Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Archives des interviews du son du grisli

Steve Lacy – Roswell Rudd Quartet: Early and Late (Cuneiform Records - 2007)

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De leurs jeunes années passées ensemble à défendre le répertoire de Monk, le saxophoniste Steve Lacy et le tromboniste Roswell Rudd auront gardé une amitié solide, de celles qui permettent les séparations et profitent des retrouvailles. Le temps de deux disques, Early and Late propose un exposé de celles-ci, pour peu qu'elles se soient déroulées en quartette.

Des extraits de concerts donnés en 1999 et 2002 inaugurent ainsi la sélection. Aux côtés du contrebassiste Jean-Jacques Avenel et du batteur John Betsch, la paire défend quelques thèmes soutenus au creux desquels glisser ses solos – qu'ils soient fantasques (Rudd sur Blinks) ou plus sagement élaborés (Lacy sur Bone) -, ou investit des progressions plus instables que se disputent langueur amusée et expérimentations légères (The Bath). En guise de morceaux de choix: The Rent, marche latine déboîtée, et Bamako, qui donne à entendre les souffleurs à l'unisson le temps d'une mélodie signée Rudd.

En 1962, c'est auprès du contrebassiste Bob Cunningham et du batteur Denis Charles que Lacy et Rudd enregistraient trois thèmes de Monk et un autre de Cecil Taylor. Sur une section rythmique polie, trombone et soprano servent donc un bop élaboré, capable d'incartades soudaines (les aigus inopinés de Lacy sur Think of One), le long d'une vingtaine de minutes inédites. Qui font de cette compilation un document important autant qu'une introduction idéale aux manières jointes de Steve Lacy et Roswell Rudd.

CD1: 01/ The Rent 02/ The Bath 03/ The Hoot 04/ Blinks 05/ Light Blue 06/ Bookioni - CD2: 01/ Bamako 02/ Twelve Bars 03/ Bone 04/ Eronel (take 2) 05/ Tune 2 06/ Think of One 07/ Eronel (take 3)

Steve Lacy – Roswell Rudd Quartet - Early and Late - 2007 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra International.

 



Thelonious Monk: The Classic Quartet (Candid - 2006)

grismonkPause studio faite à Tokyo le 23 mai 1963 au milieu d’une tournée mondiale et imposante, The Classic Quartet donne à entendre Monk une nouvelle fois en compagnie de Charlie Rouse (saxophone ténor), Butch Warren (contrebasse) et Frankie Dunlop (batterie). Mais une fois comme une autre, pour Monk, signifie toujours altière.

S’il se montre moins fantasque qu’à ses débuts – dans son jeu ou ses arrangements -, Monk donne ici le change en offrant davantage de place à ses partenaires (Ba-lue Bolivar Ba-lues-are) – et à Rouse, notamment, qui rend presque seul les thèmes d’Epistrophy ou d’Evidence.

Plus sage, le pianiste n’est pas pour autant débarrassé de toquades éclairées, interprétant un extravagant Just a Gigolo, ou se laissant aller avec moins de retenue aux frasques jubilatoires sur un Blue Monk qu’emporte, fougueuse, la section rythmique.

Oeuvrant aussi pour la qualité du disque, le son de l’enregistrement, net et chaleureux, qui fait de The Classic Quartet un opus assez rare dans la discographie du groupe, souvent desservi par des prises de sons aléatoires.

CD: 01/ Epistrophy 02/ Ba-lue Bolivar Ba-lues-are 03/ Evidence 04/ Just a Gigolo 05/ Blue Monk

Thelonious Monk - The Classic Quartet - 2006 - Candid. Distribution Harmonia Mundi.


Dominic Duval, Jimmy Halperin: Monkinus (CIMP - 2006)

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Habitué  des  hommages adressés par des musiciens pointilleux (des reprises nombreuses de Steve Lacy et Roswell Rudd au récent Monk's Casino d’Alexander Von Schlippenbach), Thelonious Monk voit cette année 13 de ses compositions interprétées par le contrebassiste Dominic Duval et le saxophoniste Jimmy Halperin.

Alliant le ténor d’un Halperin prêt toujours à dérailler au charme discret de Duval (sur cet enregistrement, en particulier), Monkinus présente toutefois plusieurs façons d’abord les thèmes du maître: le saxophone évoquant la progression irrégulière de Monk (Evidence) ou donnant davantage dans l’exaltation voilée (Blue Monk) ; la contrebasse jouant la sécurité d’un swing délicat (Rhythm-a-Ning) ou menant la danse sur ‘Round Midnight fait construction à étages.

Si Duval peut parfois faire preuve de timidité, il est aussi à l’origine des meilleures reprises exposées sur ce disque, ramassant la structure des thèmes pour lui imposer un cadre dont profite le phrasé juste d’Halperin (Epistrophy, Bye-Ya, Monk’s Dream), ou pour en explorer autrement les possibilités (Misterioso).

Autre enregistrement consacré au songbook de Monk, Monkinus n’en est pas seulement un de plus. Ayant choisi d’interpréter en duo ces quelques thèmes, Duval construit ici en compagnie d’Halperin une œuvre sincère et capable de mises en valeur nouvelles, prompte à œuvrer différemment en faveur de la somme des disques de son espèce, invoquant Thelonious.

CD: 01/ Ruby My Dear 02/ Evidence 03/ Crisscross 04/ Rhythm-a-ning 05/ Misterioso 06/ 'Round Midnight 07/ Epistrophy 08/ Brilliant Corners 09/ Off Minor 10/ Monk's Mood 11/ Blue Monk 12/ Bye-ya 13/ Monk's Dream

Dominic Duval, Jimmy Halperin - Monkinus - 2006 - CIMP. Distribution Improjazz.


Irène Schweizer: First Choice (Intakt Records - 2006)

irenegrisliD’une soirée  spéciale  organisée  en  2005  au  KKL de Lucerne (concert solo d’Irène Schweizer et diffusion, plus tôt, d’un film lui étant consacré), First Choice vient grossir les rangs des nombreux enregistrements de la pianiste. Capable d'étonner encore.

A l’image de First Choice – premier morceau, sur lequel Schweizer convoque Debussy, Satie, Morton Feldman et Jerry Roll Morton – la pianiste navigue tout au long du concert entre ses amours pour le jazz et le contemporain. Ainsi, elle évoque Monk sur Into The Hall Of Fame, ou Mal Waldron sur l’intense Ballad Of The Sad Café, avant de sortir de son piano préparé une ode expérimentale allégée par l’utilisation de cymbales et de jouets made in China (Scratching at the KKL).

Revenue de ses expériences, voici Schweizer interprétant, sous tension, Oska T. de Monk, musicien dont l’influence se fait ressentir jusque sur Jungle Beats II, composition personnelle dédiée à Don Cherry. Elégante, Irène Schweizer aura ainsi bravé et remporté l’épreuve de la consécration.

CD: 01/ First Choice 02/ Into The Hall Of Fame 03/ The Ballad of The Sad Café 04/ Scratching at the KKL 05/ Oska T. 06/ Jungle Beats II

Irene Schweizer - First Choice - 2006 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.


Steve Lacy: Solo (In Situ - 1991)

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Le 6 décembre 1985, Steve Lacy donnait à la galerie Maximilien Guiol, Paris, un concert en solo. Exercice qu’il appréciait, attenant à un auditoire respectant à peine la distance minimale imposée par la taille de son saxophone soprano. Comme souvent, Lacy débute par un hommage à son maître, Thelonious Monk, dont le Work avoue l’influence plus qu’évidente, l’ancrage initiatique qu’il arrive aussi aux compositions personnelles du saxophoniste de trahir (Clichés, ici ; Prospectus, ailleurs).

Attentif à ce qu’il est capable de ressentir et à ce qu’il doit traduire sur l’instant, Lacy enchaîne 8 morceaux. Evidemment introspectifs, mais autant à l’écoute de l’interprète que des propositions du soprano, médium chargé de possibilités et de couleurs diverses. Alors, un référent introductif tourne en rond avant de suivre la trajectoire d’une spirale tout juste éclose, récitation par cœur d’un mini thème répétitif affublé de digressions (Morning Joy). Le changement accordé toujours, revendiqué par les séries et les silences, aussi léger soit-il (Coastline).

Considérant son instrument sous toutes les coutures, Lacy ne le charge jamais sans avoir préalablement pesé le pour et le contre. Accueillant la phrase qui s’impose seulement lorsqu’elle peut s’avérer adéquate, qu’elle sorte d’on ne sait où (Rimane Pooo) ou manipule un thème connu forçant aux portes (échantillon galvaudé d’I Got Rythm en ouverture de Deadline).

L’expérience est exclusive et le jeu parfois impersonnel. Jamais austère, parce que toujours estimé avant d’être rendu, abandonné, offert. La force de Lacy se trouvant dans le partage évident d’une épreuve artistique qui aurait pu ne concerner que lui. Et, don ultime, qu’il permet au spectateur de suivre, voire, de comprendre.

CD: 01/ Work 02/ Morning Joy 03/ Coastline – Deadline 04/ Clichés 05/ Retreat 06/ The Gleam 07/ Rimane Poco

Steve Lacy - Solo - 1991 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.


John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note, 2005)

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Saxophoniste racé, sideman au générique d’albums aussi incontournables que New York Eye And Ear Control d’Ayler ou Ascension de Coltrane, John Tchicai n’a, depuis, cessé d’investir à ses manières l’avant-garde en jazz. Vaste, le propos ; qui plus, est, à développer sans cesse. Aux côtés du guitariste Garrison Fewell et du trio de Tino Tracanna, voici sa vision la plus récente de la chose.

Coloriste confirmé, Tchicai développe une inspiration amérindienne sur les enchevêtrements de la guitare et du ténor (Big Chief Dreaming), élabore un bop plaisant à partir d’un schéma d’accords emprunté au Friday The Thirteenth de Monk (Yogi In Disguise), et se perd, parfois et malgré l’assurance du timbre, au milieu d’une guitare abusant de répétitions grossièrement intentionnées (Prayer For Right Guidance).

Sauvant aussi, par la sonorité qu’il obtient de son instrument, un swing doré sur tranches (Simplicity), Tchicai signe un Heagende Skaerm majestueux, qui profite, lui, du savoir-faire de l’entier quintette en matière d’improvisation sur mouvements las. De clairvoyance, aussi, lorsque, emmenant Thriftshopping + Extension, la section rythmique rivalise de brillances avec une clarinette basse aux phrases en devenir, une guitare appuyée forçant le thème avec brio.

Ailleurs, Fewell laisse ses références l’envahir sur la cadence d’une marche égyptienne dédiée à Sun Ra (The Queen Of Ra), ou rappelle, en duo avec Tracanna, l’Easy Way de Jimmy Giuffre (Instant Intuition, Grappa To Go). Soit, un bilan fleuri des préoccupations du jour de cinq musiciens concernés, incorporant free, swing, cool et accents folks, sur un Big Chief Dreaming qui, s’il n’est pas incontournable, reste plus que convaincant.

John Tchicai, Garrison Fewell, Tino Tracanna, Paolino Della Porta, Massimo Manzi : Big Chief Dreaming (Soul Note / DAM)
Edition : 2005
CD : 01/ Instant Intuition 02/ Prayer For Right Guidance 03/ Big Chief Dreaming 04/ Simplicity 05/ The Queen of Ra 06/ Thriftshopping + Extension 07/ Basetto 08/ X-Ray Vision 09/ Grappa To Go 10/ Splinters No.1 11/ Haengende Skaerm 12/ Yogi In Disguise
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt, 2005)

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Très peu de façons de servir le jazz auront été aussi personnelles que celle de Thelonious Monk. Rien de moins qu'un style inimitable mis au service de compositions novatrices suffira à envoûter les musiciens les plus pointus de la seconde partie du XXe siècle. Aujourd'hui encore, le charme persiste, et c'est au tour d'Alexander von Schlippenbach d'explorer le songbook du maître. Refusant de réfléchir à des probabilités de découpes partiales, le pianiste décide d'enregistrer en quintet l'intégralité des compositions de Monk. La démarche est inédite, et il ne faudra pas moins de quatre soirs de concerts pour en venir à bout. Un seul principe : ne pas pratiquer Monk comme on entretient les langues mortes, mais lui insuffler l'inédit d'arrangements originaux. "Avez-vous déjà vu des partitions sur mon piano ?" répondait, un jour de 1963, Thelonious Monk au journaliste François Postif qui l'interrogeait sur son rapport à l'improvisation.

L'improvisation, Schlippenbach la connaît pour l'avoir pratiquée souvent. Mais, cette fois, il lui défendra de mener la danse. Les partitions ont été consultées - au moyen de quelques efforts lorsqu'il a fallu mettre la main sur les moins diffusées d'entre elles -, au quintette, maintenant, de les respecter. Devant le public du A-Trane de Berlin, Schlippenbach et ses hommes investissent subtilement le répertoire choisi. Respectueux, ils font alterner des versions plus ou moins éloignées des originales. Si les secondes (Misterioso, Ask Me Now, Bolivar Blues) se permettent parfois quelques références décalées (la clarinette basse de Rudi Mahall rappelant certaines inspirations d'Eric Dolphy sur Boo Boo's Birthday), les premières se font réceptacles de toutes les audaces.

D'abord celle d'accélérer le rythme de certains standards. Derrière la batterie, Uli Jennessen mène la transformation de Thelonious ou In Walked Bud en hard bops opportunistes, ou celle de Consecutive Second's en bogaloo compact et rêche. Toujours impeccable dans sa façon de rendre nerveuses les interprétations, il peut aussi oser quelques influences latines délicates (Bemsha Swing, Shuffle Boil) ou servir une instabilité formelle de rigueur (Monk's dream). De l'audace, surtout, dans l'arrangement que l'on réserve aux thèmes. Parfois cités et réunis sous forme de condensés intelligents, ils subissent tous les affronts. L'Intro Bemsha Swing devient précis de conduction d'air dans un corps de clarinette, tandis qu'on découpe Evidence à la hache. Les incartades free, elles, se bousculent : Think Of One interroge les possibilités de chaque instrument, l'alambiqué Monk's Dream oppose la trompette d'Axel Dörner et ses suaves effets de sourdine aux implorations agressives de Rudi Mahall, qui, ailleurs, mettra en place de manière anguleuse un Straight No Chaser brillant.

Après ce genre de déconstructions en règle, il arrive à Schlippenbach de rêver d'épures. Servi par des duos sophistiqués - fuites élégantes cuivre et bois juste soulignées, mais de quelle manière, par l'archet du contrebassiste Jan Roder (Crepuscule With Nellie) -, ou par des solos réfléchis - la trompette de Dörner rappelant les efforts compressés du Steve Lacy de Materioso (Eronel), ou l'intervention sur piano-jouet de l'invitée Aki Takase (A Merrier Christmas) -, un jazz minimaliste s'insinue, à l'élégance sobre, inquiétante parfois (le goût de funérailles d'un Japanese Folk Song des limbes). Quand d'autres composent des ruines qui n'ont pas à subir l'épreuve du temps pour être considérées comme telles, le quintette de Schlippenbach, lui, choisit de s'intéresser à des chef-d’œuvres d'architecture. Il en aménage seulement quelques endroits pour plus de commodité, sans jamais en revoir la moindre fondation. Hommage appuyé autant que l'était le Be bop de Monk, Monk's Casino est un édifice somptueux, dont les pierres comme les interprètes sont de taille.

Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD1 : 01/ Thelonious 02/ Locomotive 03/ Trinkle-Tinkle 04/ Stuffy Turkey 05/ Coming On The Hudson 06/ Intro Bemsha Swing 07/ Bemsha Swing - 52nd Street Theme 08/ Pannonica 09/ Evidence 10/ Misterioso - Sixteen - Skippy 11/ Monk's Point 12/ Green Chimneys - Little Rootie Tootie 13/ San Francisco Holiday 14/ Off Minor 15/ Gallop's Gallop 16/ Crepuscule With Nellie 17/ Hackensack 18/ Consecutive Second's - CD2 : 01/ Brillant Corners 02/ Eronel 03/ Monk's Dream 04/ Shuffle Boll 05/ Hornin'In 06/ Criss Cross 07/ Introspection 08/ Ruby, My Dear 09/ In Walked Bud 10/ Let's Cool One - Let's Call This 11/ Jackie-ing 12/ Humph 13/ Functional 14/ Work - I Mean You 15/ Monk's Mood 16/ Four In One - Round About Midnight 17/ Played Twice 18/ Friday The 13th 19/ Ugly Beauty 20/ Bye-Ya - Oska T. - CD3 : 01/ Bolivar Blues - Well You Needn't 02/ Brake's Sake 03/ Nutty 04/ Who Knows 05/ Blue Hawk - North Of The Sunset - Blue Sphere - Something In Blue 06/ Boo Boo's Birthday 07/ Ask Me Now 08/ Think Of One 09/ Raise Four 10/ Japanese Folk Song - Children's Song - Blue Monk 11/ Wee See 12/ Bright Mississippi 13/ Reflections 14/ Five Spot Blues 15/ Light Blue 16/ Teo 17/ Rythm-a-ning 18/ A Merrier Christmas 19/ Straight No Chaser - Epistrophy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


Steve Lacy : Lift the Bandstand (Rhapsody, 2003)

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Près d'un paravent, un Steve Lacy visiblement intimidé par la caméra introduit Evidence de Thelonious Monk. Ainsi débute le film que Peter Bull consacra, dans les années 1980, au saxophoniste. Les couleurs respirent leur époque et cèderont la place à des archives en noir et blanc lorsqu'il s'agira d'illustrer une longue interview de Lacy, dans laquelle il fait un bilan raisonné de son expérience musicale.

Dès le départ, c'est à Monk qu'il rend hommage, et aux précieux conseils qu'il reçut du maître du temps où il jouait à ses côtés. Pourtant tous indispensables, l'un d'entre eux se détache et offre au film à la fois un fil conducteur et un titre choisi : Lift the Bandstand, sorte de quête précieuse de l'envol en musique, de l'instant où les interprètes contrôlent leurs thèmes sans vraiment y penser, ressentent loin des contraintes pour gagner comme jamais en efficacité. Le principe déclaré, Steve Lacy peut maintenant annoncer qu'il croit avoir mené cette quête, sinon à son terme, du moins à un point de chute satisfaisant : deux extraits d'un concert donné en 1985 avec son sextette en offrent un aperçu. Irene Aebi scande Prospectus et Gay Paree Bop sur l'entente d'un groupe formé depuis douze ans. Inutile de dire qu'aux côtés du leader et de sa partenaire, Bobby Few, Jean-Jacques Avenel, Steve Potts et Oliver Johnson n'ont pas à simuler l'entente.

Pour en arriver là, Lacy déclare qu'il n'y a pas de secrets. Simplement une accumulation d'expériences qui font une histoire. Celle qui le mena de ses premiers cours en compagnie de Cecil Scott à sa rencontre avec Cecil Taylor, de ses expérimentations aux côtés de Roswell Rudd à sa découverte des permissions allouées par le refus de la mélodie. Autant de facteurs qui l'ont amené à se connaître, auxquels il ajouta certaines découvertes personnelles (l'emploi du soprano, ou une manière particulière d'utiliser les mots dans le jazz) pour en arriver enfin à se construire et s'imposer. Précis et précieux, retraçant son parcours sans oublier d'être redevables aux maîtres comme aux figures qu'il a croisées (l'émulsion bénéfique qu'a pu lui procurer la concurrence d'un autre soprano de taille, John Coltrane), Steve Lacy trouve au "Lift The Bandstand" de Monk une réponse adéquate, qui est aussi une célébration de l'accord parfait entre musiciens, "when the music really takes place".

Steve Lacy : Lift the Bandstand (Rhapsody Films)
Edition : 2003.
DVD : 01/ Evidence 02/ Prospectus 03/ About Sidney Bechet 04/ About Cecil Taylor 05/ About Gil Evans 06/ About Thelonious Monk 07/ About John Coltrane 08/ Gay Paree Bop
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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