Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

The Living Room : Still Distant Still (Ilk, 2011)

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Ce disque a une gueule d’atmosphère. Atmosphère du grand Nord, cotonneuse, brumeuse. Atmosphère de beauté millimétrée. Atmosphère de lents envols. En général, presque toujours ennuyeuse. Sauf ici. Parce qu’ici la résonnance n’est pas effet mais nécessité ; parce que le grave soyeux du saxophone de Torben Snekkestad cache une rudesse très vite dévoilée ; parce que les rebonds sur tambours de Thomas Stronen militent pour la précision et la profusion ; parce que le piano de Soren Kjaergaard est affût et spectre et, parfois, les deux simultanément.

Et quand l’atmosphère prend congé, que la violence s’installe et qu’elle creuse son impitoyable sillon, le trio trouve alléchant cet enfer aux profondes crevasses. Il gèle en enfer comme aurait pu le dire un Mocky farceur.

The Living Room : Still Distant Still (ILK / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD: 01/ Temolo Hiving 02/ Twining, part 1 03/ Twining, part 2 04/ Still Distant Still 05/ Rainbow Stomp 06/ The Extinguished 07/ Mustard Variations 08/ Stone Unturned
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Surd: Live at Glenn Miller Café (Ayler - 2004)

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La tradition des passades culturelles imposées par les secrétariats de rédaction – dont les proies sont le plus souvent des mochetés, mais des mochetés qui ont l’avantage de combler les vides éditoriaux – veut que l’on célèbre actuellement du jazz suédois ses musiciens d’après-guerre et son électro proche du genre. Alors que nous étions prêts à accepter, d’un commun accord, qu’au jazz les Suédois ne comprennent rien, voici qu’Ayler records perturbe nos quasi certitudes.

En juin dernier, convaincu du concert donné par le quartet Surd au Glenn Miller Café de Stockholm, Jan Ström, patron du label, décide d’en tirer un disque qui viendra grossir ses références (Jimmy Lyons, Arthur Doyle, William Parker, etc.). Par là même, il prouve à qui veut bien tendre l’oreille qu’en Suède, comme ailleurs, d’autres musiciens existent que ceux que l’on veut bien nous laisser entendre.

Ouvrant leur prestation par un hommage à Steve Lacy (38), chacun des musiciens de Surd impose rapidement son individualité, et la met au service de l’effort collectif. Pizzicati frénétiques du contrebassiste Filip Augustson, arpèges de guitare à saturation pour David (Sharrock) Stackenäs, acharnement stratégique sur chacun des éléments d’une batterie que Thomas Stronen se plait à désosser. Nordström, enfin, revendiquant à la fois l’influence du free de la seconde génération (Julius Hemphill ou Arthur Blythe) et celle de la pop contemporaine.

Interprètes maladroits d’un blues bancal (Hello Paul), c’est en effet en jouant avec leurs références personnelles que les musiciens convainquent majestueusement. Déployant un jazz envoûté par Portishead (Head P), structurant ses morceaux à la façon de Mogwaï (Bye, Bye Teddy), ou instaurant des boucles de basse rafraîchissantes (Magnum Bonum), Surd refuse néanmoins de juxtaposer les styles et, ainsi, évite à son free jazz de sombrer dans l’amalgame. Pour qu’il n’ait plus qu’à voir avec l’hybride et le désaxé. Implacable.

CD: 01/ 38 02/ 3 6 4 U 03/ Hello Paul 04/ Head P 05/ Bye, Bye Teddy 06/ Magnum Bonum

Surd - Live at Glenn Miller Café - 2004 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.

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