisau.

De cette improvisation indexée en douze parties, on retiendra les fulgurances (Part VI & X) ; transes portées avec autorité et où se déchaînent les violences d’un saxophone et d’une guitare tribales. On retiendra aussi ces moments d’attente inquiète avant implosion, ce saxophone aux décrochages salivaires vérolés, cette folie d’un métallique foudroyant. Peut-être pourra-t-on regretter ces crescendos obligés, ces tentations de faire couple mais, jamais, on ne les surprendra à douter ou à cadenasser une action. Ici, ils passent d’un fiel à l’autre, les mains, toujours sales, d’un cambouis épais et résistant. OM est de retour et en bon archéologue de la chose sonique, fouille et arpente inlassablement, chaos, stridences et périls passant à sa portée. Pour la tendresse, on repassera…

OM : Willisau (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Part I 02/ Part II 03/ Part III 04/ Part IV 05/ Part V 06/ Part VI 07/ Part VII 08/ Part VIII 09/ Part IX  10/ Part X 11/ Part XI 12/ Part XII
Luc Bouquet © Le son du grisli



Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Albeit (Jazzwerkstatt)

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Au départ, le soprano et le piano accrochent leurs notes multiples sur la « partition » que dessine la contrebasse. Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips, inaugurent ainsi leur nouvelle réalisation sur disque.

Or de la « partition », ne reste bientôt plus rien, Phillips ayant pris soin de confondre les sons nés de ses mouvements d'archet aux voix de ses partenaires. Suivent alors les harmoniques et notes en peine du soprano, la danse sur chant diphonique à laquelle se laisse aller le contrebassiste. L'échange retombe : derrière un mur de silences, la musique finit presque par disparaître : un aigu encore, un souffle aphone ; Leimgruber, Demierre et Phillips, sont-ils jamais allés autant ensemble et en silences ?

Quelques notes de piano, légères mais de plus en plus nombreuses, avant que le trio envisage la conclusion du nouvel échange, développement sonore lent devant beaucoup aux tensions – au point qu'à un carrefour, les uns se ruent sur les autres, exception virulente qui fait d'Albeit un ouvrage complet. Leimgruber au ténor maintenant, les graves s'alignent sur l'horizon.

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Albeit (Jazzwerkstatt / Codaex)
Enregistrement : 19 février 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Albeit 02/ Tiebla 0/ Eatlib 04/ Itable 05/ Baleti 06/ Etabli 07/ Abteil 08/ Ilbeat
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Urs Leimgruber, Thomas Lehn : Lausanne (For 4 Ears, 2009)

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Au regard des habituelles rencontres et combinaisons ad hoc qui sont d’usage sur la scène européenne de l’improvisation, le fait que Thomas Lehn (synthétiseur analogique) et Urs Leimgruber (saxophones ténor & soprano) se soient retrouvés au Théâtre du Lapin Vert de Lausanne, en décembre 2006, n’a pas de quoi surprendre outre mesure… Encore que leur association ne soit pas si évidente.

En duettiste aguerri, Lehn, de ses nuées électriques, ouvre tiroirs, cavernes ou univers entiers, à francs coups d’élytres ; travaillant sur des échelles et profondeurs fort diverses, il offre des pistes vers l’abstraction ; Leimgruber s’y engage : close miking, grincements ou bourdonnements œuvrent à la dissolution de l’instrument sans confiner pourtant à sa recréation – très grand styliste, le souffleur suisse n’en reste pas moins encore saxophoniste et peut-être son agilité, sa versatilité s’épuisent-elles dans pareil contexte (sans doute comprend-on mieux alors les sommets auxquels il touche lorsque la théâtralité réactive de son geste retrouve celle de Joëlle Léandre ou Fritz Hauser).

Il semble, et ce sont alors les plus belles explorations du disque, que l’intrication des timbres soit d’autant plus féconde que la poussée est longue, débarrassée de certaines agitations, pénétrée d’une cinétique neuve – et c’est fréquemment le cas dans cet intéressant enregistrement.

Urs Leimgruber, Thomas Lehn : Lausanne (For 4 Ears / Metamkine)
Enregistrement : 2006. Edition : 2009.
CD : 01/ Un 02/ Deux 03/ Trois 04/ Quatre 05/ Cinque
Guillaume Tarche © Le son du grisli

Urs Leimgruber déjà sur grisli
Love Letters to The President (Intakt - 2009)
Idp-Cologne (Psi - 2005)
13 Pieces for Saxophones (Leo - 2007)

Thomas Lehn déjà sur grisli
One (Sofa - 2005)
HHHH (Unsounds - 2005)


Schweizer Holz Trio: Love Letters to The President (Intakt - 2009)

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Le trio de saxophones (et clarinette) Schweizer Holz – que composent Urs Leimgruber (soprano et ténor), Hans Koch (soprano et clarinette basse) et Omri Ziegele (alto) – improvise sur Love Letters to The President sept doléances d’une fantaisie anxieuse.

A l’intérieur : une vindicte à la ponctuation singulière qui oppose les altercations de sifflements et de rauques (Letter I) à quelques preuves de mélodies plaidant en faveur des réconciliations : gradation de Koch à la clarinette basse mettant en valeur toute l’intensité du jeu de Leimgruber au ténor (Letter II). Parfois, le discours est précipité et les contrastes s’estompent : associations délirantes de Somehow Brighter Sky et notes décousues de Waiting for an Answer imposant au message le champ d’une abstraction salutaire, quand la voix de Ziegele le tire ici et là vers le bas. Pour un temps seulement, puisque l’accord trouvé par Leimbgruber et Koch troque chacun des mots facheux contre une phrase d’une justesse implacable (Couldn’t Think of One Word).

CD: 01/ Letter I 02/ Letter II 03/ Letter III 04/ Rain Upon Your Heart 05/ Somehow Brighter Sky 06/ Waiting for an Answer 07/ Couldn’t Think of One Word >>> Schweizer Holz Trio - Love Letters to The President - 2009 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.


Urs Leimgruber: 13 Pieces for Saxophone (Leo Records - 2007)

UrsgrisliMultipliant  les  collaborations  exigeantes  (Jacques Demierre, Barre Phillips, Joëlle Léandre), Urs Leimgruber éprouve aussi une passion remarquée pour la pratique en solitaire. Dernier fruit en date : 13 Pieces for Saxophone.

Là, le saxophoniste improvise des épreuves séduisantes soumises aux salves tempétueuses : souffles rapides (Ten) ou installés aux portes du silence (Seven), bruits de clefs (Three), rebonds insaisissables et éreintants (Two), répétitions de notes longues (Nine) ou insatiabilité d’un discours porté au soprano (Five). Inspiré, Leimgruber l’est toujours assez pour ne jamais lasser, et mettre bientôt la main sur des propositions supérieures : redites déviantes jusqu’à connaître chacune une conclusion différente (One) ou apposition délicate d’aigus sur des graves introspectifs (Twelve).

Soufflant ailleurs quelques réminiscences naturelles (bourdon de Six ou sifflements volatiles de Eight), Leimgruber humanise partout ailleurs son discours et lui donne au final une profondeur incontestable, conséquence du bon usage qu’il fait de ses interrogations personnelles.

CD: 01/ One 02/ Two 03/ Three 04/ Four 05/ Five 06/ Six 07/ Seven 08/ Eight 09/ Nine 10/ Ten 11/ Eleven 12/ Twelve 13/ Thirteen

Urs Leimgruber - 13 Pieces for Saxophone - 2007 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.


Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Idp-Cologne (Psi, 2005)

 

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Saxophoniste suisse installé à Paris, entendu aux côtés de Günter Müller, Joëlle Léandre ou Fred Frith, Urs Leimgruber n’en finit pas de multiplier les manifestes improvisés. Aux côtés de son compatriote et double d’exil Jacques Demierre (piano), et du contrebassiste américain Barre Phillips, le voici redoublant d’efforts sur Idp – Cologne.

Après une introduction sage, voire convenue (Dust), le trio trouve ses marques, et décide de faire confiance à l’expérience de Phillips pour mieux se laisser porter. Son parcours de sideman l’ayant confronté à Coleman Hawkins ou Ornette Coleman, le contrebassiste sait de quelle manière faire de ses pizzicatos une ponctuation implacable des dialogues entre Leimgruber et Demierre (You Can’t grow Old Again). Un climat étrange est ainsi installé : le premier décidant d’une série de notes entrecoupées de silences ; le second distribuant les clusters avant d’opter pour une plus grande discrétion.

Mais c’est à Phillips que l’on revient rapidement. Fulgurant, à l’archet, sur The Rugged Cross, choisissant toujours la phrase juste pour répondre aux échos des attaques de Demierre, ou à la virulence de Leimgruber. Le morceau se termine par une berceuse à deux notes répétées par la contrebasse, bien loin des soins, brusques et loin d’être réparateurs, qu’on portait un peu plus tôt à l’instrument (Spare).

Une courte pièce trace ensuite des parallèles d’harmoniques et calme les esprits (Shadow Hands), avant que le trio défende une dernière fois des mélodies découpées sans patron, aux couacs et aigus servis par le piano et le saxophone (Applegate Spark). Certes, l’expérience est radicale, mais trouve un inédit certain dans le rendu - soft - de l’enregistrement. Convainquant les initiés sans effrayer les débutants ; persuadant les débutants sans décevoir les initiés.

Urs Leimgruber, Jacques Demierre, Barre Phillips : Idp-Cologne (Psi / Orkhêstra International)
Edition : 2005.
CD : 01/ Dust 02/ You Can’t Grow Old Again 03/ Spare 04/ The Rugged Cross 05/ Shadow Hands 06/ Applegate Spark

Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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