Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Paul Van Kemenade : Kaisei Nari (Stemko / Orkhêstra International)

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De Paul Van Kemenade, quinquagénaire néerlandais, on ne connait que peu de choses. A l’occasion de ce Kaisei Nari, on lui découvre une sonorité d’alto sèche et tranchante se partageant entre Art Pepper pour la férocité du phrasé, Bobby Watson pour les vives contorsions et Ornette Coleman pour le côté tête chercheuse.

En duo avec Aki Takase, le grain s’invite tendre et sableux puis se perd en une inutile virtuosité quand entre en piste la caisse claire d’Han Bennink. Avec le Three Horns and a Bass (Angelo Verploegen, Louk Boudesteijn, Wiro Mahieu), les contrepoints sucrés de la west-coast ne sont jamais très loin. Mais avec le Renaissance Vocal Ensemble, c’est un alto sans âme qui brode autour d’une messe de Pierre de la Rue puis s’égare en un flamenco masadien particulièrement sirupeux. Le pire ne s’évite pas et offre ainsi une triste conclusion à cet enregistrement en demi-teinte.

Paul Van Kemenade : Kaisei Nari (Stemko / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2012.  
CD : 01/ Cherry 02/ Kaisei Nari 03/ For A.T. 04/ Eva 05/ Song for Hope 06/ The Joy 07/ Mex 08/ Lullaby for a Petulant Guy 09/ Une couleur différente
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Duncan Heining : George Russell (Scarecrow Press, 2009)

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L’année dernière, George Russell disparaissait et paraissait aussi une biographie imposante lui étant consacrée. Signée Duncan Heining – travail de recherches mêlant interviews et lecture approfondie des témoignages plus tôt recueillis par le trompettiste Ian Carr, à qui l’ouvrage est aussi dédié.

Chronologique, le parcours : qui mène Russell de Cincinnati à Chicago (rencontre d’Earl Hines) et puis de Chicago à New York, où Russell arrive en 1945. Là, se faire une place d’arrangeur en bénéficiant du soutien de Max Roach et soigner Cubano-Be, Cubano-Bop pour le compte de Dizzy Gillespie. Théoricien, Russell explique bientôt son Lydian Concept des choses dans un livre (The Lydian Chromatic Concept of Tonal Organization) ; pianiste, il emmène ses propres formations sur scène ou en studio dès 1956 – The Jazz Workshop et Ezz-Thetics en guise de premiers conseils. Le reste, et bien rapidement : installation en Scandinavie en 1963, retour aux Etats-Unis pour enseigner au New England Conservatory de Boston sur invitation de Gunther Schuller et puis s’essayer à d’autres mélanges à la tête du Living Time Orchestra (jazz et rock, jazz et musique classique encore). Le reste, aussi, de tenir quelques fois de l’anecdote : prise de position de Russell contre le vide à trouver parfois dans ce qu’on appelait la New Thing – les plus vindicatifs représentants du style n’ayant pas eu le temps de noter l’importance de ce « parfois » présent dans la phrase.

Parce qu’il fait aussi entendre les voix récalcitrantes – les travaux théoriques de Russell ou ses habitudes de professeur rigoureux en ayant fait lever quelques-unes –, l’ouvrage d’Heining n’est pas qu’une hagiographie. Et puis, l’auteur aura pris soin d’ajouter à l’histoire une discographie élaborée, un long agenda de concerts donnés en formations multiples et une bibliographie dense. Ainsi le livre  est à la hauteur du sujet George Russell, musicien singulier et penseur hors-pair qui, comme Gil Evans, Teddy Charles ou Jimmy Giuffre, fit beaucoup pour faire bouger les lignes des partitions.

Duncan Heining : George Russell, The Story of an American Composer (Scarecrow Press)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Joe Giardullo: Red Morocco (Rogue Art - 2007)

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A la tête d’un ensemble de 14 musiciens (parmi lesquels on trouve Daniel Levin, Joe McPhee, Lori Freedman, ou Dom Minasi), Joe Giardullo donnait en 2005 de belles couleurs au Third Stream de George Russell.

Ajoutant à son étude de la théorie une pratique en compagnie de partenaires compétents, Giardullo convoque ainsi quelques fantômes entre quelques phases improvisées : Gershwin autant que Schönberg sur les soupçons de cordes appliquées à OPB. Ailleurs, une musique impressionniste disparaît peu à peu sous l’insistance des cuivres (Memory Root), une progression contemporaine dispose des notes soudaines de piano sur d’autres mouvements de cordes. Et puis, en guise de conclusion, Giardullo peint sur Red Morocco un univers ouaté, subtil et décisif. Qui confirme la réussite d’une expérience dans laquelle beaucoup se sont perdus.

CD : 01/ OPB 02/ OPG 03/ 2T(m) 04/ Memory Root 05/ OPD 06/ Q-2G(e) 08/ Calabar 09/ Hikori 10/ Red Morocco

Joe Giardullo Open Ensemble - Red Morocco - 2007 - Rogue Art.

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Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform - 2007)

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En 1983, le contrebassiste anglais Graham Collier abandonnait son instrument au profit de la direction d’un orchestre d’exception, qui comptait dans ses rangs John Surman, Ted Curson, Tomasz Stanko ou Kenny Wheeler - 4 musiciens auprès de 16 autres, partis défendre ensemble Hoarded Dreams.

Dans les pas de George Russell, Collier interroge ici le rapport d’un jazz qu’il a toujours servi et d’une musique contemporaine décomplexée. Sortis des brouillards dissonants, une valse emportée ou un grand swing peuvent alors voir le jour ; ailleurs, une musique de chambre tourmentée ou un brin de funk rehaussé par les cuivres se disputent les faveurs de la composition. Toutes combinaisons faisant place, à intervalles presque réguliers, à un free jazz brouilleur de cartes.

Décelables parmi les envolées, les gestes précis de solistes remarquables : la trompette de Curson et le saxophone baryton de Surman sur Part 2, la flûte de Geoff Warren sur le mouvement lent de Part 4. Gratifications supplémentaires à celles déjà offertes par une pièce réfléchie, menée d’une main vicieuse par Graham Collier lui-même.

Graham Collier : Hoarded Dreams (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1983. Edition : 2007.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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