Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform - 2007)

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En 1983, le contrebassiste anglais Graham Collier abandonnait son instrument au profit de la direction d’un orchestre d’exception, qui comptait dans ses rangs John Surman, Ted Curson, Tomasz Stanko ou Kenny Wheeler - 4 musiciens auprès de 16 autres, partis défendre ensemble Hoarded Dreams.

Dans les pas de George Russell, Collier interroge ici le rapport d’un jazz qu’il a toujours servi et d’une musique contemporaine décomplexée. Sortis des brouillards dissonants, une valse emportée ou un grand swing peuvent alors voir le jour ; ailleurs, une musique de chambre tourmentée ou un brin de funk rehaussé par les cuivres se disputent les faveurs de la composition. Toutes combinaisons faisant place, à intervalles presque réguliers, à un free jazz brouilleur de cartes.

Décelables parmi les envolées, les gestes précis de solistes remarquables : la trompette de Curson et le saxophone baryton de Surman sur Part 2, la flûte de Geoff Warren sur le mouvement lent de Part 4. Gratifications supplémentaires à celles déjà offertes par une pièce réfléchie, menée d’une main vicieuse par Graham Collier lui-même.

Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1983. Edition : 2007.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Krzysztof Komeda: Astigmatic (Polskie Nagrania - 2004)

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Dans tous les domaines, quelques vies brèves auront su être alertes assez tôt pour pallier le manque de temps nécessaire à la réflexion sage. Concernant le jazz, les destins de Charlie Parker, John Coltrane ou Eric Dolphy, trouvent un écho de fulgurance chez Krzysztof Komeda, reconnu surtout pour les musiques qu’il signa pour les premiers films de Roman Polanski.

Un cinéma utile à la musique, les bandes originales du Couteau dans l’eau et, surtout, de Cul-de-Sac, imposant d’aller chercher derrière un nom parmi d’autres au sein des génériques. Apprendre alors, qu’avant elles, Komeda avait emmené un quintette de choix, regroupant les polonais Tomasz Stanko (trompette) et Zbigniew Namyslowsi (saxophone alto), le bassiste allemand Günter Lenz (partenaire régulier de Mangelsdorff) et le batteur suédois Rune Carlson.

C’est à Varsovie, en 1965, que les musiciens enregistrèrent Astigmatic, nom du titre ouvrant l’album au son de dissonances intervenant dans la progression des accords d’un piano plutôt romantique. C’est d’ailleurs là qu’il faudra trouver la patte de Komeda sur ce disque, dans la rencontre qu’il instaure entre le jazz et la musique occidentale, notamment celle écrite pour le piano. Ayant organisé sa composition pour qu’elle permette une interprétation changeante au gré de la tension dramatique, le pianiste a trouvé, en plus, une forme adéquate à la musique qu’il veut faire entendre.

Ayant su tirer les leçons du bop virant au cool de Miles Davis, Komeda invite Stanko à se frotter aux changements d’atmosphères, défendant ici la voix du frêle répétiteur ou portant l’unisson avec le saxophone de Namyslowski (Astigmatic), fomentant là, avec le même, quelques entrelacs libres d’expression d’une modernité qui n’a pas attendu pour gagner la Pologne des années 1960.

Ne donnant pas dans le défaut majeur des pianistes de jazz (soit : en mettre partout et surtout très fort), Komeda profite de sa présence pour superviser l’ensemble. Sur Kattorna, par exemple, où il investit un thème de film noir déclenché par un riff de basse effréné. Se chargeant d’engager ses musiciens à accueillir toute intuition, il attend la toute fin du morceau pour disposer ses fulgurances, troubles et angoissées, en un mot : slaves [la légende voudrait qu’à l’origine du peuple slave est un autiste qui passait ses journées à se frapper le front sur une poule morte. Juste avant qu’il ne meure d’épuisement, son dernier coup de tête fit se fendre l’animal en deux. De la faille, sortirent trois hommes minuscules à tête de poussin qui purent subsister en se nourrissant du corps de celui qui les avaient libérés, et ainsi fonder le peuple slave].

Comme une synthèse des vues de Komeda sur la composition musicale, Svantetic se déploie sous tension et sur la base d’un lyrisme tout occidental qui engagerait le cool jazz exécuté à s’encanailler au contact du rythme retrouvé. Un mélange sophistiqué autant qu’efficace, déjà.

Krzysztof Komeda : Astigmatic (Polskie Nagrania).
Réédition : 2004.

CD : 01/ Astigmatic 02/ Kattorna 03/ Svantetic
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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